La découverte

  • De quoi nous parlent nos rêves et pourquoi leur contenu nous déroute-t-il ? Dans
    L'Interprétation sociologique des rêves, Bernard Lahire élaborait un cadre général d'analyse de l'expression onirique nourri des apports de l'ensemble des disciplines qui ont abordé cette énigme. L'espace du rêve y apparaissait comme le lieu d'une communication de soi à soi, implicite et très peu censurée, mettant en jeu sous une forme transfigurée des problématiques existentielles profondément structurées par les expériences sociales des rêveurs.
    Ce second volume déploie le modèle et la méthode mis au point sur des corpus inédits de rêves. En reliant les fils de l'imaginaire nocturne de quatre femmes et de quatre hommes à des expériences récentes ou lointaines de leur vie, Bernard Lahire déchiffre les préoccupations que leurs rêves mettent en scène. Par-delà l'étrangeté ou l'incohérence apparente des pièces de ces puzzles oniriques construits nuit après nuit, il fait apparaître avec netteté l'image qui s'en dégage : l'épreuve de la domination masculine, les séquelles des abus sexuels, les affres de la condition de transfuge de classe, les heurts de la compétition scolaire, les rapports difficiles à l'héritage familial, les conséquences de la violence parentale physique ou symbolique, les effets d'une morale religieuse enveloppante ou les répercussions de l'abandon du père.
    En s'emparant, avec virtuosité, d'un objet traditionnellement considéré comme hors du champ de la sociologie, Bernard Lahire ne se contente pas de défaire un peu plus le mythe d'une intériorité préservée de toute influence sociale ; il nous donne les moyens d'accéder avec une plus grande lucidité à la part rêvée de nos existences.

  • Depuis les années 2000 se multiplient à tous les échelons de l'enseignement supérieur des dispositifs de sensibilisation et de formation à l'" entrepreneuriat ". D'où provient cette injonction croissante d'éduquer la jeunesse à l'" esprit d'entreprendre " ? Que fait au fonctionnement de l'Université cette montée en puissance de la référence au monde économique en son sein ? Quels sont les enjeux politiques de cette fabrique de vocations entrepreneuriales ?
    À partir d'une enquête au long cours combinant entretiens, observations et archives, l'ouvrage retrace la genèse de ce projet éducatif et les formes de son déploiement dans les universités et grandes écoles françaises - à travers notamment la dévalorisation des savoirs théoriques au profit de " savoir-faire " et de " savoir-être " supposés immédiatement utiles dans l'univers économique, l'adoption de normes de conduite valorisées en entreprise, etc.
    Le projet éducatif ainsi déployé sous la bannière " entrepreneuriale " participe à la diffusion de l'idéologie néolibérale. S'il donne l'illusion que tout le monde peut entreprendre, il prépare d'abord les fractions les moins dotées de la jeunesse diplômée à l'occupation de positions précaires aux marges du salariat (micro-entrepreneuriat, par exemple) tandis qu'il permet à une jeunesse dorée d'accéder à de nouvelles positions valorisantes (dans l'univers des start-up, notamment).
    L'enseignement supérieur est ainsi appréhendé à la fois dans ce rôle inédit de laboratoire des idéologies capitalistes - quand l'Université avait, du moins depuis 1968, plutôt fait figure de lieu de la critique sociale -, mais aussi de " cible " pour des modèles qui, en la pénétrant, en subvertissent en partie les objectifs et les modes de fonctionnement.

  • Célèbre pour avoir ouvert la voie à la sociologie des émotions, Arlie R. Hochschild développe dans ce livre la notion de " travail émotionnel ". Cet ouvrage s'inscrit dans une double perspective critique : critique féministe du rôle émotionnel imposé aux femmes et critique des structures du capitalisme contemporain et de leurs effets délétères sur les individus.
    Célèbre pour avoir ouvert la voie à la sociologie des émotions, Arlie R. Hochschild développe dans ce livre la notion de " travail émotionnel ". Selon l'auteure, en effet, les émotions ne surgissent pas en nous en s'emparant de notre " moi ", mais sont le fruit d'un travail que nous effectuons, la plupart du temps sans en avoir conscience, dans le but d'accorder ce que nous ressentons avec les " règles de sentiments " en vigueur dans notre environnement social.
    Ce que montre par ailleurs l'auteure, c'est comment, au cours des dernières décennies, dans le cadre d'une économie postfordiste où prédominent les emplois de service, et donc les relations avec un " public ", ce travail émotionnel a été " capturé " par les entreprises et orienté vers des fi ns marchandes. Dans ce processus, ce sont en particulier les femmes, éduquées pour devenir des êtres sociaux émotionnels, qui sont en première ligne et en subissent de plein fouet les implications : lorsque les émotions sont dictées par l'entreprise, elles deviennent progressivement étrangères à l'individu et perturbent sa capacité à vivre en société.
    Plus que jamais d'actualité, cet ouvrage exceptionnel s'inscrit ainsi dans une double perspective critique : critique féministe du rôle émotionnel imposé aux femmes, aussi bien dans le cadre privé qu'au travail, d'une part, et critique des structures du capitalisme contemporain et de leurs effets délétères sur les individus, d'autre part.

  • Cet essai exceptionnel et ambitieux, qui s'inscrit dans la droite ligne des travaux de P. Bourdieu, N. Elias et S. J. Gould, analyse une révolution dans l'ordre de la connaissance : l'irruption de la pensée sociologique en France et en Allemagne, à l'orée du XX e siècle, et la déflagration qu'elle a causée. Sa première victime fut sans doute la philosophie, contrainte à une violente remise en cause, dont ce livre s'attache, entre autre, à relire les principaux auteurs au prisme de cette analyse. Au tournant du XIXe et du XXe siècle, l'ordre de la pensée, du savoir et des représentations a été ébranlé par la sociologie naissante. L'image de l'" homme ", de l'existence humaine, s'en est trouvée profondément bouleversée. Cette révolution sans morts ni barricades a en revanche fait de nombreuses victimes, à commencer par la philosophie. Face à l'idée d'une autonomie et d'une singularité irréductible des faits sociaux, parachevant le développement d'approches objectivistes de l'esprit humain, la philosophie s'est retrouvée acculée, sommée de se redéfinir et d'abandonner à la sociologie, au moins provisoirement, les terrains de la morale et des conditions de possibilité de la connaissance. Avec Max Weber, Georg Simmel et Ferdinand Tönnies en Allemagne, Émile Durkheim et surtout Gabriel Tarde en France, la sociologie consacra, tout d'abord, le principe d'une pluralité de déterminations historiques et objectives pesant sur l'existence humaine. Elle ratifia, ensuite, l'avènement d'une conception nouvelle de la construction théorique, respectueuse de la complexité et de la force contraignante des faits ainsi que de la nature " sociale " des catégories de pensée et des pratiques de production et de transmission des connaissances. Une grande partie de la philosophie du XXe siècle peut être lue comme une réponse à cette révolution cognitive. C'est ainsi que Henri Bergson, Georges Canguilhem, Martin Heidegger, William James, Karl Jaspers, Maurice Merleau-Ponty ou encore Bertrand Russell sont soumis, ici, à une grille d'analyse inédite. Un ouvrage aussi documenté qu'audacieux, qui offre la première histoire croisée de la sociologie et de la philosophie.

  • À partir du cas de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), du milieu des années 1960 jusqu'à la fondation, en 2009, du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), ce livre apporte un éclairage inédit sur les transformations de l'engagement, en analysant les phénomènes de la production sociale de la révolte et des idéologies en politique, et les mobilisations qui ont cherché à changer la vie... militante.
    Le renouveau des gauches radicales en Europe a suscité un regain d'intérêt à leur égard. Toutefois, peu d'études se sont intéressées aux individus qui militent contre le capitalisme, pour un autre monde. Qui sont ces hommes et ces femmes ? Quels parcours personnels, quelles expériences nourrissent l'audace de penser qu'on peut changer la société ? Comment ces engagements se sont-ils transformés et renouvelés ? Grâce à une enquête au long cours combinant entretiens, observations et analyses statistiques, ce livre propose une sociologie de l'engagement anticapitaliste en France du milieu des années 1960 aux années 2000. À travers le cas de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) devenue Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), l'auteure interroge les liens entre les évolutions du recrutement partisan et celles à l'oeuvre dans la société et explore les trajectoires et les pratiques des militants, leurs visions du monde, leurs questionnements et leur idéal, pour apporter un éclairage inédit sur les nouveaux visages de l'anticapitalisme à l'aube du XXIe siècle. Ce faisant, l'ouvrage invite à penser sous un nouveau jour de grandes questions de société, comme celle de la fin des utopies, la prétendue désaffection des jeunes pour la politique, la production sociale de la révolte ou encore ce que signifie prendre parti aujourd'hui. Il rend compte d'une aventure à la fois minoritaire et universelle : la contestation de l'ordre établi.

  • Ce livre s´attache à dissiper le halo de mystère qui entoure la figure de l´enfant « surdoué». D´où vient-elle historiquement ? Comment est-elle devenue, sous le nom de « précocité intellectuelle », une question éducative officielle dans l´espace public français ? Dans quelle mesure les psychologues contemporains reconnaissent-ils et pratiquent-ils cette notion ? Et, surtout, qui sont, que veulent et que font les parents qui ont recours à un psychologue pour attester la grande intelligence de leur(s) enfant(s) ?

    Issu d´une enquête approfondie, menée notamment auprès de parents, de psychologues et de militants associatifs, le livre relie l´affirmation de cette petite noblesse de l´intelligence que constituent les enfants surdoués à un double contexte : le développement de pratiques psychologiques privées et l´augmentation de la concurrence scolaire au sein de l´école massifiée. De façon exemplaire, le cas des surdoués illustre comment la psychologie clinique peut fonctionner comme une source légitime de singularisation des enfants dans les secteurs les plus indifférenciés de l´école (de la maternelle au début du collège). Cette singularisation relève pour partie de stratégies de réassurance, de la part de familles qui, bien que plutôt avantagées socialement, sont sujettes à de vives incertitudes éducatives. Mais on ne saurait ignorer, par ailleurs, les conséquences concrètes de l´anoblissement psychologique : les parents cherchent presque toujours à faire valoir à l´école la différence attestée de leur enfant. Et de fait, comme le montre l´enquête, ils parviennent très souvent à obtenir des enseignants ces petits privilèges qu´ils estiment dus à l´intelligence.

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