Lucette Khaiat

  • De nos jours, l'enfant maltraité est considéré comme une victime que le Droit doit protéger. Mais pour édicter les mesures appropriées, pour éviter qu'aux traumatismes de l'agression ne s'ajoute celui de la judiciarisation, il faut comprendre la souffrance de l'enfant, rechercher les conditions propres à l'apaiser, et voir si elles sont compatibles avec les principes du droit en vigueur.

    Comment éviter qu'un enfant, déjà traumatisé par l'agression qu'il a subie, ne revive cette scène cruelle en la racontant à plusieurs reprises devant des policiers et des magistrats censés le protéger ? Comment éviter qu'un enfant victime ne se retrouve dans le box des accusés comme dans le procès d'Outreau ? Comment amener un enfant violenté et trahi par des adultes, et parfois par ses propres parents, à se retrouver en confiance face aux magistrats qui vont l'interroger lors du procès contre son agresseur ? Des juristes confrontent leur réflexion à celle de médecins, pédiatres, pédopsychiatres et psychanalystes, dans l'objectif de mieux protéger l'enfant au cours de son parcours  devant les tribunaux.

     

  • L'enfant ou l'adolescent qui fait des écarts de conduite est-il une « graine de violence » qu'il faut traiter, surveiller et punir, ou un enfant en danger qu'il faut protéger, soigner et accompagner ? Ne faut-il pas s'interroger sur la responsabilité des adultes qui l'entourent ? Faut-il avoir une politique humaniste, tant dans le domaine de la médecine que dans celui de la justice, centrée sur la personne humaine ou faut-il instituer la religion de la norme et favoriser des réponses automatiques - médicales ou juridiques - pour réprimer tout comportement dérangeant ? Lucette Khaïat, ancien avocat à la Cour d'appel de Tunis et de Paris, ingénieur de recherche honoraire du CNRS. Cécile Marchal, avocate au Barreau de Lyon puis de Paris, elles sont respectivement directrice scientifique et secrétaire générale de l'Association Louis Chatin pour la défense des droits de l'enfant.

  • Comment faire pour que le placement soit réussi, qu'il soit accepté par les enfants et par les parents et que ceux-ci ne soient pas disqualifiés ?

    Pour placer un enfant, il faut le déplacer ; pour le transplanter, il faut le déraciner, l'arracher à sa famille, à ses frères et soeurs, à ses amis, à son quartier, le plonger dans un univers inconnu, étranger, angoissant. Comment faire pour que la rupture ne soit pas un traumatisme supplémentaire ? Comment l'accueillir, avec ses souvenirs douloureux, ses colères, sa violence, sa peur, comment faire pour que le placement ne soit pas une tragédie, pour que l'enfant se tranquillise, se stabilise, retrouve des repères, reprenne confiance en lui et dans les autres, et recouvre l'enfance qui lui a été volée ?

  • Les procréations médicalement assistées soulèvent des débats passionnés et leur appréhension par le droit est souvent troublée par les enjeux politiques, sociétaux, religieux qu'elles sous-tendent. En analysant la complexité des problèmes posés, les auteurs, tous reconnus dans leur discipline (histoire, anthropologie, philosophie, droit, médecine, psychanalyse et sociologie) s'interrogent sur le bien-fondé d'une ingérence de l'état sur les facultés procréatrices d'un individu. A la lumière des principes fondamentaux de la Déclaration des Droits de l'Homme, qui défend la liberté de chaque individu contre l'arbitraire du pouvoir, à la lumière de la Constitution et de la devise de la République, et en se fondant sur la Jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'Homme, ils se penchent sur le droit à la procréation dans une république laïque et dans un régime démocratique fondé sur l'humanisme. Ils s'appuient sur l'idée que « les lois sont faites pour les hommes et non les hommes pour les lois » (Portalis). Leurs opinions ne sont pas toujours concordantes et c'est ce qui fait la richesse de ce livre.

    Lucette Khaïat est directrice scientifique de l'association Louis Chatin pour la défense des droits de l'enfant,; ancienne avocate à la Cour d'appel de Tunis puis de Paris, ingénieur de recherche honoraire du CNRS.
    Cécile Marchal est avocate honoraire au Barreau de Paris, secrétaire générale de l'association Louis Chatin jusqu'en 2010.

  • Après la fiction juridique du « pater is est quem nuptioe demonstrant », après la vérité sociologique de la possession d'état, le Droit, fasciné par la science, est enclin à balayer la fameuse incertitude du père - « pater incertus » - en se tournant vers la biologie, l'examen des sangs ou l'analyse des empreintes génétiques, pour désigner le père « véritable ». Il n'hésite pas, par exemple, à permettre à une femme mariée d'arguer, sous certaines conditions, de son adultère pour dénier la paternité de son mari et lui arracher un enfant. Celui-ci serait-il censé supporter sans dommages l'anéantissement de sa filiation, l'effondrement de ses repères familiaux, la perte de son nom pour sacrifier à une vérité réductrice, lue dans son corps et dont il ne sait rien ? Dans le même temps, le Droit prévoit le brouillage des origines lors d'un accouchement sous X, d'une adoption plénière, d'un don d'ovule, de sperme ou d'embryon, indifférent aux conséquences, désastreuses pour un sujet, du secret sinon du mensonge sur l'origine de sa vie. Voilà quelques arêtes d'un bloc de difficultés auquel des juristes et des psychanalystes ont décidé de s'attaquer ensemble, en sachant que la filiation non seulement concerne mais fonde un être humain, et que la réduire à la transmission des caractères biologiques procède de la dérive génétique qui imprégna le nazisme. Dont actes.

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