Entreprise, économie & droit

  • Tendues vers la croissance économique, les sociétés occidentales ont-elles chance de maîtriser les risques de désorganisation qui les menacent et de développer encore leur prospérité matérielle ? C'est possible. Le principal danger est autre. Il est de les voir évoluer, en s'organisant, vers un avenir d'injustice et de violence croissantes. Un avenir dans lequel les grandes orientations de l'activité seront définies par les minorités dominantes de l'économie ; dans lequel les modes de vie, soumis à d'inacceptables contraintes technologiques, ne seront pas librement choisis ; dans lequel subsisteront et s'aggraveront les diverses formes d'injustice. Une telle évolution n'est cependant pas fatale. Des institutions ordonnatrices d'un développement social maîtrisé et choisi pourraient en écarter la menace. De ces institutions, les embryons existent déjà et l'étude critique du VIe Plan français montre par quels progrès elles pourraient faire face aux risques de désordre que courent toutes les économies en évolution rapide. Mais réaliser de tels progrès, c'est modifier profondément la structure du pouvoir, c'est inclure des objectifs politiques explicites dans le champ de la planification, c'est ouvrir la voie à une réforme profonde de la société. Plus profondément, pareils progrès supposent un accord profond entre un projet social et une idée de l'homme. D'où la méditation par laquelle s'achève ce livre : de quelle espérance l'homme a-t-il été capable, au fil de sa longue histoire ?

  • Des instruments d'action économique se constituent depuis trente ans : leurs effets ne peuvent devenir manifestes qu'après rassemblement d'un ensemble très lourd d'éléments structurels et institutionnels. Considérée avec scepticisme, cette création est inachevée. Les organismes groupés autour du Plan par lesquels elle a pris forme en France, ne permettaient de gérer naguère qu'une croissance simple, inintelligible du point de vue politique et, de plus, inflationniste. Cependant, développés, ils seraient capables de déterminer une mutation bien plus profonde, orientée vers une démocratie fraternelle. Un tel renouvellement ne fait-il pas écho à l'affirmation centrale de l'Évangile, selon laquelle l'Histoire débouche en effet sur la naissance d'une humanité fraternelle ? Ne marque-t-il pas, aujourd'hui, la voie dans laquelle devrait s'engager tout homme, qui regarde cette espérance comme la seule issue possible dans le drame actuel du monde ? Les deux vues - celle de l'économiste et celle du théologien - se complètent. Dans ses entretiens avec Philippe Dominique, Claude Gruson l'affirme, mais sous condition : c'est par le moyen d'une Europe planifiée, acceptant d'abandonner les disciplines totalitaires du libre échange, qu'une espérance non dérisoire peut être vécue.

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