Centre Jacques-Berque

  • En 2007, Alain Roussillon nous quittait, à seulement 55 ans, au Caire, laissant derrière lui une oeuvre sociologique et politique d'une rare profondeur. Français et égyptien, chercheur critique familier de ces deux univers intellectuels, Alain Roussillon a engagé la réflexion sur des sujets variés, de la dialectique « Occident-Orient » à la question féminine, de la formation des sciences sociales dans le monde arabe à l'« Égypte politique » d'Anouar al-Sadate et de Hosni Moubarak. Attentif aux contextes de production des savoirs dans le monde arabe, il s'attacha à situer les acteurs dans leurs filiations historiques et leurs champs d'interaction. En rassemblant quelques-uns de ses textes majeurs, Laure Guirguis et Hamit Bozarslan rappellent la place qui fut la sienne dans les études sur les sociétés arabes et soulignent l'actualité de nombreuses pistes de recherche qu'il poursuivit avec ténacité.

  • Le terrain ethnographique plonge le chercheur dans un espace d'altérité et d'engagement qui le confronte inévitablement à des questionnements (et à des doutes) sur sa posture, ses choix méthodologiques, ses dilemmes éthiques. L'art de l'ethnographie tient dans la capacité du chercheur à s'adapter en permanence à l'imprévisibilité de son terrain grâce à l'exercice de la réflexivité (retour sur soi et sur son terrain). Cette confrontation au monde de l'autre et ces allers retours perpétuels entre le terrain et la réflexion, interpellent des expériences à la fois émotionnelles, physiques et intellectuelles qui ne peuvent se transmettre sous forme de règles ou de recettes toutes faites mais livrent une myriade de pratiques méthodologiques. La richesse de ce livre réside également dans la diversité des terrains du Maroc contemporain : du Haut-Atlas au grand Casablanca, d'El Hajeb à Tanger, de Nador à Meknès, en passant par le Rif central et par l'intimité du foyer des couples mixtes installés au Maroc. C'est autant le monde des ouvrières, des adeptes du soufisme, des résidents d'un quartier d'habitations informelles, d'une communauté berbère vivant au sein d'une montagne, de la copropriété, des phénomènes participatifs, de la gestion du patrimoine, de la mixité conjugale, de la drogue et de la précarité sociale que ce livre nous fait découvrir. Ces histoires rendues vivantes à travers les récits passionnants des auteurs nous apparaissent comme un excellent outil pédagogique permettant aux étudiants d'acquérir les « ficelles du métier », aux chercheurs de poursuivre leurs réflexions sur les questions méthodologiques inévitablement renouvelées lors de chaque terrain ; enfin, au grand public d'approcher la grande diversité sociale du Maroc d'aujourd'hui au-delà des représentations toutes faites.

  • Professeur de philosophie à l'Université de Fès, Driss Mansouri (1949-2012) est venu aux sciences sociales (anthropologie, histoire, linguistique, psychologie) dans le cadre de ses activités militantes. Dans une perspective de critique épistémologique, il n'a cessé par de nombreux articles de réfléchir sur leur orientation.

  • Cet ouvrage analyse les enjeux (politiques, économiques, sociaux, religieux, linguistiques) du fonctionnement des univers culturels nationaux et transnationaux dans les pays des mondes arabes et musulmans. Les auteurs s'appuient sur des enquêtes de terrain articulées autour de trois entrées. La première cerne les processus de transnationalisation culturelle en matière d'information, tout particulièrement le développement des chaînes panarabes d'information, les nouveaux rapports de force entre « grossistes » (agences de presse, etc.), l'émergence de médias en ligne et les acteurs transnationaux dans la formation des journalistes. Le deuxième volet appréhende ces logiques d'import-export à travers les programmes de télévision et le cinéma. Les films et les séries télévisées turques, l'émergence contemporaine de la production documentaire en langue arabe, les luttes politiques et religieuses autour des représentations visuelles des figures saintes de l'islam ou encore le poids de l'Inde et des Émirats arabes unis dans le marché cinématographique sont les terrains privilégiés. La troisième partie porte sur les politiques audiovisuelles et cinématographiques des États. Sont abordés successivement la diffusion des séries étrangères et nationales par les chaînes de télévision marocaines, les conditions de coproduction et de diffusion des films dits « du Maghreb » en France ou encore la création récente de deux instances de régulation des chaînes de télévision au Maroc et en Tunisie. Au-delà des spécialistes, cet ouvrage s'adresse plus largement à tous ceux qui s'intéressent aux processus de transnationalisation culturelle.

  • « La bienvenue et l'adieu » : c'est sous le signe de ce poème de Goethe que les auteurs ont souhaité placer les contributions au colloque Migrations, identité et modernité au Maghreb, tenu à Essaouira du 17 au 20 mars 2010. Ce colloque est une initiative d'universitaires français et marocains, auxquels se sont joints des collègues du monde entier, dans un engagement commun pour une lecture pluraliste de l'histoire récente du Maroc et du Maghreb. Accueilli à Essaouira et soutenu par deux instances chargées de la défense des droits humains et de la mise en application des recommandations de l'Instance équité et réconciliation, ce colloque a essayé d'aborder, de façon publique, pour la première fois dans un pays du Maghreb, la question du départ des juifs, recontextualisée dans sa profondeur historique et mise en perspective avec les flux migratoires des communautés musulmanes. Sans esquiver les dimensions spécifiques ni les enjeux politiques de ces départs, il a cherché à en réévaluer la place. Il a pour cela réintroduit au coeur du questionnement les projets migratoires, les parcours des migrants et les dynamiques de constructions communautaires. La mémoire de ces communautés migrantes est aussi celle du Maghreb, à différents moments de son histoire. Actes du colloque d´Essaouira, Migrations, identité et modernité au Maghreb, 17-21 mars 2010, publiés avec le soutien du Conseil de la communauté marocaine à l´étranger (CCME) et du Conseil national des droits de l´Homme (CNDH). Une bibliographie établie à l'occasion de ce colloque est disponible, en pdf, à http://bibmed.mmsh.univ-aix.fr/Syntheses_Biblio/Bibliographie_Migration_identite-modernite-au-Maghreb.pdf Cet ouvrage est publié au Maroc en co-édition avec le soutien du Centre Jacques Berque. Un coffret réunissant les trois volumes est disponible aux Éditions Karthala sous l'ISBN 978-2-8111-0606-5. Prix du coffret : 44 EUR

  • Ce livre propose de faire un double pari qui permet de renouveler les perspectives classiques sur le tourisme et le patrimoine au Maghreb et en Méditerranée : d'une part, considérer le tourisme dans les anciennes colonies françaises nord-africaines et au-delà comme une des déclinaisons de la « situation coloniale » décrite par Georges Balandier et en décrire les implications politiques ; d'autre part, réévaluer les conséquences de la naissance et du développement concomittants des pratiques touristiques et de l'institution du patrimoine culturel autour de la Méditerranée, qui sont souvent pensées comme des champs séparés. Fruits de rencontres et de collaborations internationales nouées au début des années 2000, les travaux réunis ici dessinent le paysage complexe, à la fois politique, idéologique et imaginaire, dans lequel une multiplicité d'acteurs, de représentations concurrentes du passé et de stratégies économiques ont continuellement forgé des usages du patrimoine et des politiques touristiques, depuis la période précoloniale jusqu'au moment des contestations des « printemps arabes ». Ces dynamiques ont eu, et ont encore, une influence déterminante sur la structuration des sociétés locales et les circulations internationales. Pour saisir cette complexité, plusieurs perspectives disciplinaires - histoire, histoire de l'art, anthropologie - se sont associées autour d'une même ambition. Par la description fine de leurs usages et de leurs représentations des espaces, des biens et des cultures, il s'agit d'analyser comment des pouvoirs institués, des individus impliqués, des visiteurs curieux pouvaient parcourir des lieux et produire des narrations du passé. Il fallait pour cela croiser les points de vue de ces voyageurs que les sources nomment parfois touristes avec ceux des acteurs patrimoniaux qui voulaient, et veulent encore, construire le champ culturel du Maghreb. Loin de se vouloir exhaustif, le présent volume offre des perspectives de réflexion dans trois domaines : patrimonialisation et mise en tourisme du passé antique dans la Tunisie coloniale, production de l'architecture touristique maghrébine et ses liens avec le patrimoine vernaculaire, usages culturels et touristiques des biens et des pratiques religieuses.

  • Les Parentalités en Afrique musulmane Nouv.

    L'étude de la famille dans le Nord de l'Afrique, et dans les sociétés musulmanes, a connu ces quinze dernières années des développements fort intéressants en raison des transformations des codes familiaux, ainsi que du déploiement de nouvelles technologies dans le domaine de la reproduction et des questions bioéthiques qui l'accompagnent (Bras, 2007 ; Bonte, Benkheira, 2009-2010 ; Clarke, 2009 ; Fortier, 2010 ; Voorhoeve, 2012 ; Benkheira et al., 2013). Celles-ci traduisent par ailleurs des mutations sociétales importantes et profondes (augmentation de la population urbaine, de l'accès à l'éducation et du travail salarié féminin, notamment) et une relecture des normes islamiques et/ou traditionnelles/coutumières, notamment en matière d'égalité entre hommes et femmes. Toutefois, alors qu'une vaste littérature aborde le sujet des transformations de la famille en Europe et ailleurs, sous l'angle de la parentalité (parenthood) - repenser la famille à partir de l'enfant et de son bien-être -, force est de constater que les travaux dans cette perspective sont rares s'agissant des sociétés du Nord de l'Afrique, et plus largement des sociétés musulmanes. Cet ouvrage constitue donc une contribution à l'étude de la parentalité en Afrique musulmane, avec un focus particulier sur les pays de l'Afrique du Nord. L'objectif, ici, est de renouveler les questionnements, les perspectives et les analyses s'agissant des constances et des transformations des liens familiaux en contexte musulman africain. Les directeurs de la publication souhaitent remercier Sabrina Mervin, l'ancienne directrice du Centre Jacques Berque, pour le soutien apporté au programme à l'origine de cet ouvrage collectif.

  • L´ouvrage traite des causes surnaturelles de la maladie et des moyens d´y porter remède. Plutôt que d´aborder ce sujet en généralité ou en décrivant, pour l´essentiel, des systèmes symboliques, il s´est attaché à situer la maladie surnaturelle et sa cure

  • Après avoir été l'espace de l'exception autoritaire, le monde arabe est devenu, au premier semestre de 2011, celui des « révolutions ». Au leitmotiv de l'incapacité congénitale des pays arabes d'accéder à la démocratie a succédé le discours sur les « printemps arabes » et l'effet de domino supposé de la « révolution tunisienne » qui, ...

  • Au début des années 1980, il était impudique et ascientifique de parler de soi, de son parcours, de son expérience. À partir des années 1990, on abandonne la dogmatique du détachement de l'observateur pour s'engouffrer dans une autre, faisant de l'engagement, de la réflexivité, de la maladie du journal, le credo du chercheur postmoderne.

  • Véritable lieu de mémoire du Maghreb, Fès est l´une de ces villes historiques qui n´ont cessé de fasciner et d´inspirer un sentiment de sacré. Elle fut le confluent de multiples courants de la spiritualité musulmane, de la science religieuse, de la bénédiction (baraka) et de l'ascendance prophétiques. À partir d´une documentation considérable et de sources d'époques différentes judicieusement exploitées, ce livre dresse avec profondeur et finesse un tableau historique de la sainteté à Fès, depuis sa fondation jusqu'au Protectorat en 1912. L'auteur réussit à faire revivre la tradition spirituelle de Fès en nous restituant son histoire, ses sources, ses représentants, les formes de leur expérience religieuse, et enfin l´empreinte qu´ils ont laissée dans la cité, sanctifiée par leur présence. Il s'agit d'une contribution essentielle pour la connaissance du soufisme et de la sainteté, non seulement au Maroc où elle vient assurément combler un vide, mais aussi en islam. Sur un sujet aussi vaste qu´important, l´auteur a réalisé un travail qui sera vite considéré comme incontournable tant pour l´histoire religieuse du Maghreb que pour celle de la spiritualité musulmane. L'apport documentaire et la réflexion hagiologique seront utiles à un grand nombre de lecteurs, très au-delà des spécialistes.

  • Sous l´effet des mouvements d´internationalisation et de constitutionnalisation, les droits de l´homme imposent progressivement de nouvelles limites au système pénal. Sous prétexte de punir le crime, l´État ne peut pas tout faire et les lois n´ont pas tous les droits. En contrepartie, les droits de l´homme renforcent la légitimité du droit de punir. Dans cette perspective, le présent essai apporte les éclairages nécessaires sur les considérations objectives et sur les raisons contextuelles qui commandent la transformation inéluctable du système pénal marocain. Il constitue une contribution riche et profonde aux débats en cours, au Maroc et ailleurs, sur les problèmes contemporains de politique criminelle et sur les défis que la réforme pénale doit relever.

  • Le Maroc est probablement l'un des pays d'Afrique du Nord et du Moyen Orient les plus étudiés par les sciences sociales et humaines. Motivée par la diversité objective du pays, cette faveur n'en demeure pas moins ambiguë, en ce qu'elle a contribué à consacrer l'antinomie tradition/modernité. À rebours de ce cliché, Le Maroc au présent expose plusieurs facettes des tensions qui traversent la société marocaine et montre qu'elles ne sont ni figées ni subies par les gens. En multipliant les approches en sciences humaines et sociales, cet ouvrage examine, notamment à partir d'observations de terrain, les transformations qui se sont produites ce dernier quart de siècle, à tous les niveaux. Pour donner à connaître, du plus près possible, le Maroc d'aujourd'hui, l'ouvrage propose une variété de regards croisés, souvent personnalisés, sur les processus sociaux, dans leurs expressions les plus variées. En cela, Le Maroc au présent se veut beaucoup plus un ouvrage d'exploration qu'un simple livre de synthèse. De par la pluralité disciplinaire des contributeurs et la diversité des terrains explorés, il est un état de la recherche sur le Maroc contemporain, fait à partir du Maroc.

  • Cette enquête collective dirigée par Robert Montagne de 1948 à 1950 constitue une première du genre. Consacrée à l'émergence des néo-citadins prolétaires dans les villes atlantiques du Maroc, elle fut publiée pour la première fois en 1951 dans un numéro des Cahiers de l'Afrique et l'Asie. Cette réédition est augmentée d'une introduction de Daniel Rivet qui met en lumière tout l'intérêt de cette enquête, permet de comprendre sur quelles pesanteurs, dues au contexte colonial, elle achoppa, les percées scientifiques qu'elle réalisa et l'usage que l'on peut en faire aujourd'hui. La masse des données collectées impressionne le chercheur contemporain ; il y trouve une quantité de prises de vue topiques pour filmer les années 1940-1950. L'attention prêtée à la vie quotidienne des gens les plus simples, chez Montagne et son équipe, est saisissante et constitue encore une incitation à ne pas surévaluer l'importance de l'armature conceptuelle qui sous-tend tout travail de recherche. Ainsi, cette enquête constitue plus une source dans laquelle puiser une large panoplie d'exemples monographiques, de coups de crayons suggestifs et de croquis parlants, qu'un essai sur le sujet de l'exode rural et de l'urbanisation au Maroc. Sa réédition permettra de faire découvrir un élément peu connu de l'oeuvre de Montagne. Robert Montagne (1893-1954), ethnologue et spécialiste du monde berbérophone, a été professeur au Collègue de France, fondateur et directeur du Centre des hautes études d'administration musulmane. Daniel Rivet est historien, professeur émérite à Paris 1.

  • Cet ouvrage a pour objet d'étude les projets d'aménagement de la Corniche de Rabat et de la vallée du Bou Regreg. L'auteur nous invite à comprendre pourquoi et comment les responsables du développement de la ville de Rabat ont réintroduit les fronts d'eau dans leurs politiques d'aménagement, alors que, jusqu'à présent, ...

  • Le présent ouvrage réunit des articles inédits, majoritairement écrits par des Mauritaniens, et propose une réflexion sur des thèmes cruciaux pour la société mauritanienne contemporaine, à savoir la question foncière et l'accès au sol. Issues d'une recherche collective qui porte sur la propriété en milieu musulman, les contributions rendent compte des évolutions de la société mauritanienne depuis l'Indépendance jusqu'aux changements rapides récents, marqués par la fin du nomadisme, les réformes foncières ou encore l'urbanisation accélérée du pays. L'approche diachronique souligne les décalages parfois importants entre le droit juridique, tel que défini et appliqué par la loi, et les pratiques quotidiennes des habitants. Les articles ancrent leurs réflexions aussi bien en milieu rural qu'urbain, le long du fleuve Sénégal comme dans les territoires ruraux de parcours, en milieu sédentaire autant que nomade. Cet ouvrage apporte un autre regard sur les enjeux contemporains de l'accès au sol, de la formalisation des droits de propriété et de la sécurisation de la tenure foncière.

  • En Afrique du Nord, les revendications linguistiques et culturelles amazighes mobilisent toute une série d'acteurs collectifs. La structuration organisationnelle, la trajectoire, les répertoires d'actions et le pouvoir de se faire entendre de ces derniers varient selon les situations nationales tandis que se développent des références communes pan-amazighes. L'ancrage historique, la nature et la radicalité de ces réalités revendicatives divergent d'un État à l'autre et au coeur des diasporas. Récemment, le statut de la langue berbère a significativement changé avec l'officialisation de celle-ci inscrite dans les constitutions algérienne (2016) et marocaine (2011). En Tunisie, l'amazighité de certaines populations très minoritaires n'a pas été mentionnée dans la mouture finale du texte constitutionnel. En Libye, la cause amazighe pourtant très présente au début de la « révolution », semble avoir échoué à imposer l'officialisation de la langue amazighe à côté de l'arabe dans la construction du futur État. Dans le sillage des mobilisations dites des « Printemps arabes », cet ouvrage collectif propose une mise à jour des connaissances sur la trajectoire historique des revendications identitaires, linguistiques et politiques amazighes et leur gestion par les régimes politiques d'Afrique du Nord.

  • Cet ouvrage entend contribuer au renouveau théorique de l´étude des médinas au Maroc, en rendant compte de l´étendue et de la nature d´un phénomène à peine envisageable au début des années quatre-vingt-dix. Les auteurs abordent, en effet, les mutations en cours dans les médinas à partir de la perspective de la gentrification, c'est-à-dire du phénomène de réinvestissement de quartiers anciens, souvent fort détériorés, par des nouveaux résidents aisés, qui y impulsent des dynamiques rénovatrices. S´appuyant sur des enquêtes de terrain dans plusieurs villes marocaines, les études présentées s´intéressent aux profils et aux motivations de ces nouveaux habitants, à leurs interactions avec les anciens habitants, au rôle de l´Etat, aux rapports entre gentrification, tourisme, patrimonialisation et cosmopolitisme. Tout en soulignant les dynamiques convergentes et les caractéristiques que les médinas marocaines partagent avec le modèle « classique » de la gentrification, elles pointent également les spécificités locales, y compris entre les différentes médinas. L´ensemble de ces études et des entretiens avec des personnalités impliquées dans la sauvegarde du patrimoine fournit une première perspective synthétique sur ce phénomène.

  • Publié au lendemain de la seconde guerre mondiale et réédité dans la présente collection, Au seuil de la vie marocaine est un petit ouvrage qui reprend des articles de Louis Brunot, écrits entre les années vingt et trente. L´auteur, avec clarté et cohérence, y présente la société marocaine, ses croyances et ses règles de politesse, telles que pouvait les concevoir un haut fonctionnaire du Protectorat. Il fait preuve d´un indéniable culturalisme en considérant la subjectivité des Marocains comme spécifique et en tentant d´en décrire les motifs. On s´aperçoit ainsi, à le lire, à quel point la question des mentalités différentes a pu contribuer à la méconnaissance d´une population, non pas lointaine, mais côtoyée, ainsi qu´à la mécompréhension de sa religiosité. C´est d´autant plus intéressant que l´auteur entendait faire preuve d´empathie et se voulait un défenseur de la cohabitation respectueuse entre Français et Marocains.

  • Ce travail, issu de la thèse de doctorat de l´auteur, est parti d´une question : comment le grenier collectif de l´Atlas (agadir) survit-il à la « modernité », alors que, partout ailleurs dans le Maghreb, il s´est définitivement éteint ? Les terrains de recherche conduits durant plusieurs années, du Haut-Atlas à l´Anti-Atlas (300 greniers actifs, moribonds ou ruinés), dans l´objectif d´actualiser les données coloniales, soutiennent l´idée d´une communauté élargie au-delà des liens du sang, dont l´institution collective de l´agadir sacré affirme l´identité. Car c´est à dates fixes de chaque année que toutes les tribus possédant un grenier actif apportent leurs dons aux grandes zawya-s méridionales, placées sur les franges présahariennes, et renouvellent alors leur allégeance par serment aux grands saints régionaux (Imi n´Tatelt, Tamegrout, Tazerwalt, Timggilsht). Relation singulière décrite ici pour la première fois et qu´il convient d´appeler « système du grenier », par lequel circule une partie des biens nourriciers produits dans ces régions, rendant indispensable le grenier. Les circulations de dons apparaissent bien comme les prestations totales d´un système articulé autour de la baraka>. Ainsi que le montre, d´abord, le réseau des greniers de villages des Ayt Ubiâl (Sirwa), puis celui des tribus réunies en masse autour de la zawya d´Imi n´Tatelt (Anti-Atlas oriental). Les règles cependant évoluent, polarisées par les deux institutions que sont la religion, d´une part, et le patrimoine, de l´autre, selon des logiques de rupture, d´effacement des mémoires et de réécriture des pratiques individuelles et collectives. Cet ouvrage présente de façon inédite le réseau du sacré qui irradie à partir de l´une des trois zawya-s les plus importantes du Sud marocain : celle constituée au milieu du XVIe siècle autour de la personne de Sîdî Mhammd Û Yaqûb, au coeur de l´Anti-Atlas. Aujourd´hui comme autrefois, les promesses se perpétuent, comme l´avait prédit, avec une stupéfiante précision, le Testament mystique du saint. On exige peu, mais le nombre des communautés affiliées est tel que les offrandes sont en quantité. Cette zawya fait ainsi office d´énorme magasin, réceptacle des dons en nature de toutes les tribus liées par serment. Crédits photographiques : © Salima Naji & David Goeury. Cet ouvrage est publié au Maroc en co-édition par DTG Société Nouvelle avec le soutien du Centre Jacques Berque et de l'Agence du Sud. Contact : lescinqpartiesdumonde@gmail.com

  • « La bienvenue et l'adieu » : c'est sous le signe de ce poème de Goethe que les auteurs ont souhaité placer les contributions au colloque Migrations, identité et modernité au Maghreb, tenu à Essaouira du 17 au 20 mars 2010. Ce colloque est une initiative d'universitaires français et marocains, auxquels se sont joints des collègues du monde entier, dans un engagement commun pour une lecture pluraliste de l'histoire récente du Maroc et du Maghreb. Accueilli à Essaouira et soutenu par deux instances chargées de la défense des droits humains et de la mise en application des recommandations de l'Instance équité et réconciliation, ce colloque a essayé d'aborder, de façon publique, pour la première fois dans un pays du Maghreb, la question du départ des juifs, recontextualisée dans sa profondeur historique et mise en perspective avec les flux migratoires des communautés musulmanes. Sans esquiver les dimensions spécifiques ni les enjeux politiques de ces départs, il a cherché à en réévaluer la place. Il a pour cela réintroduit au coeur du questionnement les projets migratoires, les parcours des migrants et les dynamiques de constructions communautaires. La mémoire de ces communautés migrantes est aussi celle du Maghreb, à différents moments de son histoire. Actes du colloque d´Essaouira, Migrations, identité et modernité au Maghreb, 17-21 mars 2010, publiés avec le soutien du Conseil de la communauté marocaine à l´étranger (CCME) et du Conseil national des droits de l´Homme (CNDH). Une bibliographie établie à l'occasion de ce colloque est disponible, en pdf, à http://bibmed.mmsh.univ-aix.fr/Syntheses_Biblio/Bibliographie_Migration_identite-modernite-au-Maghreb.pdf Cet ouvrage est publié au Maroc en co-édition avec le soutien du Centre Jacques Berque. Un coffret réunissant les trois volumes est disponible aux Éditions Karthala sous l'ISBN 978-2-8111-0606-5. Prix du coffret : 44 EUR

  • Cet ouvrage traite des transformations sociopolitiques au Maroc à travers un prisme d´observation particulier : celui des trajectoires de trente femmes devenues dirigeantes d´association dans des quartiers populaires de la ville de Casablanca. Comment ont-elles réussi à s´imposer comme leaders dans un milieu associatif qui, il y a encore quelques années, était un terrain de jeu avant tout masculin ? Assistons-nous aujourd´hui à un renouvellement des élites associatives locales qui se traduirait par l´émergence, sur la sphère publique, de nouvelles catégories d´acteurs sociaux et politiques ? Dans quelle mesure ces transformations s´accompagnent-elles d´une reconfiguration, à plusieurs échelles, des rapports de pouvoir ? Au lieu de s´inscrire dans une réflexion sur l´éventualité d´une « transition politique » du pays, cette perspective met l´accent sur les multiples recompositions et réajustements observables à l´échelle locale, en montrant l´ambivalence des changements que traverse aujourd´hui le Maroc. Si les trajectoires étudiées indiquent un renouvellement des élites locales et une rupture avec la distribution traditionnelle des rôles entre hommes et femmes, elles passent aussi par une reproduction, voire un renforcement, des rapports de pouvoir qui prédominaient auparavant.

  • « La bienvenue et l'adieu » : c'est sous le signe de ce poème de Goethe que les auteurs ont souhaité placer les contributions au colloque Migrations, identité et modernité au Maghreb, tenu à Essaouira du 17 au 20 mars 2010. Ce colloque est une initiative

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