Ann Laura Stoler

  • En naviguant dans les archives coloniales, on découvre ce qui a fait de l'allai- tement un enjeu à certains moments et pas à d'autres, ou des garderies une question raciale sensible, ce qui a érigé certaines choses au rang d'« événe- ment », et tout ce qui a animé le débat public. Ce livre porte sur la force de l'écriture émanant des documents sur la gouvernance et la dimension affective des traces écrites de la vie coloniale. En étudiant les archives coloniales des Pays-Bas des années 1830 aux années 1930, Ann L. Stoler pose la question de ce que l'on peut apprendre de la nature du régime impérial et des dispositions que celui-ci a engendrées à partir des formes d'écriture qui l'organisaient.

    Les administrations coloniales étaient de prolifiques productrices de catégories sociales. Cet ouvrage en dresse la liste, mais s'intéresse moins à la taxinomie qu'au caractère incertain des documents et des sensibilités qu'ils expriment. Les archives coloniales des Pays-Bas sont appréhendées comme des récits de l'histoire coloniale, mais avant tout comme génératrices de leur propre histoire. Ce qui a par exemple été écrit dans les marges des archives, en oblique des prescriptions officielles, a produit un appareil administratif tout en ouvrant sur un espace plus large. Ces archives ne sont pas seulement des récits d'actions ou le relevé de ce que les gens croyaient qu'il se passait. Elles sont l'enregistrement du doute quant à la manière dont les gens imaginaient pouvoir établir une correspondance entre les catégories de la domination et un monde impérial en mutation.

  • Cet écrit majeur a renouvelé la façon de penser les dominations coloniales. Plutôt que de raconter les colonisations d'un seul point de vue (celui de la métropole ou celui de la colonie devenue indépendante), Ann Laura Stoler et Frederick Cooper proposent en effet de les englober dans une histoire des empires qui permet d'étudier ensemble, dans leurs interactions réciproques, les dominants et les dominés. Les colonies n'étaient pas des espaces vierges qu'il suffisait de modeler à l'image de l'Europe ou d'exploiter selon ses intérêts ou ses désirs ; et les Etats européens n'étaient pas des entités autonomes qui, à un moment de leur histoire, se sont projetés outre-mer. Les unes et les autres se sont mutuellement construits. Un livre capital pour tous ceux que passionnent les sociétés coloniales.

  • Quelle place ont occupée les arrangements sexuels et les liens affectifs dans la fabrique des empires et des métropoles ? Un magistral travail d'archive, qui plonge au coeur des Indes néerlandaises et de l'Indochine française pour saisir, en actes, le gouvernement colonial de l'intimité.

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