Dalila Mahdjoub

  • Les deux auteurs font le récit de l'arrivée de leurs parents, en Algérie pour l'une, en France pour l'autre, et inscrivent l'histoire intime dans l'histoire des migrations : «Voici le grand fond d'or de l'enfance qui se déploie. Voici nos deux récits écrits d'un bord à l'autre du livre. Voici comment nos pères et nos mères sont passés de chaque côté de l'Algérie. Voici l'instant unique et fondateur de nos paysages... Ne cherche pas un dialogue ! Tu trouveras alors derrière Romilla le fond de nos splendeurs.»

  • D'un seuil à l'autre [Perspective sur une chambre avec ses habitants] est un projet de Dalila Mahdjoub [conception du premier projet] et Martine Derain [second projet et publication]**, qui propose un «agencement» de regards et de formes autour de la construction d'une résidence sociale Sonacotra à Belsunce, au centre de la ville. Créée par l'Etat en 1956 et destinée à loger temporairement les travailleurs algériens, la Sonacotra - Société Nationale de Construction pour les Travailleurs Algériens - devenue Adoma en 2007, ouvre désormais ses portes, provisoirement toujours, à ceux qu'on appelle «les plus démunis».
    D'un seuil à l'autre, c'est un temps de recherche, de multiples rencontres. Au tout début, avec Gilles Ascaride, sociologue et écrivain, auteur avec Salvatore Condro de Précarité à tous les étages, thèse sur les conditions de logement des travailleurs aujourd'hui retraités. Une lecture de l'un de ses textes alors inédit, Attention Centre-Ville* a eu lieu à la Compagnie, atelier d'artistes installé à Belsunce, et dans lequel ce projet a été initié en 2003. Remployant des fragments de sa thèse sous une forme comique, il pose des questions graves: «A qui appartient la ville ? la cité en général ? Certains peuvent-ils en disposer et pas d'autresoe Y a-t-il des habitants illégitimes oe» Rencontre avec les membres du Copaf, Comité pour l'avenir des foyers, recherche des traces du passage des travailleurs à l'ATOM (Aide aux Travailleurs d'Outre-Mer) ou dans les archives de la Sonacotra, rencontres avec des vieux messieurs de Belsunce et les ouvriers pendant la construction de la résidence, présentations publiques du projet à la Compagnie... Enfin, très récemment, rencontre avec Grégoire Keussayan, photographe à Belsunce, qui depuis les années 50, a photographié les travailleurs vivant à Marseille. Nous avons ensemble alerté les Archives Municipales, des centaines de plans-films ont été acquis et seront préservés : des centaines de photographies précieuses, mises en scène par les travailleurs eux-mêmes, qui envoyaient ainsi de leurs nouvelles à leur famille restée au pays.
    D'un seuil à l'autre, c'est une installation pérenne : sur le seuil de la résidence, au 35 de la rue Francis de Pressensé - là où les hôtes souhaitent la bienvenue, où les choses se renversent, dit un proverbe kabyle - nous avons enfoui deux portes de chambres du premier foyer construit en France, le Parc à Argenteuil, deux portes enfouies mais qui affleurent à la surface. C'est une balise temporelle : une porte grande ouverte pour le travail, en 1956 - «La seule porte, c'était la France», dit un résident. Une porte se refermant, entr'ouverte, 1974, la suspension des autorisations de travail pour la main d'oeuvre étrangère: «On ne met personne à la porte, mais on ne laisse plus la porte grande ouverte comme auparavant...», dira Monsieur Stoleru en 1977... Et comme en regard de cet enfouissement, c'est une publication, qui reprend les informations de l'unique registre de Parc : longues listes des numéros de chambres et des métiers de ceux qui, venus à 20 ans de M'Sila et de Sétif, de Ghardaïa ou d'Oujda, ont vécu quelques jours ou toute une vie entre les portes de ce «logement provisoire pour travailleurs provisoires». Histoires individuelles et histoire collective se croisent dans ces listes ici publiées comme une question à partager. Le Parc 2 - c'est le nom que nous avons proposé à la Sonacotra pour sa résidence - contient l'histoire de Parc, le premier foyer nous mène à la dernière résidence : une porte s'ouvre et c'est un logement provisoire encore, «une solution d'attente», cette fois pour des gens qui n'ont pas de travail et sans distinction d'origine. L'attente d'un chez-soi, qui seul permet d'être dans le monde en face des autres, l'attente d'une maison ? un coin du monde ? pour habiter la ville et la cité. Des maisons pour les chômeurs et les manoeuvres et les ouvriers ? Attendreoe
    Martine Derain
    Projet initié à la Compagnie, 19 rue Francis de Pressensé [dans le cadre d'un dispositif de la Direction de l'Architecture et du Patrimoine géré par HorsLesMurs] et portée par l'association commune, avec le soutien du FASILD et de la Drac-Paca [Identités, parcours & mémoire], de la Compagnie, de la Ville de Marseille et de la Politique de la Ville. La Sonacotra a accepté le projet et s'est engagée sur la vie de l'oeuvre | 2003-2007

  • Le sixième point de vue des Récits est tout entier absorbé dans le désastre, la violence d'une disparition : celle du travail. Comme dans les numéros précédents, la recherche des traces de ce grand pan du contrat social fait se rencontrer des récits issus d'alternatives collectives.

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