Abdellali Hajjat

  • Trente ans après, que reste-il de la Marche pour l'égalité et contre le racisme de l'automne 1983 ?
    Initiée par des jeunes du quartier des Minguettes à Vénissieux et des militants antiracistes de la Cimade à la suite des rébellions urbaines de la banlieue lyonnaise, cette mobilisation sans précédent est un événement à la fois mythique et méconnu. Mythique parce qu'il symbolise l'apparition dans l'espace public des enfants d'immigrés post-coloniaux. La Marche représente une sorte de « Mai 68 » des jeunes immigrés qui prennent la parole et formulent des revendications contre les crimes racistes, pour l'égalité devant la justice et la police, le droit au travail, le droit au logement, l'accès à la culture, etc.
    Paradoxalement, la Marche est aussi méconnue. Ce livre a pour objectif d'éclairer certaines zones d'ombre grâce à un travail scientifique fondé sur une démarche empirique. L'analyse de cet événement est une porte d'entrée idéale pour éclairer les relations sociales entre groupe national majoritaire et groupes minoritaires, au travers d'enjeux cruciaux pour la société tout entière :
    Légitimité de la présence des immigrés sur le territoire, reconnaissance des déviances policières violentes, recrudescence des crimes racistes, passage de la rébellion violente à l'action collective non-violente, politisation des jeunes de cité, question post-coloniale, construction du « problème musulman », etc.
    L'histoire de la Marche constitue un puissant révélateur de ces enjeux politiques toujours d'actualité.

  • Pourquoi la transmission de la mémoire de l'immigration postcoloniale a tant de mal à s'effectuer ? Quels sont les obstacles qui se posent à elle ? A travers des entretiens réalisés auprès de lycéens des Minguettes à Vénissieux (Rhône), une plongée dans l'intimité des relations familiales permet de saisir les effets de l'injonction à l'intégration : l'ambivalence des héritages de l'immigration, et les ruptures familiales et spatiales. Ce sont ces conséquences qui permettent de comprendre la difficile transmission de la mémoire de l'immigration postcoloniale.

  • Ce livre présente pour la première fois au grand public un bilan critique des recherches existantes sur l'islamophobie dans les pays occidentaux et ouvre de nouvelles pistes de réflexion. Il offre une description rigoureuse des discours et actes islamophobes et une présentation des débats autour du concept d'islamophobie. Il propose une analyse du processus de construction du « problème musulman », en le comparant avec les précédents historiques de l'histoire coloniale et de l'antisémitisme.

    Indisponible
  • Comment un État-nation trace-t-il les frontières de ce qu'il perçoit comme son "identité" ? Pourquoi et comment, pour y parvenir, cherche-t-il constamment à définir son extériorité au travers d'un Autre jugé "inassimilable" ? En revenant sur les origines historiques de l'injonction à l'assimilation dans la procédure de naturalisation, ce livre cherche d'abord à montrer que ces "frontières" sont mouvantes.
    Celles-ci sont en effet le fruit de facteurs multiples, liés au contexte social et politique aussi bien qu'aux glissements des significations et des usages du concept même d'"assimilation" (des colonies vers la métropole, du discours politique vers le juridique...). Mais, outre cette dimension historique, ce livre novateur analyse la manière dont l'administration mesure l'"assimilation" des candidats.
    Grâce à une enquête minutieuse en préfecture qui aura duré deux ans (2006-2007), l'auteur met ainsi en lumière l'invention des critères d'assimilation et les usages administratifs qui en sont faits, également déterminés par la concurrence de logiques administratives distinctes, les pratiques des agents subalternes et la "naturalisabilité" des candidats. La "vérité objective" de la naturalisation est particulièrement bien révélée par les cas de refus de naturalisation pour "défaut d'assimilation", qui concernent aujourd'hui principalement des femmes et/ou des musulmans.
    Ces refus soulèvent ainsi les questions du hijab, de la polygamie et de 1'"islamisme", qui sont à l'heure actuelle autant de frontières à la prétendue "identité nationale".

  • depuis une vingtaine d'années, l'histoire de l'immigration en france est passée du statut d'objet plus ou moins illégitime dans le champ des sciences sociales à celui d'objet relativement reconnu, comme en témoigne la création de la cité nationale de l'histoire de l'immigration.
    mais l'histoire politique de l'immigration, l'histoire non pas tant des politiques migratoires que des immigrés en tant que sujets, reste encore a écrire. ce déficit d'histoire a des conséquences fâcheuses tant du point de vue scientifique que politique. alors que l'histoire de l'immigration et de la colonisation est au coeur de controverses mémorielles parfois houleuses, les termes du débat se fondent souvent sur une vision partielle ou erronée des mouvements politiques de l'immigration postcoloniale.
    des événements historiques, comme la marche pour l'égalité et contre le racisme de 1983 ou des mobilisations comme les mouvements de jeunes musulmans de france, font l'objet soit de discours mystificateurs, soit de disqualifications symboliques. ce livre voudrait contribuer à combler ces lacunes en offrant une vision panoramique et dynamique de l'histoire des luttes de l'immigration postcoloniale depuis un siècle.
    rassemblant les meilleurs spécialistes du monde universitaire sur la question et les analyses de nombreuses figures importantes du " mouvement autonome de l'immigration ", il propose une représentation inédite d'une histoire méconnue et constitue le premier ouvrage de référence sur le sujet publié en france.

  • Alors que l'hostilité à l'encontre des musulmans se traduit presque quotidiennement par des discours stigmatisants, des pratiques discriminatoires ou des agressions physiques, Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed font ici oeuvre salutaire : ils expliquent comment l'islam a peu à peu été construit comme un « problème » et comment l'islamophobie est devenue l'arme favorite d'un racisme qui ne dit pas son nom.
    Ce livre propose un bilan critique des recherches menées, en France et à l'étranger, sur ce phénomène. Faisant le point sur les débats autour du concept d'islamophobie, il offre une description rigoureuse des discours et actes islamophobes, en les inscrivant dans l'histoire longue du racisme colonial et dans leur articulation avec l'antisémitisme. En insistant sur l'importance des stratégies des acteurs, les auteurs décortiquent le processus d'altérisation des « musulmans » qui, expliquant la réalité sociale par le facteur religieux, se diffuse dans les médias et ailleurs. Ils analysent enfin la réception du discours islamophobe par les musulmans et les formes de contestation de l'islamophobie par l'action collective et la mobilisation du droit antidiscrimination.

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