Adel Abdessemed

  • En 2018, Abdel Abdessemed a présenté une exposition évènement à Arles : "Au-delà du principe de plaisir". Cet ouvrage fait office de catalogue rétrospectif de l'exposition qui était constituée de photographies et de sculptures où l'artiste se met en scène pour retranscrire l'expression des tensions et leur traduction la plus commune comme point de départ à toute forme de création. La plupart des photographies ont été réalisées dans la rue qui longe son studio à Paris. Il a réellement amené un lion dans la rue, il a effectivement mis le feu à ses habits, les squelettes existent et on pourrait les rencontrer dans son atelier... À chaque fois, il s'agit d'une situation réelle et précise,  provoquée, choisie pour son caractère symbolique et émotionnel.

  • Charbon

    Adel Abdessemed

    • Macula
    • 24 January 2018

    Les 42 dessins à la pierre noire de Charbon forment une galerie de portraits chers à Adel Abdessemed (né en 1971), qu'il s'agisse de proches de l'artiste, de ses inspirations littéraires, plastiques ou politiques.

    Rares sont les artistes à livrer leurs secrets, leur héritage intellectuel, ce qu'Adel Abdessemed fait ici sans ambages, à rebours des usages. Véronique Yersin, dans son texte introductif à l'ouvrage, donne une piste de compréhension de la démarche de l'artiste : « il serait par ailleurs injuste d'omettre la part de vulnérabilité à dévoiler ainsi les héros de son histoire, à faire voir son héritage. Mais peut-être faut-il encore le dire ? C'est bien dans la fragilité que l'homme puise sa force. » Une force qui se partage avec celui qui est face aux figures représentées.

    Ces dessins, aux courbes simples et fortes à la fois, exhalent l'enthousiasme avec lequel Adel les a réalisés entre 2016 et 2017, et c'est peut-être la raison pour laquelle ils sont si fascinants, littéralement. Quand nous les regardons ce sont en effet tout autant les personnages qui nous observent.

    Qui sont-ils ?

    « Achille, Alfred Dreyfus, Angela, Aïcha, Constantin Brancusi, Joseph Beuys, Gilles Deleuze, Jimmie, Roberto Cerbai, Pierre, Hanru, Georges Lapassade, Yotam, Stella, Lili Boniche, Lisa, Julia, Jean-Pierre Soupize, René, Julie, Ksu, Elektra, Elle, Rio, Azzedine, Om Kalsoum, Le Caravage, Hélène, Paul Celan, Christine, Hossein Mahdavi, Obama, Patrick, Donatien, David, Orson Welles, Paolo Uccello, Philippe-Alain, Pier Paolo Pasolini, Giorgio, Friedrich Nietzsche. Tel un commissaire [...], l'artiste prie ses invités de se rallier à lui le temps d'une photographie. Ces êtres cartographient un fragment du monde d'Adel, à un instant précis », nous dit Véronique Yersin. C'est toute la beauté de ce fragment qui est saisie ici et à laquelle la forme de l'objet emboîté veut rendre hommage.

  • Fois en Europe dans la chapelle du musée Unterlinden, en regard de la Crucifixion de Grünewald qui les a inspirés.
    « Cet ensemble d?un expressionnisme exacerbé par le contraste entre la violence du matériau (le fil de fer barbelé) et la beauté du résultat formel, la taille imposante des corps et leur exposition aérienne, entre le symbole unique et la multiplicité, semble exhiber toute la violence contenue dans la représentation iconique du Christ sur la croix de Grünewald.
    Mais au-delà de cette dimension dramatique, le matériau utilisé et savamment tressé, la répétition du sujet devenu motif ont une visée ornementale que trahit le titre de l?oeuvre, à concevoir comme une stylisation ou une sublimation de l?image du Christ de Grünewald ».

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  • "A chaque transit, le pas d'Adel Abdessemed. Global est la traversée des villes et l'histoire des adieux. Il retrace le parcours qui contraint le licite et l'illicite à se heurter, force la rencontre inattendue du religieux et du nu, oblige les noms incompatibles à coexister. Ensemble de fables exposées dans un acte vrai où, parmi tant d'autres, l'imam offre la nudité de son corps, où le nom du prophète est accolé à celui de l'inventeur du matérialisme accolé à celui du dictateur, les créations d'Adel Abdessemed encadrent rigoureusement des situations dans lesquelles la vérité ne surgit qu'une fois. L'artiste l'attrape et la donne à comprendre dans sa violence, jusqu'à celle de l'autoportrait qui, entre squelette et désert, a remplacé l'érotisme par l'intimité du désespoir global."
    Marc Monsallier

  • Adel Abdessemed bas been one of the major figures in contemporaty art since he entered the international creative world in the early 2000. In 2012, after recent exhibitions in Nagoya, Venice, London, Tel Aviv, Berlin, and New York, his work is featured in a large exhibition at the Centre Georges Pompidou. Well-known for his capacity to produce images generally considered violent, he seems to appeal to the immediate reaction of the viewer. However, under closer observation, his work appears to be of great cultural and intellectual complexity. In a conversation with Italian art critic Pier Luigi Tazzi, Abdessemed explains his personal and creative background to his work - a background that had been left unknown.

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  • Adel Abdessemed, l'un des plus audacieux artistes d'aujourd'hui, connu dans le monde entier pour sa liberté irréductible exercée contre tous les pouvoirs, reçoit une mystérieuse invitation à passer une nuit dans le musée Picasso, au coeur de l'exposition « Guernica ». Mais la toile mythique y sera absente. Peinte au lendemain des bombardements fascistes, qui le 26 avril 1937 ont réduit en cendres la ville basque, elle ne peut plus quitter l'Espagne.


    Il sera accompagné d'un écrivain qui admire son travail, et a reçu la même invitation, sans plus d'explication. Il sera le « scribe » de l'artiste.


    Le temps d'une nuit intense, sillonnée par les éclairs lancés par les oeuvres d'art, les confessions de l'artiste sur son travail et l'Algérie, et ses dessins au charbon, ils vont traverser le musée comme deux Orphée qui ne peuvent pas se retourner. Dans ce pas de deux sensuel et électrique, on ne sait plus qui manipule qui.

  • Ceci est un de mes Cahiers. Au cours de son temps de recueillette - près de deux ans -, il a tissé son petit volume de 2017 jusqu'à présent, sans avoir aucune fin de publication. C'est peut-être un témoin, à peine un confident. À moi il a porté secours et attention, discrètement. D'une certaine manière il serait comme l'incarnation de mon Inséparable, mon anima et mon animal mêmes, l'écriture, toujours là, mon double, mon autre, ma lumière avec mon obscurité, ma béquille et mon cheval, mon Esprit plus libre que moi, ma langue plus hardie et plus modeste que mon instrument pensant. Mon pinceau volant.
    Sans apparat et sans obligation, sans discipline et sans effets il est un corps mosaïque, hybride, sans genre particulier, composé d'instants de longueurs diverses et de profondeurs insistantes mais sans pression, de quelques fouilles et explorations du coeur. On y trouvera événements intimes comme mondiaux, rêves, conversations continuelles avec mes Immortels les morts chéris, les plus jamais mortels qui m'entretiennent, que ce soit Montaigne ou ma mère, ou Montaigne ma mère, ou tel bien-aimé, scènes de la vie quotidienne.
    Sous l'invitation pressante et chaleureuse de son éditeur à se présenter sans tarder, il vient s'offrir à la lecture dans l'état exact où il se trouve, spontané, sans apprêts ni corrections, sans maître, sans mettre de maquillage. Mais comme toujours taillé au vif de mes vies.
    Ce qui le distingue des quarante ou cinquante de ses prédécesseurs cahiers ? Rien, sinon que celui-ci a noté, distraitement, un trait inaugural :
    Il est celui où le sujet-scriptrice a déclaré la date, seule trace d'identification, à la rubrique « âge » 80 ans.
    P.-S. Qu'est-ce que ça fait « d'avoir » ce qu'on n'a pas : 80 ans ? Ça fait que l'écriture se lève de plus en plus tôt le matin, et s'en va plus tôt le soir, suivant le soleil.
    Ce cahier, si c'était un livre, serait un livre des petits embrasements de vies et des coups de mort.
    On n'y trouvera pas de méchanceté, du moins je le crois.
    Hélène Cixous, 27 mars 2019

  • - Oui, je n'ai pas écrit le livre de Jérusalem.
    C'est terrible de commencer une page, peut-être la première page d'un livre, en s'arrachant un aveu et c'est ce que j'ai décidé de faire, après m'avoir vue moi-même me fuir moi-même trop de fois. Je n'ai pas pu faire autrement Il y a un an quand j'arrêtai le livre d'Osnabrück j'étais juste en face du mur du Mont Moriah. J'étais devant le mur de la première page. J'ai peut-être senti, ai-je senti ?, que j'étais devant le mur, je n'en suis pas sûre. Déjà j'étais coupable ou j'allais l'être. Il n'y avait rien sur le mur blond, c'est moi qui ai eu la vision d'une tombe debout et qui ne me disait pas un mot. Il me semble que je me poussais moi-même à croire ce que je ne croyais pas, j'avais une âme d'âne. Une fois en Algérie ma mère n'a pas pu passer un pont, l'âne était prêt à mourir plutôt que de renoncer à son pont. Il y a une volonté plus grande que toutes nos volontés. Ce mur était aveuglant, je le lus, je contemplai son néant, c'était le portrait du futur.
    - J'ai constaté concernant le rôle de Jérusalem en réalité dans mon histoire, qu'il y a là dans l'air, circulant invisibles comme des radiations magnétiques, des volontés plus fortes que ma volonté de visiteuse. On y arrive trop tard, on vient après les dieux.
    En mai 2015, je sais que j'étais debout sur la très petite terrasse au faîte du Mont des Oliviers, avec à ma gauche un chameau debout tenu en laisse par un licol très serré, l'incarcéré du Mont des Oliviers, l'âme immobilisée pendant toutes les heures d'une journée, et toute la liberté concédée était logée dans les pattes que l'être avait le droit de soulever et de reposer sur le même carré de sol. Du haut du Mont des Oliviers sans oliviers, j'ai vu le monde, j'ai vu son Prisonnier, et j'ai maudit l'Humanité. Ça ne se voyait pas. Même sur la photo. J'ai enfermé mes larmes de pitié dans la page de garde du livre de Jérusalem.
    Dans la page voisine le tribunal siégeait. Tu pleures pour un chameau. - Elle pleure pour un chat. - Voilà quelqu'un qui pleure pour un mot.
    Le livre de Jérusalem avait déjà commencé, juste en face du mont Moriah. Moi, depuis le mont, je voyais Moïse regarder commencer la Terre Promise.
    Et devant lui il vit bouger avec une lenteur folle la vie d'un chameau enchaîné.
    - Dire qu'il y en a qui sont enterrés dieu-sait-quoi comme mon père, dit ma mère, Moïse comme mon père, à Baranovici, tout seul. Quel avenir ! C'est drôle l'homme, toute cette création, c'est vraiment incroyable ! dit ma mère - Baranovici, tu connais ? Un habitant, Michael Klein, juif mort pour l'Allemagne. Puis ma mère rit et se tait.

  • La conversation entre Adel Abdessemed et Adonis a commencé par une collaboration :
    Immédiatement après avoir été présenté à Adonis, l'artiste Adel Abdessemed a voulu manifester son amitié envers le poète, en fixant son image à la pierre noire. Sur le dessin ainsi obtenu, Adonis a écrit un poème. C'est le premier portrait de la série qu'Adel Abdessemed continue aujourd'hui.
    Cette première rencontre a donné naissance à un échange vivant : tous deux ont collaboré au Livre des AA, un ouvrage de bibliophilie publié par Yvon Lambert en 2014, encyclopédie poétique des grandes figures de la création - du passé et du présent -, réunies par l'initiale qui est la leur à tous deux.
    En chemin vers leurs oeuvres respectives, ils ont échangé des lettres : en toute liberté, ils y parlent de l'appartenance, de la langue, de la place de l'individu, de l'ambition et de l'espace public, du pouvoir et des limites de la création ; ils disent ce en quoi ils croient et ce qu'ils refusent.
    Ce sont ces lettres, aux enjeux communs, qui sont présentées ici au lecteur, qui peut y trouver un regard sur les choses, une danse parmi les décombres, une voie d'entrée dans l'existence avec l'art - au coeur des images et des mots, au milieu du chaos.

    Adel Abdessemed est né en 1971 à Constantine, en Algérie. Il commence sa production artistique à Batna (1986-1990), puis il intègre l'École des beaux-arts d'Alger en 1990, qu'il quitte en 1994 après l'assassinat du directeur, Ahmed Asselah, et de son fils, tués dans l'enceinte de l'établissement. Son oeuvre a déjà fait l'objet d'une rétrospective au Centre Georges-Pompidou en 2012.
    Adonis, né le 1er janvier 1930 en Syrie, vit et travaille à Paris. Il est l'un des auteurs les plus importants de notre époque. Poète et penseur de langue arabe et française, il est considéré comme la conscience du monde moderne. Son oeuvre littéraire, traduite en près de vingt langues, inclut plusieurs dizaines de volumes, dont Le Livre (al-Kitâb) et Le Livre II (al-Kitâb) (Seuil, 2007, 2013).

  • Entretien

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    Adel Abdessemed, à peine quarantenaire, est un artiste français internationalement connu. Après de récentes expositions à Nagoya, Venise, Berlin et New York, son oeuvre fait l'objet d'une rétrospective au Centre Georges-Pompidou en 2012. Son travail, réputé pour sa capacité à produire des images considérées comme violentes et brutales qui appellent une réaction immédiate, n'en apparaît pas moins, à l'étude, d'une grande complexité philosophique, littéraire et intellectuelle.
    C'est sur cet arrière-fond demeuré longtemps caché que s'explique Abdessemed dans l'entretien mené avec le sémiologue et critique d'art italien Pier Luigi Tazzi. Son propos, qui évoque son propre parcours, les étapes qui l'ont marqué et ses principales oeuvres, dépasse largement ce cadre pour poser les questions essentielles de la création artistique. Qu'est-ce que créer aujourd'hui ? Quelle place le système de l'art et le marché occupent-ils dans la vie d'un artiste contemporain ? Quel rôle les textes doivent-ils tenir dans la production d'images ? Quelle place existe-t-il pour un artiste dans la politique contemporaine ?
    Cet entretien unique a valeur de témoignage et ouvre la voie à une réflexion sur la place que doit tenir la création dans un monde qui paraît la rejeter. Cette figure inactuelle qu'est celle de l'artiste apparaît comme le réceptacle des tensions présentes et le détenteur d'une vision qui aspire, encore une fois, à changer le monde.
    Dans ce texte plein d'humour et d'ironie, tous les sujets de la création se trouvent abordés, avec légèreté et sérieux, à partir de la perspective singulière d'un grand artiste, Adel Abdessemed. Le refus des spectateurs au profit du public, la nécessité de faire entrer la poésie dans le monde, de transformer la violence qui nous entoure en sublime de l'oeuvre, la place qui doit, encore et toujours, être laissée à la beauté. Le livre ouvre la voie à une nouvelle conversation des arts, un dialogue entre l'homme qui crée et l'homme qui vit.

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