Catherine König-Pralong

  • À l'étude de l'émergence d'une discipline nouvelle, l'histoire de la philosophie, ce livre propose un voyage dans les sciences de la culture, un monde qui s'est formé au xviii e siècle et s'est stabilisé au siècle suivant. L'auteure met en lumière un aspect souvent négligé par l'histoire des sciences philosophiques : la dimen- sion éminemment politique de l'histoire de la philosophie.

    L'histoire de la philosophie a contribué à la fabrication de l'imaginaire occidental moderne. À partir des Lumières, les historiens de la philosophie ont pensé l'Europe comme le territoire exclusif de la rationalité analytique et réflexive, proposant par là ce que l'auteure appelle une coloniasation du passé. Engendré par les révolutions scientifiques et sociales du xvii e siècle, l'Européen serait le seul homme capable de s'autodéterminer librement au moyen de sa raison, et le premier qui ait su douter de lui-même. À l'âge moderne, ethnologues, linguistes, historiens et surtout historiens de la philosophie identifiaient en effet d'autres « cultures ». Ils les démarquaient de l'Occident pour en faire les terrains d'études empiriques, faisant aussi l'objet d'une colonisation savante. Ce livre propose à la fois une histoire interdisciplinaire de l'his- toire de la philosophie et une enquête sur la construction de l'imaginaire scientifique en Occident. Il contribue aux débats actuels relatifs au cultural turn et aux découpes académiques du monde en aires culturelles.

  • L'Arabe, le scolastique et le mystique sont les trois figures principales des récits qui, entre 1700 et 1900, narrent les origines médiévales de la raison moderne. De Pierre Bayle à Ernest Renan, les historiens de la philosophie et les historiens de la culture s'approprient un monde historique relégué dans l'ombre depuis la Renaissance : la philosophie du Moyen Âge. Dans leurs reconstructions, la pensée médiévale joue tantôt le rôle de repoussoir, tantôt elle se mue en berceau de la civilisation moderne. La philosophie et son histoire y côtoient des questions linguistiques, « raciales », culturelles et civilisationnelles.
    Cette enquête sur l'invention du médiévisme philosophique à l'âge moderne met ainsi en lumière la dimension éminemment politique de l'histoire de la philosophie.

  • Quelles étaient les pratiques et les représentations du savoir dans l'université entre 1250 et 1330 ? La présente étude, ciblée sur la conception médiévale du savoir, expose un regard original sur l'histoire socioculturelle des pratiques scientifiques de la période médiévale. Comment les scolastiques euxmême réfléchissaient-ils à leur propres travaux ? En appuyant son regard sur les grands théologiens et le monde clérical, Catherine König-Pralong parcourt l'histoire scolastique du savoir entre Oxford, Paris et l'Allemagne, à la recherche des écrits et réflexions de quelques grands maîtres scientifiques tels que Bonaventure, Albert le Grand, Thomas d'Aquin, Jean Peckham, Henri de Gand, Jacques de Viterbe, Olivi. Et c'est alors l'ensemble de la théologie universitaire qui gagne en consistance historique et devient plus concrète.
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  • Les querelles médiévales qui opposèrent les défenseurs du pouvoir laïque à la Papauté ont été bien étudiées par les historiens de la pensée politique. Ces débats n'épuisent cependant pas la question du rapport entre laïcité et philosophie au Moyen Âge. À l'âge scolastique, l'importance sociale et politique de l'Église implique aussi un monopole culturel. Pour intégrer cette donnée à l'histoire de la philosophie, il vaut la peine d'examiner de plus près l'instruction des laïcs par les clercs et, inversement, l'appropriation de la philosophie par les laïcs : les politiques culturelles et les productions des clercs à destination des laïcs, ainsi que les attentes, les réceptions, les élaborations et les prétentions laïques à l'égard des savoirs philosophiques. Une telle enquête acquiert aussitôt une dimension réflexive. Elle questionne la spécificité de la philosophie comme discipline et comme contenu. La philosophie varie en fonction de ses auteurs, de ses destinataires supposés et de ses lecteurs réels.

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