Table Ronde

  • Miguel de Cervantès a raconté la vie de don Quichotte jusqu'à son retour au village après sa troisième sortie. À peine le chevalier a-t-il rédigé son testament qu'il rend l'âme, entouré de sa gouvernante Quiteria, du curé don Pedro, du barbier Nicolas, de son écuyer Sancho Panza et de sa nièce Antonia, tourmentée par les nombreuses dettes que lui lègue son oncle et les attentions masculines peu louables dont elle est l'objet, alors qu'elle n'a d'yeux que pour le bachelier Samson Carrasco. Chacun se souvient de l'ingénieux hidalgo et s'interroge sur les intentions profondes qui ont guidé son âme. Mais l'action continue, qui donne à Andrés Trapiello, à Sancho Panza et au lecteur l'occasion de se venger de la bêtise de ceux qui, profitant de sa folie, se sont moqués du chevalier à la Triste Figure.

  • Un an après la mort de don Quichotte, c'est avec quelques inquiétudes que les plus fidèles compagnons du chevalier - son écuyer Sancho Panza, sa nièce Antonia, le bachelier Samson Carrasco et la gouvernante Quiteria - se mettent en route pour Séville. Samson s'est brouillé avec son père. Antonia fera le voyage enceinte. Quiteria partage de mauvaise grâce la compagnie de Sancho, qui laisse derrière lui sa femme Thérèse et leurs deux enfants. Les malveillances du notaire, M. De Mal, les vilenies des anti-quichottistes et les nombreux préparatifs pour se rendre aux Indes ne sont qu'une infime partie des pièges à déjouer avant la traversée à bord de La Favorita, qui leur réserve encore bien des surprises. C'est un miracle s'ils survivent à la tempête, aux pirates, aux voleurs et aux profiteurs avant de débarquer à Arequipa, où se poursuivent leurs aventures.

    En 2004, Andrés Trapiello s'attelait à une tâche des plus quichottesques : écrire la suite de Don Quichotte de la Manche. Dix ans après, il récidive. Dans Suite et fin des aventures de Sancho Panza, les personnages de Cervantès continuent de côtoyer les siens, toujours à l'ombre du défunt chevalier qui leur sert de lanterne dans la tourmente.

  • Pour ceux qui perdent une guerre, la fin des combats n'est que le début de nouvelles épreuves, peut-être plus terribles encore.
    Lorsque Justo Garcia commence son journal, l'issue de la guerre civile ne fait aucun doute et son détachement, comme le reste de l'armée républicaine, est en déroute. Pour lui et des milliers d'Espagnols, le seul espoir de survie est désormais de fuir, vers la France d'abord, puis le Mexique. La faim, la saleté, la peur, le mépris, l'exil, Justo Garcia raconte jour après jour la débâcle, où seuls l'amitié et l'amour rencontrés en chemin lui permettent de conserver foi en l'humanité.

  • Les apparences sont trompeuses, et ce qui survient dans ce roman ne se serait jamais produit si Claudia et Max ne s'étaient pas retrouvés à l'autre bout du monde, dans un cadre paradisiaque aux antipodes de leur quotidien madrilène.
    Max est ingénieur et Claudia gynécologue. Ils se sont donné rendez-vous à Costanza - où Max termine un chantier et où Claudia vient assister au mariage de sa meilleure amie. Pas un instant, ils ne se doutent de ce qui va leur arriver. Pas un instant, ils n'imaginent les complications dans lesquelles ils se plongent. Car si le coup de foudre qui les jette dans les bras l'un de l'autre est une bénédiction et l'adultère une banalité, il n'en va pas de même pour l'inceste. Frère et soeur, Max et Claudia savent que la société ne peut pas leur accorder le droit au bonheur. L'inceste est le dernier tabou, marqué du sceau de l'infamie. C'est contre cette fatalité qu'ils s'élèvent. Bravant l'interdit avec courage et détermination, ils décident de vivre au grand jour leur exceptionnelle histoire d'amour.
    Un roman à la fois dérangeant et puissant qui ne manque pas de placer le lecteur devant ses questionnements moraux et ses propres démons.

  • Le club des Amis du crime parfait réunit périodiquement, dans un café madrilène, un groupe hétéroclite d'amateurs de romans policiers. A son programme, des discussions animées sur les grandes figures du genre et, surtout, l'élaboration collective d'un chef-d'oeuvre, la mise au point d'un crime parfait. Chaque " ami " est désigné par le nom de son héros fétiche : Poe, Maigret, Nero Wolfe, Perry Mason, ou encore Sam Spade, le narrateur, de son vrai nom Paco Cortés. Dans cette Espagne de la fin des années 1980, la démocratie est encore fragile et l'actualité offre de la matière à la littérature noire, à commencer par le coup d'Etat du 23 février 1981. C'est dans ce contexte que le beau-père de Paco, alias Sam, est assassiné. Il ne reste plus qu'à mener l'enquête sur les raisons de la mort de ce sulfureux personnage. Les Amis du crime parfait mêle avec humour un jeu sur les codes littéraires à une réflexion sur l'écriture de la mémoire. Il a été couronné du prix Nadal en 2003.

  • Espagne, début des années 70. Une ville universItalre dont la gloire se conjugue au passé, un étudiant en rupture de conformisme familial que le hasard d'une amitié embarque dans un groupuscule maoïste. Le franquisme vieillit, le marxisme fleurit dans les coeurs de la jeunesse.
    Notre héros va découvrir l'amour, le combat politique, le mal d'être - et, finalement , l'ambiguïté nauséeuse de tout.
    Vingt ans après, l'alchimie de la mémoire servie par la poésie, l'ironie et le regard aigu d'un bel écrivain, commémore ces années d'apprentissage.
    Franco est mort dans son lit, l'Espagne est devenue démocratique. I.:.écrivain quadragénaire consulte son fichier intime avec une tendresse sans illusions.
    Cela donne un roman superbe où chaque ligne, chaque émotion, sonne juste.

  • Pepe, un historien de la guerre civile en Espagne, revient vivre à Léon après 20 ans d'absence. Un matin, alors qu'il vient de croiser son père par hasard, il est témoin d'une scène qui les met tous deux dans l'embarras. Son père, jeune phalangiste durant la guerre, est reconnu par un homme - presque aussi vieux que lui - qui a vu son propre père assassiné sous ses yeux en 36. Le père de Pepe a-t-il lui-même tué ? n'a-t-il fait qu'assister à la scène ? Qu'ont-ils fait du corps ?
    Ces questions se propagent au-delà des personnages concernés, touchant leurs familles, les autres collègues historiens, la ville, et éveillent en chaque protagoniste une attitude personnelle et impartageable que traduit le caractère « choral » du roman - chacun prenant tour à tour la parole, tissant les bribes d'une histoire impossible à concilier.
    Le roman est palpitant car le lecteur attend tout au long que se révèle une vérité. L'histoire des deux hommes restera finalement un mystère, l'historien est discrédité, victime dune cabale interne, il part, laissant la femme qu'il aime en se sentant trop vieux pour l'aimer.
    On reconnaît dans la voix de l'historien celle d'Andrés Trapiello lui-même, telle qu'elle s'immisçait dans Les Armes et les lettres - le thème de la troisième Espagne notamment, cette troisième Espagne qui demeure introuvable, comme si la guerre civile devait se poursuivre sous d'autres formes.
    Un roman qui rappelle l'obligation bien réelle de faire avec, avec les secrets individuels, avec les intérêts collectifs, avec l'ambiguïté propre à tout individu, avec l'oubli, avec le temps qui passe et les gens qui meurent, avec l'impossibilité, finalement, d'écrire l'histoire tant qu'on n'a pas fini de la vivre.

  • Dans la lignée d'hommes aussi avisés qu'Antonio Machado ou Miguel de Unamuno, Andrés Trapiello a longtemps cru que la guerre civile espagnole avait été le fait d'un pays coupé en deux. En réalité, cette guerre a opposé deux Espagnes minoritaires et extrémistes déterminées à en finir l'une avec l'autre, aux dépens d'une Espagne, majoritaire, réunissant des gens de toutes conditions, de tous âges, de toutes classes et idéologies.
    Aussi, dans Les armes et les lettres, Trapiello convoque et étudie les plus grands écrivains espagnols de l'entre-deux-guerres : Machado et Unamuno, bien sûr, mais aussi Ortega y Gasset, Federico García Lorca, Eugenio d'Ors, etc., dont il s'efforce de comprendre et de décrypter la posture ambiguë et le rôle qu'ils ont joué dans cette période clé.

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