Langue française

  • « Dans la chambre, ensuite, elle boucla son bracelet-montre à son poignet et se para d'un collier de boules d'onyx dont elle aimait le poids et qui avaient un peu la couleur de ses prunelles changeantes, mais elle ne prit aucun linge de corps, quoique son soutien-gorge et sa culotte fussent à portée de sa main sur une chaise, et c'est entièrement nue, ce jour-là, que dans le vestibule elle referma sur elle sa combinaison de motocycliste. »

  • « Le couteau revient souvent dans mon oeuvre. Peut-être provient-il du théâtre élisabéthain. En tant qu'instrument de mort, il est évident que je le préfère à l'arme à feu. Je crois que rien n'émeut autant le spectateur au théâtre ou au cinéma, le lecteur penché sur un livre, que l'apparition du couteau, lame nue, dans la main du meurtrier, et je crois aussi que dans le cas de l'écrivain devant la feuille blanche la simple pensée du couteau est inspiratrice au plus haut point. C'est ainsi qu'il en va avec moi, en tout cas, tellement que dans le conte bref j'ai du mal à m'en passer et qu'il revient [...] avec une fréquence que l'on peut juger exagérée. Tout écrivain, tout artiste, avouera, s'il ne cache pas son jeu, qu'il cherche à créer une certaine beauté, aussi originale qu'il se pourra. Moi, je suis particulièrement sensible à ce que William Butler Yeats appelle la "beauté terrible". C'est cette beauté-là, quand l'occasion s'y prête, que je cherche à faire naître. D'où le petit couteau...Vous vous rappelez, n'est-ce pas, la sublime invention de Poe : le rasoir dans la main de l'orang-outan. »
    André Pieyre de Mandiargues.

  • Les mots qu'ici je viens de réunir ne sont qu'un tout petit peu de ce qui est inspiré à chacun de nous, et pour chacun d'une façon différente, dès que notre regard avec timidité s'arrête sur telle oeuvre dont, malgré sa cohésion, la richesse est stupéfiante. Avec reconnaissance et respect, même si nous n'avons compris qu'une partie de son enseignement, inclinons-nous devant son créateur.
    Grâce lui soit rendue !
    Ecrivain surréaliste, à la fois poète, conteur, romancier et essayiste, André Pieyre de Mandiargues a entretenu d'étroites relations avec l'oeuvre écrite et peinte d'Henri Michaux, son ami. Son monde où pulsions et fantasmes bousculent le réel, où une liberté onirique aux confins de l'imaginaire et du désir lézarde le quotidien (dans un trouble merveilleux), coïncide par plusieurs frontières avec celui de Michaux. Personne n'était alors mieux placé pour poser sur «ce très haut phare à feu noir» un regard aussi profond que personnel. Dans ces trois textes Michaux devient un voyant, une sorte d'Aède qui entrevoit dans les ténèbres les contours nets des origines, naissance de toute chose.
    Aimons-le !

  • 1961 : la cinéaste Nelly Kaplan adresse au poète André Pieyre de Mandiargues une invitation pour la projection de son film 'Gustave Moreau'. Il y vint et fut séduit. Cela marqua le début d'une amitié amoureuse où deux êtres libres déclinèrent à tous les temps les diverses facettes de l'érotisme, de l'insolence, de l'humour et de l'admiration réciproque. En témoigne cette correspondance échangée pendant trois décennies.

  • D'origine italienne, le mot «belvédère» désigne une construction élevée, d'où la vue s'étend au loin. Voici le troisième belvédère de Mandiargues plus massif que les précédents parce que son édification fut de plus longue durée. Reposoirs de la procession, c'est-à-dire de la carrière d'un écrivain, observatoires d'où son regard se pose sur les «lieux» de la peinture, de la sculpture, de la poésie, de la narration, de l'érotisme ou du voyage qui lui ont donné ses meilleures joies, ces belvédères jalonnent un chemin non pas de croix, mais d'émotions et d'éblouissements.

  • Avec près de trois cents lettres, cartes et billets échangés entre 1947 et 1968, la correspondance entre André Pieyre de Mandiargues et Jean Paulhan reflète l'actualité du monde des lettres de l'après-guerre et les débats intellectuels qui l'animent, principalement autour de la réapparition de La NRF que Jean Paulhan codirige à partir de 1953, et à laquelle André Pieyre de Mandiargues contribuera à la rubrique « Le Temps, comme il passe ». Il y publiera de nombreuses critiques et donnera en avant-première plusieurs de ses oeuvres.
    Tant d'écrivains importants font en effet partie du monde de Jean Paulhan... Écrivains qu'il à lui-même promus, grâce à sa place stratégique au sien de la Nouvelle Revue française, ou avec qui il entretenait de profondes affinités intellectuelles. Depuis leur première rencontre en 1946, André Pieyre de Mandiargues fait partie de ce cercle amical, poétique et artistique. Et c'est le point de départ de leur conversation épistolaire.
    Au fil de ces lettres, érudites et bouleversantes, la personnalité des deux interlocuteurs se révèle dans toute la saveur de sa subtilité et de son ironie. Tous les deux partagent en effet un même goût pour l'insolite, les incongruités, le plaisir de voir... André Pieyre de Mandiargues et Jean Paulhan - Mandiargues appelle celui-ci le « playboy de l'art moderne » - aiment les artistes et en particulier les peintres. Leur écriture est souvent au service de l'image et de ses créateurs et dont les noms - Braque, Dubuffet, de Pisis - apparaissent dans bien des lettres. Tant de connivence, par-delà la différence de génération, fait naître une affection et une intimité qui donnent à cette correspondance une chaleur surprenante et, pour le lecteur d'aujourd'hui, extrêmement touchante.

  • En janvier 1931. Leonor Fini, à Paris depuis quelques mois, fait la connaissance dans un café d'André Pieyre de Mandiargues. Très vite, elle entame avec lui une liaison qui se transformera en une longue et profonde amitié. A peine séparés par les circonstances et le contexte d'une Europe troublée, ils s'écriront. C'est la majeure partie de cet échange, mené vingt années durant, qui est présentée ici pour la première fois. Rédigée dans un étrange sabir franco-italien, pimentée de piques et de caricatures, cette correspondance convoque tour à tour les artistes, et amis du couple, les plus célèbres du moment, d'Eluard à Dali, de Chirico à Cartier-Bresson, de Picasso à Savinio. Elle offre aussi un fascinant aperçu des milieux littéraires et artistiques de cette période (en particulier au cours d'un réjouissant séjour new-yorkais de Leonor), en même temps que la chronique d'une amitié amoureuse entre deux personnalités que distingua leur admirable liberté de vie et de pensée.

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