Littérature traduite

  • Just Kids

    Patti Smith

    • Des femmes-antoinette fouque
    • 16 June 2021

    Les jeunes Patti Smith et Robert Mapplethorpe se rencontrent par hasard à New York à la fin des années 1960. « Just Kids », roman d'initiation bohème, retrace les débuts de ces enfants terribles, jusqu'au moment où la chanteuse enregistre son premier album, « Horses », et voit décoller sa carrière. Cette épopée mythique, histoire d'amour et d'amitié, qui s'ouvre et s'achève avec la mort du photographe, immortalise les instants incandescents d'une période décisive dans ces deux vies d'artistes et dans l'histoire de la musique américaine.

    « J'avais vingt ans quand je suis montée dans le bus. Je portais ma salopette, un col roulé noir, et le vieil imper gris que j'avais acheté à Camden. Ma petite valise écossaise rouge et jaune contenait quelques crayons de couleur, un carnet, les Illuminations, quelques fringues, et des photos de mon frère et de mes soeurs. J'étais superstitieuse. Nous étions un lundi ; j'étais née un lundi. C'était un bon jour pour arriver à New York City. Personne ne m'attendait. Tout m'attendait. » P.S.

    Traduction française de Héloïse Esquié (Éditions Denoël, 2010).

  • L'odyssée

    Homère

    • Des femmes-antoinette fouque
    • 3 September 2018

    Après « L'Iliade des femmes », Daniel Mesguich, fils aimé de la Muse française, et Emmanuel Lascoux, helléniste rêveur à haute voix de grec ancien, renouent avec la formidable épopée qui a donné naissance à la littérature. Naissance donnée par un choeur de femmes, à commencer par Hélène et jusqu'à la patiente Pénélope, dans cette Odyssée des femmes. Comme elle, Emmanuel Lascoux tisse et déploie, avec Daniel Mesguich, l'étoffe de ce chant autour des femmes et les déesses, brodeuses, amantes, guerrières, soeurs ou ennemies, qui en sont la force.

    « Je passe tout mon temps à me cuire le coeur aux regrets de mon Ulysse, mon Amour. Eux, ils veulent précipiter le mariage ; moi, je dévide le fil de mes ruses. Une étoffe, voilà l'idée que m'a soufflée une divinité : dresser un grand métier, dans mon palais, et me mettre à tisser, du travail surfin, une pièce interminable ! Après, je leur propose : « Jeunes gens, chers Prétendants, Ulysse est mort, ce dieu ! Patience, ne précipitez pas mon mariage, voyez-vous cette étoffe ? Attendez que je l'aie terminée - quel dommage de gâcher tout ce fil ! C'est un linceul pour Laèrte, ce héros, pour le jour où la destinée l'appellera, où la mort au deuil sans fin le prendra. » Voilà ce que je leur dis, et voilà qu'ils le gobent, ces braves ! Alors je passe mes journées à tisser à mon grand métier et mes nuits à tout défaire, aux lumières dont je m'éclaire. »

  • Lettres à un jeune poète

    Rainer Maria Rilke

    • Des femmes-antoinette fouque
    • 7 September 2020

    Fin 1902, un jeune homme de 20 ans et aspirant poète envoie ses vers à son aîné Rainer Maria Rilke et sollicite son jugement : ses poèmes sont-ils assez bons pour qu'il prétende être poète ? Le monstre sacré n'a que 27 ans et a la rare humilité de prendre de son temps pour lui répondre. Avec déjà la plume d'un vieux sage, il lui dispense ses conseils, qui dépassent les considérations de forme, et lui propose d'examiner en lui sa vocation. Au lieu de professeur en prosodie, il se fait guide spirituel.

    « Vous me demandez si vos vers sont bons... Votre regard est tourné vers le dehors ; c'est cela qu'il ne faut plus faire. Personne ne peut vous apporter conseil ou aide, personne. Il n'est qu'un seul chemin. Entrez en vous-même, cherchez le besoin qui vous fait écrire : examinez s'il pousse ses racines au plus profond de votre coeur. Confessez-vous à vous-même : mourriez-vous s'il vous était défendu d'écrire ? » R.M.R.

  • Une Chambre à soi

    Virginia Woolf

    • Des femmes-antoinette fouque
    • 21 August 2017

    Partant de l'analyse des interdits misogynes, solides remparts d'une supériorité masculine dont la réalité paraît sérieusement ébranlée, Virginia Woolf définit les conditions d'existence et la spécificité de la création pour les femmes. Il faut d'abord « une chambre à soi », dont la portée va bien au-delà du matériel.

    « Il suffit d'entrer dans n'importe quelle chambre de n'importe quelle rue pour que se jette à votre face toute cette force extrêmement complexe de la féminité... Car les femmes sont restées assises à l'intérieur de leurs maisons pendant des millions d'années, si bien qu'à présent les murs mêmes sont imprégnés de leur force créatrice.» V.W.

  • Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage

    Maya Angelou

    • Des femmes-antoinette fouque
    • 3 March 2022

    Dans les années 1930, Maya vit une enfance de pauvreté et de ségrégation à Stamps, dans l'Arkansas. Élevée avec son frère par leur grand-mère, elle désire retrouver la figure gracieuse de leur mère. Mais les retrouvailles s'entachent d'une nouvelle trahison : Mr. Freeman, son beau-père, viole la fillette. Quand ils l'apprennent, ses oncles assassinent le coupable relâché par la justice, traumatisme sur le traumatisme qui enferme Maya dans un mutisme profond. Qui pouvait deviner que cette petite fille blessée, muette, qui se méfie du pouvoir des mots et découvre en silence la lecture, deviendrait l'une des plus grandes voix de la littérature américaine ?

    « Cette misérable petite confrontation n'avait aucun rapport avec moi, mon moi profond, pas plus qu'avec cette employée idiote. L'incident faisait partie d'un cauchemar à répétition, concocté des années auparavant par des Blancs stupides et qui revenait éternellement nous hanter tous. La secrétaire et moi étions comme Hamlet et Laërte dans leur scène finale où, sous le prétexte du tort causé par un ancêtre à un autre, nous étions condamnées à nous battre en duel jusqu'à la mort. » M. A.

    Traduction française par Christiane Besse (Librairie Générale Française, 2012).

  • Jane eyre

    Charlotte Brontë

    • Des femmes-antoinette fouque
    • 30 May 2016

    C'est en 1847 que Charlotte (1816-1855), l'aînée des trois soeurs Brontë, publia « Jane Eyre ». Son succès fut immédiat et immense. La petite orpheline, privée d'affection, élevée dans une institution pour adolescentes pauvres, entrant comme gouvernante au château de Thornfield, est une des figures romantiques les plus fascinantes. Rochester, qu'elle aime et dont le destin la sépare, est le double du héros né de l'imagination de la soeur cadette, Emily, dans « Les Hauts de Hurlevent ». L'amour et l'indépendance de la jeune fille, les préséances sociales et les revanches sur le passé, l'attirance pour les idéaux généreux, la passion triomphant du temps et de l'espace, les flammes de la folie, tels sont quelques-uns des thèmes qui traversent « Jane Eyre ».

  • Le coeur est un chasseur solitaire

    Carson Mccullers

    • Des femmes-antoinette fouque
    • 19 March 2020

    Mick, garçonne passionnée et ambitieuse, erre en solitaire dans les rues du sud profond des États-Unis, happée par la musique qui s'échappe des fenêtres. Au café de Biff, Mick observe John Singer, le fascinant muet au calme olympien. D'autres personnages aussi originaux qu'attachants évoluent autour d'eux, se croisent sans se rencontrer. Ils se regardent avec une curiosité pleine de tendresse face à la cruauté de la vie et à la pauvreté, portés par leurs rêves et leur soif de justice.

    « Au bout de quelque temps, Mick sut quelles maisons captaient les émissions qu'elle voulait entendre. Une maison, notamment, recevait tous les bons orchestres. Le soir, elle y venait, et se glissait dans le jardin obscur pour écouter. Cette maison était entourée de superbes massifs, et Mick s'asseyait sous un buisson près de la fenêtre. Et quand c'était terminé, elle restait dans le jardin, les mains dans les poches, à réfléchir longuement. » C. McC.

  • Trois Guinées

    Virginia Woolf

    • Des femmes-antoinette fouque
    • 3 September 2018

    Virginia Woolf, ici, va droit aux faits avec la plus redoutable précision. Femme, elle reconnaît, décèle et dénonce en précurseur ce scandale d'autant plus occulté qu'il s'inscrit partout, s'étale avec une évidence majestueuse : le racisme ordinaire qui réduit les femmes à l'état d'êtres minoritaires, colonisés. Scandale politique. Dictature qui annonce toutes les autres.

    « Derrière nous s'étend le système patriarcal avec sa nullité, son amoralité, son hypocrisie, sa servilité. Devant nous s'étendent la vie publique, le système professionnel, avec leur passivité, leur jalousie, leur agressivité, leur cupidité. L'un se referme sur nous comme sur les esclaves d'un harem, l'autre nous oblige à tourner en rond... tourner tout autour de l'arbre sacré de la propriété. Un choix entre deux maux... » V.W.

  • La ballade du café triste Nouv.

    La ballade du café triste

    Carson Mccullers

    • Des femmes-antoinette fouque
    • 26 May 2022

    Quand la gigantesque Miss Amelia accueille un gringalet bossu qui se prétend son parent, les rumeurs s'enflamment. Va-t-elle l'abattre pour le détrousser ? Son magasin rouvre, transformé en café. Il devient un lieu incontournable pour la clientèle que Cousin Lymon distrait de sa vie misérable. Les deux êtres que tout oppose s'associent corps et âmes, pour le meilleur et pour le pire. « La ballade du café triste », « Wunderkind », « Un problème familial »... Carson McCullers a élaboré de 1936 à 1951 ce recueil de sept nouvelles où l'alcool et la musique coulent à flots.

    « Il serait faux d'affirmer que la ville entière participa à cette fête satanique. Quelques personnes sensées estimèrent que Miss Amelia était suffisamment riche pour ne pas se donner le mal d'assassiner un vagabond qui transportait de la camelote. Il existait même dans la ville trois âmes charitables qui refusèrent d'instinct de croire à ce crime, malgré l'intérêt et l'immense scandale qu'il susciterait. » C. McC.

  • Les aventures d'Alice au pays des merveilles ; Alice's Adventures in Wonderland

    Lewis Carroll

    • Des femmes-antoinette fouque
    • 7 September 2020

    La petite Alice s'ennuie à côté de sa grande soeur, qui s'occupe à lire un livre probablement soporifique, puisque sans images et sans dialogues. Alors, quand un lapin blanc à gilet lui passe sous le nez, consulte sa montre de gousset et s'exclame qu'il est en retard, Alice n'en revient pas. Elle s'engouffre à sa suite dans le terrier obscur sous la haie ! Commence son périple dans l'univers onirique d'un Chapelier fou qui prend le thé, du chat du Cheshire au sourire surréaliste et d'une Reine de Coeur sans coeur...

    « Elle sentit qu'elle s'endormait pour de bon et elle venait de commencer à rêver qu'elle marchait avec Dinah, la main dans la patte, en lui demandant très sérieusement "Allons, Dinah, dis-moi la vérité : as-tu jamais mangé une chauve-souris ?" quand brusquement, bing ! bing !... elle atterrit sur un tas de feuilles mortes et sa chute prit fin. » L.C.

  • Le papier peint jaune

    Charlotte Perkins Gilman

    • Des femmes-antoinette fouque
    • 12 March 2020

    Cloîtrée dans une maison de campagne isolée et tenue à l'écart de toute activité par son mari médecin, une jeune mère dépressive après la naissance de leur enfant brave en secret l'interdiction qu'il lui pose d'écrire. Désoeuvrée, elle sombre dans la fascination pour l'affreux papier peint de la chambre à coucher. Elle finit par y voir, en miroir, une femme séquestrée derrière les arabesques...

    « Pendant longtemps, je n'ai pas compris ce qu'était cette forme dérobée derrière le motif, mais maintenant, je suis certaine que c'est une femme. À la lumière du jour, elle est calme, immobile. J'imagine que c'est le motif qui la bride. C'est si troublant... Et je m'y absorbe des heures... Parfois, je me dis qu'elles sont des multitudes, parfois qu'elle est seule. Elle fait le tour en rampant à une vitesse folle, ébranlant chaque motif. Elle s'immobilise dans les zones de lumière et, dans les zones d'ombre, elle s'agrippe aux barreaux qu'elle secoue avec violence. » C.P.G.

  • L'inondation

    Evgueni Zamiatine

    • Des femmes-antoinette fouque
    • 29 June 2016

    « La vitre tintait sous le vent, des nuages gris et bas - des nuages de la ville, des nuages de pierre - passaient dans le ciel - comme s'ils étaient de retour, ces nuages étouffants de l'été que pas un orage n'avait transpercés. Sophia sentit que ces nuages n'étaient pas au dehors mais en elle, que depuis des mois ils s'amoncelaient comme des pierres, et qu'à présent, pour ne pas être étouffée par eux, il fallait qu'elle brise quelque chose en mille morceaux, ou bien qu'elle parte d'ici en courant, ou encore qu'elle se mette à hurler... » E.Z.

    L'inondation relate le calvaire d'une jeune femme sans enfant que son mari trompe dans sa propre maison avec l'adolescente qu'ils ont recueillie. Soutenue par la rigueur de la construction, le dépouillement du récit et une extrême tension intérieure, le texte est porté par la voix d'Isabelle Huppert jusqu'au dénouement tragique.

    (L'Inondation, Le Seuil, 1990, Actes Sud, 2014)

  • - 8%

    La passion selon G.H. ; l'heure de l'étoile

    Clarice Lispector

    • Des femmes-antoinette fouque
    • 15 December 2016

    Dans son appartement de Rio, une femme commence sa journée, seule face à une tasse de thé. Sa bonne l'a quittée le matin même. Il y a une première rupture du rythme quotidien de cette femme. C'est pourquoi elle entame une interrogation sur le cours habituel de ses jours. Après avoir décidé de faire le ménage dans la chambre de la bonne, elle découvre qu'elle a vécu de longs mois à côté de quelqu'un resté totalement étranger. Commencent à sourdre les indices d'une seconde interrogation, plus large et plus complexe, qui part de ce point précis : son ignorance de l'autre. C'est en cherchant le sens primordial de ce qu'elle ressent et en essayant de comprendre les liens éventuels entre tout cela et Dieu, que G.H. avance, de station en station, dans sa passion, qui est à la fois un cri de douleur et de joie.

  • La femme changee en renard

    Garnett-D

    • Des femmes-antoinette fouque
    • 15 December 2016

    « Les faits merveilleux ou surnaturels ne sont pas aussi rares qu'on le croit ; il faudrait plutôt dire qu'ils se produisent sans ordre. » Ainsi commence La femme changée en renard, publié au début des années 1920, et qui révéla David Garnett, écrivain proche du groupe de Bloomsbury animé par Virginia Woolf. Roman fantastique, conte ou fable, ce récit qui conjugue l'humour et la fantaisie est également empreint de gravité, voire de cruauté.

    « En entendant la chasse, Mr Tebrick pressa le pas pour atteindre la lisière du bois d'où l'on avait chance de bien voir les chiens, s'ils venaient de ce côté. Sa femme resta un peu en arrière et lui, prenant sa main, commença presque à la traîner. Avant qu'ils eussent atteint la lisière, elle arracha violemment sa main de celle de son, mari et poussa un cri, de sorte qu'il tourna, brusquement la tête. À l'endroit où sa femme avait été un instant plus tôt, il vit un petit renard d'un rouge très vif. » D.G.

  • Nouvelles

    Clarice Lispector

    • Des femmes-antoinette fouque
    • 11 October 2016

    Kaléidoscope, où de crainte de sombrer dans le vertige, les êtres se replient au sein de la famille. Trois des treize nouvelles du recueil : La préciosité, Une poule et La plus petite femme du monde. En une quinzaine de romans et recueils de nouvelles, Clarice Lispector (1925-1977) a construit une oeuvre qui la place parmi les plus grands écrivains brésiliens. De sa très jeune voix, Chiara Mastroianni lit trois des treize nouvelles de Liens de famille, dans lesquelles l'auteur allie une écriture d'une précision implacable à un regard cruel, tendre et ironique. Tous les personnages ont en commun de porter le poids d'une faute, d'une honte, d'une trahison, ou de résister à la tentation de la pitié, de l'amour et d'être en manque : de tendresse, d'infini, d'un simple mot qui permettrait de dénouer ces « liens » qui les ligotent au lieu de les unir.

    "Comment passer outre cette paix qui nous épie ? Silence si grand que le désespoir se revêt de pudeur. Montagnes si hautes que le désespoir s'enveloppe de pudeur. L'ouïe s'aiguise, la tête s'incline, le corps tout entier écoute : pas une rumeur. Pas un coq. Comment entrer dans cette profonde méditation du silence. De ce silence sans mémoire de mots. Si tu es la mort, comment t'atteindre ?"
    C. L.

  • Liens de famille

    Clarisse Lispector

    • Des femmes-antoinette fouque
    • 11 October 2016

    Kaléidoscope, où de crainte de sombrer dans le vertige, les êtres se replient au sein de la famille. Trois des treize nouvelles du recueil : La préciosité, Une poule et La plus petite femme du monde. En une quinzaine de romans et recueils de nouvelles, Clarice Lispector (1925-1977) a construit une oeuvre qui la place parmi les plus grands écrivains brésiliens. De sa très jeune voix, Chiara Mastroianni lit trois des treize nouvelles de Liens de famille, dans lesquelles l'auteur allie une écriture d'une précision implacable à un regard cruel, tendre et ironique. Tous les personnages ont en commun de porter le poids d'une faute, d'une honte, d'une trahison, ou de résister à la tentation de la pitié, de l'amour et d'être en manque : de tendresse, d'infini, d'un simple mot qui permettrait de dénouer ces « liens » qui les ligotent au lieu de les unir.

    "Comment passer outre cette paix qui nous épie ? Silence si grand que le désespoir se revêt de pudeur. Montagnes si hautes que le désespoir s'enveloppe de pudeur. L'ouïe s'aiguise, la tête s'incline, le corps tout entier écoute : pas une rumeur. Pas un coq. Comment entrer dans cette profonde méditation du silence. De ce silence sans mémoire de mots. Si tu es la mort, comment t'atteindre ?"
    C. L.

  • - 31%

    Excursion des jeunes filles qui ne sont plus (l')

    Anna Seghers

    • Des femmes-antoinette fouque
    • 15 December 2016

    Après sa mort, au cours d'une longue errance dans l'au-delà, une femme revit soudain un moment merveilleux de son enfance : une excursion sur une île avec ses camarades de classe. Elle le revit en sachant quel avenir est réservé à chacun de ceux qui l'entourent ce jour-là. Cela se passe en Allemagne, peu de temps avant la Première Guerre mondiale, et quelques années avant la sombre période où tous devront choisir leur camp, sauf ceux qui, parce qu'ils sont juifs, n'auront d'autre possibilité que de fuir ou se cacher. Présent et futur se mêlent, colorant ce récit d'une nostalgie presque mélancolique : cet après-midi apparaît comme une dernière parenthèse enchantée avant la noirceur des temps à venir.

    « Marianne, Leni et moi avions toutes trois enlacé nos bras en un geste de solidarité qui ne faisait que refléter la grande unité de toutes choses sous le soleil. Marianne appuyait toujours sa tête contre celle de Leni. Comment devait-il être possible, plus tard, que pénétrât dans ses pensées la folie mensongère qui leur fit croire, à elle et à son mari, qu'ils détenaient le monopole de l'amour de ce pays et qu'ils pouvaient à bon droit mépriser et dénoncer la jeune fille contre laquelle en cet instant elle s'appuyait ? » A. S.

  • Une femme

    Sibilla Aleramo

    • Des femmes-antoinette fouque
    • 21 November 2016

    « Une femme » est une autobiographie romancée, dans un style sobre, d'une réserve classique traversée d'effusions lyriques. Déchirée entre un amour passion pour son père brillant et séducteur et une pitié terrifiée pour sa mère trompée qui, peu à peu, sombre dans la folie, la narratrice lutte pour conquérir son indépendance intellectuelle et affective contre un mari brutal et veule, contre un milieu provincial superstitieux et étriqué. Ce sera au prix du renoncement à son fils qu'elle deviendra une femme libre et active.

    « Pourquoi communiquais-je ainsi mon mal à la petite créature, lui demandant ce qu'elle ne pouvait me donner ? Pourquoi lui demandais-je follement, à lui, tout l'amour qui manquait à ma vie ? Ma mère, mes soeurs, d'autres ombres d'hommes et de femmes étaient passées près de moi et s'en étaient allées, sans me connaître, sans éveiller en moi ce qu'il avait de plus profond et de plus vrai. Personne ne m'avait rien donné pour enrichir ma vie. Personne n'avait pleuré pour moi, sur moi. Et, de mon côté, je n'avais rien fait pour personne, je n'avais jamais contribué à une seule victoire, je n'avais jamais essuyé une larme. » S. A.

  • La marquise d'o

    Kleist-H

    • Des femmes-antoinette fouque
    • 1 June 2016

    « Que diable peuvent bien être les raisons d'une demande en mariage faite au triple galop ? » H.v.K.

    À la fin du XVIIIe siècle, en temps de guerre, la marquise d'O ignore l'identité du père de l'enfant qu'elle porte. Son amnésie remonte à un évanouissement, après que le comte F a pris sa défense face à des soldats qui l'enlevaient pour la violer. Son sauveur passe un temps pour mort, puis reparaît soudain et demande avec insistance la jeune veuve en mariage. Sa grossesse apparaissant, sa famille la renie. La marquise se lance alors dans la recherche désespérée d'un homme dont elle n'a aucun souvenir...

    Ce court récit de Heinrich von Kleist, paru en 1808, plonge dans l'atroce ambiguïté des élites européennes, mélange cynique de civilisation et de barbarie, où la violence se rachète sous un masque de courtoisie.

    (La Marquise d'O, traduction française de Dominique Miermont, éditions Mille et une nuits, 1999)

  • Des mots pour agir contre les violences faites aux femmes ; souvenirs, monologues, pamphlets et prières

    ,

    lu par Guila Clara Kessous;Francis Huster
    • Des femmes-antoinette fouque
    • 10 February 2021

    Ce recueil rassemble des textes écrits par une cinquantaine d'écrivaines et écrivains américains, sous la direction d'Eve Ensler et Mollie Doyle, pour servir de base à l'organisation d'événements contre les violences faites aux femmes et aux filles. Les bénéfices de la vente de ce livre parlant seront versés à La Cité de la Joie, le centre révolutionnaire fondé par Eve Ensler et le Dr Denis Mukwege, prix Nobel de la Paix, où trouvent refuge et soutien les victimes de viols de guerre en République Démocratique du Congo.

  • - 31%

    La trentième année

    Ingeborg Bachmann

    • Des femmes-antoinette fouque
    • 29 June 2016

    Ingeborg Bachmann a près de 30 ans lorsqu'elle écrit cette nouvelle. Le personnage qu'elle met en scène a vécu jusqu'ici « sans s'en faire ». « Jamais il n'a pensé que pût être prononcé le mot décisif, et que le jour viendrait où il devrait montrer ce qu'il savait faire et penser, où il serait forcé d'avouer ce qui lui tient vraiment à coeur. » Le jour vient pour lui de faire l'expérience de la douleur. Puis, de brisure en brisure, celui qui va sur ses trente ans arrive enfin au terme de son accomplissement.
    "Étant très jeune, il avait souhaité mourir prématurément. Mais maintenant, il voulait vivre... Maintenant, il mettait sa foi en lui-même quand il faisait quelque chose ou quand il s'exprimait... Et il avait confiance en des choses qu'il n'était pas besoin de prouver : les pores de sa peau, le goût salé de la mer, l'air fruité, tout ce qui était particulier."
    I.B.

  • Est-ce que tu m'aimes encore ?

    ,

    lu par Noémie Lvovsky;Micha Lescot
    • Des femmes-antoinette fouque
    • 14 March 2019

    « Rainer, le soir tombe, je t'aime. Un train hurle. Les trains sont des loups, les loups c'est la Russie. Pas un train, non - c'est toute la Russie qui hurle après toi. Rainer, ne sois pas fâché contre moi, fâché ou pas, cette nuit je couche avec toi. Une fissure dans l'obscurité, parce qu'il y a des étoiles, je ferme : la fenêtre. (Quand je pense à toi et moi je pense fenêtre, pas lit.) Les yeux grands ouverts, car dehors il fait encore plus noir que dedans. Le lit est un bateau, nous partons en voyage. » M.T.

    C'est par Boris Pasternak, alors au début de sa carrière d'écrivain, que Marina Tsvétaïeva entre en correspondance avec celui qui incarne la poésie, le grand Rainer Maria Rilke. « Poétesse-née », d'après les mots de Pasternak, elle séduit Rilke et leurs échanges deviennent très vite aussi amoureux que poétiques. Leur correspondance ne durera que quatre petits mois, entre mai et septembre 1926. Elle s'arrête brutalement, avec la maladie de Rilke et sa mort le 29 décembre 1926, sans qu'ils n'aient pu jamais se rencontrer. Cette passion épistolaire et éthérée est une histoire d'amour comme on les aime, triste et belle.

    Ce livre audio a reçu en 2019 un Coup de coeur de la parole enregistrée de l'Académie Charles Cros, catégorie Correspondances,

  • Le gars

    Marina Tsvetaïeva

    • Des femmes-antoinette fouque
    • 22 April 2019

    « Est-ce femme ? est-ce flamme ?
    C'est une âme qui se damne.
    - Ta mort ! - Mon plaisir !
    Danserai à en mourir ! » M.T.

    En 1922, Marina Tsvétaïeva écrit en russe un poème qui s'inspire du célèbre conte d'Afanassiev, « Le Vampire », l'histoire de la belle Maroussia qui tombe amoureuse de celui avec lequel elle a dansé toute la nuit, et qu'elle surprend le lendemain en train de dévorer un cadavre. En 1929, à Paris, Tsvétaïeva entreprend de traduire ce poème en français. Elle l'intitule « Le Gars ». Plus tard, elle le réécrit sous forme de conte qu'elle accompagne d'un avant-propos pour l'édition française. C'est cet ensemble qui est ici lu par Anna Mouglalis. Variations sur un même thème, où vie et mort se mêlent, se trahissent, se traduisent, ces trois textes jouent brillamment avec une langue teintée d'une inquiétante étrangeté.

    Ce livre audio a été honoré du Prix du public 2020 de La Plume de Paon.

  • La promesse

    Silvina Ocampo

    • Des femmes-antoinette fouque
    • 13 February 2018

    Au cours d'une traversee transatlantique sur un paquebot une femme tombe accidentellement a la mer. Tandis qu'elle flotte a la derive elle s'en remet a sainte Rita, avocate des causes desesperees, et lui fait une promesse. Si elle rechappe a la noyade, elle ecrira l'histoire de sa vie. Au milieu d'un ocean tour a tour prodigieux et menacant, des personnes, des lieux commencent alors a affluer erratiquement dans la memoire de la naufragee. Peu a peu, l'imagination et la poesie prennent le pas et le recit, compose comme un « dictionnaire de souvenirs », s'emancipe de la vraisemblance.

    « J'ai nage ou fait la planche durant huit heures, en esperant que le bateau revienne me chercher. Je me demande parfois comment j'ai pu nourrir cet espoir. Je l'ignore vraiment. Au debut j'avais tellement peur que j'etais incapable de penser, puis je me suis mise a penser de facon desordonnee : pele-mele me venaient a l'esprit des images d'institutrices, de tagliatelles, des films, des prix, des pieces de theatre, des noms d'ecrivains, des titres de livres, des immeubles, des jardins, un chat, un amour malheureux, une chaise, une fleur dont je ne me rappelais pas le nom, un parfum, un dentifrice, etc. O memoire, combien tu m'as fait souffrir ! » S.O.

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