Claude Juin

  • Ils furent appelés pour aller « pacifier » l'Algérie et rétablir l'ordre. Or très vite, sur place, les combattants français « vécurent » une guerre avec ses victimes, dans le quasi silence de la métropole.
    Les dirigeants, pendant plus de trente ans, ont dénié la réalité. Après les combats, les appelés gardent un profond ressentiment : avoir été trompés et avoir gâché une partie de leur jeunesse !
    Le mensonge d'État laisse de profondes traces collectives et individuelles. Aujourd'hui encore, le sujet est tabou. Les appelés se sentent isolés, privés et pour beaucoup incompris. Cet ouvrage veut participer à rompre le silence. Par des extraits des carnets rédigés par l'auteur pendant son service militaire mais aussi par les témoignages d'anciens appelés. Écrire et témoigner pour se débarrasser de la peur et de l'ambiance d'un monde de violences faite de tués, de blessés et d'exactions multiples.

  • Daniel mayer

    Claude Juin

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  • De 1956 à 1962, en Algérie, par obligation légale, sans avoir été ni " choisis " ni " sélectionnés " et sans avoir bénéficié d'une préparation adaptée à leur mission, deux millions et demi de jeunes Français ont vécu une situation dramatiquement exceptionnelle. La politique dite de " pacification " a en effet amené une génération en armes, prétendument pour ramener l'ordre, à libérer des pulsions de destruction et, pour certains, à devenir des meurtriers.
    Comment des hommes " ordinaires " d'à peine vingt ans, appelés du contingent, en sont venus à commettre l'intolérable ou à être les protagonistes passifs d'exactions diverses allant jusqu'à la torture ou à l'exécution sommaire ?
    Sur la base de témoignages saisissants, inédits ou oubliés, Claude Juin, qui fut lui aussi soldat en Algérie et assista à de telles scènes, démonte les mécanismes tortionnaires. Il analyse comment vont naître chez ces hommes, pourtant forgés aux valeurs républicaines des " Droits de l'homme " et de l'esprit de la Résistance, un fort sentiment de racisme et une haine viscérale à l'égard de la population musulmane - il observe notamment comment son " copain de régiment " Bernard en est venu à pratiquer régulièrement la torture. Il montre en quoi la soumission aux ordres, la peur, la vengeance, la frustration, l'accomplissement du devoir furent autant de prétextes pour justifier l'intolérable, pour faire taire les " cas de conscience ".
    " Les jeunes soldats, écrit Claude Juin, parce qu'ils vivaient un évènement hors du commun, ont pu devenir cruels, tout en restant des gens ordinaires de la condition humaine. J'ai vécu au milieu d'eux, ils étaient parmi nous. Dans l'abomination, ils demeuraient des hommes. "

  • Claude Juin a fait la connaissance de Jean lors de son service militaire dans une caserne à Coblence en Allemagne. Tous deux appelés en décembre 1955, ils ont été affectés au même poste de combat en Algérie en mai 1957. Jean s'est rapide- ment montré violent avec les Algériens et a participé à des actes de torture et d'assassinat de suspects ou de combat- tants du FLN qui eurent lieu à la ferme Moll.
    Ne cessant de vouloir analyser la guerre d'Algérie et rompre le silence qui pouvait l'entourer dans les années qui sui- virent sa démobilisation, Claude Juin s'est engagé dans un travail de thèse. Lors de sa soutenance, des questions sur ce qu'était devenu Jean l'ont conduit à le retrouver, et à chercher à comprendre comment il analysait ses actes, soixante aux après la guerre.
    Cet ouvrage est le récit de ces retrouvailles, complété par Muriel Montagut qui analyse ce que peut recouvrir l'explica- tion de Jean qui se retranche derrière « une certaine ambiance d'alors » pour expliquer ses actes. Cette argumentation contraste en effet avec les explications habituellement avancées par les tortionnaires, qui oscillent entre l'expression de regrets et de culpabilité, et à l'opposé, l'absence de remords et le recours à des justifications de l'usage de la torture.
    Dans tous les cas, le lien à l'autre est maintenu puisque autrui est sollicité pour acter la volonté de repentance, ou au contraire pour approuver les fins d'intérêts collectifs avancées pour justifier des actes commis. Ces deux voies per- mettent au sujet tortionnaire de rester intégré dans la communauté humaine malgré des actes dits « inhumains » qui tendraient à les en exclure. Aussi les explications de Jean viennent poser une véritable énigme sociologique : si les tor- tionnaires qui se sentent coupables de leurs actes passés, ceux qui fuient leur responsabilité ou à l'opposé les assument pleinement, cherchent à réinscrire leurs actes par ces différents moyens dans l'ordre moral de la communauté humaine, comment expliquer la position de Jean, qui reconnaît avoir participé à des actes de torture, mais n'exprime ni regret, ni culpabilité, et avance pour seule justification « une certaine ambiance » d'alors ?

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