Jacqueline Barus-Michel

  • A lire ou à écouter les journaux d'information, l'actualité politique, sociale, économique est sans cesse confrontée à des paradoxes qui se lèveraient comme des obstacles renouvelés et infranchissables devant toute tentative d'améliorer la vie. Contradiction d'ordre logique, le paradoxe avait été analysé par les psychologues de l'Ecole de Palo Alto comme cause de troubles psychiques chez les enfants qui y étaient exposés de la part des parents sous forme d'injonctions impossibles à satisfaire. Ces modes de communication, comme les impasses auxquels conduisent des choix apparemment incompatibles, sont relevés comme rédhibitoires dans toutes les formes de la vie sociale. Pourtant, une analyse élargie montre que le paradoxe est universellement présent et actif, que la pensée ne saurait s'en abstraire dans son mode de fonctionnement, qu'il est étroitement lié à la vie et peut même être considéré comme la source de l'énergie à l'origine de toutes choses. On peut même affirmer qu'il est la condition de l'évolution. Illustrée par des exemples pluridisciplinaires, cette lecture interroge alors le paradoxe dans les sciences humaines et sociales, particulièrement comme pratique psychosociologique, pour montrer comment il est facteur de changement, moteur d'une histoire toujours à réinventer. On retrouve là le mythe de Sisyphe repris par Camus, ce défi à toujours reprendre l'effort de triompher de la réalité qui fait sans cesse obstacle.

  • Parmi les différentes analyses de crise dans des groupes, organisations et institutions, la psychologie sociale clinique a sa spécificité car, tout en choisissant le champ social, elle réserve une place centrale au sujet. Dans cette perspective, les données de l'inconscient sont incontournables comme l'est le recours à une interdisciplinarité qui embrasse la complexité des phénomènes. Cet ouvrage met en scène différentes figures de crise qui renvoient aux mécanismes intra et interpsychiques dans des contextes sociaux. Crises institutionnelles, crises individuelles s'éclairent réciproquement. Les interférences entre le psychologique et le social sont mises en lumière, dans chacune des situations étudiées. Un nouveau chapitre est consacré à la généralisation des crises spécifique dans les sociétés modernes. La dernière partie est une réflexion sur la psychologie sociale clinique ses positions épistémologiques, ses problématiques, ses références et méthodologies. Appuyé sur des études de cas, ce livre esquisse ainsi une théorie des crises qui permet d'envisager des modalités d'intervention aidant à se ressaisir des processus et se démarquant de pratiques par trop instrumentales oublieuses de ce qui fait sens pour des sujets.

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