Yves-Marie Bercé

  • L'Ancien Régime n'a pas existé. Ou du moins n'a-t-il existé qu'après coup, aux yeux des Constituants de 1790, qui n'avaient à l'esprit que les dernières vicissitudes du gouvernement.
    En réalité, la monarchie de Louis XVI avait peu à voir avec celle de Louis XII. À travers deux ou trois siècles de bouleversements, le pouvoir avait évolué d'un royaume féodal à l'administration centralisée et autoritaire du XVIIIe siècle.
    Yves-Marie Bercé évoque la nature exacte de ces gouvernements. Il dépasse le court terme de la rupture révolutionnaire et présente la France des rois, ses rites, son système de valeurs, la vie quotidienne et celle de ses institutions, dans leurs constantes évolutions.

  • Nouvelle histoire de la France moderne1. Janine Garrisson, Royauté, Renaissance et Réforme (1483-1559)2. Janine Garrisson, Guerre civile et Compromis (1559-1598)3. Yves-Marie Bercé, La Naissance dramatique de l'absolutisme (1598-1661)4. François Lebrun, La Puissance et la guerre (1661-1715)5. André Zysberg, La Monarchie des Lumières (1715-1786)

  • Drapeaux et fourches, marches et contremarches : du XVIe au XIXe siècle, des révoltes contre la gabelle aux troubles quarante-huitards, le soulèvement épisodique, débonnaire ou sauvage, terrifiant ou dérisoire, constitue la seule expression collective de la France campagnarde. Yves-Marie Bercé présente ici la plus longue durée des insurrections paysannes. Dans le fait divers et la chronique, il retrouve la permanence des gestes et des rites, les cérémonies symboliques de la violence, l'attente utopique des pauvres, l'antagonisme sourd de la ville et du plat pays. Et l'enjeu même de ces révoltes sans espoir : au son du tocsin, pendant trois siècles, elles ont tenté de protéger le monde menacé, bientôt perdu, des solidarités communautaires.

  • Comment les papes d'Avignon firent-ils jadis la promotion des vignes des côtes du Rhône ? Pourquoi la cave de l'impératrice Joséphine comptait-elle tant de vins du Médoc ? Les vins produits à l'étranger, tels ceux des Canaries vénérés par George Washington, ou ceux du Caucase dont Alexandre Dumas vantait la qualité, étaient-ils appréciés en France ?
    Le vin, c'est aussi une histoire de paysage, de terre et de soleil, de voyages entre les continents, avec le roulis sur les mers, la batellerie et le charroi des tonneaux sur les routes caillouteuses.
    Yves-Marie Bercé nous apprend que le goût est une affaire de modes qui se transforment au gré des politiques et des rivalités entre puissances. Les secrets du vin se dévoilent enfin sur la table des rois et dans l'atmosphère des cabarets, de Londres à Paris, dans les ports de Boston ou de Buenos Aires.
    Fourmillant d'histoires et d'anecdotes, cet ouvrage enchantera le palais et l'imaginaire des amateurs comme des néophytes.
     
    Professeur émérite d'histoire moderne à la Sorbonne, Yves-Marie Bercé est l'auteur de nombreux livres sur les anciennes sociétés campagnardes. Il signe ici un livre personnel et formidablement documenté.

  • Guerres de religion, révolte des Croquants, complots, répressions : aux xvie et xviie siècles, des images de violence accompagnent les débuts de la France moderne. Parce qu'ils touchent l'ensemble de la société, ces débordements éclairent par contrecoup les évolutions de l'ordre public, de l'appareil d'État, du champ pénal de la justice.

    Guerres de religion, révolte des Croquants, complots, répressions : aux XVIe et XVIIe siècles, des images de violence accompagnent les débuts de la France moderne. Parce qu'ils touchent l'ensemble de la société, ces débordements éclairent par contrecoup les évolutions de l'ordre public, de l'appareil d'État, du champ pénal de la justice. Leurs répercussions dévoilent les capacités de contrainte de l'État et le pouvoir de rétorsion qui fonde son autorité. C'est à travers cet angle d'interprétation novateur qu'Yves-Marie Bercé décrypte les mutations de la société et de l'État monarchique entre le temps du roi guerrier du XVIe siècle et celui du souverain autoritaire centralisateur du siècle suivant. Meurtre du baron de Fumel par une foule protestante en 1561, assassinat du duc de Guise en 1589, soumission des villes calvinistes dans les années 1620, coups de majesté des rois de France en 1588, 1617, 1661...

    Autant d'épisodes majeurs, parmi beaucoup d'autres, narrés dans ce volume qui examine les réponses répressives du pouvoir. Ainsi se dessinent les transformations des institutions dépositaires de la violence d'État, tandis qu'à plus long terme, s'esquissent les orientations politiques choisies par des générations de législateurs depuis l'étatisme de la Renaissance jusqu'à la naissance du despotisme des Lumières.

  • On croyait jadis dans la province de Tarente que la piqûre d'une araignée réveillait les chagrins d'amour et pouvait se guérir par une transe musicale, les maux de l'âme trouvant un remède dans la frénésie du corps.
    De tels comportements surgissent à des époques et des lieux divers ; au XIXe siècle, les médecins ont réuni ces phénomènes sous l'appellation d'hystéries collectives.
    Elles surviennent parfois dans des villages de montagne troublés par les migrations saisonnières des jeunes hommes. Certaines crises sont devenues célèbres et scandaleuses par leur ampleur et leur durée, comme les convulsions jansénistes à Paris au XVIIIe siècle ou les délires des femmes de Morzine dans les années 1860.
    En fait, ces épisodes prennent place dans une perspective d'histoire très ancienne et qui n'a pas de fin. Dans chaque cas se dessine un théâtre dont les modèles de personnages sont en quête d'acteurs ; ce sont des drames prêts à jouer, que certains milieux et traditions proposent à leurs névrosés, une sorte d'asile convenu sous le regard pitoyable des parents et spectateurs.
    Leurs récits continuent d'offenser la raison, de révéler des forces étranges et de poser des énigmes aux historiens.
     
    Yves-Marie Bercé est professeur émérite d'histoire moderne à la Sorbonne.

  • Texte retrouvé ou apocryphe ? Rome, 1655. Un gentilhomme français mène une enquête obscure et périlleuse. La Ville éternelle lui tend les pièges des embuscades espagnoles, des yeux noirs des belles Romaines et des ombres de légendes antiques. Les inquiétudes de ce temps sur les mystères de la nature et les hasards des guerres s'y invitent par le jeu des histoires dans l'Histoire. La Rome baroque des pierres ensoleillées et des tavernes bruyantes offre un théâtre aux aventures de cet antihéros. La vérité et la vraisemblance sont des fausses jumelles.

  • La monarchie, système originel et sacré, jouit de qualités structurelles dont témoignent sa durée millénaire, ses capacités d'adaptation, son extraordinaire polymorphisme et ses expansions à travers les âges et les civilisations. Peut-être le plus durable des systèmes politiques, les monarchies engendrent des coutumes, des textes qui maintiennent une certitude quant au droit de souveraineté, une légitimité imperturbable, éliminant ou réduisant les crises de succession. La monarchie se révèle aussi, au cours de l'Histoire, protéiforme, susceptible de transformations considérables au gré des temps et des moeurs. Elle est un régime évident, intemporel, s'imposant dans toutes les langues, dans tous les imaginaires comme référence du pouvoir.

  • Le Sud-Ouest aquitain des règnes de Louis XIII et de Louis XIV était bien loin des modes et des événements de Paris. On y parlait gascon, on y mangeait de l'ail, on y buvait du vin fort. Les voyageurs s'y étonnaient de la rudesse des Limousins ou des Landais et s'extasiaient devant les riantes vallées de la Dordogne et de la Garonne. Les provinces aquitaines furent au XVIIe siècle durement frappées par les disettes, les épidémies et les guerres civiles. Le tableau de cet âge serait bien trompeur s'il n'évoquait pas ces malheurs, la misère des errants, la mort toujours présente. Mais, en dépit des épreuves, la vie continuait. Des images moins sombres peuvent, elles aussi, contribuer à faire comprendre l'esprit du temps. Le confort et l'intimité n'étaient pas encore découverts. Déjà, cependant, les villes s'évadaient de leur décor médiéval étroit et sombre. Le timide apprentissage des voyages révélait les originalités quotidiennes de ces régions d'aspects divers gravitant autour de Bordeaux, ainsi la cuisine épicée, les gasconnades et les bons vins. Évitant les images convenues, c'est dans la naïveté de sources judiciaires inédites que les pratiques et les pensées des paysans ou des citadins aquitains ont été recherchées ici. Par l'écho étouffé des interrogatoires de justice apparaissent des aventures de cape et d'épée, des noces villageoises et des beuveries de cabaret, des nigauderies pour rire et des amours éphémères et oubliées.

  • La longue période qui court des guerres de Religion jusqu'à l'affirmation de l'Etat sous Louis XIV fut le théâtre de révoltes paysannes parmi les plus longues et les plus braves de l'histoire de France. Ces guerres paysannes furent presque toutes localisées dans les provinces d'un très grand Sud-Ouest, des marais du bas Poitou jusqu'aux hauts pays de la Marche et du Limousin, et encore des landes de Gascogne jusqu'aux plateaux de Quercy et de Rouergue.
    Pourquoi ces paysans ont-ils cru bon de quitter leurs champs ou leurs troupeaux pour aller menacer les villes voisines de leurs milices disparates, hérissées de vieux mousquets et de faux emmanchées à rebours ? Pourquoi ces années 1590-1660 ont-elles vu se multiplier ces manifestations ? Pourquoi les provinces aquitaines plus que d'autres ont-elles servi de décor aux prises d'armes campagnardes ? Pour tenter de répondre, il faut d'abord reconstituer les événements, totalement ignorés de la grande histoire. Ensuite il faut les raconter avant de vouloir les expliquer. Comme toute connaissance, en effet, et peut-être plus qu'aucune autre, l'histoire est, par essence, par nécessité, une simple narration.

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