Publications de l'École française de Rome

  • Raisons administratives et logiques d'empire (XVIe-XIXe siècle) Nouv.

    Entre l'Ancien Régime et le xxe siècle émerge et s'affirme un pouvoir formidable, que nous connaissons sous le nom d'administration. Ce processus se développe notamment dans le contexte des empires européens des époques moderne et contemporaine : le sens du mot administrer évolue alors que s'affirme la nécessité de gouverner des espaces multiples et hétérogènes, proches et lointains. Ce livre propose de remonter aux sources puis de suivre la trace de cette raison administrative et de son affirmation au cours d'une chronologie habituellement associée à l'histoire de l'État, ici au second plan. Historiens et historiens du droit réfléchissent ici à l'administration à partir de l'étude de cas concrets, inscrits dans des contextes chronologiques et spatiaux différents, ainsi que dans des cultures politiques et juridiques fortement diversifiées. Ce dialogue entre plusieurs horizons historiographiques constitue dès lors une tentative de saisie des logiques administratives à bonne distance des téléologies traditionnelles, depuis l'analyse des institutions étatiques et des dynamiques centres-périphéries, vers les redéfinitions de la podestas et l'exercice du commandement à l'échelle locale.

  • À mesure que le déclassement a été perçu comme un problème contemporain, il est devenu un objet de premier plan pour la sociologie des inégalités et, dans une moindre mesure, pour les études historiques qui ont privilégié les formes de mobilité ascendante, celles qui sont aussi les plus productrices de sources. En prenant en compte l'Ancien Régime tout en englobant le moment révolutionnaire, cet ouvrage collectif observe, à partir des terrains français et italiens, le phénomène du déclassement dans le cadre d'un ordre hiérarchique, rigide, pensé comme naturel donc immuable, mais qui n'était pas immobile, alternant des périodes de plus ou moins grande ouverture ou fermeture, mais aussi dans une phase de rupture, de transition et de redéfinition où la perte de statut et de fortune a pu s'accompagner d'opportunités de reclassement. Les études ici réunies ont été guidées par un questionnaire commun : montrer la difficulté d'appréhender des situations de déclassement où se mêlaient, selon des degrés variables, appauvrissement, déshonneur, déchéance morale ; restituer la parole - rare - des acteurs historiques sur leur expérience du déclassement ; montrer la difficulté de mesurer le déclassement à partir de marqueurs objectifs tant il s'agissait d'un phénomène relatif, parfois paradoxal, conditionné par un environnement social lui-même mouvant ; envisager le déclassement comme un processus en s'attachant à l'interprétation de trajectoires personnelles et collectives ; interroger, enfin, le rôle joué par l'État dans l'ordonnancement des frontières sociales.

  • L'Aventin, la plus méridionale des collines de la Rome antique, a joué un rôle singulier dans l'histoire de la cité et dans la formation de son espace urbain. Ce postulat était au coeur de la monographie qui lui fut consacrée par Alfred Merlin en 1906. Depuis, les connaissances sur l'histoire de cet espace urbain ont considérablement avancées, aussi bien du point de vue théorique, avec les renouvellements de l'histoire urbaine de Rome, que du point de vue des méthodes d'analyse des sources disponibles sur le sujet. En outre, ce corpus documentaire s'est considérablement enrichi, en particulier grâce au travail accompli ces vingt dernières années par les différents services archéologiques chargés des fouilles sur la colline. L'ensemble de ces éléments justifiait une nouvelle étude de cet espace de la Ville de Rome. Concentrant l'enquête sur la période qui s'étend du IIe s. av. au Ier s. apr. J.-C., l'auteur propose d'interroger les singularités de l'Aventin telles que nous continuons à les appréhender depuis les travaux d'Alfred Merlin - en particulier son image de « colline par excellence de la plèbe » -, mais aussi d'en dégager de nouvelles. À cette fin, le présent ouvrage se structure autour de trois dossiers thématiques étroitement articulés. Identifier les éléments qui définissent les confins territoriaux de l'Aventin ; étudier ses caractéristiques socio-urbaines et les confronter à l'image plébéienne de la colline qui s'élabore au cours de cette période, et enfin, étudier la cartographie religieuse et certaines fonctions spécifiques qui s'organisent autour de ses sanctuaires : tels sont les principaux thèmes qui structurent cette histoire discontinue du mont Aventin.

  • Les hommes du Moyen Âge, pour racheter leurs péchés, multipliaient les dons aux monastères qui accumulèrent d'importants patrimoines. Le livre oppose deux monastères vénitiens, l'un rural situé sur la frontière lagunaire, La Trinité de Brondolo, l'autre, urbain, placé au coeur du pouvoir politique, San Giorgio Maggiore. San Giorgio a multiplié les donations, La Trinité a entrepris une audacieuse politique de mise en valeur de la Lagune et pour obtenir le produit des dîmes, s'opposa à la noblesse campagnarde et à la paysannerie. Sous le poids des procès, le monastère s'endetta et le pape en confia la gestion aux Cisterciens, jusqu'à sa destruction en 1380. Le monastère de San Giorgio subit aussi la crise au XIVe siècle, le mouvement de réforme rassembla les monastères bénédictins dans des congrégations, sous le patronage de l'abbaye de saint Benoit et sous l'autorité du pape. La Congrégation instituait la solidarité financière entre ses membres sollicités de contribuer aux finances pontificales et aux guerres contre les Turcs. Le monastère a alors recouru aux instruments de crédit mis au point dans une république marchande. Ayant appelé les plus grands architectes, Palladio et Longhena, pour reconstruire ses bâtiments et les embellir, à la chute de la République il disposait d'un patrimoine immobilier considérable.

  • Cet ouvrage collectif est le résultat d'un programme de recherche de quatre années consacré au siège épiscopal de Mariana (Lucciana, Haute-Corse). Après une présentation de la colonie romaine fondée au début du Ier siècle avant notre ère, sont exposés les résultats de l'étude archéologique de cinq édifices de culte chrétien (la basilique paléochrétienne intra-muros et son baptistère, la basilique suburbaine, la cathédrale romane ainsi que l'église San Parteo), des résidences épiscopales successives ainsi que du territoire de cet ancien évêché. Bien que l'agglomération abandonnée de Mariana ait fait l'objet de deux programmes de recherche par le passé (1958-1967 et 1998-2007), de nombreuses questions restaient posées. La relecture systématique des vestiges dégagés anciennement, l'étude des constructions conservées en élévation, le réexamen des mobiliers archéologiques et les datations par le radiocarbone permettent aujourd'hui de répondre à une partie de ces interrogations. On peut ainsi proposer de nouvelles interprétations et une chronologie plus précise de ce centre du pouvoir d'un intérêt majeur pour l'histoire de la Corse. Au-delà, une mise en perspective de cet ensemble au destin si singulier amène aussi à porter un autre regard sur l'ancienne colonie de Mariana et sur sa place dans le contexte de la Méditerranée occidentale entre le Ve et le XVe siècle.

  • Aux XVIe et XVIIe siècles, l´île de Malte, propriété de l´Espagne et confiée en 1530 à l´ordre militaro-religieux des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, devient un lieu privilégié d´affrontements entre les rives chrétienne et musulmane de la Méditerranée. Après des épisodes militaires marquants (la razzia de 1551 et surtout le « Grand Siège » de 1565) ainsi que des fortifications intensives (notamment la construction de La Valette, cité utopique réputée imprenable), l´île incarne à la fin du XVIe siècle la frontière par excellence de la chrétienté face à l´Islam. Au siècle suivant, son épanouissement en tant qu´île-frontière est symbolisé par l´essor de la guerre de course, qui maintient l´affrontement avec les « Infidèles » tout en favorisant l´émergence, puis le développement de contacts commerciaux avec la rive ennemie pour l´écoulement des butins et des esclaves. Le développement multiforme des contacts humains et marchands est alors en permanence contrôlé et régulé par les autorités politiques et religieuses (l´Ordre, le Saint-Office, le clergé insulaire), soucieuses de maintenir intact le sentiment d´un contraste entre les civilisations que semblent effacer les associations commerciales qui transcendent les appartenances nationales ou confessionnelles. Ce singulier équilibre entre ouverture économique et clôture religieuse et mentale contribue alors à façonner une société originale, qui apparaît porteuse de la dualité inhérente aux frontières, c´est-à-dire à la fois ouverte, cosmopolite, et profondément hostile à toute différence religieuse.

  • La statue de Giordano Bruno dressée sur le Campo de Fiori, le procès de Galilée dont la mémoire est toujours présente à travers le théâtre ou les débats de l´Académie pontificale des sciences disent assez combien le destin de la Rome des XVIIe et XVIIIe siècles a été négativement associé à celui de la science moderne et de son avènement conflictuel. Les études réunies dans ce volume, résultat d´un programme collectif de recherche sur la genèse de la culture scientifique européenne, entendent apporter une nouvelle contribution non seulement au dossier de la révolution scientifique en milieu catholique, mais plus largement à celui des relations que chaque société entretient avec les acteurs et la production du savoir et de la science. La focale mise sur Rome, comme milieu social spécifique, comme capitale de la catholicité et comme centre d´une monarchie pontificale en profond renouvellement entre XVIe et XVIIIe siècle, permet de discuter les paradigmes classiques d´une historiographie qui a trop hâtivement relégué le milieu romain à la marge de toute forme d´innovation savante. Il s´agit aussi d´ouvrir de nouvelles pistes de réflexions et de nouveaux chantiers sur les diverses configurations socio-intellectuelles au sein desquelles le travail savant a continué à faire de Rome un centre actif de travail et de production de savoirs.

  • Inaugurée en 113 après J.-C., la colonne Trajane, seul élément intact du somptueux Forum de Trajan, est, depuis le XIXe siècle, au centre de débats quant à la lisibilité de ses deux cents mètres de bas-reliefs relatant les guerres daciques. Les qualificatifs à son endroit allant de « sommet de l'art romain » à « échec artistique », il a semblé nécessaire de faire le point historiographique sur ce monument, puis d´examiner la frise dans ses structures iconographiques (lecture horizontale, mais aussi lecture verticale appuyée sur un relevé photographique intégral), optiques (théorie de la vision antique) et idéologiques, puis de confronter ces analyses à l´environnement spatial et politique du monument. À partir des documents contemporains (textes, monnaies, archéologie, art, faits religieux, etc.), est proposée une synthèse qui dresse le portrait de Marcus Ulpius Trajanus, considéré par ses contemporains comme l´Optimus Princeps. Cette « Rhétorique de l´Excellence » s´appuyait sur des comparaisons délibérées avec les empereurs antérieurs (citations architecturales et statuaires aux Forums adjacents), établissait un lien privilégié avec Alexandre le Grand, César et Hercule, enfin affirmait la supériorité historique de Rome sur l´Empire : l´origine géographique des matériaux employés sur le Forum et leur disposition spatiale témoignaient ainsi de la maîtrise du monde et de la prospérité générale née des conquêtes. Trajan apparaît en définitive comme un Prince complexe, aussi soucieux de son image politique qu´Auguste et qui demeura pour les Romains son égal. « Plus heureux qu´Auguste, meilleur que Trajan », s´écriait le Sénat au 4è siècle lors de l´avènement d´un nouvel empereur...

  • Justicia est anima civitatis : les vingt-deux contributions rassemblées ici tentent de rendre aux villes une composante fondamentale de leur identité, l´exercice de la justice, tel qu´elles le revendiquent dès que le droit urbain prend corps à partir du XIIe siècle. De la Flandre à l´Italie du Nord et du Centre, la fameuse « Urban belt » de l´Europe ancienne a constitué le champ privilégié de cette recherche pour laquelle les historiens et les historiens du droit ont échangé leurs points de vue. Entre 1200 et 1500, des évolutions chronologiques parfois différenciées ont permis de cerner les transformations du droit écrit et le développement dynamique des nouvelles procédures. En favorisant le pénal, la question a été de comprendre quelles possibilités ont été offertes aux justiciables pour user de différents modes de résolution des conflits et comment les gouvernants des villes ont pu instituer des politiques judiciaires de type étatique. La justice est ainsi apparue comme un pan du lien politique et social des milieux urbains.

  • La papauté connaît, entre XIVe et XVIIe siècle, des évolutions remarquables qui coïncident avec l'affirmation de l'État en Europe occidentale. La recherche collective internationale dont le présent volume se veut l´écho, aspire à renouveler ce sujet historiographique déjà amplement labouré. Elle tente tout d´abord d´être un pont dressé entre les continents médiévaux et modernes, trop souvent isolés. Elle s´efforce ensuite d´enrayer une tendance traditionnelle à l´analyse distincte que l'on fait de la Curie et de l'État, de la ville de Rome, d'Avignon et des territoires placés sous la souveraineté temporelle du souverain pontife. Le thème retenu a été celui de la difficile et complexe notion de charge publique et d´office, du service du prince au service de l´État et de l´Église. Cette approche ciblée repose sur des études institutionnelles, biographiques ou prosopographiques et permet d´approfondir de manière inédite et originale nos connaissances de cette forme de pouvoir unique qu´est la papauté médiévale et de l´âge moderne.

  • Jusqu'à présent, les historiens de Venise se sont intéressés au groupe des cittadini en raison de la place tenue par les "citoyens originaires" dans la bureaucratie de la République. On se propose ici de dépasser cette image incomplète et schématique d'une noblesse de robe pour saisir, à l'aide de sources émanant d'institutions très différentes, les divers aspects du groupe des "citoyens". Le portrait collectif qui en résulte est complexe, parfois même contradictoire : le XVIe siècle constitue en effet un moment décisif où à l'ancien statut juridique des cittadini se substitue une identité "citoyenne" de plus en plus sociale, fondée sur l'honorabilité. La part féminine des groupes sociaux d'Ancien Régime est très rarement prise en considération par leur définition et leur statut. C'est particulièrement vrai quand il s'agit de citoyenneté, à cause des implications politiques du concept, même si celles-ci sont purement théoriques, comme dans le cas vénitien. Pourtant, dans les statuts urbains, les femmes de la ville font l'objet de normes légales régulièrement renouvelées qui réglementent leurs dots et veillent, par la même occasion, à la conservation des richesses de la cité. Mettant en évidence le fonctionnement de cette législation et utilisant les sources qui en dérivent, cette étude s'attache à placer en regard l'histoire des citoyennes et celle des citoyens dans la Venise de la première modernité.

  • Issu d´un programme de recherche franco-italien initié en 2008 sous l´égide de l´École française de Rome, de l´Università degli Studi di Parma et de l´Université Paris-Sorbonne, ce volume explore un des paradoxes majeurs du catholicisme moderne : alors qu´il revendique une parfaite unité, argument de choix des controversistes contre le protestantisme, il est en réalité traversé par de profondes divergences doctrinales. Ces divergences ne concernent pas seulement des individus, mais aussi des institutions et des États. Le royaume de France continue ainsi de refuser obstinément la conception romaine du pouvoir pontifical, et avec elle la juridiction doctrinale qui en découle. La papauté de son côté condamne régulièrement les thèses gallicanes. Si les affrontements sont nombreux aux XVIe et XVIIe siècles, ils ne débouchent presque jamais sur une rupture complète entre Rome et l´Église gallicane. Les moyens de régulation, diplomatiques, mais aussi théologiques se révèlent donc efficaces pour maintenir dans l´unité des Églises qui s´accusent volontiers l´une l´autre d´errances doctrinales. Cette situation d´hétérodoxies croisées ouvre à quelques individus une espace de liberté, certes restreint et toujours menacé, mais qui contribue au pluralisme du catholicisme d´Ancien Régine.

  • Entre le début de notre ère et les années 260, l´appartenance à une association professionnelle, cultuelle ou funéraire a présidé à la définition du rang social de nombreux habitants de l´Italie et des Gaules romaines. Aussi ce livre porte-t-il au jour la place que les membres des associations romaines, les collegiati, occupaient dans leurs sociétés. L'appartenance à un collège faisait naître un sentiment de respectabilité, et permettait parfois d'acquérir un réel prestige. Cette respectabilité et ce prestige résultaient de l´insertion des associations dans les cités : le rang de collegiatus était de nature civique. L´association correspondait à l'un des groupes dans lesquels les collegiati nouaient des relations interpersonnelles, et l'interaction de ces multiples appartenances déterminait leur position sociale. Toutefois, le rang des collegiati, tel qu´il apparaît dans les sources disponibles, n'est pas une donnée objective. Il est au centre d'un discours épigraphique construit par les collegiati eux-mêmes. Les membres des associations se plaisaient à décrire leurs destinées comme des réussites. Cependant, leurs discours comportent des omissions, et des pans bien choisis du réel côtoient fréquemment l'exagération, la métaphore ou le fantasme.

  • Les notions de conquête ou d´acculturation constituent-elles des concepts opératoires capables de dégager la signification historique du parc balnéaire africain ? Ou faut-il repenser les processus d´hellénisation et de romanisation, notamment pour établir une périodisation de l´histoire maghrébine dans laquelle les thermes peuvent s´intégrer, mais qu´ils contribuent aussi à définir ? N´y a-t-il pas là matière à réfléchir sur la « crise du IIIe siècle » ou à remettre en cause l´idée d´une rupture liée à la « conquête vandale » ? Comment interpréter la typologie des édifices ? Que révèlent les nombreux bains asymétriques ou l´équipement des sources thermales et des demeures ? Quelle corrélation établir entre les monuments les plus prestigieux, de plan symétrique, et le dynamisme relatif des différents pôles économiques et politiques de l´Empire ? En quoi les thermes de plan semi-symétrique sont-ils symptomatiques des relations entre l´Afrique et l´Italie et en quoi rendent-ils compte des mécanismes de l´évergétisme et de la construction privée ? Quel est le rôle des thermes dans la cité ? Comment s´insèrent-ils dans l´urbanisme et dans la vie politique, en tant que lieux de rassemblement et de propagande ? Qu´en est-il de la permanence des activités sportives ? Comment s´organisent les chantiers, véritables laboratoires de formes architecturales, qui procèdent à l´érection des grands thermes ? Dans quelle mesure les thermes, microcosmes et scènes du pouvoir, offrent-ils aux luttes idéologiques un terrain de prédilection pour s´exprimer ? Telles sont les questions fondamentales et variées auxquelles la présente étude fournit des réponses qui outrepassent son strict cadre géographique et chronologique en s´appuyant en outre sur un catalogue archéologique et un corpus épigraphique rassemblés et harmonisés pour la première fois. Les notices des bains publics et privés, fondées sur une définition rigoureuse du vocabulaire, et les planches, réalisées selon un jeu d´échelles cohérent (1 : 500 ou 1 : 250), débouchent systématiquement sur un schéma qui résume une proposition de lecture de l´édifice.

  • Le déroulement de la Réforme en France et en Italie présente en même temps des similitudes frappantes et des différences évidentes. Première rencontre consacrée aux comparaisons, aux contrastes et aux contacts entre ces deux mouvements de renouveau religieux, puissants, mais qui finalement échouent au moins partiellement, le colloque réuni à Rome les 27-20 octobre 2005 avait plusieurs objectifs : en premier lieu, étudier les rapports directs entre les individus et les événements dans ces deux pays, beaucoup plus importants que ce que beaucoup d´historiens avaient pu penser ; ensuite, favoriser la rencontre entre des méthodes et des questionnements historiographiques différents, qui doit conduire à de nouvelles voies de recherches pour chaque pays ; enfin, mener une comparaison systématique entre les deux courants pour éclairer des thématiques et des problèmes majeurs jusqu´ici rarement abordés qui suscitent de nouvelles réflexions problématiques plus larges sur les deux Réformes.

  • À la fin du Moyen Âge, un véritable thermalisme prit essor en Toscane. De nombreuses sources chaudes et minérales furent captées et utilisées à des fins essentiellement thérapeutiques. Dans les campagnes, des bains - c'est-à-dire des bassins - furent aménagés et plusieurs stations thermales se formèrent pour abriter les curistes comme tous ceux qui se destinaient à les héberger, à les nourrir ou à les soigner lors de leur séjour. En prenant appui essentiellement sur la documentation des archives siennoises et lucquoises, cet ouvrage se propose d'étudier les formes de ce développement thermal : les caractéristiques et l'importance de l'habitat et des activités thermales, l'aspect des infrastructures balnéaires, le rôle des autorités communales (urbaines ou rurales) dans la mise en valeur et l'exploitation des eaux chaudes et des espaces thermaux, l'intérêt, enfin, des populations citadines pour des pratiques médicales et récréatives nouvelles et pour les profits du thermalisme.

  • L´idée de ce travail avait été suggérée en 1993-1994 par feu le cardinal Ugo Poletti, alors archiprêtre de Sainte-Marie-Majeure, et trouva une première expression à plusieurs voix dans l´ouvrage collectif dont il avait été l´instigateur : Santa Maria Maggiore e Roma. À la différence de celui qu´avait dirigé le regretté Carlo Pietrangeli : Santa Maria Maggiore a Roma, il devait montrer, non seulement la place de la basilique parmi ses homologues romaines en dégageant, comme il est courant de le faire dans les monographies qui leur sont consacrées, ses caractéristiques architecturales et artistiques, mais encore, ce qui est beaucoup moins fréquent, son rôle dans la vie religieuse de la Ville et de l´Église de Rome, voire de l´Église universelle. J´avais collaboré à l´ouvrage voulu par le cardinal Poletti en esquissant dans cette perspective l´histoire de la basilique du ve au XIIIe siècle. Cette chronologie est restée celle de mon présent travail, sauf que je l´ai élargie en amont par l´examen de la préhistoire de la basilique et en aval par l´usage de la documentation manuscrite d´intérêt cultuel, coextensive à tout le Moyen Âge, voire à une bonne partie de l´époque moderne, provenant de Sainte-Marie-Majeure et conservée aujourd´hui à la Bibliothèque Vaticane. Je l´ai prolongé en guise d´épilogue, par le rappel du conflit qui opposa Boniface VIII aux cardinaux Colonna, archiprêtres de la basilique libérienne avant et après le conflit, et qui marqua la fin des rapports que depuis son origine les papes avaient entretenus avec elle. C´est à la mémoire de celui qui en fut le premier inspirateur que j´ai dédié le présent travail.

  • Alba Longa et sa légende demeurent pour la science une énigme : alors qu´elle explore les origines de Rome avec une intensité sans précédent, elle ne sait que penser de cette ville introuvable, de ce lac débordant, de ces forêts ombreuses, de ces rois fantômes. Quel rôle jouèrent les monts Albains dans la culture latiale ? A-t-on eu raison, depuis plus de cinq siècles, de chercher inlassablement Albe, cette cité d´où seraient venus les jumeaux fondateurs de Rome ? Quelles furent les relations entre ce territoire albain et Rome, entre la Ligue latine et la Ville ? Géographie historique et culturelle, sciences de la terre, archéologie, histoire des religions, philologie : le recours à un très large éventail de disciplines aboutit ici à une synthèse, d´où le souci de la réflexivité épistémologique n´est jamais absent. Pour comprendre le légendaire albain, il fallait le replacer dans son cadre. Les anciennes fouilles du XIXe siècle sont donc restituées dans leur contexte. Au-delà de ce qui a été conservé, émerge un continent perdu de la connaissance : des paysages disparus, des sites oubliés, des textes négligés, des rites méconnus et, avec eux, toute la richesse d´une véritable civilisation : en retour on comprendra mieux l´apport des plus récentes découvertes dans ce Latium préromain dont le massif Albain constituait précisément le centre. C´est là, sur le mons Albanus, moderne Monte Cavo, que les Anciens plaçaient Alba Longa et ses rois ; c´est là aussi qu´ avait lieu une grandiose cérémonie religieuse, les Féries Latines, délaissées pourtant par la recherche moderne qui n´a su où situer les mystérieux sacra Albana. Des inventaires précis, des dossiers rassemblant les textes antiques concernés, donnés à chaque fois avec leur traduction, permettent de redonner à ces thèmes toute leur importance, et font de ce livre un exceptionnel outil de travail : la première synthèse française sur cet ancien Latium, naguère dit primitif, objet, depuis trois décennies, d´un grand mouvement international de recherche. Mémoire ou histoire ? À cette interrogation, aujourd´hui omniprésente, ce livre apporte une réponse qui constitue une contribution novatrice au débat actuel sur les origines de Rome.

  • La papauté connaît, entre XIIIe et XVIIe siècle, des évolutions remarquables qui coïncident avec l´affirmation de l´État en Europe occidentale. L´écrit, qui permet à toute autorité politique d´immuniser, de statuer, d´informer, de conserver, est un des principaux instruments de sa construction. Ce volume, second écho d´une recherche collective internationale, tente de croiser les questionnements diffus portant sur ces deux objets historiographiques. Sans prétendre offrir une analyse globale de la culture écrite des organes du pouvoir, dans et hors de la curie, ni proposer une véritable histoire documentaire de l´institution pontificale, les études présentées ici permettent de cerner les structures d´évolution de la documentation dans divers secteurs d´intervention de la papauté. Elles appréhendent les interrogations que les mécanismes de rédaction, de transmission et de conservation des informations suscitent. Elles soulèvent avec acuité des questions économiques fondamentales que les registres occultent, voire tentent de celer. De Rome en Avignon, par Pérouse, Bologne et la Savoie, des cours provinciales aux familles cardinalices, de l´armée à la Pénitencerie, du maçon à l´artiste, des premières ébauches de l´écrit à l´évasion du secret d´archives, la richesse des thèmes étudiés, des analyses apportées et des interprétations historiques parcourues approfondissent de manière déterminante nos connaissances de cette forme de pouvoir unique qu´est la papauté médiévale et de l´âge moderne.

  • La démocratie n´est pas seulement affaire de droit et de théorie. Elle est une pratique quotidienne. Elle se niche jusque dans les replis des comportements. Son exercice ne va pas sans modifier les attitudes et les gestes que les candidats et les élus montrent aux citoyens et qui s´étalent dans les médias, en France comme en Italie. Comprendre ces postures permet en définitive d´appréhender notre vie publique, non pas sous l´angle pessimiste de la crise des idéologies, comme le font avec trop de complaisance des Cassandre aveuglés par les douloureuses expériences du siècle, mais plutôt en soulignant que la politique est entrée dans un nouvel âge de son expression, une nouvelle intelligence de l´humain. Le naturel - le fait de paraître naturel - exprime la réduction des croyances politiques. Pour l´heure, la décontraction, jugée triviale, est si bien entrée dans les moeurs que son analyse reste rudimentaire. La confrontation avec les façons d´agir du XIXe siècle brise le conformisme de notre regard. Elle rappelle que les hommes politiques ont exprimé une gravité en phase avec la dignité qu´emportait la détention du pouvoir à l´âge des religions civiques. Le détour par l´histoire est le seul moyen de réduire nos préjugés. Dévoiler la fiction du naturel, en révéler l´emprise, en expliquer les origines, tel est le sens de cet ouvrage, qui approche la naturalisation à travers trois de ses expressions : la mise en scène de l´intimité, le langage des émotions et la préservation de la gravité comme régulatrice des tensions.

  • Spesso poco note, talvolta ancora inedite, le testimonianze di pittura rupestre medievale del Lazio e della Campania settentrionale sono numerose, come dimostrano le quarantadue schede del catalogo, corrispondenti ai monumenti presi in esame. L´ampio raggio di indagine ha permesso di enucleare due differenti tipologie di ambienti: la cavità artificiale, in corrispondenza del substrato tufaceo, utilizzata il più delle volte per esigenze funzionali, e la grotta naturale, fin dalla preistoria associata all´universo del sacro. Particolare attenzione è stata rivolta ai fenomeni religiosi che hanno concorso allo sviluppo dei santuari, quali la devozione all´arcangelo Michele, l´eremitismo e la venerazione delle reliquie. Queste ultime sono la causa della sopravvivenza dei santuari ubicati all´interno delle catacombe, luoghi di culto che molto hanno in comune con l´universo rupestre. Quanto alle tematiche di ambito artistico, il ricco corpus di dipinti ha consentito di soffermarsi sul dialogo fra roccia e immagine, sui diversi contesti della produzione pittorica campano-laziale fra VI e XIII secolo, sui problemi conservativi.

  • À travers une analyse minutieuse du fonctionnement du circuit d´échange du blé et des différents contextes qui servent à l´expliquer, l´auteur montre comment les autorités pontificales du XVIe et du XVIIe siècle bâtissent et gèrent un système commercial spécifique, dont la logique repose sur une conception particulière de l´économie et de la société. La théologie morale des scolastiques, avec l´élaboration de la notion centrale de « juste prix », constitue le cadre théorique fondamental pris en compte pour saisir la rationalité d´institutions qui, comme les Annones d´Ancien Régime, ont été trop vite et trop souvent assimilées à des simples entraves à la libre expression des forces de marché. Le modèle romain d´« économie morale » ici proposé apporte ainsi une contribution au débat général, tant des historiens que des anthropologues, concernant les caractéristiques des économies pré-classiques et les outils analytiques pertinents pour leur interprétation.

  • Au XIIIe siècle, les pouvoirs médiévaux s´assimilent un ensemble de techniques rhétoriques élaborées au Moyen Âge central sous le nom d´ars dictaminis La cour sicilienne de l´empereur Frédéric II est, sous l´impulsion de Pierre de la Vigne, un laboratoire privilégié dans le processus de perfectionnement de cette prose politique rythmée. Alors que s´effondre la dynastie souabe, les héritiers de sa chancellerie transmettent à la postérité les textes les plus représentatifs de cette rhétorique impériale en créant une collection de dictamina : les Lettres de Pierre de la Vigne, auquel ce style emphatique et voilé d´obscurités métaphoriques sera désormais associé. Ce livre étudie une étape décisive de la formation du langage politique européen à partir de l´histoire des Lettres, envisagée dans ses différents aspects, de la création mystérieuse de la collection jusqu´à sa transformation en objet historique, en passant par l´analyse du milieu, de l´idéologie et des techniques rhétoriques des créateurs de ses textes, de leur impact et de leur interprétation contradictoire dans la société du XIIIe siècle. Il montre les procédures mises en oeuvre par les notaires ultérieurs pour exploiter ce « miroir rhétorique » et son poids dans la transformation générale du langage étatique européen au cours d´un long XIVe siècle (1270-1420), de l´Angleterre à la Bohême, de la France à l´Italie. En explorant ce continent du dictamen politique ultérieurement recouvert par la vague humaniste, on tente ainsi de progresser, sur la piste de Kantorowicz, dans la reconstitution des liens mystérieux unissant idéologie linguistique, droit et construction étatique à l´automne du Moyen Âge.

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