Republique des Lettres

  • Madame Beate et son fils Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Arthur Schnitzler. "Elle l'attira vers elle, se pressa contre lui; un désir douloureux monta du fond de l'âme de Béate et déborda sombrement dans celle d'Hugo. Et il sembla à tous deux que leur canot, qui pourtant était presque immobile, les poussait plus loin, toujours plus loin, avec une vitesse croissante. Où les menait-il ? A travers quel rêve sans but ? Vers quel monde sans loi ? Pourraient-ils jamais accoster de nouveau à la terre ? En auraient-ils jamais le droit ? Ils étaient unis dans le même voyage; le ciel ne cachait plus pour eux, dans ses nuages, aucune aurore; et, dans l'avant-goût séducteur de la nuit éternelle, ils se donnèrent l'un à l'autre leurs lèvres périssables. Le canot continuait de glisser à la dérive, vers les bords infinis et il semblait à Béate qu'en cette heure-là elle baisait pour la première fois quelqu'un qu'elle n'avait jamais connu et qui avait été son mari." - Arthur Schnitzler.

  • Eupalinos ou l'Architecte - L'Âme et la Danse - Dialogue de l'Arbre Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Paul Valéry. "Eupalinos ou l'Architecte", "L'Âme et la Danse" et "Dialogue de l'Arbre" sont trois dialogues poétiques inspirés par la philosophie antique. "Eupalinos ou l'Architecte", à l'origine préface à un recueil intitulé "Architectures", revisite les grands concepts platoniciens (la mimesis, la réminiscence, le philosophe roi, l'ignorance,...). Au royaume des ombres, il met en scène un dialogue entre Socrate, abîmé dans la contemplation du fleuve du Temps, et Phèdre qui lui rappelle le souvenir de l'architecte Eupalinos, ce constructeur du temple d'Artémis qui faisait "chanter les édifices". Socrate médite alors sur la beauté et sur son choix d'être philosophe plutôt qu'artiste. "L'Âme et la danse", écrit de circonstance publié à l'origine dans "La Revue musicale", doit beaucoup à la "musique des idées" que Stéphane Mallarmé lui a inspiré. Le médecin Éryximaque y dialogue avec Phèdre et Socrate sur la danse et l'orchestique et notamment sur la beauté incarnée dans le corps et le mouvement de la Danseuse: "le corps qui est là veut atteindre à une possession entière de soi-même, et à un point de gloire surnaturel... Mais il en est de lui comme de l' âme pour laquelle le Dieu, et la sagesse, et la profondeur qui lui sont demandés, ne sont et ne peuvent être que des moments, des éclairs, des fragments d'un temps étranger, des bonds désespérés hors de la forme..." Le "Dialogue de l'Arbre", inspiré quant à lui par "Les Bucoliques" de Virgile et écrit sous l'Occupation en 1943, est une célèbration à la gloire de l'Arbre. Le dialogue se déroule entre le berger Tityre, qui jouit directement et immédiatement de la présence de l'Arbre, et le philosophe Lucrèce méditant sur le paradis terrestre de la sensualité et de la nature.

  • Hic et Hec Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Honoré-Gabriel de Riquetti, comte de Mirabeau. En 1777, Mirabeau échappe au bourreau à la suite de son adultère avec Sophie de Monnier, mais il est enfermé au Château de Vincennes où il restera jusqu'en 1780. Le futur orateur de la Révolution française y rencontre D.A.F. de Sade et profite de son ascèse pour se cultiver et rédiger des traductions d'oeuvres latines, des pamphlets politiques et des romans érotiques. Parmi ces oeuvres licencieuses qui seront publiés anonymement à titre posthume, "Hic et Hec, ou l'art de varier les plaisirs de l'amour" relate les aventures libertines d'un élève des révérents pères jésuites d'Avignon placé comme précepteur dans une famille bourgeoise, les Valbouillant. Le jeune abbé androgyne Hic et Hec (c'est son nom) y goûtera bientôt à tous les plaisirs de la chair, enchaînant les expériences sexuelles en tous genres (masturbation, homosexualité, inceste, pédophilie, sado-masochisme,...) et les pratiques les plus diverses ("le cheval fondu", "la main chaude", "le pet-en-gueule", etc...). Citant allègrement Boccace et Pétrone, mariant gaiement pornographie et philosophie, ridiculisant le très rigoriste puritanisme religieux de l'époque, Marivaux nous livre ici un petit roman licencieux plein d'érotisme joyeux et de tendresse délicate. Guillaume Apollinaire ne s'y trompa pas, saluant l'ouvrage comme "écrit avec une grâce et un esprit rares".

  • Littérature et révolution Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Victor Serge. Au cours des années 1920, Victor Serge fournit à plusieurs périodiques français ("La Vie ouvrière", "Le Bulletin communiste", "Clarté", "L'Humanité", etc.) des chroniques remarquablement informées sur la vie littéraire et culturelle en Russie. Passé de l'anarchisme au communisme, il développe aussi à cette époque ses premières réflexions sur les conditions d'existence d'une littérature révolutionnaire, traitant entre autres de la condition de l'écrivain, de sa fonction idéologique, de la pensée prolétarienne, de la captivité intérieure, des échanges intellectuels, de la politique littéraire soviétique ou encore de la tradition révolutionnaire française. Ce sont ces essais, suivis des questions "Littérature prolétarienne ?" et "Une littérature prolétarienne est-elle possible ?", qui sont rassemblés dans ce recueil intitulé "Littérature et révolution", publié pour la première fois en 1932.

  • Physiologie du mariage Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Honoré de Balzac. Publié en 1829 d'abord sous le titre de "Physiologie du mariage ou Méditations de philosophie éclectique sur le bonheur et le malheur conjugal", cette oeuvre de jeunesse oscillant entre récit méditatif, étude de moeurs et traité analytique a ensuite été intégrée dans les "Études analytiques" de "La Comédie humaine". Le jeune Balzac qui a alors 25 ans ambitionne de devenir un écrivain à la mode. Il y est brillant, spirituel, paradoxal, facétieux, perspicace. Dans son introduction, il explique que ce sont les propos de Napoléon sur le mariage pendant l'élaboration du "Code civil" qui l'incitèrent à méditer sur le sujet. "La Physiologie du mariage" est ainsi divisée en 30 méditations appuyées sur des données statistiques évidemment fantaisistes. Ces méditations constellées d'aphorismes comprennent des aperçus d'ordre physiologique et social ainsi que des propositions présentées comme les axiomes et les théorèmes de cette science exacte qu'est pour Balzac le mariage. L'idée qu'il s'en fait est sans doute quelque peu cynique, en particulier lorsqu'il aborde la question de l'adultère, mais elle n'en est pas moins des plus intéressantes à plusieurs égards, y compris encore pour la société contemporaine qui reste encore largement fondée sur l'institution du mariage. Et si la "Physiologie du mariage", qui est l'une des clés manifestes de "la Comédie humaine", semble en apparence parfois teintée de misogynie, l'observation sociale et politique y est relayée par une morale qui n'est pas exempte d'un certain féminisme avant l'heure, comme Balzac l'écrit lui-même dans une lettre à la marquise de Castries: "La Physiologie, Madame, fut un livre entrepris dans le but de défendre les femmes. Ainsi le sens de mon livre est l'attribution exclusive de toutes les fautes, commises par les femmes, à leurs maris. C'est une grande absolution - puis j'y réclame les droits naturels et imprescriptibles de la femme. Il n'y a pas de mariage heureux possible si une connaissance parfaite des deux époux comme moeurs, caractères, etc., ne précède leur union, et je n'ai reculé devant aucune des conséquences de ce principe. Ceux qui me connaissent savent que j'ai toujours été fidèle, depuis l'âge de raison, à cette idée, et pour moi, la jeune fille qui fait une faute est bien autrement sacrée que celle qui reste ignorante et grosse de malheurs pour l'avenir, par le fait même de son ignorance. Aussi ne veux-je épouser qu'une veuve."

  • Les Caractères Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Jean de La Bruyère. Constamment remanié et enrichi de 1688 à 1694, les "Caractères ou Les Moeurs de ce siècle" connaîtront neuf éditions du vivant de La Bruyère, passant de 420 maximes, portraits et réflexions à 1120. Ce succès et ces métamorphoses du livre s'expliquent par la qualité de l'oeuvre, par l'originalité surprenante de sa structure, par le brillant du style, mais aussi par la vérité d'une peinture des moeurs qui sait également refléter des maux sociaux et culturels éternels. Après avoir exposé sa doctrine littéraire dans le chapitre "Des ouvrages de l'esprit", La Bruyère décrit les divers éléments de la société, traitant d'abord "Du mérite personnel" puis "Des femmes" et "Du coeur". Il traite ensuite "De la société et de la conversation", abordant la peinture des classes sociales et s'en prenant aux richesses mal acquises ("Des biens de fortune"). Il se moque de la bourgeoisie vaniteuse dans "De la ville" (Paris) et dénonce les graves erreurs "De la Cour". Le chapitre "Des Grands" est d'une ironie mordante pour ceux qui profitent des avantages d'une illustre naissance. Presque au centre du livre se trouve un éloge de Louis XIV, où l'enthousiasme est tempéré par de prudentes exhortations ("Du souverain ou de la République"). Le moraliste proprement dit apparaît dans le chapitre "De l'homme", suivi "Des jugements". On revient aux observations concrètes dans les chapitres "De la mode", "De quelques usages" et "De la chair". La conclusion ("Des esprits forts") est une attaque en règle contre les libertins. Dans cette riche galerie prennent place toutes les professions et les types les plus divers: le riche, le pauvre, l'égoïste, le bel esprit, l'efféminé, l'affairé, le pédant, le collectionneur, le distrait,... Incisifs ou longuement développés, il ne fait pas de doute que La Bruyère ait trouvé ses modèles dans le monde où il vivait, dans cette société des Condé à Chantilly, où se retrouvait tout ce qui comptait alors en France, et qui offrait à l'observateur l'anthologie la plus colorée des passions humaines. La Bruyère n'a pas son pareil pour isoler le mot, le geste, le "tic" où se trahit d'un coup tout un caractère. Mais il va va toujours au-delà de la simple anecdote et la plupart de ses portraits rassemblent et fondent en de parfaites unités romanesques les traits de toutes ces variétés du genre humain. Sa lucidité, sa raison ironique et son réalisme concret, si bien servi par un style agile et incisif, marque à lui seul une transition entre les grands classiques et les philosophes du 18e siècle. Grâce à son étonnante mobilité de style, de ton et d'esprit, La Bruyère sollicite l'intelligence et l'imagination du lecteur, le déplaçant d'un point de vue à l'autre, des hypothèses à leur retournement polémique, des amplifications à leur chute ironique, provoquant des effets de miroir et des jeux d'échos nous rendant les "Caractères" si contemporains.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Sade. Sous-titré "Les instituteurs immoraux", publié anonymement en 1795 et censuré jusqu'au XXe siècle, "La Philosophie dans le boudoir" est sans doute l'exaltation la plus aiguë de l'érotisme offerte par les lettres françaises. L'ouvrage nous propose comme principale fiction l'éducation sexuelle, par trois débauchés, d'une ingénue de 15 ans à peine sortie du couvent. Il est traité sous forme de sept dialogues, dont les répliques constituent souvent de longues dissertations érotico-didactiques. Mais la théorie est souvent interrompue par la réalisation pratique des débauches enseignées. La préface, adressée "Aux libertins", est très explicite: "Voluptueux de tous les âges et de tous les sexes, c'est à vous seuls que j'offre cet ouvrage; nourrissez-vous de ses principes, ils favorisent vos passions, et ces passions, dont de froids et plats moralistes vous effraient, ne sont que les moyens que la nature emploie pour faire parvenir l'homme aux vues qu'elles a sur lui; n'écoutez que ces passions délicieuses, leur organe est le seul qui doive vous conduire au bonheur. Femmes lubriques, que la voluptueuse Saint-Ange soit votre modèle; méprisez, à son exemple, tout ce qui contrarie les lois divines du plaisir qui l'enchaînèrent toute sa vie. Jeunes filles trop longtemps contenues dans les liens absurdes et dangereux d'une vertu fantastique et d'une religion dégoûtante, imitez l'ardente Eugénie, détruisez, foulez aux pieds, avec autant de rapidité qu'elle, tous les préceptes ridicules inculqués par d'imbéciles parents. Et vous, aimables débauchés, vous qui, depuis votre jeunesse, n'avez plus d'autres freins que vos désirs, et d'autres lois que vos caprices, que le cynique Dolmancé vous serve d'exemple; allez aussi loin que lui, si, comme lui, vous voulez parcourir toutes les routes de fleurs que la lubricité vous prépare; convainquez-vous à son école que ce n'est qu'en étendant la sphère de ses goûts et de ses fantaisies, que ce n'est qu'en sacrifiant tout à la volupté, que le malheureux individu connu sous le nom d'homme, et jeté malgré lui sur ce triste univers, peut réussir à semer quelques roses sur les épines de la vie." Un pamphlet intitulé "Français, encore un effort si vous voulez être républicains", est inséré au milieu de "La Philosophie dans le boudoir". Les idées exprimées dans les dialogues y sont reprises succintement et soutenues par des considérations philosophiques révolutionnaires qui développent une critique impitoyable de toutes les contraintes sociales visant à réduire l'incoercible désir humain.

  • Texte intégral révisé. Biographie de Shelby Foote. Écrivain atypique, à la fois romancier et historien, Shelby Foote est un des rares auteurs sudistes contemporains qui ait su relever le défi posé par l'héritage faulknérien et créer une oeuvre originale où il a étendu à l'Histoire le champ d'application de la formule romanesque. Fort de la conviction, très controversée, que roman et histoire ne sont que deux voies d'accès différentes à la même vérité, il s'est assigné pour tâche de révéler celle du Sud grâce au cycle narratif qu'il a consacré à "Jordan County", son terroir littéraire, et au monumental récit épique sur la Guerre de Sécession dont la composition lui a demandé vingt ans de labeur. De l'oeuvre exemplaire et ambitieuse de ce "Sudiste au carré", on retiendra surtout que Shelby Foote, tout en préservant l'essentiel de la tradition littéraire où il s'inscrit, a largement contribué à la faire évoluer vers son véritable domaine, celui où la fiction sudiste, renforçant ses liens constitutifs avec l'imaginaire, la voix et la lettre, se définit et se déploie comme "problématique du langage".

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Honoré de Balzac. Après plusieurs remaniements entre 1832 et 1844, "Le Colonel Chabert" a été inclus dans les "Scènes de la vie privée" des "Études de moeurs" de "La Comédie humaine". Peu avant la chute de l'Empire, un avoué reçoit la visite d'un vieil homme miséreux qui assure être le colonel Chabert, considéré comme tué à la bataille d'Eylau dix ans auparant. Celui-ci raconte comment, gravement blessé à la tête, il s'est réveillé enseveli vivant sous les cadavres d'une fosse commune. Recueilli par des paysans, il a réussi à guérir et à rentrer en France. Mais, passant pour un fou ou un imposteur, personne n'a voulu le reconnaître. Sa femme, se croyant veuve et héritière de sa fortune, a épousé un comte de la Restauration qui vise la pairie de France. Le jeune avoué, aussi brillant que lucide, croit Chabert. Il décide de le soutenir et de plaider sa cause. Il négocie une transaction avec l'ex-épouse qui craint le scandale si Chabert fait annuler son acte de décès et donc son second mariage. Mais le montant de la transaction proposée ne lui convient pas. Elle mise sur l'amour que Chabert éprouve toujours pour elle afin de le persuader de continuer à faire le mort sans contrepartie. Celui-ci réalise alors que sa femme le hait. Heurté et écoeuré par ce monstrueux égoïsme, le vieux colonel renonce volontairement à tous ses droits et retourne à sa vie miséreuse. Douze ans plus tard, l'avoué le retrouve sous l'aspect d'un vieil idiot finissant ses jours dans un hospice. Avec ses personnages passionnés et ses profondes analyses de la société et du coeur humain, "Le Colonel Chabert" est l'un des sommets de "La Comédie humaine".

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Voltaire. Essai philosophique publié en 1763 puis complété en 1765, le "Traité sur la tolérance" prend appui sur la condamnation à mort en 1762 du protestant Jean Calas. Injustement accusé d'avoir tué son fils qui voulait se convertir au catholicisme, celui-ci fut jugé et condamné sans preuves par treize juge de Toulouse. Dénonçant le caractère religieux fanatique qui anima ce procès, Voltaire expose d'abord la situation de Jean Calas ainsi que les principes sur lesquels se fonde la Réforme protestante. Puis, élevant son texte polémique autour des thèmes philosophiques de la tolérance et de la liberté, il démontre que l'intolérance, n'étant ni de droit divin ni de droit naturel, ne saurait non plus être de droit humain. Elle relève selon lui du fanatisme, de la superstition et de l'obscurantisme, mais en aucun cas de la raison. La tolérance, fille de la raison, est pour lui une exigence suprême de la civilisation et de la société. Elle est un facteur de paix sociale et de respect réciproque et aucun pouvoir quelqu'il soit ne peut s'arroger le droit de brimer ou de persécuter des hommes pour leurs croyances religieuses. Dans son incomparable éloquence et son élégance de style, le "Traité sur la tolérance" de Voltaire reste l'un des chefs-d'oeuvre du grand mouvement d'émancipation qui, du siècle des Lumières à nos jours, tente de sortir l'humanité de l'obscurantisme et du fanatisme pour la conduire vers la liberté de conscience, de religion et de culte.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Jules Barbey d'Aurevilly. "Une histoire sans nom" est sans doute le chef-d'oeuvre de l'auteur des "Diaboliques". Les deux romans relèvent d'ailleurs de la même veine. Le récit débute avant la Révolution, dans une petite ville du Forez. C'est le temps de Carême et le père Riculf est venu prêcher dans la bourgade. Il est hébergé chez la baronne de Ferjol, veuve et fervente catholique dont la religion a tourné à la bigoterie rigoriste. Mère dominatrice, elle vit seule avec sa fille unique, Lasthénie. Le prêtre disparaît mystérieusement le samedi saint. Peu après, Lasthénie commence à souffrir de malaises. Mme de Ferjol réalise que sa fille a été déshonorée. Celle-ci est enceinte mais, ayant été violée au cours d'une crise de somnambulisme par le prêtre infâme, elle ne peut dire qui l'a séduite et qui lui a volé en même temps la bague de famille qu'elle portait au doigt. Elle met au monde un enfant mort puis se suicide en s'enfonçant des épingles dans la région du coeur. À la faveur de la Révolution, le prêtre devient un chef de bande terroriste. On le retrouve plus tard agonisant, désespéré, la main coupée. Mme de Ferjol récupère la bague volée et tourmente l'ancien prêtre jusqu'à sa mort. Barbey d'Aurevilly a su allier dans ce roman envoûtant les deux grandes formes de son art: le roman pittoresque et le roman psychologique. Le personnage de Lasthénie a d'ailleurs donné son nom à un syndrome décrit en psychiatrie: le "Syndrome de Lasthénie de Ferjol", une pathomimie dans laquelle la patiente développe une anémie par des hémorragies qu'elle se provoque elle-même. "Une histoire sans nom" est suivi dans ce volume de trois nouvelles: "Une page d'Histoire" où l'on retrouve les thèmes de la beauté et du mal, du secret et du crime, "Le Cachet d'Onyx" qui se conclue par un dîner d'athées (comme dans "Les Diaboliques"), et "Léa", une histoire d'amour impossible entre le narrateur et une jeune fille malade et épuisée.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Stéphane Mallarmé. C'est sous le titre de "Poésies" que Mallarmé a préparé avant sa mort une édition de ses poèmes. Elle parut peu après, en 1899, chez l'éditeur belge Edmond Deman. Sa fille et son gendre ont ensuite complété l'oeuvre en ajoutant plusieurs inédits dans une nouvelle édition parue en 1913 aux éditions de la Nouvelle Revue Française. Le présent volume reprend le contenu des deux éditions. La date de composition des poèmes va de 1862 à 1898. La plupart ont été publiés à l'origine dans des revues littéraires ("Lutèce", "L'Artiste", "La Plume", "La Revue indépendante", "Le Parnasse contemporain", etc.), parfois en plaquettes, et ont souvent été remaniés à plusieurs reprises. Le recueil s'ouvre sur un "Salut", qui fait de l'aventure poétique une véritable odyssée. Il se ferme symboliquement sur "Mes bouquins refermés". Entre les deux, il organise une cinquantaine de textes autour des deux poèmes majeurs que sont "Hérodiade" et "L'Après-midi d'un faune". Ceux-ci occupent une position charnière entre les textes de jeunesse, plutôt d'inspiration baudelairienne, et ceux de la maturité purement mallarméenne. "Hérodiade", composé en 1865-66, marque une rénovation intellectuelle et esthétique radicale. C'est en creusant le vers d'"Hérodiade" que le poète découvre le néant au regard de quoi Dieu, l'âme et la poésie ne sont que mensonges. Prenant la suite, le monologue de "L'Après-midi d'un faune" présente lui l'envers lumineux de cette révélation à travers la figure du faune musicien devenu chantre de la fiction. Parmi les autres poèmes remarquables, citons notamment "Sainte", "Toast funèbre" (en hommage à Théophile Gautier), "Prose pour des Esseintes", la série des "Éventails", des "Petits airs", celle des "Tombeaux" (d'Edgar Poe, de Charles Baudelaire, de Paul Verlaine), ou encore celle des "Hommages" (à Richard Wagner, Puvis de Chavannes, Vasco de Gama). La poésie mallarméenne met en oeuvre une réflexion sur la poésie et l'écriture. Par la beauté d'un vers qui ne doit plus grand chose à l'éloquence ou au lyrisme romantique, par un art de la suggestion et de la transposition, par la densité d'une écriture qui vise à la rééducation de la lecture, les "Poésies" ont eu et ont toujours une influence décisive sur l'évolution de la poésie et ont fait de Stéphane Mallarmé un des pères de la modernité.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Maurice Leblanc. Écrit à la suite d'"Arsène Lupin, gentleman-cambrioleur", qui contient notamment la nouvelle "Herlock Sholmes arrive trop tard", "Arsène Lupin contre Herlock Sholmès" est un recueil de deux récits: "La Dame blonde" et "La Lampe juive". Le héros de Maurice Leblanc s'y trouve cette fois véritablement confronté au célèbre détective anglais Herlock Sholmes, venu à la rescousse de l'inspecteur Ganimard pour résoudre de nouveaux mystères et tenter de capturer l'insaisissable gentleman-cambrioleur. Entre intrigues et énigmes plus palpitantes les unes que les autres - Qui est cette dame Blonde ? Qui a volé le diamant bleu, la lampe juive, le billet de loterie gagnant ? -, ces deux nouvelles aventures sont surtout le prétexte à un jubilatoire duel à fleurets mouchetés entre les deux plus grands héros de la littérature populaire du début du XXe siècle: Sherlock Holmes de sir Arthur Conan Doyle et Arsène Lupin de Maurice Leblanc. Le résultat donne un petit chef-d'oeuvre parodique plein de suspens et de malice même si, comme à son habitude, l'insolent Arsène finit toujours par se jouer avec brio de toutes les polices.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Friedrich Nietzsche. Conçu à Bayreuth en 1876, achevé en 1878, "Humain, trop humain", sous-titré "Un livre pour esprits libres", fut en majeure partie dicté à Peter Gast. La première édition était dédiée à la mémoire de Voltaire. L'ouvrage se présente en trois parties publiées à différentes dates: "Humain, trop humain", "Opinions et Sentences mêlées" et "Le Voyageur et son ombre". Les deux premières parties sont respectivement composées de 638 et 408 aphorismes, la troisième d'un dialogue entrecoupé de 350 aphorismes. Tirant leurs titres de sujets divers, les aphorismes des deux premières sections sont ordonnés en neuf parties devant faire suite aux quatre "Considérations inactuelles" déjà publiées entre 1873 et 1876. Dans la première partie, "Des choses premières et dernières", Nietzsche fait observer que le monde métaphysique constitue, par définition, la plus indifférente des connaissances. À la métaphysique il oppose donc sa propre philosophie, tendant à retrouver, dans tout ce que la pensée a considéré jusque-là d'origine transcendante, une sublimation d'humbles éléments humains. Selon lui, l'origine de l'idée métaphysique est le langage, qui, doublant en quelque sorte la réalité, place un nouveau monde à côté du monde réel. Dans la deuxième partie, "Pour servir à l'histoire des sentiments moraux", il aborde le problème éthique. Nietzsche tient pour essentielle, à l'égard de la morale, la proposition selon laquelle nul n'est responsable de ses actes, à telle enseigne que juger équivaut à être injuste. La troisième partie, "La Vie religieuse" contient en germe les thèmes, développés par la suite dans "L'Antéchrist", de la lutte contre le christianisme, tenu pour une "haute ordure". La quatrième partie, "De l'âme des artistes et des écrivains", entend surtout définir les caractères essentiels de l'art, qui doit, dans ses productions, présenter les caractères d'une immédiate et soudaine révélation. Dans la sixième partie, "L'Homme dans la société", les aphorismes soulignent crûment la vanité et l'égoïsme qui constituent le fond de toute amitié, des luttes, des polémiques et en général de tous les rapports humains. Avec la septième partie, "La Femme et l'Enfant", le philosophe se livre à de pertinentes remarques et observations sur le mariage, l'esprit féminin et l'enfance. "L'homme avec lui-même" constitue le sujet de la neuvième et dernière partie.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Paul Nizan. "Les Matérialistes de l'Antiquité" est un essai sur le matérialisme grec du IIIe au Ier siècle avant notre ère. Il rassemble un large choix de textes de Démocrite, Épicure et Lucrèce traduits, présentés et annotés par l'auteur. Romancier auteur d'"Aden Arabie" et des "Chiens de garde", Paul Nizan était aussi Agrégé et enseignant de philosophie, ami entre autres de Jean-Paul Sartre. Plus que jamais d'actualité aujourd'hui, Paul Nizan écrit: "Il y a des époques où toutes les possessions humaines, les valeurs qui définissent une civilisation s'effondrent. L'accumulation des richesses économiques à un pôle de la société n'empêche pas l'appauvrissement général. Point de temps plus tragique que le temps d'Épicure. [...] Le malheur s'établit parmi les Grecs, le désordre et l'angoisse augmentent tous les jours. [...] Aux valeurs d'une grande civilisation collective se substituent des valeurs de combat, aux valeurs civiques, des valeurs d'argent. Un capitalisme du crédit se développe et les nouveaux riches étalent leurs nouvelles fortunes, au moment même où les classes moyennes [...] qui avaient été le fondement de la démocratie du Ve siècle, disparaissent. Les valeurs politiques sur lesquelles la Grèce avait vécu au temps de sa grandeur s'évanouissent."

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Paul Nizan. "Antoine Bloyé", roman biographique de facture classique, s'ouvre sur l'évocation de l'enterrement du père et retrace l'ascension sociale d'un fils de simple cheminot. Empruntant beaucoup à la vie réelle du père de l'auteur, qui poursuit ici sa dénonciation de la bourgeoisie, le livre dresse une généalogie sociale des prises de position politiques et éthiques de Paul Nizan et condense les grands thèmes de son oeuvre. La trahison y occupe une position centrale: changer de classe, c'est non seulement rompre avec un lieu - avec la terre - et avec une culture, mais aussi trahir les siens et se trahir, en franchissant la ligne qui sépare les oppresseurs des opprimés. Roman du père, "Antoine Bloyé" est aussi celui de la vengance du fils, qui dénonce l'existence de ces fonctionnaires placés sur les rails d'une carrière qui ne laisse aucun temps à la méditation, au retour sur soi, et moins encore à l'ouverture aux autres. Les désirs de voyages étouffés, les nuits agitées de fantasmes avortés témoignent de l'aliénation d'Antoine Bloyé. L'importance des thèmes de l'héritage et de la lignée apparaît pleinement dans la pause que constitue la naissance de son fils Pierre, laps de temps pendant lequel la mécanique de la répétition, des gestes, des actions et des préoccupations est interrompue. Il délaisse l'usine et le travail pour envisager sa propre mort et considérer son passé: "Antoine pense souvent à sa propre mort, qui viendra, et il contemple ce fils qui n'est rien encore, qui le trahira, qui le détestera peut-être, ou qui mourra - comme la très grande puissance qui le délivrera lui-même, qui le sauvera de la mort." Le monde du travail dessine l'armature sociale d'Antoine Bloyé, qui s'élève dans la hiérarchie de la compagnie, au fil des mutations et des déménagements, habite des demeures plus cossues et entre dans une bourgeoisie qu'il adopte, comme on ferait d'un vêtement emprunté.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Stefan Zweig. Au XVIe siècle, le pasteur et théologien Jean Calvin, instaurateur de la Réforme protestante, établit son pouvoir sur Genève. Il met en place un régime quasi théocratique qui soumet l'État à la volonté toute puissante de la nouvelle Église et les citoyens genevois à de sévères règles d'austérité. Le penseur humaniste Michel Servet, qui s'oppose à Calvin, est arbitrairement condamné à mort et brûlé vif en place publique. Un autre théologien protestant, Sébastien Castellion, partisan de la tolérance, tente alors de faire valoir les idées non-violentes de Servet et entre en conflit avec Calvin. "Conscience contre Violence" met en scène l'affrontement entre Castellion et Calvin. Tolérance contre intégrisme, modération contre dogmatisme, individu contre communauté, humanisme contre fanatisme, liberté de conscience contre inquisition religieuse, l'essai de Stefan Zweig nous fait vivre une lutte féroce qui déborde de beaucoup la simple querelle théologique et le cadre historique de la Réforme protestante. Écrit dans les années '30, pendant la montée du nazisme en Allemagne, prônant la liberté de l'individu contre la force aveugle du pouvoir, l'ouvrage attaque bien évidemment le fascisme et toutes les formes de totalitarisme.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Odilon Redon. Sous-titré "Journal 1867-1915, Notes sur la Vie, L'Art et les Artistes", ce recueil d'Odilon Redon se partage en éléments de journal intime, confidences d'artiste, extraits de correspondance et portraits de contemporains: peintres (Fantin-Latour, Millet, Ingres, Courbet, Delacroix, sans oublier le maître graveur Bresdin, mais aussi les impressionnistes) ou musiciens (Schumann et Berlioz). On y lit une lettre de l'auteur en forme d'autobiographie spirituelle et plastique, des souvenirs d'enfance et des évocations des grands maîtres qui l'ont influencé (Rembrandt, Dürer, Delacroix). S'y ajoutent des notes sur les aspects techniques de son oeuvre, en particulier la lithographie. Puis il retrace comment il en est venu à abandonner la sculpture et l'architecture pour la gravure. Il décrit aussi comment le faux succès qui annexe certains artistes sait exclure les autres: de Ingres, présenté comme un dessinateur académique à l'esprit stérile, il affirme ainsi qu'il n'est pas de son temps. De même dans son texte sur la "coterie" des impressionnistes, il parle de Berthe Morisot comme d'une "fleur qui a donné son parfum et qui se fane hélas". Quant à Degas, "le plus grand artiste de ce groupe", il est un "Daumier tenant sa palette". Corot, Millet, mais aussi Léonard de Vinci lui inspirent les plus grands éloges, en particulier pour avoir reconnu la part de l'ombre. Au fil des entrées du journal, des méditations sur l'âme ou sur la vérité en peinture, on devine un certain goût pour l'occultisme et le thème obsédant du Messie féminin. - "Les écrits de Redon sont indispensables pour la compréhension du peintre d'abord, mais aussi de cette grande époque de la peinture qui va du Salon des refusés de 1863 au triomphe de Cézanne." (J.-F. C., Le Monde).

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Émile Zola et d'un entretien avec Madeleine Rebérioux sur l'Affaire Dreyfus. Émile Zola séjourne à Rome quand l'Affaire Dreyfus éclate. Il est indigné par la dégradation militaire humiliante du capitaine le 5 janvier 1895. Quelques mois plus tard, il dénonce, dans des articles publiés dans "Le Figaro", les dangers que font courir à la France les campagnes de presse odieuses menées contre la République et contre les Juifs. Lorsque le commandant Esterhazy, protégé par l'armée, est acquitté à l'unanimité le 11 janvier 1898, Zola décide alors de s'engager totalement pour la défense d'Alfred Dreyfus. Il publie dans "L'Aurore" du 13 janvier 1898 une lettre ouverte adressée au président de la République Félix Faure. C'est son fameux "J'Accuse...!", puissant texte de combat dans laquelle il attaque nommément les membres de l'état-major, cherchant à se faire inculper pour que la vérité éclate dans un procès. Il est bien inculpé, au terme de deux procès, condamné à un an d'emprisonnement et à 3000 francs d'amende (la plus lourde peine). Il quitte la France le 18 juillet 1898 pour l'Angleterre, d'où il ne revient que le 5 juin 1899, abreuvé d'injures, calomnié, radié de l'ordre de la Légion d'honneur. Lui qui ne vit que de sa plume a perdu le calme propice au travail et une grande partie de ses lecteurs. Il meurt à Paris en 1902, à l'âge de 62 ans, sans avoir vu triompher la vérité pour la défense de laquelle il s'est engagé, notamment la loi d'amnistie du 14 décembre 1900 visant tous les faits relatifs à l'Affaire Dreyfus. Mais ce très grand écrivain, dont l'Académie française avait rejeté toutes les candidatures, a su avec son "J'Accuse...!" accomplir un acte dont la valeur morale et sociale a été déterminante, et devenir un modèle pour tous les intellectuels épris de justice et de vérité.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Jehan Rictus. Le "pauvre" de Jehan Rictus, trimardeur parisien, loqueteux bohème, gouailleur et poète, est plus proche du vagabond médiéval que du prolétaire contemporain. Mais, en pleine période symboliste et parnassienne, le public fut très sensible au réalisme cynique, aux malédictions désespérées et aux anathèmes anarchistes de ces "Soliloques du pauvre", qui contrastaient fort avec la décadence raffinée alors à la mode. Le héros de ces soliloques - poèmes-chansons monologues écrits dans l'argot populaire des faubourgs parisiens de la Belle époque et destinés à être récités sur scène - est un sans-logis contraint d'errer dans Paris, comme le fut un temps Jehan Rictus lui-même, un gueux, un sans-dents, un marginal de la révolution industrielle qui exprime avec gouaille sa féroce ironie critique mêlée à un profond désespoir. Sceptique sur les "immortels principes", méprisant les démagogues et la bourgeoisie bien vêtue et bien nourrie, il se défie tout autant des professionnels de la bienfaisance, des hypocrites qui battent "T'tambour su' les ventres creux" dont le métier, dit-il, est de "plaind' les Pauv's" en faisant la noce. Ardent anarchiste du début du XXe siècle, Jehan Rictus, que l'on compare souvent à Jean Richepin et à Aristide Bruant, n'est pourtant pas révolutionnaire: trop de fatalisme, trop de scepticisme et trop de dégoût l'en empêchent: "Gn'a rien à faire, gn'a qu'à pleurer". Le présent volume contient les sept grands textes de l'édition finale des "Soliloques du pauvre". "Le Coeur populaire", qui fait parler prostituées, enfants battus, ouvriers, cambrioleurs, etc., contient pour sa part tous les poèmes de l'auteur n'appartenant pas aux "Soliloques": doléances, complaintes, ballades, récits, chants, etc., dont "La Jasante de la Vieille" ("Jasante" veut dire "Prière" en argot), qui reste peut-être son meilleur poème, inspiré par la vision qu'il a eue de la fosse des condamnés au cimetière d'Ivry.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Hugues Rebell. Où l'on croise un enfant vivant entre sa grand-mère nourricière et sa tante un peu folle, habitant près de son oncle ancien conseiller d'état du second empire, un cousin nommé Victor, un faux marquis italien mais vrai escroc, un général en retraite, une comtesse, un évêque de Jéricho, et enfin la Femme qui a connu l'Empereur. De celle-ci, espionne à la petite semaine mais inconditionnelle de l'Empereur, on relate les aventures, entre éloge et déchéance de l'Empire. Concevant son récit comme un roman de moeurs à clé perverti par le marquis de Sade et la marquise de Sévigné, Hugues Rebell, l'auteur libertin de romans érotiques (voire pornographiques), l'écrivain individualiste nietzschéen, le monarchiste nationaliste farouchement hostile à l'Eglise, illustre bien ici ses idées sur la société et son mépris tout aristocratique de la démocratie. Mais, comme toute l'oeuvre de Rebell, malgré son originalité entre Symbolisme et École romane, "La Femme qui a connu l'Empereur" est finalement très caractéristique de la Belle époque. Avec ses personnages d'artistes, de financiers et de demi-mondain.e.s, il s'attache avant tout, dans le sillage de Maupassant, à décrire le côté sensuel de la passion amoureuse.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Remy de Gourmont. Sous-titré "Portraits symbolistes" et accompagné des trente "masques" d'écrivains dessinés par Félix Vallotton pour l'édition originale, le "Livre des Masques" est une galerie de monographies composée, dans cette première série, de trente écrivains français symbolistes de la fin du XIXe siècle: Francis Poictevin, André Gide, Maurice Maeterlinck, Pierre Louÿs, Emile Verhaeren, Rachilde, Henri de Régnier, J.-K. Huysmans, Francis Vielé-Griffin, Jules Laforgue, Stéphane Mallarmé, Jean Moréas, Albert Samain, Stuart Merrill, Pierre Quillard, Saint-Pol-Roux, A.-F. Herold, Robert de Montesquiou, Adolphe Retté, Gustave Kahn, Villiers de l'Isle-Adam, Paul Verlaine, Laurent Tailhade, Jules Renard, Louis Dumur, Georges Eekhoud, Paul Adam, Lautréamont, Tristan Corbière et Arthur Rimbaud. Sans prétendre à la critique littéraire, Rémy de Gourmont excelle dans ce genre du "portrait littéraire", guidé par l'idée qu'une oeuvre n'est pas sans rapport avec le caractère de son auteur. Les études psychologiques sont fouillées, les figures sont brossées d'une main sûre, les talents et les traits caractéristiques de chaque écrivain apparaissent immédiatement, et ce sont moins des masques que de très véridiques portraits. Une bibliographie des trente auteurs complète le volume. "En littérature comme en tout, il faut que cesse le règne des mots abstraits. Une oeuvre d'art n'existe que par l'émotion qu'elle nous donne; il suffira de déterminer et de caractériser la nature de cette émotion, cela ira de la métaphysique à la sensualité, de l'idée pure au plaisir physique." - Remy de Gourmont.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Émile Zola. Publié en 1885, "Germinal", treizième volume du cycle des "Rougon-Macquart", est le roman le plus célèbre de Zola. C'est l'histoire d'une grève dure, "la lutte du capital et du travail, le coup d'épaule donné à la société qui craque un instant", selon l'auteur. L'action se déroule dans le bassin houiller du nord de la France. Emile Lantier vient d'être renvoyé d'un atelier des Chemins de fer pour avoir giflé son chef. Chômeur, il se fait engager à la mine de Montsou où il est affecté dans l'équipe de Maheu. Il partage l'enfer du travail au fond des puits et la vie extrêmement difficile des familles de mineurs résignés à leur quasi esclavage depuis des générations. Mais Etienne rencontre un militant et commence à lire des brochures prônant la lutte sociale. Après une baisse de salaire des mineurs, il décide d'organiser une grève contre la Compagnie des mines et crée une caisse de secours. Pendant deux mois et demi de luttes et de souffrances, les mineurs tiennent bon face aux riches propriétaires qui refusent toute négociation et finissent par faire tirer la troupe contre la foule des manifestants. Les grévistes comptent leurs morts et doivent finalement reprendre le travail. Un anarchiste nihiliste, Souvarine, sabote alors la mine, faisant de nouveaux morts dans l'effondrement des galeries. Malgré la catastrophe, les ouvriers ont compris que la lutte pour améliorer leur condition est désormais possible grâce à l'organisation syndicale et politique unitaire. "Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait bientôt faire éclater la terre."

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Léon-Paul Fargue. "Haute solitude" est l'oeuvre la plus accomplie et la plus déchirante de Fargue. Reprenant les chemins de rêves et de cauchemars déjà parcourus dans "Vulturne", l'auteur poursuit cette fois son investigation jusqu'au point critique où le poète, se séparant de lui-même, s'installe dans la "Haute solitude", lieu étrange dont il nous dit les peurs et les prestiges. Par elle, il atteint la nuit des temps préhistoriques comme celle de la fin du monde dont il nous dit être l'un des six témoins. C'est entre ces deux nuits de la terre et du ciel, de la naissance et de la mort, que s'inscrit ce recueil de proses. Visionnaire stupéfait "d'avoir vu d'un coup Dieu dans le monde, comme on s'aperçoit dans une glace à l'autre bout de la chambre", Fargue possède cette puissance verbale propre à entraîner le lecteur dans la randonnée préhistorique qui ouvre le livre. Nous y assistons à la formation des mondes, à la succession des époques, à l'apparition d'un "monstre bizarre", l'Homme. Puis, délaissant ces mondes chaotiques, un autre univers non moins fantastique est exploré: ce Paris tant aimé, parcouru et arpenté par l'auteur du "Piéton de Paris". Le voici déambulant à travers les rues, accompagné par les fantômes et les visages de ceux qu'il a aimé. Il dit les gares, les banlieues, les cafés, les nuits blanches, les rumeurs de la ville et la vie dans son désordre cosmique. Mais aucune rue qui ne conduise inexorablement vers ce haut lieu où souffle l'esprit: la solitude. "Je travaille à ma solitude, cherchant à la diriger dans la mer d'insomnie où nous a jetés la longue file des morts..."

empty