Littérature générale

  • Visage rimbaldien, destin romantique, culture sur les marges, écriture de l'affrontement : tout a prêté, en un temps "fin de siècle" de réaction, de démenti et de disparition, à cette édification soudaine d'un mythe dont un homme et une oeuvre, surtout, éprouvent d'infinies difficultés à se démettre. Brutalement, sous les diverses formes de l'indexation au répertoire, de l'héritage, du recyclage, l'oeuvre fut récupérée au nom édulcoré de sa révolte même. Curieusement, alors qu'il est ainsi adulé par le public théâtral, les comédiens et les metteurs en scène, les étudiants, les jeunes, en France et encore davantage à l'étranger, l'auteur reste plutôt ignoré du milieu proprement littéraire. L'étonnante étanchéité contemporaine de la pensée et de la scène n'explique pas tout. De ce clivage entre le mythe et l'ignorance, il importe de finir rapidement. Contrer la rareté du livre critique et l'abondance spectaculaire des revues (leur côté parade), désenclaver l'oeuvre de Koltès d'une analyse presque exclusivement dramaturgique (ou d'une approche outrancièrement testimoniale), en élargir le champ référentiel, en faire valoir la tension poétique et la portée philosophique, permettre ainsi une ouverture de la lecture, toujours propice à la diversification des créations scéniques, telle est donc l'ambition avouée de cet essai.
    Christophe Bident

  • Roland Barthes ne s'est pas d'abord intéressé à la question de la théâtralité.
    Il n'en est pas non plus devenu à proprement parler un théoricien. Mais il a poussé la réflexion au-delà des catégories, des champs et des objets attendus. Il s'est d'abord intéressé au théâtre. Au théâtre joué, organisé, monté et au théâtre des signes que se donne une pratique pour exister, se transformer et se faire reconnaître. L'analyse des pratiques a commencé avec la littérature ; elle s'est poursuivie avec le théâtre et la mythologie.
    C'est dire que Barthes ne pouvait interroger du théâtre que le théâtre, un redoublement qu'il lui est arrivé de nommer la théâtralité. C'est dire aussi que cette théâtralité se trouve partout. Se trouve-t-elle partout identique à elle-même ? Autrement dit, la théâtralité est-elle indifférente au support qu'elle modalise ? Peut-on en donner une définition exclusive ? Quel est l'enjeu, quelle est la fonction, quelle est la valeur de son application obstinément hétérogène ? Quel concept déterminé du théâtre présuppose-t-elle ? Quel apport à la réflexion esthétique fournit-elle ?

  • Disons-le simplement : maurice blanchot, né en 1907, est l'un des plus grands, l'un des plus rares écrivains du vingtième siècle.
    Affirmation que ce siècle s'est trop souvent employé à traduire en légende - ou en procès.
    Selon l'inévidence de mythologies tenaces, blanchot aurait été le grand absent, le fantôme invisible, l'auteur illisible d'une oeuvre toute abstraite, un homme littérairement terrifiant, politiquement impur. nul mieux que lui, pourtant, n'aura interrogé ce qu'il en est de la présence, de la visibilité, de la lisibilité, de la vitalité, de la culpabilité et de la possibilité de l'écrivain.
    Par ce travail, par ce combat, blanchot aura fasciné et exalté les plus grands créateurs contemporains de formes et de pensées (de formes de pensées), à commencer par ses deux amis les plus intimes, emmanuel levinas et georges bataille.
    A son tour il reviendra à cet essai d'interroger la présence, la visibilité, la lisibilité, la vitalité, la culpabilité et la possibilité du biographique, dans une vie et dans une oeuvre, dans une vie faite oeuvre, une vie soutenue des affrontements les plus extrêmes avec la mort.
    Cette vie à l'oeuvre s'adresse d'abord à notre savoir : que pouvons-nous en penser ensemble - et jusqu'où ?
    Elle s'adresse ensuite à notre responsabilité : quelle forme d'attention et de discrétion requiert-elle, quelle sensibilité infinie à la limite du témoignage impossible impose-t-elle ?
    Ecrire ce mouvement incessant de l'écriture à la vie, de la vie à l'écriture, à la place du tiers, dans l'attention toujours portée au nom de l'autre, suivant ici le mouvement qui, par la littérature et dans l'amitié de robert antelme, fait advenir la responsabilité à elle-même, la soumet à une reconnaissance illimitée, tel est au moins, de cette biographie, l'essai.

  • Disons-le simplement: maurice blanchot, né en 1907, est l'un des plus grands, l'un des plus rares écrivains du vingtième siècle.
    Affirmation que ce siècle s'est trop souvent employé à traduire en légende - ou en procès. selon l'inévidence de mythologies tenaces, blanchot aurait été le grand absent, le fantôme invisible, l'auteur illisible d'une oeuvre tout abstraite, un homme littérairement terrifiant, politiquement impur. nul mieux que lui, pourtant, n'aura interrogé ce qu'il en est de la présence, de la visibilité, de la lisibilité, de la vitalité, de la culpabilité et de la possibilité de l'écrivain.
    Par ce travail, par ce combat, blanchot aura fasciné et exalté les plus grands créateurs contemporains de formes et de pensées (de formes de pensées), à commencer par ses deux amis les plus intimes, emmanuel levinas et georges bataille. a son tour il reviendra à cet essai d'interroger la présence, la visibilité, la lisibilité, la vitalité, la culpabilité et la possibilité du biographique, dans une vie et dans une oeuvre, dans une vie faite oeuvre, une vie soutenue des affrontements les plus extrêmes avec la mort.
    Cette vie à l'oeuvre s'adresse d'abord à notre savoir: que pouvons-nous en penser ensemble - et jusqu'oú? elle s'adresse ensuite à notre responsabilité: quelle forme d'attention et de discrétion requiert-elle, quelle sensibilité infinie à la limite du témoignage impossible impose-t-elle? ecrire ce mouvement incessant de l'écriture à la vie, de la vie à l'écriture, à la place du tiers, dans l'attention toujours portée au nom de l'autre, suivant ici le mouvement qui, par la littérature et dans l'amitié de robert antelme, fait advenir la responsabilité à elle-même, la soumet à une reconnaissance illimitée tel est au moins, de cette biographie, l'essai.

  • Bernard-Marie Koltès (1948-1989) a laissé l'image d'un homme souriant, éternellement jeune, à l'énergie romantique et au destin tragique. Il a multiplié les rencontres et les voyages, s'est intéressé tant au roman, au cinéma et à la peinture qu'au théâtre. Dans les années 80, son compagnonnage avec Patrice Chéreau, tout récemment disparu, a forgé sa reconnaissance internationale. Il aimait les acteurs et a obtenu de Jacqueline Maillan comme d'Isaach de Bankolé, d'Yves Ferry comme de Maria Casarès, qu'ils interprètent ses pièces. Pourtant, son sens de l'amour, homosexuel ou amical, ne s'est jamais départi d'un sentiment de profonde solitude. Au programme, cette année (2014), des concours d'entrée aux Ecoles Normales Supérieures d'Ulm et de Lyon, Dans la solitude des champs de coton met aux prises un dealer et un client dans de longs monologues croisés, qui se coupent et s'accélèrent à mesure qu'ils s'approchent d'un dénouement sans résolution. Ce numéro s'engouffre dans les méandres d'une pièce sur laquelle Patrice Chéreau sera revenu trois fois, livrant en autant de mises en scène des interprétations toujours plus profondes et séduisantes.

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