Michel Callon

  • L'existence d'un marché ne se résumant pas à la coïncidence entre une offre et une demande, ce livre s'attache à mettre en lumière les actions mises en oeuvre pour " faire le marché ". Couvrant une grande variété de domaines d'activité, il va notamment à la rencontre de ces " professionnels du marché " qui conçoivent des dispositifs sophistiqués pour capter les clients et installer des rapports de domination et d'emprise. Et propose, sur la base de ces éléments, quelques pistes d'insoumission.
    Alors que s'opposent avec une rare violence partisans et contempteurs de l'économie de marché, une question préalable se pose : qu'est-ce qu'un marché ?
    Michel Callon montre que l'organisation des activités marchandes ne se réduit pas à la simple confrontation entre des offres et des demandes. Comment une " chose " se transforme-t-elle, après d'immenses efforts, en marchandise ? Par quels moyens les agents deviennent-ils capables d'évaluer les biens et de calculer leurs décisions ? Leur rencontre n'exige-t-elle pas de méticuleux réglages ? Quels sont les ressorts de la mobilisation et de l'encadrement des passions ? Comment ont lieu la captation des clients et l'obtention de leur consentement à payer ? À partir d'une multitude d'exemples pris dans la finance, l'énergie, l'alimentation, l'immobilier, les jeux de hasard, la santé, la grande distribution, le commerce électronique, le réchauffement climatique et même les pompes funèbres, l'auteur met en évidence la diversité et le foisonnement des activités déployées et des investissements consentis pour imaginer des solutions à ces problèmes.
    Au terme d'un passionnant voyage, qui permet de suivre la carrière des biens depuis leur conception jusqu'à leur circulation dans la sphère de la consommation, le lecteur prend conscience de la multiplicité des configurations. Les " agencements marchands ", notion que Michel Callon place au coeur même de sa réflexion et qui se substitue à celle de marché, permettent de rendre compte de la richesse et de la complexité des processus à l'oeuvre. Ils donnent aussi de nouvelles possibilités d'agir à tous ceux qui refusent de se soumettre sans discussion à l'emprise des marchés existants.

  • Fait le point sur les méthodes et les instruments qui sont aujourd'hui développés et utilisés en Europe pour assurer, en évaluant les programmes, une réelle gestion stratégique de la recherche et de la technologie.

  • On peut soit débattre de la légitimité d'une sociologie des connaissances scientifiques, soit la faire. Ce volume prouve le mouvement en marche. Il rassemble quelques-unes des meilleures études publiées en langue anglaise au cours des quinze dernières années et a pour but de présenter des faits scientifiques analysés en détail par des sociologues et des historiens qui n'établissent a priori aucune frontière infranchissable entre les facteurs sociaux et cognitifs. Contrairement à la littérature épistémologique qui ignore tout du fonctionnement technique et social des sciences, et contrairement à la littérature sociologique qui fait généralement l'impasse sur les contenus scientifiques, de nombreuses études existent en anglais qui proposent une autre façon de parler des sciences. Elles mettent en scène des acteurs sociaux - scientifiques ou autres - qui construisent à chauds des connaissances, dont certaines finissent par s'imposer. En suivant les controverses, les conflits d'interprétation, les doutes, les coups de force, on assiste à l'élaboration de connaissance qui, une fois acceptées, font oublier les conditions de leur production. On se convainc progressivement que pour apprécier la science faite, pour comprendre pourquoi elle se répand irrésistiblement, il faut étudier la science en train de se faire. Ces études, déjà publiées pour la plupart en tirage limité par l'association Pandore, sont à nouveau disponibles. Elles ont été enrichies d'une longue présentation, où Michel Callon et Bruno Latour (Centre de sociologie de l'innovation, École nationale supérieure des mines de Paris) les restituent par rapport aux travaux de ces dernières années, pour souligner leur actualité et montrer le rôle qu'elles ont joué dans le renouveau des travaux consacrés aux rapports entre les sciences, les techniques et les sociétés.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 1991.)

  • Et s'il fallait enfin tirer les conséquences des crises à répétition que nos sociétés traversent lorsqu'elles sont confrontées aux débordements inattendus des sciences et des techniques ? S'il fallait en finir une bonne fois pour toutes avec la vision héroïque des décisions tranchantes et tranchées que le souverain prend en situation d'incertitude et en toute méconnaissance de cause ? Si Alexandre rengainait son épée, le monde s'effondrerait-il ? Non, mais la démocratie, elle, en ressortirait fortifiée. Tel est le propos des auteurs de ce livre. Ces derniers refusent les traditionnelles oppositions entre spécialistes et profanes, professionnels de la politique et citoyens ordinaires. Ils concentrent plutôt leur attention sur les nouvelles relations entre savoir et pouvoir qui émergent des controverses sociotechniques et sur les procédures inventées pour les traiter. L'enjeu est de taille : faire apparaître les conditions dans lesquelles les sociétés démocratiques vont se rendre capables d'affronter les défis des sciences et des techniques, redéfinir un espace public réunissant non pas des individus désincarnés mais des femmes et des hommes pris dans des histoires singulières. Après l'âge de la démocratie délégative, celui de la démocratie dialogique ?

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