Jean-Noel Ferrie

  • L'immigration donne lieu à de nombreux débats d'où l'anthropologie est assez souvent absente. Cela tient sans doute à ce que d'autres disciplines occupent le devant de la scène. En même temps, l'étude des phénomènes migratoires privilégie les ressortissants du Maghreb. Ce cahier présente un point de vue anthropologique sur l'immigration où les populations originaires des pays du Maghreb aussi bien que d'Italie ou de l'Europe de l'Est (les Tziganes) sont prises en considération dans une perspective comparatiste. Une partie des contributions est consacrée à l'anthropologie culturelle et critique les conceptions qui enferment les migrants dans une sorte d'«identité culturelle». D'autres points de vue sont, toutefois, représentés. Une seconde partie est consacrée à l'anthropologie biologique et, plus particulièrement, à ses apports spécifiques : l'étude des comportements féconds, des pratiques alimentaires et des généalogies. Ce cahier réunit des contributions qui matérialisent une coopération entre plusieurs universités et centres de recherche européens.

  • La religion n'instaure pas un ordre et il est possible de décrire son insertion dans la routine de la vie quotidienne sans supposer qu'elle domine la vie des acteurs et sans nier, pour autant, la spécificité de sa présence. L'islam, dans le cas qui nous occupe, ne fonde ni une appartenance ni un engagement. Il ne construit pas un collectif. On peut, en effet, participer à un rite et penser à autre chose, s'identifier à une religion et ne pas en faire le coeur de son identité. Pourtant, les Européens travaillant sur l'islam semblent avoir confondu la domination publique d'une référence - l'islam - avec la capacité de cette référence à diriger l'ordre des choses. L'interprétation de l'islamisme en termes de retour du religieux fut la version contemporaine de cette erreur.
    On sait pourtant, au moins depuis que Geertz a comparé le Maroc et l'Indonésie, qu'il n'existe pas un islam mais autant d'islams que de sociétés musulmanes et, sans doute, autant d'islams que de systèmes d'action dans lesquels cette référence est engagée. Et il existe aussi des systèmes d'action, sans doute les plus nombreux, dans lesquels cette référence n'est jamais engagée, bien qu'ils soient le fait de musulmans. C'est cette réalité que le présent ouvrage entend décrire.

  • Le Maroc est probablement l'un des pays d'Afrique du Nord et du Moyen Orient les plus étudiés par les sciences sociales et humaines. Motivée par la diversité objective du pays, cette faveur n'en demeure pas moins ambiguë, en ce qu'elle a contribué à consacrer l'antinomie tradition/modernité. À rebours de ce cliché, Le Maroc au présent expose plusieurs facettes des tensions qui traversent la société marocaine et montre qu'elles ne sont ni figées ni subies par les gens. En multipliant les approches en sciences humaines et sociales, cet ouvrage examine, notamment à partir d'observations de terrain, les transformations qui se sont produites ce dernier quart de siècle, à tous les niveaux. Pour donner à connaître, du plus près possible, le Maroc d'aujourd'hui, l'ouvrage propose une variété de regards croisés, souvent personnalisés, sur les processus sociaux, dans leurs expressions les plus variées. En cela, Le Maroc au présent se veut beaucoup plus un ouvrage d'exploration qu'un simple livre de synthèse. De par la pluralité disciplinaire des contributeurs et la diversité des terrains explorés, il est un état de la recherche sur le Maroc contemporain, fait à partir du Maroc.

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