Alberto Breccia

  • Réalisées à différentes périodes, les cinq adaptations de nouvelles d'Edgar Allan Poe par Alberto Breccia, réunies dans Le Coeur révélateur, ne sont pas de simples prétextes à une série de variations stylistiques. Elles fournissent au génie argentin, fermement convaincu que c'est le style qui doit s'adapter à l'atmosphère du récit - et non l'inverse -, une nouvelle occasion de montrer sa maîtrise exceptionnelle du dessin et de la composition. Avec une désinvolture et une facilité étonnantes, il passe d'un minimalisme formel et d'un découpage cinématographique (Le Coeur révélateur) à des teintes grotesques (William Wilson), jusqu'à un style plus expressionniste (La vérité sur le cas de Monsieur Valdemar).
    Si une distance manifeste sépare la rigueur dépouillée dont il use dans Le Coeur révélateur et le foisonnement de formes et de couleurs qui explose dans Le Masque de la mort rouge, un fil rouge relie pourtant tous ces récits. La constante invention graphique dont fait preuve Breccia a pour unique intention d'éclairer d'une lumière crue la frontière floue entre la vie et la mort. Il capture ainsi ce moment de bascule où, saisi par le néant, l'homme devient son propre bourreau, cette faille insondable que Poe lui-même n'a eu de cesse d'explorer tout au long de son oeuvre.

  • Dessinées (il faudrait peut-être dire : peintes) pendant les années noires de la dictature argentine, les histoires courtes qui composent la série Dracula, constituent certainement la plus importante
    oeuvre en couleurs d'Alberto Breccia en même temps qu'un témoignage poignant sur une des pages les plus noires de l'histoire de son pays. Breccia y maîtrise à la perfection tous les registres du grotesque, du noir et de la couleur tout en donnant une véritable leçon de composition.
    Cette nouvelle édition comprend, en plus, l'ensemble des croquis préparatoires, pour une fois particulièrement aboutis et qui constituent à eux seuls une véritable nouvelle version de la série.

  • Un certain Daneri Nouv.

    Daneri est un détective privé, ou ce qui peut s'en approcher dans l'Argentine des années 70. Pendant ces années de plomb, la dictature se respire et se sent comme un climat oppressif qui traverse l'ensemble des histoires de ce détective pas comme les autres. Engagé par certains clients ou au fil de ses rencontres, Daneri se tranforme en agent du destin malgré lui etaide à réaliser ce qu'il avait souvent décidé d'éviter.

    Le duo Carlos trillo - Alberto Breccia de Buscavida avait également inventé ce personnage et les 8 aventures indédites en France que contient ce livre. La noirceur des récits de Carlos Trillo est magnifiée par les dessins d'Alberto Breccia qui jouent sur les textures, les collages et les effets du dessin à l'encre de chine.

  • Il a fallu huit ans à Alberto Breccia et Juan Sasturain pour réaliser Perramus. Dans cette grande fresque de plus de 460 pages, les auteurs ont transposé toute l'histoire (avec un grand H), les symboles et les mythes de l'Amérique Latine : la dictature militaire et ses disparitions (Breccia rend hommage à son scénariste Hector OEsterheld, disparu durant cette période), le tango avec Carlos Gardel, la passion du football, l'influence des Etats-Unis avec Henry Kissinger et Frank Sinatra et, bien sûr, la littérature, avec des versions fantasmées de Jorge Luis Borges et Gabriel Garcia Marquez.
    En 1982, la dictature militaire est au pouvoir en Argentine. C'est dans ce contexte particulièrement difficile que Perramus voit le jour. Sur les deux premiers livres sur les quatre qui composent cette oeuvre, le récit prend pour toile de fond cauchemardesque un état totalitaire fantasmagorique. Perramus est un homme qui a laissé mourir ses compagnons de révolte pour fuir et qui, incapable de faire face à cette réalité, s'abandonne à l'oubli.
    Devenu l'homme sans mémoire, il va parcourir le monde en quête d'identité et de rédemption avec pour compagnons de fortune Canelones, l'Ennemi et Jorge Luis Borges. Par sa genèse, son contexte politique, le talent de ses créateurs, le style toujours novateur d'Alberto Breccia, Perramus est un roman graphique incontournable.

  • Sherlock Time est une série fantastique et policière. Le propriétaire d'une maison hantée se rend compte qu'elle sert de piège à des extraterrestres pour capturer des humains.
    Il accepte qu'un dénommé Sherlock Time investisse l'une des tours du manoir. À l'instar de Holmes et Watson, tous deux mènent diverses enquêtes en onze épisodes. Cette série fut publiée en 1958. Alberto Breccia considérait qu'il s'agissait de son premier travail digne d'intérêt.
    Son style, encore classique mais non dénué d'audaces, emprunte notamment certains codes de l'expressionnisme.

  • Au moment de sa première publication, en 1974, l'adaptation des Mythes de Cthulhu de H.P. Lovecraft par Alberto Breccia fit l'effet d'une véritable bombe. Les critiques et la profession saluèrent unanimement le formidable bond en avant accompli par Breccia. Ce qui les étonna et qui étonne encore aujourd'hui, en permettant de classer les Mythes de Cthulhu parmi les grands chefs-d'oeuvre de la bande dessinée, c'est la véritable débauche de solutions graphiques et d'expérimentations mises en oeuvre par le Maître : pinceau sec, collages, utilisation de textures imprimées, tous ces moyens sont employés avec une surprenante liberté créative pour construire des nouveaux types de lumières et de matières. Parallèlement, Breccia développe un style différent pour chaque histoire, en passant avec aisance du réalisme à l'abstrait, pour coller le plus possible à l'atmosphère du récit. Son pari, pousser le lecteur à revivre les oppressantes atmosphères de Lovecraft, est pleinement gagné grâce à l'emploi savant de ces artifices, tant qu'aujourd'hui encore ces images dégagent une force inquiétante.

  • Evita s'inscrit, comme Che, dans la volonté d'Hector Oesterheld de mettre en lumière les personnalités latino-américaines oubliées dans le contexte politique des années 1970. Le scénario a été abandonné à cause d'aléas politiques, puis redécouvert dans les années 2000. Un livre historique qui a bien failli ne jamais exister.

  • À longueur de journée, Buscavidas traîne son embonpoint et sa bouille flasque et informe à la recherche de morceaux de vies à écouter, qu'il accumule dans ses archives labyrinthiques.
    Ses terrains de prédilection : les bars louches, les bancs de jardins publics ou encore les coins de rues de quartiers pauvres. Tandis qu'il enrichit sa collection, Buscavidas se fait le confident d'une humanité affligée et désespérée, qui débite sans pudeur ses malheurs, des tracas les plus anodins aux crimes les plus abjects. Dans ces courtes histoires morales, Breccia et Trillo dressent le portrait de l'homme dans tout ce qu'il a de plus vil et méprisable.
    Ce catalogue glaçant a été conçu entre 1981 et 1982 et composé alors que la dictature argentine prenait fin, s'en faisant l'écho retentissant. Exceptionnelle à plus d'un titre, cette nouvelle édition de Buscavidas comporte un épisode inédit en France ainsi que l'intégralité des ébauches des histoires, présentée en fin de volume. Y transparaissent, intactes, toute la force et toute la pureté du dessin de Breccia.

  • Monté en flash-back à partir du moment où Che Guevara est coincé dans la jungle bolivienne, peu avant sa mort, Che est un livre exceptionnel par son propos, sa force plastique et son histoire éditoriale. Il est dessiné par le maître de la bande dessinée argentine Alberto Breccia et par son fils Enrique. Tous deux imaginent des systèmes de correspondances graphiques très novatrices pour l'époque.

  • « Mort Cinder est la mort qui jamais ne s'accomplit. Il y a un héros qui meurt et qui ressuscite. Il y a un tourment et une souffrance. C'est peut-être une réponse à un état d'âme particulier chez moi, mais l'essentiel de cette atmosphère vient de Breccia, qui est encore plus tourmenté que moi. Son dessin, avec sa quatrième dimension, avec sa force de suggestion, le distingue de la plupart des artistes que je connais. Et c'est cette force dont il use en permanence qui lui fournit toute sa valeur et qui provoque l'imagination des scénaristes. » Héctor Germán Oesterheld.

    Plus de seize ans après sa dernière publication en France, les éditions Rackham offrent un nouvel écrin au chef d'oeuvre d'Oesterheld et de Breccia en proposant une version intégrale de cet album que d'aucuns considèrent comme l'un des plus importants de l'histoire de la bande dessinée argentine et mondiale. Le volume rassemble les dix épisodes que compte l'oeuvre, parus en Argentine à partir de 1962, auxquels s'ajoute le scénario inédit d'un onzième épisode jamais réalisé. À l'occasion de cette publication, la traduction a fait l'objet d'une révision complète et de nombreuses pages ont bénéficié d'une restauration fidèle aux planches originales de Breccia.

  • En 1979 et 1980, Carlos Trillo et Alberto Breccia décident d'adapter certains contes de fées popularisés par les frères Grimm et repris antécédemment par l'usine Disney. À l'époque, l'Argentine est encore aux prises avec la dictature. Blanche-Neige, Cendrillon, Hansel et Gretel, Le Petit Chaperon rouge, La Belle au bois dormant... Écrasés par les années de plomb, les deux auteurs vont alors truffer leurs histoires de messages sous-jacents qui, à l'aube du xxie siècle, deviennent éclairants. Carlos Trillo et Alberto Breccia sont deux grands maîtres de la bande dessinée argentine. Le premier ne racontait jamais pour ne rien dire. Le second, génial dessinateur capable de toutes les audaces, a créé dans Qui a peur des contes de fées un univers graphique singulier à base de peinture, de collage et de papier découpé. Cette édition reprend les cinq contes réinventés par Trillo et Breccia vers 1980. Ces histoires, parues à l'origine dans El Péndulo, Hurra, Alter Alter et SuperHumor, n'avaient jamais été recueillies en français. Préface de Fernando Ariel Garcia.

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