Claude Romano

  • De la couleur

    Claude Romano

    Les couleurs existent-elles dans les choses ou n'ont-elles deréalité que dans notre regard ? Sont-elles matière ou idée ? Entretiennent-elles les unes avec les autres des rapports nécessaires ou sont-elles seulement connues de manière empirique ? Y a-t-il une logique de notre monde chromatique ? Pour répondre à ces questions, Claude Romano convoque l'optique, la physique, les neurosciences, la philosophie et la peinture.
    En retraversant certaines étapes décisives de la réflexion sur ces problèmes (de Descartes à Newton, de Goethe à Wittgenstein, de Schopenhauer à Merleau-Ponty), il développe une conception réaliste qui replace le phénomène de la couleur dans le monde de la vie et le conçoit comme mettant en jeu notre rapport à l'être en totalité : perceptif, émotionnel et esthétique. L'auteur fait ainsi dialoguer la réflexion théorique et la pratique artistique. C'est parce que la couleur touche à l'être même des choses, en révèle l'épaisseur sensible, que la peinture, qui fait d'elle son élément, est une opération de dévoilement.

  • L'Odyssée, le plus ancien poème de la culture occidentale, met en scène la métamorphose qui change Ulysse en lui-même sous les yeux dessillés de ceux qui échouaient jusque-là à le reconnaître, lui permettant ainsi de réintégrer l'éclat de sa propre vérité. Ulysse constitue ainsi la première d'une longue série de figures donnant corps à cette opération mystérieuse : le passage de l'existence en régime d'obscurité à l'existence « en personne », dans une forme de vérité.
    Que signifie un tel passage ? Comment s'opère cette transition? Quelles formes cette idée d'existence en personne a-t-elle pu revêtir dans la pensée occidentale ? Claude Romano interroge les sources, y compris lointaines, de cette idée d'« existence en vérité » telle qu'elle sous-tend notamment l'idéal moderne d'authenticité personnelle, en retraçant la généalogie de cet idéal et en exhumant certaines de ses formes plus anciennes. Chemin faisant, le lecteur découvre différents types et régimes de discours, philosophique, mais aussi théologique, spirituel, rhétorique, littéraire, esthétique. Romano esquisse ainsi une histoire de la philosophie occidentale aux contours bien différents de ceux qu'on lui prête généralement, à l'écart des grandes métaphysiques du moi et de la subjectivité, empruntant les chemins de traverse d'une enquête sur les formes de vie et les modes d'existence.

  • Paru pour la première fois en deux volumes il y a une vingtaine d'années et réédité plusieurs fois entre-temps, L'événement et le monde retrouve sa forme originelle, celle d'une seul et unique ouvrage dont l'édition a été entièrement révisée par l'auteur. Cet essai philosophique visant à comprendre l'homme comme " advenant ", c'est-à-dire comme ce vivant auquel il peut arriver quelque chose, seul " capable " d'événements au sens fort du terme - de bouleversements complets de son existence -, pourra être ainsi redécouvert dans son intégralité.
    Cette phénoménologie de l'événement noue un dialogue étroit avec l'ontologie fondamentale de Heidegger dont elle souligne l'incapacité à intégrer la dimension " événementiale ", et singulièrement le phénomène de la naissance, dans sa compréhension de l'existence humaine.

  • La liberté est-elle un pouvoir neutre et indifférencié de choix et d'action qui est octroyé à tout individu, et qu'il exerce identiquement avec tout autre, ou n'est-elle pas plutôt une capacité qui n'échoit qu'à lui seul d'accomplir son être propre dans ce qu'il a d'unique ? En souscrivant à la seconde branche de cette alternative, Claude Romano s'efforce de préciser les conditions de possibilité de qu'il appelle « liberté intérieure », c'est-à-dire la capacité de vouloir et de décider en l'absence de conflit intérieur, de telle manière que cette volonté et cette décision expriment l'être que nous sommes et manifestent un accord de cet être avec lui-même. En soulignant les limites de la conception largement dominante, de Platon à Harry Frankfurt, de cette liberté comme une subordination de nos désirs et tendances affectives spontanées aux « désirs de second ordre » qui découlent de notre réflexion rationnelle, l'auteur défend une conception originale de l'autonomie qui rejette une telle hiérarchie. Il étaye son propos par l'analyse d'un exemple littéraire, la décision finale de la Princesse de Clèves dans le roman éponyme de Mme de Lafayette.

  • D'abord, le rapprochement des termes "raison" et "phénoménologie" surprend.
    La phénoménologie avait pour ambition première de redécouvrir la réalité du monde que nous habitons par le célèbre "retour aux choses mêmes", et la tentative de redéfinir les catégories de la raison pour entendre, écouter le monde tel qu'en lui-même. Claude Romano reprend brillamment les choses à la racine. Soutenir l'actualité de la question phénoménologique, c'est affirmer que la prégnance accordée depuis Wittgenstein au langage n'a pas rendu superflue une philosophie de l'expérience; c'est poser l'existence de structures d'expérience et de perception du monde, des autres, de nous-mêmes antérieures au langage mais avec lesquelles l'intelligence du langage est en continuité étroite.
    Ce dont il retourne avec la phénoménologie, ce n'est pas seulement le statut de l'expérience en tant que telle, ni le statut du langage et de ses significations, mais leur problématique unité et, à travers elle, le problème de la raison lui-même. Ce qu'elle a cherché à élaborer en premier lieu, c'est une nouvelle image de la raison. Claude Romano, faisant dialoguer les traditions kantienne, analytique et continentale notamment, nous offre une traversée de la philosophie contemporaine.

  • Claude Romano repense à nouveaux frais la méthode phénoménologique en la mettant en dialogue avec d'autres courants de la philosophie contemporaine, et notamment la philosophie analytique.
    Sa réflexion s'ordonne autour de trois axes. Tout d'abord, la question des rapports entre langage et expérience, dans le sillage des recherches empiriques en linguistique :
    Le langage n'exige-t-il pas, pour pouvoir être compris, que l'on interroge ses liens avec des significations pré-linguistiques qui fondent notre expérience même du monde ?
    Ensuite, la question du réalisme : la phénoménologie entretient-elle une affinité nécessaire avec l'idéalisme, comme l'ont cru un certain nombre de disciples de Husserl, ou ne nous met-elle pas plutôt sur la voie d'un réalisme qui demanderait à être reformulé ? Enfin, comment une phénoménologie réaliste et soucieuse d'une articulation plus fine entre expérience et langage permet-elle d'approcher de manière renouvelée des phénomènes « classiques » comme le corps, les émotions ou l'habitude ?

  • À la différence d'autres écrivains majeurs du siècle dernier - tels Proust, Kafka ou Musil -, Faulkner n'a guère donné lieu, jusqu'à présent, à une interprétation philosophique d'ensemble. Probablement parce que son oeuvre se déploie en deçà du plan des idées et des théories, sur un plan d'immanence radicale où seule compte, dans sa nudité, l'«expérience muette encore» qu'il n'a de cesse pourtant d'élever à la parole, au chant.
    Faulkner est un écrivain dont la vocation essentielle a été de révéler sans expliquer ni juger, et, en révélant, de faire comprendre, aussi loin que cela est possible. Le but de son écriture est, à travers les êtres et les situations, de revenir aux choses mêmes, de montrer le monde en train de naître sous nos yeux, et ainsi, de nous plonger en lui. D'où sa dimension de part en part phénoménologique. Le philosophe peut à son tour explorer, lire et comprendre cet univers romanesque, à la suite de Valéry qui soutenait : «Le roman voit les choses et les hommes exactement comme le regard ordinaire les voit.»
    Une lecture inspirée de la phénoménologie ne doit pas seulement lire Faulkner autrement que les différentes formes de critique littéraire, mais rendre la parole à l'auteur en tant que phénoménologue. La question qui a guidé Claude Romano au long de ces pages n'a pas été : qu'est-ce que la phénoménologie apporte à la lecture de Faulkner ? mais plutôt : qu'est-ce que la lecture de Faulkner apporte à la phénoménologie ?

  • Les études ici réunies abordent certaines questions centrales de la phénoménologie historique : le statut de l'a priori matériel et la critique de l'« anthropologisme » chez Husserl, la conception du monde de la vie dans la Krisis, la théorie de la signification d'inspiration pragmatique élaborée par Karl Bühler et sa proximité avec les remarques consacrées au « discours » par Heidegger à l'époque de Sein und Zeit, l'être-avec heideggérien et la question du solipsisme, la vie et le vivant du point de vue de l'ontologie fondamentale dans ses rapports avec la biologie d'Uexküll, enfin les raisons de l'inachèvement de l'oeuvre maîtresse de Heidegger. Le souci principal qui les anime est celui de mettre au jour des jonctions ignorées ou mal connues entre les auteurs du corpus phénoménologique et, parfois, entre ces auteurs et leurs précurseurs (Hume) ou des penseurs issus d'autres traditions (Wittgenstein, Sellars). A travers ces dialogues, il s'agit de contribuer à une histoire de la phénoménologie conçue avant tout comme histoire des problèmes, et non comme recueil de solutions.

  • L'aventure temporelle

    Claude Romano

    Ni collection d'études, ni recueil, cet ouvrage réunit trois essais qui possèdent des liens organiques puisqu'ils s'efforcent de répondre à une seule et unique question : que peut devenir la phénoménologie une fois abandonnée la perspective transcendantale ?
    Ainsi, les deux premiers essais interrogent la manière dont une phénoménologie de l'événement peut offrir une alternative aux approches traditionnelles de l'ego ou du temps. Le dernier s'attaque à la racine même du paradigme « transcendantal » pour en mettre au jour les présupposés et les critiquer. Elle dessine les contours d'un holisme de l'expérience que l'auteur a présenté dans Au coeur de la raison : la phénoménologie (2010).

  • On connaît de Charles Larmore (1950), philosophe moral américain contemporain, ses célèbres objections à John Rawls, mais peu de travaux se concentrent sur sa philosophie: son réalisme moral, sa réhabilitation partielle de l'idéal d'authenticité, sa version du libéralisme politique ou encore à sa théorie normativiste du moi. Ce sont ces différents aspects de sa pensée que les études contenues dans ce volume, premier ouvrage entièrement consacré à l'oeuvre de Charles Larmore, interrogent et mettent en perspective.
    Un essai inédit du philosophe américain ainsi qu'un débat entre Charles Larmore et Alain Renaut autour de la controverse réalisme-idéalisme y figurent également, en guise de conclusion.

  • Fondée en 1953 par Jean Hyppolite, la collection "Epiméthée" a été reprise en 1981, par Jean-Luc Marion, Professeur à l'Université de Paris IV-Sorbonne. Cette collection repose sur trois orientations : la traduction des grands textes de la tradition ; la phénoménologie, entendue comme tradition créatrice de la philosophie ; et enfin l'histoire de la philosophie.

  • Le thème de la couleur pourrait sembler au premier abord secondaire, peu philosophique, et surtout réservé à des sciences telles que la physique ou l'optique.
    En réalité, la question de la couleur traverse toute l'histoire de la philosophie : de Platon, avec sa théorie des " couleurs pures dans le Phédon, à Wittgenstein et ce qu'il nomme la " grammaire des couleurs ", en passant par Descartes, Locke, Newton, Goethe et Schopenhauer. Tout en présentant et en discutant certaines de ces doctrines, l'auteur s'efforce de frayer une voie originale en montrant que le problème de la couleur ne relève pas seulement d'une théorie de la connaissance mais met en jeu notre rapport vivant au monde en totalité, à la fois perceptif, affectif et esthétique.
    Conformément à ce projet, le présent cours est rythmé par trois ordres de questionnement : Les couleurs sont-elles objectives ou bien dépendent-elles de la subjectivité ? Autrement clic, le phénomène des couleurs n'est-il pas une illusion - illusion la plus universellement partagée ? Cézanne soutient que les couleurs entretiennent dans la nature des rapports nécessaires qui ne relèveraient ni de la " logique du cerveau " ni du seul langage : " il y a une logique colorée Contre cette conception d'un logos du monde sensible (Merleau-Ponty), Wittgenstein développe une "grammaire des couleurs".
    Enfin, ces réflexions aboutissent au problème (crucial en peinture) de l'harmonie et de la disharmonie des couleurs. Qu'apporte une théorie des couleurs à l'analyse des oeuvres d'art ?

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  • Lumière

    Claude Romano

    • Syrtes
    • 25 August 1999

    Un homme parle à une femme de leur passion révolue. Peu à peu, le monologue nous révèle qu'il distingue à peine le jour de la nuit : une maladie récente lui a ôté la vue. Grâce à Léna, il a retrouvé la lumière. Il a écouté sa voix, imaginé sa beauté, goûté sa présence sensuelle. Pendant deux mois, ils se sont aimés l'après-midi. Lors de leurs promenades dans Paris, elle a confirmé ses intuitions et ses souvenirs, décrit les détails. Au fil d'un récit poignant sous forme de confession, les sensations, les fluctuations émotives, l'incrédulité devant la rupture et la souffrance sont restituées avec une troublante intensité.

  • L'évènement et le temps

    Claude Romano

    18. - L'antithèse phénoménologique de l'ipséité et son sens temporel. Un exemple : le traumatisme 19. - Récapitulation : l'articulation du temps et de la temporalité 20. - La finitude de la temporalité a. - Le pré-temps immémorial de la naissance b. - L'après-temps indisponible de la mort c. - La finitude de l'aventure et l'excentricité de son sens 21. - L'unité de mes histoires a. - La multiplicité des histoires b. - L'unité de mon histoire c. - Le problème du monde Index nominum, 309

  • Si le « néant n'a pas de propriétés », selon la formule de Malebranche, a-t-il
    cependant une histoire ? C'est à cette paradoxale question que le présent livre
    s'attache en cherchant à déployer les différentes significations de ce qui
    n'est pas, du radicalement non-étant parménidien jusqu'à l'être selon Heidegger
    qui, n'étant rien d'étant, est le Rien (Nichts) rendant possible la
    manifestation de l'étant. On le voit, l'histoire dont il s'agit ici est celle
    de la métaphysique, traversée par la tension entre un rejet pur et simple du
    néant, réduit à n'être qu'un mot (pour saint Augustin, Bergson et Carnap
    notamment), et, au contraire, l'affirmation d'une certaine positivité de ce qui
    ne relève pas directement d'une logique de l'être (pour Platon, Proclus, Scot
    Érigène, Maître Eckhart ou Schelling, par exemple). Loin d'impliquer
    nécessairement la disparition, l'absence ou la mort, le néant permet de penser
    l'altérité, la matière, le devenir, la liberté humaine ou la suréminence du
    Premier Principe. Certains des textes de ce volume étaient inédits en français,
    la plupart ont été retraduits en étant attentif au vocabulaire du néant qui
    cherche à en saisir la nature fuyante. Ouvrage publié sous la direction de
    Jérôme Laurent et Claude Romano, maître de conférences à l'Université de Paris
    IV-Sorbonne.

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