Les Belles Lettres éditions

  • Vers la fin de sa vie, Paul Ricoeur a plusieurs fois abordé la question de la traduction. Trois conférences sur ce sujet sont rassemblées dans ce volume. À une réflexion qui part du constat de l'irréductible différence entre les langues, la traduction paraît impossible. Et pourtant elle existe : on a toujours traduit. La tâche de la pensée est donc non tant de l'expliquer ou de la justifier que de penser à partir d'elle, puisqu'elle reste une « opération risquée, toujours en quête de sa théorie ». L'auteur explore dès lors les « deux voies d'entrées » dans le problème de la traduction : si la conception qui voit en elle le simple transfert d'un message verbal d'une langue à une autre lui semble trop étroite, celle qui revient à assimiler tout processus de compréhension à une traduction est sans doute trop peu rigoureuse. Par-delà le soupçon toujours vivace de la « trahison » qui pèse sur elle, la traduction, ce « défi », apparaît en fin de compte au philosophe comme un « bonheur » : celui de « l'hospitalité langagière ». Paul Ricoeur (1913-2005) est l'un des philosophes majeurs de l'époque contemporaine.

  • Qu'est-ce que la traduction ? À cette question fondamentale, Charles Le Blanc répond : son histoire. Et pour nous « raconter » la traduction telle qu'elle s'est incarnée au fil des âges, il fait ici appel à cinq contes et récits bien connus. Le Portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde, La Reine des neiges d'Andersen, L'Apprenti sorcier de Goethe, La Barbe-bleue de Perrault et Hansel et Grethel de Grimm lui servent à décrire cinq grandes caractéristiques de la traduction mais aussi cinq étapes de l'art de traduire, de l'Antiquité au romantisme. Comme le portrait de Dorian Gray, les traductions vieillissent alors que l'original conserve une éternelle jeunesse. Comme dans les morceaux du miroir magique brisé du conte d'Andersen, c'est le regard du lecteur-traducteur sur le texte qui en reconstruit le sens. Comme dans la ballade de Goethe, la multiplication des traductions rappelle celle des balais déchaînée par l'apprenti sorcier qu'est le traducteur : celui-ci doit pourtant reconnaître que l'auteur reste le seul maître. Comme dans le conte de Perrault, une oeuvre littéraire est un château dont l'auteur, tel Barbe-bleue, tend le trousseau de clés au lecteur ; ce que le texte deviendra une fois traduit dépend en grande partie de la clé que le traducteur utilisera. Enfin, tout traducteur part à la recherche du sens de l'oeuvre, et comme Hansel et Grethel chez les frères Grimm, il espère bien revenir à la maison paternelle, c'est-à-dire à l'original. Mais s'il arrive qu'il s'égare, il peut aussi parvenir à des richesses insoupçonnées, comme les deux enfants découvrant la maison de pain d'épice. Dans cette Histoire naturelle de la traduction, pour la première fois, c'est la figure du lecteur qui passe au premier plan. En tant que lecture, la traduction, comme la pensée, est d'abord un parcours. Elle est une maïeutique du sens et une pratique ancrée dans l'Histoire : c'est ce que démontre cet essai magistral.

  • Le Bruissement des matins clairs révèle les arcanes de la traduction par le prisme de l'expérience d'un de ses praticiens les plus fervents. Confidences personnelles et considérations professionnelles se chevauchent pour offrir une vision élargie d'une profession qui compte parmi les plus nobles mais aussi les plus exigeantes qui soient. Émaillé d'anecdotes plaisantes et d'exemples pertinents, l'ouvrage révèle en toile de fond toute la passion de l'auteur pour son métier.

  • L'interculturel est aujourd'hui partout. Dans les rapports Nord-Sud, bien sûr, mais aussi et surtout dans les rapports européens appelés à revêtir une importance croissante, jusque dans la vie quotidienne. C'est cette perspective qu'explorent les auteurs en prenant les rapports franco-allemands comme exemple privilégié. Partant d'une expérience concrète des rencontres interculturelles, ils l'éclairent en la confrontant aux acquis de la recherche en sciences humaines. Comment, dans ces rencontres qui s'inscrivent dans des contextes historiques, culturels et politiques spécifiques, véhiculant des représentations stéréotypées de l'« autre », une communication véritablement interculturelle peut-elle s'instaurer ? Comment s'« entendre » lorsqu'on parle des langues différentes ? Car prêter une langue, n'est-ce pas porter toute une culture, au risque d'en être prisonnier ? Mais aussi, quel impact ces différences ont-elles sur la communication ? Nos identités culturelles existent-elles indépendamment de la rencontre qui les met en relation ? Autant de questions que les auteurs abordent dans une démarche originale de « recherche-action », qui font l'objet d'analyses sémiotiques et idéologiques, et autant de raisons d'affirmer l'urgence d'une réflexion et d'une pédagogie de l'interculturel.

  • La traduction est peut-être, comme l'écrivait Roman Jakobson, la pierre de touche et d'achoppement de toute théorie du langage. Dans ce livre, l'ambition de Maurice Pergnier est de jeter un pont entre la linguistique et les réalités pratiques de la traduction : on peut donc le définir comme un traité de linguistique générale reformulée à la lumière des problèmes de la traduction. Cet ouvrage dont la première édition date d'il y a quarante ans s'est imposé comme un ouvrage de référence auprès des linguistes, des traductologues et de tous ceux qui s'intéressent à la traduction. Épuisé, il était introuvable depuis longtemps : cette édition définitive, revue et enrichie, le rend enfin de nouveau accessible. Maurice Pergnier entend promouvoir une approche linguistique et sociolinguistique de la traduction. Son propos est de montrer, sur des exemples concrets pour la plupart empruntés au passage de l'anglais au français, que la comparaison abstraite entre des segments de phrases d'une langue à l'autre, à laquelle s'est cantonné le structuralisme, conduit à une impasse : la traduction finirait par sembler impossible. Dès lors que l'on envisage les conditions concrètes, sociales, de la communication langagière, la traduction apparaît non seulement comme possible, mais comme un aspect capital de l'échange intersubjectif. Si les structures sémantiques ne sont pas transposables d'une langue à l'autre, les messages, eux, peuvent (et doivent) être traduits, parce que le sens n'est jamais prisonnier de ces structures. La démonstration de Maurice Pergnier n'exige du lecteur aucune connaissance préalable en linguistique. Cet ouvrage d'un grand pédagogue, écrit dans une langue limpide, est accessible à quiconque souhaite s'initier aux grands problèmes de la traduction. Maurice Pergnier est professeur émérite de linguistique générale à l'Université Paris-Est-Créteil (UPEC). Il est l'auteur de nombreux essais parmi lesquels Les Anglicismes (1989), Du sémantique au poétique avec Baudelaire, Cocteau, Magritte (1997), Le Sommeil et les signes (2004), La désinformation par les mots (2004), De Saussure à Saussure : le « Cours de linguistique générale » à l'épreuve du siècle (2012). Il est également nouvelliste et dramaturge.

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