L'Eclat

  • « Lequier, à toi toujours ! » s'écrie André Breton dans l'avant-dire de Nadja, et Xavier Tilliette d'ajouter : « Lequier est un des rares philosophes qui font aimer d'emblée la philosophie, par le frémissement qu'il communique, par l'urgence qui le talonne, par ce langage direct, inhabituel, sans fioritures ni abstractions. » C'est dire combien nous espérons que cette nouvelle édition de ses écrits les plus importants puisse suggérer à notre siècle un `retour' à Lequier (1824-1862), qui a posé en des termes, souvent repris mais jamais égalés, la question de la liberté : « Je suis libre. Je suis, par-delà ma dépendance, indépendant, je suis une indépendance dépendante ; je suis une personne responsable de moi, qui suis mon oeuvre, à Dieu qui m'a créé créateur de moi-même. »

    Le volume comprend également La notice biographique de Jules Lequier par Prosper Hémon établie par Gérard Pyguillem, le très étonnant « L'incommunicable secret caché sous ce mot `Nous' » de Lequier, tiré des manuscrits, et différentes contributions en appendice.

    Jules Lequier (1824-1862) est né à Quintin (Cotes-du Nord) et meurt (noyé) à côté de Saint-Brieuc. Il n'a jamais rien publié de son vivant, mais adressait ses écrits à Charles Renouvier qui publia dans SES écrits des pages de Lequier sans en préciser la provenance. A la mort de Lequier, Renouvier publia ses écrits mais ne les diffusa pas. Sartre emprunte à Lequier la définition de l'existentialisme: "Faire, non pas devenir, mais Faire et en faisant se faire."

  • Les mots et les sons : un archipel sonore

    François J. Bonnet

    • L'eclat
    • 7 April 2022

    Dire le `sonore' a été une des gageures de l'écriture esthétique et, au XXe siècle, on aura plus largement insisté sur la structure et la forme, au détriment de la sensation, en affirmant la toute-puissance du discours. Mais il suffit de porter l'oreille à une conque marine pour que le son de la mer qu'on y entend, ébranle les édifices, mette à bas les échafaudages rhétoriques de ce qu'entendre veut dire. Dans Les Mots et les sons, François J. Bonnet explore les voix fantômes, l'inframince du son, le sampling, la phonographie et les résonnances dont notre univers est peuplé et qui échappent à la forme traditionnelle de l'écoute. Il ouvre sur des archipels sonores inouïs, éphémères et précaires comme les TAZ, mais riches de nouvelles expériences d'écoute.

    François J. Bonnet (1981), compositeur et théoricien, dirige le Groupe de Recherches Musicales de l'Institut National de l'Audiovisuel (INA grm) depuis 2018. Il a également publié L'infra-monde (MF, 2015), Après la mort (L'éclat, 2017) et La musique à venir (Shelter Press, 2020), qui ont été traduits dans plusieurs langues.

  • Une amitié poétique

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    • L'eclat
    • 6 January 2022

    Faire se retrouver dans un même volume le poète de Grado Biagio Marin (1891-1985), connu de quelques initiés et dont l'oeuvre en dialecte semble être aussi infinie que la lagune qui fait face à la ville, et Pier Paolo Pasolini (1922-1975), célébré dans le monde entier comme l'horizon d'un siècle dont il fut l'icône pourfendue, est de l'ordre du naturel. Un naturel toutefois paradoxal. Ces deux hommes, que plus de trente années séparent, furent amis. Amis de poésie, comme on l'est de l'enfance, passée pour l'un et pour l'autre dans ces régions des Trois Vénéties, à une époque où la langue était encore attachée au paysage. Aux 6 essais inédits de Pasolini sur Marin, font suite 2 recueils de Marin, l'un édité par Pasolini, l'autre écrit au lendemain de sa mort en 1975. Poèmes en bilingue.

    Biagio Marin (1891-1985) est né à Grado (Vénétie). Auteur d'une oeuvre abondante en dialecte, elle ne fut connue du public que tardivement grâce à Pasolini.
    Pier Paolo Pasolini (1922-1975) dont on célèbrera le centenaire de la naissance en 2022, est une des figures les plus importantes de la culture italienne du XXe siècle. Il meurt assassiné en novembre 1975 sur la base d'Hydravions d'Ostie, dans des conditions non encore élucidées.
    Massimo Cacciari (1944) est philosophe et fut Maire de Venise.

  • Qu'est-ce que le Commun? Quels sont ses fondements? S'agit-il d'un ensemble de ressources bien délimitées ou, au contraire, d'un principe général d'organisation sociale de la production? L'objectif de cet ouvrage est double. Fournir au lecteur un guide pour une analyse critique des principales théories économiques et juridiques des biens communs, qu'il s'agisse de la contribution d'Elinor Ostrom, du débat sur la prétendue "tragédie des biens communs" ou des propositions de Dardot et Laval. Le second objectif est de proposer une approche alternative à celle de l'économie politique. Dans ce cadre, le Commun est pensé comme un véritable "mode de production" qui implique une reconsidération complète des fondements de notre société.

    Carlo Vercellone est économiste, professeur des universités à l'UFR « Culture et communication », Université de Paris VIII. Chercheur associé au Sophiapol - Paris Ouest. Chercheur invité au CES-CNRS - Paris 1.
    Francesco Brancaccio est enseignant-chercheur à l'UFR Culture et Communication de l'Université Paris 8 et membre du CEMTI.
    Alfonso Giuliani, économiste, est chercheur au Centre d'économie de la Sorbonne (CES-CNRS 8174).

  • L'architecture mobile est le premier essai de Yona Friedman, paru en 1958 et tiré à une dizaine exemplaires destinés à des architectes, dont Le Corbusier. Il fut réédité ensuite en 1961, 1963, 1968, enrichi à chaque fois de textes et dessins nouveaux jusqu'à l'édition de 1970, paru chez Casterman dont on a pu dire qu'elle constituait "le plus important manifeste de l'architecture moderne depuis la Chartre d'Athènes de Le Corbusier" (Michel Ragon). Notre édition rassemble tous les textes des différentes éditions et permet d'en suivre l'évolution et d'en identifier les strates. Yona Friedman, qui a fêté ses 96 ans en juin 2019, souhaite apporter quelques commentaires du XXIe siècle, à ce livre ancien, mais dont la richesse conceptuelle n'a pas encore été comprise à sa juste mesure.

    Architecte, artiste, penseur, Yona Friedman est l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrages consacrés à l'architecture, l'écologie, le langage, diffusant une pensée à la croisée des chemins. À une époque où les questions d'urbanisme, de mobilité, de mondialisation et de migration deviennent prépondérantes, il a inventé plusieurs concepts visionnaires, de plus en plus actuels aujourd'hui: la ville spatiale, l'architecture mobile, l'utopie réalisable, l'autoplanification. En juin 2018 il a eu 96 ans

  • Ces huit essais inédits de Martin Buber témoignent de la permanence de la réflexion politique chez ce penseur du judaïsme. Proche de Gustav Landauer, Buber a su associer une réflexion profondément ancrée dans la spiritualité à un attachement jamais démenti envers la pensée anarchiste sous ses formes les plus variées. Ce volume en témoigne, où la question n'est pas tant celle du 'socialisme', que celle des pratiques de la politique qui ont pu nourrir une réflexion sur la question des utopies réalisables. Qu'il s'agisse de la non-violence, prônée par Ghandi, ou de la désobéissance civile théorisée par Thoreau, Martin Buber tresse autour de l'idée d'un principe politique non dogmatique les fils multiples d'une action alternative en vue d'un nation sans État autour de l'idée de communauté.

    Martin Buber (Vienne 1878-Jérusalem 1965) a enseigné à l'université de Francfort, avant de quitter l'Allemagne pour Jérusalem en 1938, pour les raisons que l'on sait. Il rejoint alors un groupe d'amis qui oeuvraient en Palestine mandataire au sein de mouvements prônant la solution d'une terre pour deux peuples. On peut lire lui en français Utopie et socialisme (1952), ou la biographie: Martin Buber, sentinelle de l'Humanité, par Dominique Bourel. À L'éclat on peut lire: Communauté, paru en 2018.

  • Jules Lequier ou le tourment de la liberté

    Xavier Tilliette

    • L'eclat
    • 3 March 2022

    Le livre de Xavier Tilliette sur Jules Lequier a été le premier ouvrage d'envergure qui a tenu compte des travaux consacrés à Lequier depuis l'édition des OEuvres en 1952. Il replace cette oeuvre atypique dans le contexte d'une «philosophie chrétienne», dont on a pu dire qu'elle n'existait pas plus que la «mathématique chrétienne». Tilliette inscrit l'oeuvre de Lequier dans une réflexion philosophique et religieuse, où la question de la liberté est posée en même temps que celle de la foi, et qui trouve une résolution tout à fait originale par rapport aux philosophies rationnelles de la liberté et aux philosophies religieuses de la foi. L'authenticité de ma foi dépend de ma liberté! Et c'est à ce titre que la pensée de Lequier accomplit une véritable révolution dans le christianisme.

    Xavier Tilliette (1921-2018) est philosophe et jésuite et auteur de nombreux ouvrages sur Schelling, Jaspers et la philosophie chrétienne. Il a formulé une "christologie philosophique" qui propose une lecture philosophique des Evangiles. Il fut professeur à la Catho et au Centre Sèvres et dans différentes universités étrangères. A une rigueur philosophique exemplaire, Tilliette associe un style d'une très grande beauté, fidèle en cela à Jules Lequier qui fut, à sa manière, son "tourment".

  • Critique biblique et tradition juive

    André Neher

    • L'eclat
    • 3 February 2022

    Sous le titre un peu académique de cet inédit, se cache un questionnement d'un grand intérêt sur le statut du texte biblique. Pour la tradition, la Bible, en tant que révélée, ne peut être sujette à la critique. Elle doit être lue à la lettre, à la différence de la critique biblique qui étudie la formation du texte, ses différentes époques, etc. Ces deux courants opposés ne satisfont entièrement l'homme de foi et d'ouverture qu'était André Neher. La complexité de l'hébreu est au coeur de son raisonnement. Les commentaires bibliques sont à leur manière une 'lecture critique' de la Bible, qui en préservent la dimension révélée. Pour Neher, la révélation s'exprime dans la langue et la langue est le coeur d'une lecture critique, confirmant la dimension toujours dialectique du judaïsme.

    André Neher (1914-1988) a marqué le judaïsme français du 20e siècle, inaugurant son enseignement universitaire, oeuvrant comme penseur et éducateur, depuis Strasbourg jusqu'à Jérusalem, où il s'installe en 1967. Son oeuvre, qui traite de la prophétie, de l'hébreu, du Maharal de Prague et du silence de Dieu, est un viatique pour ceux qui veulent comprendre le judaïsme, dans ses dimensions, morales, spirituelles et philosophiques. L'éclat lui a consacré un volume en 2011 : Héritages d'André Neher.

  • Enfanter Dieu : images et imaginaires de Marie

    Massimo Cacciari

    • L'eclat
    • 6 January 2022

    A travers les multiples représentations de Marie, Massimo Cacciari interroge la figure de cette femme qui accepte d'enfanter Dieu et de se soumettre à l'Enfant de Dieu, disant toutes la complexité d'une religion devenue humaine, fondée sur le geste propre de la féminité, mâtiné de miracle et de doute. Marie incarne un aspect bouleversant du christianisme. Une femme met au monde un enfant (in-fans=privé de parole). Une scène vécue par chaque femme devenant mère, mais qui révèle ici l'essence de la divinité. Dans un très grande forme stylistique, Cacciari passe ici de l'étude esthétique de telle ou telle représentation, à la plus pure réflexion théologique et philosophique. En montrant Marie dans sa plus claire béatitude et détermination face au monde, il montre l'invisible et l'indicible.

    Massimo Cacciari est né à Venise en 1944. Il a été maire de cette ville de 1993 à 2005. Son oeuvre philosophique est abondante, depuis Krisis (1976) jusqu'à sa plus récente parution : Le travail de l'esprit (2020). En français on peut lire à L'éclat: Drân. Méridiens de la décision dans la pensée contemporaine (1992). Déclinaisons de l'Europe (1994) Le Jésus de Nietzsche (2012) ainsi. que Icônes de la Loi (C. Bourgois 1990), L'Ange nécessaire (C. Bourgois 1988), Le Dieu qui danse (Grasset 2000).

  • Un impensé de Marx : la question juive Nouv.

    Un impensé de Marx : la question juive

    Jean-Louis Bertocchi

    • L'eclat
    • 5 May 2022

    Le livre de Bertocchi revient sur la question lancinante de Sur la Question juive du jeune Marx. Le pamphlet a fait couler beaucoup d'encre et de larmes sur le supposé `antisémitisme' de Marx et, par ricochet, de la gauche tout entière. La psychanalyse a parlé de haine de soi et les historiens ont invoqué l'air du temps pour expliquer une position qu'il faut replacer dans un ensemble de textes de la même époque, dont la cible est principalement la société bourgeoise capitaliste. Sur la Question juive dérange parce que le texte procède plus par invectives que par démonstrations et semble vouloir régler des comptes pour lesquels l'auteur manque d'argumentation, au point que le « Juif » de Marx finira par disparaître comme figure et principe de l'égoïsme bourgeois dans les oeuvres à venir.

    Jean-Louis Bertocchi, docteur en philosophie, a participé aux activités du laboratoire de recherches du CNRS (URA 1084) dirigé par Yves Schwartz. Entre autres livres ou articles, il a publié Marx et le sens du travail, aux Éditions sociales en 1996 et, plus récemment, Moses Hess. Philosophie, communisme et sionisme. De la fraternité sociale à la terre du retour, aux Éditions de l'éclat en 2018.

  • Taz ; zone autonome temporaire

    Hakim Bey

    • L'eclat
    • 1 April 2013

    La TAZ (Temporary Autonomous Zone), ou Zone Autonome Temporaire, ne se définit pas. Des "Utopies pirates" du XVIIIe au réseau planétaire du XXIe siècle, elle se manifeste à qui sait la voir, "apparaissant-disparaissant" pour mieux échapper aux Arpenteurs de l'Etat. Elle occupe provisoirement un territoire, dans l'espace, le temps ou l'imaginaire, et se dissout dès lors qu'il est répertorié. La TAZ fuit les TAZs affichées, les espaces "concédés" à la liberté : elle prend d'assaut, et retourne à l'invisible. Elle est une "insurrection" hors le Temps et l'Histoire, une tactique de la disparition.Le terme s'est répandu dans les milieux internationaux de la "cyber-culture", au point de passer dans le langage courant, avec son lot obligé de méprises et de contresens.La TAZ ne peut exister qu'en préservant un certain anonymat ; comme son auteur, Hakim Bey, dont les articles "apparaissent" ici et là, libres de droits, sous forme de livre ou sur le Net, mouvants, contradictoires, mais pointant toujours quelques routes pour les caravanes de la pensée.

  • Chroma, un livre de couleurs

    Derek Jarman

    • L'eclat
    • 1 April 2013

    Autobiographie par la couleur d'un cinéaste, peintre, écrivain, scénographe et jardinier, qui mêle à ses souvenirs d'enfance et de jeunesse le long des blanches falaises du Kent ou dans les quartiers 'rouges' de Londres, ses lectures de Wittgenstein et de Léonard, de Pline l'Ancien ou d'Allen Ginsberg, dans un dernier regard plein d'humour lucide sur le gris vingtième siècle, dont il n'attendra pas la fin pour prendre congé.Derek Jarman meurt du sida en 1994, laissant de nombreux films (Caravaggio, Wittgenstein, Bleu...), des tableaux, des livres et un jardin miraculeux sur la lande de Dungeness, pour les promeneurs du vingt-et-unième siècle.

  • Utopies réalisables

    Yona Friedman

    • L'eclat
    • 19 June 2014

    L'utopie sociale naît d'une insatisfaction collective. L'utopie réalisable, c'est la réponse collective à cette insatisfaction. Mais comment répondre collectivement à une insatisfaction ? et quelles limites une collectivité doit-elle respecter pour satisfaire à son utopie réalisée ? Telles sont les questions soulevées - avec une grande précision et quelques dessins au trait - par le livre de Yona Friedman, paru pour la première fois en 1974, et revu et augmenté pour cette édition.

  • Avoir, sur la nature de l'animal parlant

    Paolo Virno

    • L'eclat
    • 2 September 2021

    Le verbe Avoir est au coeur de notre langage. Nous disons continuellement que les êtres humains ont des pensées, des expériences, ou encore qu'ils ont peur ou soif. Quelles implications se cachent derrière ces phrases familières ? En suivant les aventures de l'avoir, Paolo Virno nous entraîne dans un voyage à l'intérieur de la nature du langage et de l'humain. Celui qui a quelque chose ne se confond jamais avec ce qu'il est. Cet écart entre ce que l'on a et ce que l'on est nous fait réfléchir sur nous-mêmes, sur ce que nous faisons et dont nous avons conscience. Mais c'est aussi par là que nous sommes libres d'abandonner ce dans quoi nous ne nous reconnaissons plus, et de désirer ce que nous n'avons pas encore : un ami intime, une vie plus gratifiante, une communauté.

    Paolo Virno enseigne la philosophie du langage à l'Université Rome 3. Il est l'auteur d'une oeuvre rigoureuse où la philosophie du langage s'imbrique dans une pensée du monde et de l'animal parlant qui l'habite. Outre ses récents écrits sur la négation (Essai sur la négation, 2016) ou sur la régression à l'infini (Et ainsi de suite, 2014), un ensemble de ses textes écrits sur près de 40 années a été rassemblé sous le titre L'Usage de la vie et autres sujets d'inquiétude (L'éclat, 2016).

  • La cabale a développé au sein du judaïsme un vaste réseau d'interprétations qui a ­ permis l'édification d'un système accordant place et reconnaissance religieuse aux formes multiples de l'identité sexuelle, à la bisexualité, aux distorsions entre le «sexe des corps» et le «sexe des âmes» et à une économie complexe du désir, dont nos sociétés contemporaines sont également le reflet. C'est ce réseau que Charles Mopsik a exploré, à travers l'étude des écrits de grands cabalistes, tels que Hayyim Vital, Isaac Louria, ou Abraham ben David de Posquières. Ces essais que Charles Mopsik (1956-2003) avait voulu rassembler en volume, suite à son édition du Secret du mariage de David et Bethsabée de R. Joseph ­Gikatila (L'éclat, 2003), donnent toute la mesure de son génie paradoxal.

    Charles Mopsik (1956-2003) a transformé profondément les études juives en France à partir de ses premières traductions des grands textes de la tradition et en particulier celle du Zohar, restée inachevée. Ses ouvrages témoignent d'une oeuvre d'une extraordinaire liberté et richesse d'esprit. Il disparaît prématurément à 46 ans. L'éclat à également publié ses Chemins de la cabale. 25 études sur la mystique juive (2004) et son édition du Secret du mariage de David et Bethsabée de J. Gikatila.

  • Si la très jeune danseuse contorsionniste hante l'art et la peinture, depuis les descriptions priapiques d'Augustin ou de Jean Chrysostome, c'est au coeur du xixe siècle que Salomé entre de plein pied et en grande pompe dans la littérature, avec l'Hérodias de Flaubert, suivi par Huysmans, avant qu'à son tour Jules Laforgue s'en mêle et qu'Apollinaire, enfin, ferme le bal au début du nouveau siècle. Sont rassemblées ici quatre Salomé, auxquelles s'ajoutent deux notes de Gustave Moreau sur ces propres tableaux, qui laisse voir le mythe entier d'une fillette aux prises avec le pouvoir et la cruauté, et un cahier d'images en couleurs qui va de la Salomé en mosaïque de Venise aux Mangas. Préface de Patricia Farazzi.

    C'est Gustave Flaubert qui, en France, ouvre le bal des Salomés avec son Hérodias en 1877, presque en même temps que les Salomés de Gustave Moreau qui en donne les descriptions dans ses carnets (1876), avant que ne s'y collent Huysmans à la fois dans ses critiques d'art et dans A rebours (1884) ou Jules Lafforgue (1877). Apollinaire ferme le bal en 1902 avec une Salomé mourante, dont la tête flotte sur un lac gelé de Nicopolis du Pont, où elle fut reine d'Arménie mineure.

  • Vous avez un chien se présente sous la forme d'une bande dessinée qui met en scène un/e chien/ne et son/sa maître/sse. C'est un manuel d'éducation pour tous ceux qui vivent avec des animaux domestiques ou d'autres êtres vivants. Ecrit par Balkis Berger-Dobermann, qui partageait la vie des Friedman, Vous avez un chien aurait pu s'intituler « Comment dresser ses maîtres», mais l'auteur a préféré s'en tenir à un titre plus « général » et moins « anthropomorphe ».

    Vous avez un chien est aussi un livre pour ceux qui ont des chats, des canaris, des poissons rouges. Il énonce selon des principes simples «comment vivre avec les autres, sans être maître, ni esclave» pour reprendre le titre d'un autre ouvrage de Friedman.

    Yona Friedman est né à Budapest le 5 juin 1923. Il commence des études d'architecture à Budapest en 1943 qu'il achèvera au Technion de Haïfa en Israël en 1948. C'est là qu'il fait l'expérience d'une architecture nouvelle, pensée avec les habitants eux-mêmes. Il vit et travaille à Paris depuis 1957. Aux éditions de l'éclat ont paru (ou reparu) la plupart de ses livres (anciens et plus récents).
    Sa disparition a été annoncée le 21 février 2020 sur son compte Instagram.

  • L'empreinte

    Michel Valensi

    • L'eclat
    • 3 June 2021

    De 1956 à 1973 la Tunisie a perdu la quasi-totalité de sa population juive, qui a émigré en France ou ailleurs. Ce livre, paru une première fois en 1983, raconte sous une forme romancée le drame de cet exil, tel qu'il a pu être vécu par des personnages aussi improbables qu'Alma Alba, détentrice malgré elle de la clé de la dernière maison juive, ou Judith, fillette égarée entre Tunis et Belleville où la communauté s'est installée à son arrivée en France. Il s'agissait de raconter le mythe de cet exil, à travers des personnages symboliques et de rappeler de quoi était faite la vie de cette population (coutumes, langages, histoires) et ce qu'elle a pu endurer, contrainte qu'elle était à un exil sans retour. L'auteur, quant à lui, apparaît masqué au fil des pages, mais ne la ramène pas trop.

    Michel Valensi (Tunis, 1956) est (aussi) éditeur. Avant de créer les éditions de l'éclat en 1985, il a exercé différents métiers: rangeur de fiches au CNRS, agitateur de négatifs photo dans une chambre noire, cuisinier, tubiste, violoncelliste, barman, chanteur, deuguiste en Sciences des Textes et des Documents (qui n'est pas un métier). Il a publié avec Patricia Farazzi une correspondance en 2020, Lettres du chemin de pierre. L'empreinte a été son premier roman, mais pas son dernier.

  • La volonte de puissance n'existe pas

    Montinari/D'Iorio

    • L'eclat
    • 8 October 2020

    «Tant qu'il ne fut pas possible aux chercheurs d'accéder à l'ensemble des manuscrits de Nietzsche, on savait seulement de façon vague que La Volonté de puissance n'existait pas comme telle », écrivaient G. Deleuze et M. Foucault dans l'«Introduction» aux OEuvres complètes de Nietzsche, établies par Giorgio Colli et Mazzino Montinari publiées en France par Gallimard.
    Sous le titre La Volonté de puissance n'existe pas, nous avons rassemblé quatre essais de Montinari, portant sur la question de ce faux-livre. Alors qu'en reparaissent régulièrement d'anciennes éditions, ces essais viennent rappeler aux "oublieux" qu'un travail de vingt années a permis de lire enfin le contenu des manuscrits de Nietzsche et de prendre connaissance, entre autres choses, de ce qu'il n'a pas écrit.

    Mazzino Montinari (1928-1986) fut, avec Giorgio Colli, l'éditeur des oeuvres complètes de Nietzsche dans leur version allemande, qui servit ensuite aux différentes traductions françaises, anglaises, italiennes...
    Paolo D'Iorio (ENS) est responsable éditorial de Nietzsche Source, qui publie l'édition critique des oeuvres de Nietzsche ainsi que l'édition en fac-similé de ses manuscrits. Il co-dirige l'édition des OEuvres philologiques aux Belles-Lettres et a participé au volume I de la Pléiade.

  • enfant de demain, si ton rêve exhume nos corps - des mains qui se tendent avec force vers des visages de chiffons jaunes -, étouffe étrangle la gorge du rêve et enfouis dans la cendre tes larmes. car notre foi est devenue oiseau de proie.Cette anthologie du poète Avrom Sutzkever, a été confiée à Rachel Ertel, dont on connaît l'engagement pour le yiddish et le grand sens poétique des traductions. Son oeuvre qui traverse le siècle est porteuse d'un extraordinaire espoir en la poésie qui, en plusieurs occasions, lui a sauvé la vie. Tous ses ouvrages y sont représentés et si une grande partie est consacrée au ghetto et à sa résistance, l'ensemble résonne au-delà de l'engagement politique. On peut parler d'un véritable engagement poétique qui aura raison des drames de notre sombre XXe siècle.

    La vie et l'oeuvre d'Avrom Sutzkever sont exemplaires à plus d'un titre. Né en 1913, il s'installe à Wilno en 1923 et rejoindra l'avant-garde poétique de la Jeune Wilno. Enfermé dans le Ghetto, il prendra une part active à la résistance et témoignera au procès de Nuremberg. Il fut actif au sein de la Brigade de papier qui cachait des milliers de livres qui furent retrouvés après la guerre. Après un séjour en Union soviétique, il s'installe en Israël en 1947 et y vivra jusqu'à sa mort en 2010.

  • Fragmentation

    Patricia Farazzi

    • L'eclat
    • 3 February 2022

    Les 30 morceaux de ce livre sont les fragments sous forme de paraboles d'une histoire qui s'est déroulée en Amérique latine dans les 30 dernières années du siècle dernier, où des populations furent torturées, assassinées, effacées sans qu'à ce jour les responsables ne soient le moins du monde inquiétés. Le livre n'est ni un livre d'histoire, ni un témoignage à la première personne. A travers des personnages contraints à l'exil, le souvenir des massacres emprunte le chemin des mémoires chancelantes. Une performance sur un vieux rafiot en rassemble les expressions et se présente comme un long rite funéraire pour tous ces morts sans sépulture. Fragmentation évoque littérairement le lien entre ce moment de l'histoire passée et l'instant présent qui en est la réincarnation.

    Patricia Farazzi a publié plusieurs livres à L'éclat dont Le Voyage d'Héraclite (1986), La vie obscure (1999) ou Un crime parfait (2015) autour de Michelstaedter et en 2018, Un animal d'expérience. Elle co-dirige la collection Philosophie imaginaire et a traduit des livres de Giorgio Colli. Elle a également préfacé d'Ursula K. Le Guin, Jules Michelet, Guillaume Apollinaire. Elle a séjourné en Amérique latine en 1970, où elle a diffusé de littérature clandestine pour les éditions Oveja negra.

  • à présent je n'ai pas

    Avot Yeshurun

    • L'eclat
    • 10 November 2021

    Face à face
    Sois-moi
    le beau visage de toi
    vers le visage de moi.
    Sois-moi un visage vis-
    à-vis. Une bouche face
    à une bouche, un son
    face à un son.

    À l'image de la maison en chantier de sa rue qui semble « sans cesse / aller se détruisant », la maison du poète, celle de sa vie, celle de son oeuvre, « est toujours ruine ». « À présent je n'ai pas - n'ai que la poésie », écrit Avot Yeshurun au seuil du plus grand dépouillement. Mais « Pas le vers ni le mètre, ni les choses. / Pas les choses qui sont dans la poésie / ni la poésie qui est dans les choses ». De la poésie elle-même, il ne reste donc plus que l'âme, soit le son originel de la parole qui, à l'aube de la mort, semble littéralement enfanter à nouveau Yeshurun, lequel ose écrire dans le dernier vers de ses deux ultimes poèmes : « je serai né », et « à la mort Yah ne m'a pas livré ».

    Né en Ukraine en 1904, Yeshurun émigre en Israël en 1925 contre la volonté de ses parents, qui mourront tous au camp d'extermination de Belzec. Après 1948, il prend conscience du drame de la population palestinienne sur lequel il publie en 1952 un poème qui fit scandale où il le compare le sort des deux peuples. Ecarté de la scène littéraire, il commence à être connu après 1970 et reçoit le Prix Israël (que sa fille refusera) deux jours avant sa mort en 1992.

  • «Les thèses Sur le concept d'histoire (1940) de ­Walter Benjamin constituent un des textes philosophiques et politiques les plus importants du XXe siècle. Dans la pensée révolutionnaire c'est peut-être le document le plus significatif depuis les Thèses sur Feuerbach de Marx. Texte énigmatique, allusif, voire sibyllin, son hermétisme est constellé d'images, d'allégories, d'illuminations, parsemé de paradoxes étranges, traversé d'intuitions fulgurantes » écrit Michael Lwy, en ouverture de cet avertissement d'incendie qui en propose une interprétation au mot à mot, phrase après phrase pour en comprendre tous les enjeux.
    Au croisement de ce qui est au coeur de la pensée de ­Benjamin, les Thèses proposent une vision de l'histoire à contre-courant de l'idée de progrès, témoignant d'une véritable fusion dialectique entre romantisme allemand, pensée marxiste et messianisme juif. Elles incarnent un moment de la pensée du XXe siècle où l'intelligence a ­supplanté le dogme. Moment probablement de grande solitude, qui a conduit Benjamin, ne pouvant rejoindre l'Espagne et coupé à la fois de ses amis de l'Institut de Recherche sociale, réfugiés aux USA, et de Gershom Scholem qui vit à Jérusalem depuis 1923, à mettre fin à ses jours à Port-Bou en septembre1940.

    Michael Lwy est directeur de recherches émérite au CNRS et enseigne à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales. Il a publié plusieurs ouvrages, dont Rédemption et Utopie. Le judaïsme libertaire en Europe centrale (1988, rééd. Éditions du Sandre, 2009), La cage d'acier : Max Weber et le marxisme wéberien (Stock, 2013) ou encore Juifs hétérodoxes (L'éclat, 2012). Son oeuvre est traduite dans de très nombreux pays.

    Michaël Lwy enseigne à l'EHESS. Il est l'auteur de très nombreux ouvrages sur cette si particulière articulation entre romantisme et révolution qui s'incarne dans des auteurs tels que Kafka, Benjamin, mais aussi Bloch ou Lukács. Il a publié aux Editions de l'éclat, Juifs hétérodoxes, qui dresse le portrait d'un certain nombre d'entre eux.

  • La révolution est le frein d'urgence ; essais sur Walter Benjamin

    Michael Löwy

    • L'eclat
    • 7 April 2022

    La découverte de l'oeuvre de Benjamin fut, pour Michael Lwy, une émotion qui a ébranlé bien des convictions et dont l'onde de choc s'est ressentie pendant plus de 40 ans dans toute sa recherche sur les formes hétérodoxes du marxisme en Europe ou en Amérique latine. À la vision marxiste d'une révolution comme «locomotive de l'histoire», roulant inexorablement vers le «progrès», Benjamin propose une version de la révolution «comme frein d'urgence», annonçant une critique du progrès et de la croissance, qui se développera plus tard dans la pensée critique. Les 9 essais rassemblés ici se concentrent sur la dimension révolutionnaire de l'oeuvre de Benjamin, où s'imbriquent une approche inspirée d'un matérialisme historique non orthodoxe et des conceptions issues du messianisme juif.

    Michael Lwy (Sao Paulo, 1938), directeur de recherches émérite au CNRS, est l'auteur d'une oeuvre riche et foisonnante depuis son premier essai sur La Pensée de Che Guevara (Maspero, 1970) jusqu'à ses travaux sur Weber, Kafka ou Benjamin ou sur le judaïsme libertaire en Europe centrale. Il a publié à L'éclat : Juifs hétérodoxes. Messianisme, romantisme, utopie (2010), Le sacré fictif (avec E. Dianteill) (2017) et Walter Benjamin. Avertissement d'incendie (2014, réédition L'éclat/poche, 2018).

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