Ariana Sforzini

  • Quels sens, quelle valeur, quelle portée pour la pensée et pour la pratique politique est-il possible d'attribuer au concept de theatrum philosophicum, de philosophie- théâtre ? À travers l'oeuvre de Michel Foucault, ce livre parcourt les concepts, les textes et les instruments dramatiques utilisés par le philosophe, pour interroger ce que le théâtre peut « faire » à la philosophie, lorsque cette dernière renonce à un idéal de systématicité pour devenir pratique d'invention.
    Plusieurs noyaux conceptuels liés au champ sémantique du théâtre sont abordés, traversant diagonalement l'ensemble de la production foucaldienne : le tragique et la tragédie ; le double ; le simulacre ; la fiction ; les dramatiques de la vérité ; les scènes politiques et résistantes des corps. Le théâtre se révèle être un instrument extrêmement fécond pour reproblématiser la pensée de Michel Foucault dans toute sa valeur théorique et pratique, sans la réduire à des formules abstraites, universelles, préconçues.
    En dessinant un chemin entre théâtre et philosophie (ou mieux : un parcours qui utilise le théâtre pour repenser l'espace et le rôle de la philosophie), et en acceptant les ambiguïtés intrinsèques à un usage souvent indirect et métaphorique de la conceptualité théâtrale, cette recherche conduit à formuler une hypothèse claire : grâce à ses dimensions de dédoublement, redoublement et mise à l'épreuve publique, corporelle, différentielle du réel, le théâtre est une force d'expérience qui dit de manière emblématique la puissance critique au coeur de la philosophie foucaldienne. La théâtralité, loin d'être une dimension esthétisante et marginale des analyses de Foucault, peut en représenter le fil rouge en tant que mouvement de déplacement, déprise et réélaboration perpétuelle de soi : une performance politique. Elle est un autre nom pour cet élan d'altération que la pensée de Foucault a toujours revendiqué comme sa tâche fondamentale.

  • Les aveux de la chair, dernier volume de l'Histoire de la sexualité, fruit de près de huit ans de travail sur le christianisme ancien, est le livre auquel Foucault aura consacré le plus de temps, sans parvenir à l'achever complètement. Le détour par les Pères de l'Eglise (Tertullien, Augustin, Cassien, etc.) devait contribuer à éclairer le rapport que l'Occident entretient au corps et à ses plaisirs, au croisement de la subjectivité et de la vérité. Publiés posthumément en 2018, déjà traduits en plusieurs langues, Les aveux de la chair révèlent l'étendue des recherches conduites par Foucault sur les premiers siècles chrétiens, que les textes et les cours jusqu'ici connus laissaient à peine deviner.

    Le présent ouvrage organise une rencontre inédite : les lectures "chrétiennes" de Foucault sont ici interrogées par seize historiens, philosophes et théologiens internationaux, spécialistes de cette période ainsi que de la pensée de Foucault. En quoi l'approche de Foucault renouvelle-t-elle la manière de lire les Pères? Permet-elle d'aborder autrement la question de la nouveauté apportée par le christianisme dans la culture antique ? Et comment cette nouveauté peut-elle faire sens en philosophie aujourd'hui ? Questions cruciales, non seulement pour l'histoire des idées, mais d'abord et avant tout pour la compréhension de notre actualité.

    Les auteurs James Bernauer, Philippe Büttgen, Philippe Chevallier, Elizabeth A. Clark, Agustin Colombo, Frédérique Ildefonse, Laurent Lavaud, Laurence Le Bras, Paul Mattei, Bernard Meunier, Sébastien Morlet, Michel-Yves Perrin, Jean Reynard, Michel Senellart, Arianna Sforzini et Johannes Zachhuber.

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