Mascaret

  • Afin que le maintien, sur la première page de couverture, de la référence explicite à la sociologie de Bourdieu ne donne lieu à aucune équivoque, je redirai ici ce que j'ai déjà précisé dans les précédentes éditions : mon propos n'est pas d'exposer en toute rigueur ce que pense Bourdieu et pas davantage ce qu' " il faut " penser de ce qu'il pense ; il est de proposer une vision du social qui est la mienne mais que je n'aurais su concevoir ni formule de cette façon sans une fréquentation assidue et une appropriation personnelle des analyses qu'il a élaborées.
    A telle enseigne que, comme nombre de lecteurs, universitaires ou autres, l'ont déjà vérifié, la lecture de mon exposé, en dépit de ses lacunes et de ses approximations (qui ne sont évidemment imputables qu'à moi), peut constituer, pour des non-spécialistes, une utile introduction à cette oeuvre puissante de la science sociale contemporaine dont je considère que, seule de cette envergure, elle apporte une contribution indispensable à la nécessaire et salutaire critique sociale.
    A. Accardo, 1996

  • Cet ouvrage fait suite à Journalistes au quotidien (Ed.
    Le Mascaret, Bordeaux, 1995) dans lequel les auteurs, membres du groupe de " Sociologie des pratiques journalistiques ", exposaient la première partie d'une enquête sur certains aspects profonds de la crise qui bouleverse depuis quelques années le monde du journalisme. Comme l'indique son titre, Journalistes précaires, le présent ouvrage poursuit l'enquête en centrant l'observation et l'analyse sur le processus de précarisation croissante qui touche désormais l'emploi dans les entreprises de presse de plus en plus soumises à la loi du marché, avec des effets le plus souvent désastreux tant au plan de l'activité professionnelle - et donc de la qualité de l'information - qu'au plan de l'existence personnelle des précaires (pigistes et CDD).
    Comme le soulignent le sociologue Alain Accardo et ses amis journalistes du groupe de recherche, on perçoit actuellement dans le journalisme les conséquences d'une évolution qui affecte plus largement une grande partie du tertiaire et tout particulièrement le secteur de la production et de la diffusion des biens symboliques, évolution caractérisée par l'émergence et le développement au sein des classes moyennes d'un " prolétariat " de type nouveau, comparable à bien des égards à l'ancien prolétariat industriel, et en même temps très différent parce que les nouveaux manoeuvres, OS et autres " nouveaux pauvres " de la production symbolique sont porteurs de propriétés (origines sociales, capital culturel, dispositions, etc.) grâce auxquelles ils peuvent faire illusion, aux yeux des autres et à leurs propres yeux, et continuer à tourner indéfiniment en rond dans les contradictions inhérentes à leur position de dominant-(très) dominés, à la fois victimes malheureuses, souffre-douleur révoltés et complices consentants de l'exploitation qu'ils subissent.
    Le lecteur trouvera dans cet ouvrage, sous la forme d'entretiens approfondis avec des journalistes en situation précaire, une série de témoignages dont l'ensemble, à la fois très éclairant et très émouvant, donne une vision de l'univers journalistique - et au-delà, d'une intelligentsia prolétaroïde - dont le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle contraste singulièrement avec celle qu'en cultivent habituellement les grands médias de presse.

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