Langue française

  • Le conservatisme n'a pas la vie facile. Il est confondu avec tout ce qu'il n'est pas : immobilisme, réaction, traditionalisme, voire contre-révolution. Sans compter l'influence trompeuse qu'a pu exercer le néo-conservatisme américain. Alors, en quoi consiste le conservatisme et garde-t-il une actualité ? Pour y répondre, l'auteur esquisse une histoire intellectuelle de la pensée conservatrice, de Cicéron à nos jours. Il souligne les lignes de force (autorité, liberté, bien commun, confiance) qui structurent la pensée conservatrice et lui donnent son authenticité et sa permanence. Politiquement, et cela ressort des travaux des penseurs conservateurs modernes (Strauss, Oakeshott, Kolnai, MacIntyre) le conservatisme est la doctrine politique de l'autorité et l'idéologie du courant anti-idéologique. Il est, d'une certaine façon, le complément naturel du libéralisme. Mais le conservatisme ne se résume pas à une doctrine. Il suffit de lire Jane Austen, Chateaubriand, Balzac ou Evelyn Waugh pour comprendre que le conservatisme est aussi un style de pensée, une façon d'appréhender la vie dans toutes ces dimensions : littérature, religion et vie morale, histoire, économie, vie en société. Doctrine et style, le conservatisme a-t-il un avenir ? Peut-il encore exercer une influence décisive sur la vie politique ? L'auteur estime que oui. S'appuyant sur les travaux de neuf grands penseurs conservateurs du xxe et du xxie siècles, il esquisse cet avenir. Il dépendra crucialement de la capacité à faire vivre une nouvelle alliance du libéralisme et du conservatisme. Et ce conservatisme libéral pourrait constituer une idée neuve en Europe et en France. Jean-Philippe Vincent est ancien élève de l'ENA et économiste. Il a travaillé à la Direction de la Prévision, au Fonds Monétaire International et chez McKinsey & Co. Il est l'auteur de plusieurs livres d'économie. Il enseigne l'économie des questions de société à Sciences-Po Paris. Il est membre du comité de rédaction de la revue Commentaire.

  • Cette première synthèse intégrale de la pensée politique d'Émile Chartier (1868-1951, plus connu sous le pseudonyme d'Alain) se propose, à nouveaux frais et de manière soigneusement contextualisée, de redonner à Alain la place majeure et singulière qui lui revient dans l'histoire récente des idées : celle d'un penseur citoyen, d'un libéral de gauche compagnon de route du radicalisme, dont l'anti-étatisme, l'individualisme démocratique et le rationalisme laïque entrent en résonance profonde avec les préoccupations contemporaines.
    Jérôme Perrier entend ainsi rendre justice à cet insatiable chroniqueur, dont l'oeuvre a pâti d'avoir été disséminée en plusieurs milliers de « Propos » dans la presse de son époque. Contre le cliché de « philosophe pour classes terminales » qu'on a parfois cru devoir lui accoler en raison de son style sans jargon, il campe un Alain à la fois clair et profond, soucieux d'être compréhensible par tous, qui s'inscrit aussi dans la tradition des moralistes français allant de Montaigne à Camus.
    Jérôme Perrier, agrégé et docteur en histoire, a enseigné à Sciences Po Paris et à l'université de Versailles-Saint-Quentin- en-Yvelines.

  • À l'image du célèbre diamant dont il fit hommage au Régent en 1717, le nom de Law brille de mille feux. On ne le créditera pas seulement d'avoir introduit en France le billet de banque : son Système relevait d'une vision macroéconomique avant la lettre.
    Law surgit à un moment, somme toute banal de la vie économique de l'Ancien Régime, où l'argent circule mal faute de trouver à s'investir, et aboutit dans le coffre des rentiers.
    Plombées par vingt-cinq ans de guerre (1689-1714), les finances publiques sont exsangues, victimes d'un arbitrage historique en faveur de l'endettement et au détriment de l'impôt. Comme par miracle, le Système proposait un changement de paradigme.
    Premier banquier central de l'histoire de France, Law se brûla les ailes en actionnant les leviers tout neufs de la création monétaire et du soutien à l'économie. Trois siècles plus tard, son fantôme n'a pas fini de nous hanter : est-ce Law qui doit être considéré comme un précurseur, selon l'opinion de Schumpeter, ou est-ce notre système économique qui est retombé en enfance ?

  • Un cliché amplement répandu veut désormais que l'individualisme ne puisse qu'être égoïsme, repli sur soi, narcissisme irresponsable ou produit du matérialisme consumériste. Et qu'en conséquence il soit la cause de presque tous les maux qui accablent notre société. Contre ce coup de force lexical idéologiquement orienté, cet ouvrage entend rappeler et établir l'existence d'un autre individualisme tel que par exemple l'ont pensé et défendu K. Popper et J.-F. Revel. Autant choix existentiel personnel que philosophie morale et sociale, il a valeur de déclaration d'indépendance individuelle, promeut la singularité d'individus souverains sur eux-mêmes tout disposés à coopérer volontairement sur la base de cette reconnaissance réciproque. Et prend sens en s'opposant au conformisme, au paternalisme et à toutes les formes possibles de collectivisme. C'est cet individualisme bien compris et polyphonique qu'on découvrira ici en cheminant en compagnie bien sûr de Stirner, Nietzsche, G. Palante et Ayn Rand. Mais aussi et entre autres de B. Constant, Emerson, O. Wilde, Alain, Ortega y Gasset, Hayek ou Zinovev. Et même de Kierkegaard, Tocqueville et Jaurès - sans oublier des auteurs moins connus, des non-alignés et les surprenants anarcho-individualistes américains puis français des siècles derniers. Et si, dans l'actuel contexte de rhétorique anti-individualiste massive, ce « grand récit » redonnait goût à une liberté individuelle plus altière, responsable et partagée ?

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