Seuil

  • Que me demande-t-on, au juste? Si je pense avant de classer? Si je classe avant de penser? Comment je classe ce que je pense? Comment je pense quand je veux classer? [...]Tellement tentant de vouloir distribuer le monde entier selon un code unique; une loi universelle régirait l'ensemble des phénomènes: deux hémisphères, cinq continents, masculin et féminin, animal et végétal, singulier pluriel, droite gauche, quatre saisons, cinq sens, six voyelles, sept jours, douze mois, vingt-six lettres.Malheureusement ça ne marche pas, ça n'a même jamais commencé à marcher, ça ne marchera jamais.N'empêche que l'on continuera encore longtemps à catégoriser tel ou tel animal selon qu'il a un nombre impair de doigts ou des cornes creuses.G.P.

  • 1957. Georges Perec a vingt-et-un ans. Il est un étudiant (en histoire) qui n'étudie plus. Il voudrait écrire, n'y parvient guère. En juin 1956, il commence une psychanalyse. Fin juillet 1957, il part pour la Yougoslavie. Le 8 septembre, à peine revenu, il rédige dans l'urgence un roman tout imprégné de son expérience yougoslave, L'Attentat de Sarajevo. C'est un galop d'essai mené au galop. C'est, littéralement, son premier « Cinquante-trois jours ». Tel Stendhal dictant La Chartreuse de Parme en cinquante-deux jours, il dicte le livre à une de ses anciennes camarades du lycée d'Étampes. Le tapuscrit, perdu, n'a été retrouvé qu'après sa mort. Lecteur, c'est avec un Perec inattendu que tu vas faire connaissance. Frôlant le roman d'analyse psychologique, esquissant une histoire d'amour et de jalousie, c'est avec le scénario Hamlet que se débat l'auteur-narrateur, un « je » quasiment au premier degré, oscillant entre récit autobiographique et fiction. L'attentat de 1914 fit s'embraser l'Europe ; celui de 1957 reste un fantasme, dont le narrateur, en bon flaubertien, ne serait sans doute pas loin de penser que c'est « ce que nous avons eu de meilleur ». Dans les multiples branches de l'arbre Perec, beaucoup de lecteurs se sont délectés à grimper ou se nicher. En voici une des racines. Elle plonge loin - dans des terreaux que Perec n'a plus guère remués par la suite. Ce roman se trouve publié près de soixante ans après sa rédaction. L'édifice Perec est dorénavant bien connu. Il nous importe donc de mieux savoir sur quelles fondations il s'est construit. Claude Burgelin Roman inédit, L'Attentat de Sarajevo est le onzième titre de Georges Perec publié dans « La Librairie du XXIe siècle », au Seuil.

  • Parodie, pastiche, charge, caricature ? Laissons au lecteur le soin de caractériser d'un nom chacun des textes ici rassemblés, et qui révèlent une figure parfois ignorée de Perec, celle du savant.

  • Les journaux parlent de tout, sauf du journalier. Les journaux m'ennuient, ils ne m'apprennent rien. [...]Ce qui se passe vraiment, ce que nous vivons, le reste, tout le reste, où est-il ? Ce qui se passe chaque jour et qui revient chaque jour, le banal, le quotidien, l'évident, le commun, l'ordinaire, le bruit de fond, l'habituel, comment en rendre compte, comment l'interroger, comment le décrire ? [...]Peut-être s'agit-il de fonder enfin notre propre anthropologie : celle qui parlera de nous, qui ira chercher en nous ce que nous avons si longtemps pillé chez les autres. Non plus l'exotique, mais l'endotique.Georges Perec

  • Notre éminent concitoyen Hermann Raffke, de Lübeck, n'est pas seulement célèbre pour l'excellente qualité de la bière qu'il brasse avec succès dans nos murs depuis bientôt cinquante ans ; il est aussi un amateur d'art éclairé et dynamique, bien connu des

  • Prince des faussaires, Gaspard Winckler se voue depuis des mois à réaliser un faux Condottière, le célèbre tableau peint par Antonello de Messine en 1475, quand il assassine son commanditaire, Anatole Madera. Roman de jeunesse retrouvé « dans une vieille malle », Le Condottière donne du sens à l'interrogation qui parcourt toute l'oeuvre de Perec : comment, en se débattant avec le faux, parvenir à la conquête du vrai ?

  • Je sais, en gros, comment je suis devenu écrivain. Je ne sais pas précisément pourquoi. Avais-je vraiment besoin, pour exister, d'aligner des mots et des phrases ? Me suffisait-il, pour être, d'être l'auteur de quelques livres ? [...] Avais-je donc quelque chose de tellement particulier à dire ? Mais qu'ai-je dit ? Que s'agit-il de dire ? Dire que l'on est ? Dire que l'on écrit ? Dire que l'on est écrivain ? Besoin de communiquer quoi ? Besoin de communiquer que l'on a besoin de communiquer ? Que l'on est en train de communiquer ? L'écriture dit qu'elle est là, et rien d'autre, et nous revoilà dans ce palais de glaces où les mots se renvoient les uns aux autres, se répercutent à l'infini sans jamais rencontrer autre chose que leur ombre.G. P.

  • « Voeux (il s'agit de petits textes, généralement fondés sur des variations homophoniques, tirés à une centaine d'exemplaires et envoyés à mes amis à l'occasion de la nouvelle année). »Georges Perec.

  • Hommage personnel, crit de circonstance, contrainte littrale : trois grandes traditions de la posie occidentale se rejoignent dans ces Beaux prsents, qui explorent de faon varie les potentialits littraires d'alphabets restreints et poursuivent les recherches inaugures en 1969 par Georges Perec avec son roman sans e, La Disparition.Renouant avec les plus anciennes joies combinatoires de l'anagramme, Georges Perec les renouvelle, les systmatise et les enrichit dans l'esprit d'une fconde potique du manque. Au-del du dchiffrement et de l'anecdote, ces pices de patient et amical artisanat textuel invitent la dcouverte d'un lyrisme gnreux autant que discret.

  • Entre 1959 et 1963, Georges Perec et quelques-uns de ses amis échafaudèrent longuement un projet de revue littéraire, baptisée La Ligne générale, en référence au film d'Eisenstein. Le groupe de La Ligne générale fut une nébuleuse aux contours incertains : une à quelques dizaines de participants, tous fort jeunes (de dix-huit à moins de trente ans), très majoritairement étudiants, assez souvent membres du parti communiste, plus souvent encore en proximité conflictuelle avec lui. De cette revue qui ne vit jamais le jour, les plus substantiels morceaux épars sont présentés ici, ceux qui furent rédigés partiellement ou totalement par Georges Perec. Si La Ligne générale perecquienne pécha par idéalisme intellectualiste, ses modèles n'avaient rien de desséché. Dans un mélange d'optimisme et de volontarisme, ces textes disent un rêve d'épanouissement, de vie élargie que désigne ce mot de « bonheur » qui revient avec insistance. « Bonheur » dont étaient cherchées les images, contradictoires ou non, autant dans la vie chantée et dansante de la comédie musicale américaine que dans le grandiose eisensteinien ou encore dans le rire de Rabelais, Swift ou Queneau.A travers les textes de ce volume, on voit se mettre en place les pilotis sur lesquels Perec va édifier son oeuvre, avec une remarquable continuité dans choix des fils conducteurs. Des romans aussi divers que Les Choses, Un homme qui dort, W ou le souvenir d'enfance et La Vie mode d'emploi sont des odyssées de la conscience qui trouvent ici une de leurs origines.

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