Au vent des îles

  • Ma'i mau, maladie vraie ou maladie naturelle ; ma'i täpiri, maladie qui colle ou maladie surnaturelle ; telle serait selon beaucoup la conception polynésienne de la maladie. Or, les notions de « naturel » et de « surnaturel » sont occidentales. Il n'existe pas de mot polynésien pour les dire. À force d'interroger des tahu'a à Tahiti, des kahuna à Hawaii et des tohunga en Nouvelle-Zélande, à force de traquer des récits d'auteurs suffisamment humbles pour se contenter de décrire sans interpréter et encore moins juger, une réalité polynésienne autre apparaît. Émerge une théorie polynésienne de la maladie qui n'a rien à voir avec la vision réductrice proposée par ses habituels experts. Sous les strates de préjugés portant le sceau du tâtonnement des idées occidentales, palpite une pensée intelligente, étonnamment riche, qui explique la formidable vitalité qui a tant étonné les premiers navigateurs.Le comprendre permet, d'une part, de proposer un autre décodage des mots, des maux, des actes et des soignants et, d'autre part, d'identifier les actes relevant des périodes traumatiques de l'histoire océanienne et ceux relevant de sa propre culture qui, comme toutes les cultures, a pour but l'épanouissement des humains qui l'ont élaborée. Quant aux traumatismes, les plus durablement néfastes sont ceux qui furent niés voire camouflés en bienfaits. À partir de cette réalité singulière, peuvent s'ébaucher les prémices d'un dialogue entre médecine scientifique et soins traditionnels.

    Simone Grand est d'origines polynésienne, amérindienne et européenne. Docteur en biologie, elle a oeuvré dans les secteurs de la mer, l'environnement, l'agriculture, la politique, les sciences humaines, le social, l'ethnopsychiatrie... et a soutenu une thèse en anthropologie.

  • Un célèbre mythe polynésien voit l'île de Tahiti naître sous les traits d'un poisson. En des temps très reculés, au nord de Tahiti, dans l'île de Ra'iatea - qui se nommait encore Havai'i -, une énorme anguille avala une jeune fille. Possédé, l'animal se mit à ébranler la terre, dont un morceau se détacha, prenant le large, devenant le poisson Tahiti. Les paroles finales du mythe sont très dépréciatives : Tahiti, île subalterne, n'aurait autrefois eu ni dieux, ni chefs sacrés (ari'i), contrairement à sa glorieuse terre-mère Ra'iatea-Havai'i. Qu'en était-il en réalité ? C'est à cette question que tente de répondre l'auteur, dans ce riche ouvrage qui interroge notamment le rayonnement régional du grand marae - temple - « international » de Taputapuatea de Ra'iatea, classé au patrimoine mondial de l'Unesco en 2017

    Bruno Saura est professeur de civilisation polynésienne à l'Université de la Polynésie française où il dirige l'équipe de recherche EASTCO - Equipe d'Accueil Sociétés traditionnelles et contemporaines en Océanie -. Anthropologue et politologue de formation, il a beaucoup travaillé sur la société tahitienne contemporaine (questions politiques, religieuses, identitaires, ethniques). Il se spécialise aujourd'hui dans l'étude du passé polynésien (traditions orales et mythes).

  • Narcisse Pelletier, naufragé aborigène Nouv.

    Tout comme le récit de naufragés rendus célèbres, l'histoire extraordinaire de Narcisse Pelletier captive notre imaginaire depuis cent cinquante ans. À ce titre, elle soulève de nombreux débats sur l'exactitude des faits et les perspectives idéologiques adoptées par ceux qui se sont attachés à raconter le périple du jeune mousse vendéen qui accosta au cap York (Australie) en 1858 où il fut recueilli par un clan aborigène Uutaalnganu. Pelletier, alors âgé de quatorze ans, fut adopté par une famille qui lui donna le nom d'Amglo. Il épousa, à son tour, leur langue et leurs coutumes, il acquit progressivement leurs savoirs et savoir-faire, et fonda une famille. Lorsqu'il fut repéré par des Britanniques et rapatrié en France contre son gré dix-sept ans plus tard, il devint un résident-naufragé dans la Vendée de son enfance.

    Que retenir de son histoire ? Comment la raconter ? C'est un travail méticuleux d'historienne que nous présente ici Stéphanie Anderson. En tandem avec l'anthropologue australien Athol Chase, elle documente et élucide les faits, y compris le témoignage de Constant Merland qui retranscrit ce que lui confia Pelletier peu de temps après son retour en France. De plus, l'auteure examine comment la fascinante histoire du « sauvage blanc » a marqué notre imaginaire en France. D'essais anthropologiques aux romans du XXIe siècle, elle s'interroge sur les différentes représentations inspirées par les deux vies de Pelletier.

    Universitaire et traductrice littéraire australienne spécialisée dans les domaines de l'anthropologie et des cultures de l'Asie et du Pacifique, Stéphanie Anderson est l'auteure d'un ouvrage consacré à Marguerite Duras, Le discours féminin de Marguerite Duras (Droz 1995). Elle est décédée en avril 2019.

  • Une réflexion personnelle d'une puissance hors du commun sur les questions raciales, culturelles et identitaires.

    En tant qu'Aborigène, Stan Grant a dû faire face toute sa vie à l'héritage raciste de son pays, l'Australie. Confronté dès l'enfance à l'adversité, il a réussi à y échapper grâce aux études et à la découverte des écrits de James Baldwin, devenant l'un des journalistes les plus reconnus d'Australie.

    Dans cet essai, Stan Grant réagit au racisme qu'il observe autour de lui, toujours aussi présent. Il décrit avec une passion et une sincérité déchirantes la colère, la honte et les épreuves inhérentes à son identité. D'une écriture directe, stupéfiante, il nous rappelle qu'il ne faut jamais rien tenir pour acquis dans notre combat pour en venir à bout.

    Stan Grant est rédacteur en chef international de la chaîne Sky News Australie, et rédacteur en chef chargé des questions aborigènes au sein de la rédaction australienne du quotidien The Guardian. Il a travaillé comme présentateur pour l'antenne de la chaîne américaine CNN à Hong Kong, avant d'être envoyé comme correspondant permanent à Pékin, d'où il a couvert entre autres les conflits en Afghanistan, au Pakistan et en Irak. D'origine aborigène, il appartient au peuple Wiradjuri.

  • Cet ouvrage raconte, pour la première fois sous une forme synthétique, l'histoire de Tahiti et des îles de la Société depuis l'arrivée des hommes jusqu'à nos jours. Résumer plus de mille ans d'histoire du peuple tahitien en un simple volume était un défi qu'un groupe d'enseignants-chercheurs et de chargés de cours de l'Université de la Polynésie française a décidé de relever. Chacun d'eux étant un spécialiste reconnu dans sa discipline, cette synthèse actualise les connaissances sur le passé, lointain comme proche, en fonction des recherches les plus récentes. Ce livre n'est cependant pas destiné aux seuls étudiants ; il s'adresse, en fait, à un large public, tous ceux que la Polynésie intéresse et concerne. Ce regard rétrospectif les aidera à mieux comprendre la société actuelle dans toute sa complexité. Ouvrage publié en partenariat avec l'Université de la Polynésie française et la Maison des sciences de l'Homme du Pacifique.

  • Des Tahitiens, des Français : essai sur l'assimilation culturelle en situation coloniales consentie Nouv.

    Une génération a passé depuis la parution en 1998 de l'ouvrage Des Tahitiens, des Français : leurs représentations réciproques aujourd'hui, dans lequel Bruno Saura faisait le point sur les questions identitaires contemporaines en Polynésie française.

    Si demeure l'évidence que les Tahitiens continuent d'entretenir une certaine distance avec les Français « métropolitains » installés dans leurs îles, le constat est aussi, aujourd'hui, celui d'une francisation croissante de leur propre société. L'intégration à la culture du colonisateur y produit chaque jour de nouveaux effets en matière de langue, de religion, de vie politique, de rapport au corps, au genre, à la famille, à l'habitat, aux loisirs. Il y a là une configuration originale, de l'ordre d'une assimilation culturelle accélérée, à l'intérieur d'une situation coloniale toujours largement consentie.

    Bruno Saura est professeur de civilisation polynésienne à l'Université de la Polynésie française. Anthropologue et politologue de formation, il a beaucoup travaillé sur la société tahitienne contemporaine (questions politiques, religieuses, identitaires, ethniques). Il se spécialise aujourd'hui dans l'étude des temps anciens polynésiens (traditions orales et mythes).

  • La découverte de Tahiti (1767-69), les récits des voyageurs inventèrent une société où les jeunes femmes auraient eu pour règle de pratiquer lamour libre et même de le faire en public. Le discours fut un point de vue masculin centré sur lEurope, dissertant sur les variétés humaines et les couleurs de peau, mais aussi sur la supposée nature universelle des femmes. La vie publique, chez les aristocrates et chez les imprimeurs de Paris et de Londres, fut une course au sensationnel, à coup de rumeurs et de publications fantaisistes. Surtout la réécriture du journal de bord en un récit officiel offert au roi a tout brouillé. En retournant aux journaux de bord, on entrevoit la face demeurée cachée de ce que furent les premiers contacts entre les Tahitiens et les Européens. Les femmes qui vinrent au devant des visiteurs étaient de très jeunes filles; loin de sourire, elles tremblaient de peur, puis jouaient en pleurant un rôle imposé par les adultes. Lamour navait rien à faire dans ces scènes. Et les danses présentées navaient rien dérotique. Les récits européens nont pas seulement exagéré, ils ont tout déformé. Depuis deux siècles, la vision européenne de la Polynésie traditionnelle repose sur une immense méprise.
    Ce livre restitue ce qui sest réellement passé sur les rivages de Tahiti. Il reprend aussi tout le dossier des interprétations concernant les postures et la nudité dans la danse polynésienne, ainsi que le malentendu occidental sur la place de la sexualité dans la culture. Mais comment a-t-on pu se tromper à ce point ?

  • Il ne sagit pas véritablement dun roman, ni dun ouvrage historique savant mais de ce quon pourrait appeler un récit historique. Dans cet ouvrage lauteur reconstitue, en la narrant à la première personne, lhistoire véridique dune femme du XVI° siècle, dona Isabel Barreto, lépouse dAlvaro de Mendana, le fameux « découvreur » espagnol des Iles Marquises, auteur du premier contact connu entre des Polynésiens et des Européens. Elle utilise un procédé narratif maintes fois employé dans les romans espagnols du siècle dor : un manuscrit retrouvé par hasard dans un couvent péruvien ne serait autre que les mémoires de cette femme au destin exceptionnel.
    Dangers, vie quotidienne à bord de ces bateaux, fortune de mer, peur, inconfort, rencontre des « Indiens », parfois extrême violence, Annie Baert nous fait partager toutes les péripéties de ces voyages étonnants. Elle dépeint aussi la volonté farouche quil a fallu pour faire naître ces expéditions, largent dépensé, les embuches entre marins concurrents, les règlements de compte, les haines tenaces. Elle dit encore lhistoire vertigineuse de mers immenses, effrayantes, dont les routes, du Pérou à Manille, furent parcourues et cartographiées au prix de tant de vies perdues aussi bien chez les Espagnols que chez les « Indiens ».
    La rédactrice réelle de ce texte totalement imaginé sappuie sur la maîtrise la plus pointilleuse des faits historiques, étayée par des recherches extrêmement approfondies, scientifiques, documentaires et bibliographiques, elle nous fait partager ses connaissances de manière très plaisante dans un style inspiré de celui des relations anciennes. On ressent sans aucune lourdeur la présence dune solide ossature scientifique au récit et Annie Baert nous embarque dans ces voyages au long cours avec le savoir-faire dun pilote de haute mer.

  • Les lagons polynésiens sont porteurs denjeux économiques, environnementaux et sociaux complexes notamment du fait des interactions entre des acteurs différents qui nont pas forcément les mêmes intérêts. Le rahui est un système de jachère traditionnel de la société polynésienne qui connait aujourdhui une certaine résurgence et sapparente à ce que la prix Nobel déconomie Elinor Ostrom a appelé les communs (Common Pool). Un des objets de ce livre est dinterroger le rapport entre cette tradition du rahui et de nouvelles formes de gestion des espaces lagunaires au travers de la notion de commun. Louvrage est structuré en six chapitres. Les deux premiers portent sur le rahui dans le Tahiti ancien et son retour dans le Tahiti moderne. Les trois suivants portent sur des études de cas et les enseignements quon peut en tirer du point de vue de la gestion des communs. Le chapitre final est consacré à lopérationnalité pratique de la notion de commun en Polynésie et soulève la question du financement de lenvironnement.

    Tamatoa BAMBRIDGE est directeur de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS). Anthropologue au Centre de Recherches Insulaires et Observatoire de lEnvironnement (CRIOBE) à Moorea, ses travaux portent sur le pluralisme juridique en matière foncière, les savoirs traditionnels relatifs à la biodiversité et la gouvernance contemporaine des aires marines en Océanie.

    François GAULME, Docteur dEtat ès Lettres, ethno-historien de formation, est chercheur associé au Centre Afrique de lInstitut français des relations internationales (IFRI). Ancien rédacteur-en-chef de Marchés tropicaux et méditerranéens puis dAfrique contemporaine, il a servi également à lAgence française de développement (AFD) et au ministère des Affaires étrangères et du développement international (Direction générale du Développement).

    Christian MONTET est professeur émérite de Sciences Economiques à lUniversité de la Polynésie française, membre de léquipe de recherche GDI. Ses thèmes de recherche favoris sont léconomie de la concurrence, la microéconomie appliquée et léconomie internationale. Il en est résulté de nombreuses publications dans des revues spécialisées au niveau national et international, dont The Economic Journal, European Economic Review, European Journal of Law and Economics, Revue Economique, Economie et Statistique, des chapitres dans des ouvrages collectifs et plusieurs ouvrages.

    Thierry PAULAIS est économiste. Ses domaines dintervention portent entre autres sur léconomie du développement, le financement des infrastructures et des collectivités locales, le développement urbain et les politiques de lhabitat, la rentabilité économique des investissements et tout ce qui concerne le montage et la conduite de projets. Il est directeur de lAgence française de développement en Polynésie française depuis 2015

  • Les questions des identités, de la parenté, du foncier, du pluralisme juridique et culturel et de la construction de lÉtat sont ici examinées de manière concomitante. Cette approche permet aux spécialistes des questions foncières dans le Pacifique dappréhender les enjeux fonciers et de réfléchir à des solutions en matière de gestion du foncier, tenant compte de la complexité des situations contemporaines postcoloniales. Ce livre est la première grande synthèse des questions foncières en Polynésie française, analysées sous langle de la catégorie des acteurs locaux. Il permet de comprendre en quoi les solutions juridiques institutionnelles à venir sont vouées à léchec si les représentations, les discours et les pratiques des familles élargies ne sont pas pris en compte dans le Pacifique Sud.
    En raison de la méthodologie utilisée (lobservation participante, la recherche darchives et les indicateurs spécifiques à lanthropologie du droit) et des thèmes abordés, ce travail monographique constitue un cas décole. Il permet de restituer de manière dynamique la complexité des rapports entre identité, société et foncier dans le Pacifique. Il confronte ses résultats de recherche avec ceux des travaux anglophones dans le Pacifique (en Papouasie-Nouvelle-Guinée, aux Salomon, en Nouvelle-Zélande, à Fidji, Tonga, Samoa).

  • Polynésie, Mélanésie... mais aussi Australie, Micronésie : on ignore souvent que le découpage actuel de lOcéanie résulte dune théorie raciste des «couleurs de peau», élaborée en France au début du XIXe siècle et préparée par des siècles dinterrogations européennes sur la présence des «Nègres du Pacifique». Cest aussi lhistoire dun regard européen-masculin qui admira bien plus les femmes polynésiennes que les femmes des «îles noires» (Mélanésie).
    En rassemblant les divers traités français (ainsi que le traité anglais de J.R. Forster de 1778) qui ont prétendu donner une classification des peuples du Pacifique, en retraçant lorigine des appellations savantes,
    ce livre propose une histoire générale et une déconstruction des visions européennes, raciales et sexistes, sur la nature physique et morale de ces peuples, entre les XVIe et XXe siècles. Cet examen permet aussi de sinterroger sur lhistoire générale du racisme européen, en suivant le bouleversement qui sest produit à la charnière des XVIIIe et XIXe siècles, quand le naturalisme a laissé la place à la «zoologie» et lhumanisme au racisme moderne.

  • Les premiers contacts entre Européens et Tahitiens sont généralement racontés du point de vue des navigateurs occidentaux, fascinés par la sexualité et le caractère exotique de ceux qui apparaissent alternativement comme des « bons sauvages » et des êtres bestiaux. Dans son ouvrage iconoclaste, Anne Salmond confronte les différentes versions de lhistoire, celle des Tahitiens face à ces visiteurs inconnus et celle des Européens. Lauteur montre à quel point les divers mythes ceux véhiculés par les Européens et ceux propres aux Tahitiens se recoupent et sentremêlent. Elle puise ses sources dans la tradition orale tahitienne, dans les archives écrites et picturales européennes ainsi que dans lartisanat tahitien. Le texte est illustré par des esquisses, des tableaux et des gravures inspirés par les voyages de découverte. Retraçant les aventures vécues par les navigateurs européens à Tahiti ainsi que la vie des insulaires lors des premières rencontres, LÎle de Vénus apporte un éclairage radicalement nouveau sur une époque durant laquelle Tahiti prit une importance primordiale dans limaginaire européen.

  • Cet ouvrage tente de combler un certain vide existant dans les études anthropologiques et historiques relatives au passé récent de la Polynésie française, et plus précisément, à la mémoire de ce passé.

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