La découverte

  • " Aramis est un métro automatique, que l'on a failli construire au Sud de Paris. J'en ai fait le héros d'un dossier de scientifiction. Toutes les aventures de ce héros non humain sont véridiques. Mais elles n'apparaissent jamais vraisemblables, parce que nous ne sommes pas habitués à enquêter en détail sur les amours et les haines des techniques de pointe. Pour la première fois, je crois, l'histoire d'une enquête de sociologie et l'histoire amoureuse d'une machine se déploient de concert. Pour la première fois aussi les ingénieurs parlent directement, et leur voix comme leurs documents ne ressemblent guère au mythe terrifiant de la technique sans âme. Aux humanistes, j'ai voulu offrir l'analyse détaillée d'une technique assez magnifique, assez spirituelle, pour les convaincre que les machines qui les entourent sont des objets culturels dignes de leur attention et de leur respect. Aux techniciens, j'ai voulu montrer qu'ils ne pouvaient pas concevoir un objet technique sans prendre en compte la foule des humains, leurs passions, leurs politiques, leurs pauvres calculs et qu'en devenant de bons sociologues et de bons humanistes, ils en deviendraient de meilleurs ingénieurs et des décideurs plus avisés. Un objet purement technique n'est qu'une utopie. Aux chercheurs en sciences humaines, enfin, j'ai voulu montrer que la sociologie n'est pas cette science des seuls humains, mais qu'elle peut accueillir à bras ouverts les foules de non-humains comme elle le fit au siècle passé pour les masses de pauvres gens. Notre collectif est tissé de sujets parlants, peut-être, mais auxquels s'attachent en tout point les pauvres choses, nos frères inférieurs. En s'ouvrant à eux, le lien social deviendrait sans doute moins mystérieux. Oui, je voudrais que l'on pleure de vraies larmes en lisant la triste histoire d'Aramis et que nous apprenions de cette histoire à aimer les techniques. "
    Prix Roberval 1992

  • On peut soit débattre de la légitimité d'une sociologie des connaissances scientifiques, soit la faire. Ce volume prouve le mouvement en marche. Il rassemble quelques-unes des meilleures études publiées en langue anglaise au cours des quinze dernières années et a pour but de présenter des faits scientifiques analysés en détail par des sociologues et des historiens qui n'établissent a priori aucune frontière infranchissable entre les facteurs sociaux et cognitifs. Contrairement à la littérature épistémologique qui ignore tout du fonctionnement technique et social des sciences, et contrairement à la littérature sociologique qui fait généralement l'impasse sur les contenus scientifiques, de nombreuses études existent en anglais qui proposent une autre façon de parler des sciences. Elles mettent en scène des acteurs sociaux - scientifiques ou autres - qui construisent à chauds des connaissances, dont certaines finissent par s'imposer. En suivant les controverses, les conflits d'interprétation, les doutes, les coups de force, on assiste à l'élaboration de connaissance qui, une fois acceptées, font oublier les conditions de leur production. On se convainc progressivement que pour apprécier la science faite, pour comprendre pourquoi elle se répand irrésistiblement, il faut étudier la science en train de se faire. Ces études, déjà publiées pour la plupart en tirage limité par l'association Pandore, sont à nouveau disponibles. Elles ont été enrichies d'une longue présentation, où Michel Callon et Bruno Latour (Centre de sociologie de l'innovation, École nationale supérieure des mines de Paris) les restituent par rapport aux travaux de ces dernières années, pour souligner leur actualité et montrer le rôle qu'elles ont joué dans le renouveau des travaux consacrés aux rapports entre les sciences, les techniques et les sociétés.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 1991.)

  • Il est banal de dire que la science contemporaine s'appuie sur la théorie et l'expérience. Mais si les philosophes et les historiens des sciences se sont intéressés à la charge de vérité des théories scientifiques et aux conditions de leur élaboration, ils ont quelque peu délaissé la question de l'expérience et de la manière dont celle-ci peut faire preuve. C'est cette question que cherche à élucider cet ouvrage sous un angle historique : l'auteur y interroge un corpus fort large et peu usité de récits d'expérience depuis le XVIIe siècle, qui voient de mettre en place la mathématisation de la physique et se répandre la représentation de la science moderne fondée sur les deux piliers jumeaux de la théorie et de l'expérience. Cet ouvrage montre comment apparaissent alors les formes de preuves expérimentales forts diverses, qui se succèdent et s'enchevêtrent selon un motif historique complexe. Celles-ci, fondées sur la curiosité, l'utilité ou l'exactitude des faits proposés, renvoient aussi bien à des conceptions intellectuelles qu'à des pratiques matérielles, voire à des techniques littéraires, selon les groupes sociaux qu'il s'agit de convaincre. La comparaison entre France et l'Angleterre, les deux pays qui se dotent les premiers d'institutions scientifiques permanentes, permet d'éclairer les trames qui gouvernent l'élaboration de cette tapisserie expérimentale aux motifs contrastés. En dégageant ainsi des " régimes de preuve " progressivement stratifiés dans la pratique scientifique, cet ouvrage offre une grille originale permettant de réinterroger nos représentations contemporaines de la science. Enfin, en rapprochant fermement l'histoire des sciences des champs plus traditionnellement parcourus par les historiens en général, il ouvre des perspectives fécondes et d'actualité.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l''édition originale de 1996.)

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