Aram Kebabdjian

  • Il commanda deux cafe ? s et puis de quoi manger. Il fuma surtout. Une seule chose le tracassait vraiment : e ? tait-il encore quelqu'un ? E ? tait-il encore de ? terminant dans la ge ? opolitique du monde actuel ? Lui, Sigmund Oropa, ce chevalier insignifiant, parque ? dans son placard de l'Office des fraudes de l'Union, a ? re ? diger des rapports non contraignants sur de suppose ? s de ? tournements de fonds communautaires ? Il contempla la cime des arbres.
    Le ciel, les oisillons qui voltigeaient. Les acacias, les orangers, tout embaumait. En un sens, la situation n'e ? tait pas si de ? sespe ? re ? e. Il sentait qu'il avait eu raison de tenir te ? te a ? Ange ? le. Avec un humour de ? licat, Aram Kebabdjian dresse ici le portrait d'un fonctionnaire international, tiraille ? entre ses vieux de ? mons et son ide ? al de justice. Un conte philosophique et une plonge ? e radieuse dans le cynisme de notre e ? poque.
    L'Hymne a ? la joie est le troisie ? me roman d'Aram Kebabdjian, de ? die ? a ? ses ascendants d'Orient et d'Occident. Il a publie ? , aux e ? ditions du Seuil, Les De ? soeuvre ? s (2015), une satire du milieu de l'art contemporain, pour laquelle il a rec ? u le Grand Prix du premier roman de la Socie ? te ? des gens de lettres, et Le Songe d'Anton Sorrus (2017).

  • Anton Sorrus, homme simple et sans histoire, tourne et retourne dans son lit. Sa femme dort, la maison est vide, la peur le ronge. Toutes les ruses sont bonnes pour terrasser l'insomnie. Mais l'apparition d'un son mystérieux, non identifiable et à la provenance douteuse, vient transformer cette nuit sans sommeil en crise obsessionnelle. Un incident de chasse hante sa mémoire, Anton est frustré, sa promotion ne vient pas, une fête a sans doute été organisée sans qu'il soit invité, son beau-père le surveille et l'idée de mort le tourmente. A la poursuite de l'origine de ce son étrange, pour se tirer de l'incertitude, de l'oreiller jusqu'au ciel étoilé, le héros de cette aventure s'élève hors de sa vie ordinaire, pour découvrir les rives d'une vie nouvelle.

    Une écriture remarquable, précise et élégante, entre le rêve et l'introspection, pour ce huis-clos dans la grande nuit du monde.

  • Un roman sur l'art contemporain qui se passe dans un pays imaginaire. Une révolution a eu lieu. Mais elle est seulement mentionnée, un peu comme on dit en France « Mai 68 ». Elle a provoqué un grand engouement pour la culture. On a construit une cité pour les artistes. Galeries et musées se sont multipliés.
    Chaque chapitre porte le titre d'une ouvre. L'auteur les a toutes inventées, comme il a inventé, avec précision et vraisemblance, la personnalité de chaque créateur, son esthétique et même les artistes du passé qui l'ont inspiré. Tout est pure fiction. Mais c'est si bien trouvé qu'on y croit.
    Tous ces artistes se connaissent : réseaux d'amitiés, d'admiration, de jalousie. Certains triomphent. D'autres passent de mode, d'autres encore sont victimes de leur trop grand succès ou de leurs démons intérieurs.
    Autour d'eux se pressent des galeristes, critiques d'art, collectionneurs et enfin des fonctionnaires de l'art, le ministre de la Culture en tête. L'auteur les traite de façon souvent féroce. Pourtant rien n'est forcé. Ce n'est pas une charge contre l'art moderne. C'est le monde de l'art contemporain qui est dévoilé dans tous ses aspects.

    Sur commande

  • « Une armée d'arbres identiques, comme tirés d'un seul moule et répliqués à l'infini. Cette réplication du même individu augmente en vous le sentiment de votre propre unicité. Sur les troncs, en contre- jour, vous découvrez le fourmillement de la couleur qui s'impose à toute surface. (On vous en avait tant parlé. C'est elle que vous étiez venu chercher.) Un bleu qui vous caresse. Un bleu qui vous pénètre. (Réaction magique de la cyanosynthèse.) L'écorce elle-même dégouline de couleur bleue. » Nous sommes en 3620, une équipe de scientifiques se réunit dans le but de préserver la « zone bleue » de l'afflux touristique qu'elle suscite. Pourtant, quelques siècles plus tôt, après la mise au jour de cette forêt située aux confins des Vosges et de la Lorraine, des morts et des pathologies inexpliquées étaient apparues parmi les visiteurs. Les autochtones parlent du mythe d'un soleil mort enfoui profondément sous terre. L'état de la recherche, malgré la découverte du fait que la Zone se trouve au-dessus de déchets radioactifs, patine. On ne connaît toujours pas le dessein des éventuels fondateurs. À moins que la jeune lauréate du concours de nouvelles du Laboratoire de science-fiction organisé en 2052 ne détienne la clé ? Les deux nouvelles d'Aram Kebabdjian sont à lire tête-bêche, et même en miroir, par-delà le dessin de Stéfane Perraud.

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