Bernard Lahire

  • Le rêve peut-il être appréhendé par les sciences sociales ? Objet devenu indissociable de la psychanalyse, il était jusqu'à ce jour largement ignoré des sociologues. Si quelques chercheurs ont pu s'interroger sur la manière dont le rêve a été perçu selon les époques et les milieux, Bernard Lahire entre ici dans la logique même de sa fabrication et le relie aux expériences que les individus ont vécues dans le monde social.
    L'ambition de cet ouvrage est d'élaborer une théorie générale de l'expression onirique. En partant des acquis du modèle d'interprétation proposé par Freud, il s'efforce d'en corriger les faiblesses et les erreurs, en tirant parti des nombreuses avancées scientifiques accomplies depuis
    L'Interprétation du rêve. À l'opposé de ce que croyait Freud, le rêve apparaît ici comme l'espace de jeu symbolique le plus complètement délivré de toutes les sortes de censures. Il livre des éléments de compréhension profonde de ce que nous sommes et permet de voir frontalement
    ce qui nous travailleobscurément, de comprendre
    ce qui pense en nous à l'insu de notre volonté.
    Cet ouvrage contribue aussi à donner de nouvelles ambitions à la sociologie. Si le rêve fait son entrée dans la grande maison des sciences sociales, ce n'est pas pour laisser le lieu en l'état, mais pour en déranger les habitudes.

  • De quoi nous parlent nos rêves et pourquoi leur contenu nous déroute-t-il ? Dans
    L'Interprétation sociologique des rêves, Bernard Lahire élaborait un cadre général d'analyse de l'expression onirique nourri des apports de l'ensemble des disciplines qui ont abordé cette énigme. L'espace du rêve y apparaissait comme le lieu d'une communication de soi à soi, implicite et très peu censurée, mettant en jeu sous une forme transfigurée des problématiques existentielles profondément structurées par les expériences sociales des rêveurs.
    Ce second volume déploie le modèle et la méthode mis au point sur des corpus inédits de rêves. En reliant les fils de l'imaginaire nocturne de quatre femmes et de quatre hommes à des expériences récentes ou lointaines de leur vie, Bernard Lahire déchiffre les préoccupations que leurs rêves mettent en scène. Par-delà l'étrangeté ou l'incohérence apparente des pièces de ces puzzles oniriques construits nuit après nuit, il fait apparaître avec netteté l'image qui s'en dégage : l'épreuve de la domination masculine, les séquelles des abus sexuels, les affres de la condition de transfuge de classe, les heurts de la compétition scolaire, les rapports difficiles à l'héritage familial, les conséquences de la violence parentale physique ou symbolique, les effets d'une morale religieuse enveloppante ou les répercussions de l'abandon du père.
    En s'emparant, avec virtuosité, d'un objet traditionnellement considéré comme hors du champ de la sociologie, Bernard Lahire ne se contente pas de défaire un peu plus le mythe d'une intériorité préservée de toute influence sociale ; il nous donne les moyens d'accéder avec une plus grande lucidité à la part rêvée de nos existences.

  • En 1657, Nicolas Poussin peint une
    Fuite en Égypte au voyageur couché. La toile disparaît ensuite pendant plusieurs siècles. Dans les années 1980, différentes versions du tableau réapparaissent, de grands experts s'opposent, des laboratoires d'analyse et des tribunaux s'en mêlent et nombreux sont ceux à vouloir authentifier et s'approprier le chef-d'oeuvre.
    De quoi nous parle cette histoire aux allures d'intrigue policière ? Qu'est-ce qui fait la valeur d'une oeuvre d'art ? Et d'où vient cette aura attachée aux créateurs et aux oeuvres ? Bernard Lahire montre que le sacré n'a jamais disparu de notre monde mais que nous ne savons pas le voir. La magie sociale est omniprésente dans l'économie, la politique, le droit, la science ou l'art autant que dans la mythologie ou la religion. C'est cet effet d'enchantement qui transforme une sculpture d'animal en totem, un morceau de métal en monnaie, une eau banale en eau bénite ; et qui fait passer un tableau du statut de simple copie à celui de chef-d'oeuvre.
    Puisant avec érudition dans l'anthropologie, l'histoire et la sociologie, ce livre interroge les socles de croyance sur lesquels nos institutions et nos perceptions reposent. Questionnant radicalement l'art et son ambition émancipatrice, il révèle les formes de domination qui se cachent derrière l'admiration des oeuvres.

  • Que signifie « échouer » ou « réussir » à l'école primaire ? Comment comprendre les difficultés éprouvées par des élèves d'origine populaire en lecture-écriture, grammaire, conjugaison, orthographe, vocabulaire, expression orale et expression écrite ? Comment se construisent, jour après jour, les processus de production des inégalités scolaires dans les salles de classe ? Ce livre tente de répondre à ces questions, en procédant à l'étude détaillée des pratiques et des productions scolaires d'élèves du CP au CM2 en français. Soulignant le rôle central du rapport au langage dans la production des différences scolaires, l'auteur fonde son analyse sur une sociologie de l'éducation informée des travaux anthropologiques et historiques concernant la spécificité des cultures écrites. Il entend ainsi rendre raison de l'« échec scolaire » du double point de vue d'une anthropologie de la connaissance et d'une anthropologie du pouvoir. Cet ouvrage est issu de l'enquête menée par Bernard Lahire pour sa thèse de doctorat, soutenue en 1990. Trente ans plus tard, les réflexions et analyses qu'il propose n'ont rien perdu de leur actualité. Dans une préface écrite à l'occasion de cette réédition, il souligne le poids de sa propre trajectoire sociale - son statut de transfuge de classe issu d'un milieu populaire - sur le choix de son objet d'étude.

  • Dans ce petit livre conçu pour rendre plus largement visible le sens général de son travail et de la démarche qu'il y engage, Bernard Lahire s'efforce de faire apparaître le flou et les contradictions des discours savants ou demi-savants sur la " montée de l'individualisme ". Au moment où l'individu est de plus en plus souvent perçu ou rêvé comme un être isolé, autonome, responsable, opposé à " la société " contre laquelle il défendrait son " authenticité " ou sa " singularité ", les sciences sociales ont plus que jamais le devoir de mettre au jour sa fabrication sociale. Car le social ne se réduit pas au collectif ou au général, mais gît dans les
    plis les plus singuliers de chaque individu.
    Dans ce livre conçu pour expliciter le sens de son travail, Bernard Lahire soumet à la critique les discours sur la " montée de l'individualisme " et la figure de l'individu " libre et autonome " au coeur de nos mythologies contemporaines. Exposant la manière dont il est possible de faire de l'individu singulier un véritable objet sociologique en tant qu'être en permanence
    socialisé, il dialogue également avec les sciences cognitives qui, en mettant en lumière les phénomènes de plasticité cérébrale et la façon dont nos expériences sociales s'inscrivent dans nos cerveaux, nous rappellent que les individus ne perçoivent, ne pensent ou n'agissent qu'en tant que dépositaires de l'ensemble des formes d'expérience déterminées par leurs places et leurs situations dans le monde social.
    Prix de l'écrit social 2013

  • Depuis plusieurs décennies, à gauche comme à droite, la sociologie est régulièrement accusée d'excuser la délinquance, le crime et le terrorisme, ou même de justifier les incivilités et les échecs scolaires. Dans ce livre accessible et vigoureux, Bernard Lahire démonte cette vulgate, ses fantasmes et ses contre-vérités. Un plaidoyer lumineux pour la sociologie et, plus généralement, pour les sciences qui se donnent pour mission d'étudier avec rigueur le monde social.
    Depuis plusieurs décennies, la sociologie est régulièrement accusée d'excuser la délinquance, le crime et le terrorisme, ou même de justifier les incivilités et les échecs scolaires. À gauche comme à droite, nombre d'éditorialistes et de responsables politiques s'en prennent à une " culture de l'excuse " sociologique, voire à un " sociologisme " qui serait devenu dominant.
    Bernard Lahire démonte ici cette vulgate et son lot de fantasmes et de contre-vérités. Il livre un plaidoyer lumineux pour la sociologie et, plus généralement, pour les sciences qui se donnent pour mission d'étudier avec rigueur le monde social. Il rappelle que comprendre les déterminismes sociaux et les formes de domination permet de rompre avec cette vieille philosophie de la responsabilité qui a souvent pour effet de légitimer les vainqueurs de la compétition sociale et de reconduire certains mythes comme celui du
    self made man, celui de la " méritocratie " ou celui du " génie " individuel.
    Plus que la morale ou l'éducation civique, les sciences sociales devraient se trouver au coeur de la formation du citoyen, dès le plus jeune âge. En développant la prise de distance à l'égard du monde social, elles pourraient contribuer à former des citoyens qui seraient un peu plus sujets de leurs actions.

  • " À quoi sert la sociologie ? " La question est tout à la fois naïve et provocatrice. La sociologie doit-elle nécessairement servir à quelque chose ? Ou, pour le dire autrement, à quoi ne doit-elle surtout pas servir ? Et si la sociologie doit avoir une quelconque utilité, quelle doit en être la nature : politique (sociologue-expert, sociologue-conseiller du prince, sociologue au service des luttes des dominés), thérapeutique (la sociologie comme socio-analyse et moyen de diminuer ses souffrances grâce à la compréhension du monde social), cognitive (la sociologie comme savoir n'ayant d'autre objectif que d'être le plus scientifique possible) ? C'est à cet ensemble de questionnements que les auteurs de cet ouvrage, sous la direction de Bernard Lahire, ont accepté de se confronter. À l'heure où les politiques sont parfois tentés de dénoncer le " sociologisme ", notamment en matière de sécurité, l'actualité nous rappelle que la sociologie est une discipline académiquement moins " légitime " que d'autres, une science particulièrement exposée aux demandes de justification ou aux remises en question de ses résultats. Mais si la situation (sociale, académique et cognitive) singulière de la sociologie la met dans une situation inconfortable, dans le même temps, cette demande de réflexivité peut se révéler très productive.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, la deuxième édition de 2004.)

  • Une nouvelle image du monde social, qui ne néglige pas les singularités individuelles et évite la caricature culturelle des groupes. Passage en poche d'un des livres événement de la sociologie contemporaine. De caricatures en vulgarisations schématiques des travaux sociologiques, on a fini par penser que nos sociétés, marquées par le maintien de grandes inégalités sociales d'accès à la culture, étaient réductibles à un tableau assez simple : des classes dominantes cultivées, des classes moyennes caractérisées par une " bonne volonté culturelle " et des classes dominées tenues à distance de la culture. Dans ce livre qui combine solidité argumentative et ampleur du matériau empirique, Bernard Lahire propose de transformer cette vision simpliste. Il met ainsi en lumière un fait fondamental : la frontière entre la " haute culture " et la " sous-culture " ou le " simple divertissement " ne sépare pas seulement les classes sociales, mais partage les différentes pratiques et préférences culturelles des mêmes individus, dans toutes les classes de la société. Il montre qu'une majorité d'individus présentent des profils dissonants qui associent des pratiques culturelles allant des plus légitimes aux moins légitimes. Si le monde social est un champ de luttes, les individus sont souvent eux-mêmes les arènes d'une lutte des classements, d'une lutte de soi contre soi. Une nouvelle image du monde social apparaît alors, qui ne néglige pas les singularités individuelles et évite la caricature culturelle des groupes.

  • Est-il possible de percer les mystères de la création littéraire ? La sociologie peut-elle entrer dans la chair même des oeuvres ? Est-elle en mesure de se confronter à des oeuvres particulièrement difficiles, et même étranges, qui découragent plus d'un lecteur et soumettent habituellement à rude épreuve le travail des interprètes ?
    Est-il possible de percer les mystères de la création littéraire ? La sociologie peut-elle entrer dans la chair même des oeuvres ? Bernard Lahire s'est confronté à l'un des plus grands représentants de la littérature d'avant-garde, Franz Kafka : pourquoi écrit-il ce qu'il écrit comme il l'écrit ? Pour répondre, Bernard Lahire examine la fabrication sociale de l'auteur du Procès, depuis les primes expériences familiales jusqu'aux épreuves les plus tardives. Ce faisant, non seulement il saisit les raisons qui le conduisent à être attiré par la littérature, mais il se donne les moyens de comprendre les propriétés formelles et thématiques d'une oeuvre travaillée par les éléments constitutifs de sa problématique existentielle. Dans ce livre magistral qui, au-delà du cas de Kafka, pose les fondements d'une théorie de la création littéraire, les oeuvres apparaissent comme autre chose que des solutions esthétiques à des problèmes formels ou que des manières de jouer des coups dans un " champ littéraire ". Elles sont aussi des points de vue sur le monde, des manières formellement spécifiques de parler du monde mises en oeuvre par des créateurs aux expériences sociales singulières.

  • Si les écrivains parlent et écrivent beaucoup sur eux-mêmes, sur leur identité et sur leur conception de l'écriture, force est de constater qu'on les connaît en réalité très mal. Faute d'enquête solide et rigoureuse, on se contente souvent d'une vision commode et désincarnée de l'écrivain, tout entier consacré à la littérature, sa raison de vivre. C'est cette enquête qu'a conduite Bernard Lahire. Il en expose les résultats passionnants dans ce livre. Il y montre que les écrivains forment une population tout à fait singulière : à la différence des ouvriers, des ingénieurs, des médecins ou des patrons, qui passent tout leur temps de travail dans un univers professionnel unique et tirent l'essentiel de leur revenu de ce travail, la grande majorité des écrivains vivent une situation de double vie. Amenés à cumuler activité littéraire et second métier, ils alternent en permanence temps de l'écriture et temps des activités professionnelles rémunératrices. Il apparaît aussi que, parmi les écrivains, les plus grands professionnels d'un point de vue littéraire, c'est-à-dire ceux qui mettent le plus d'art dans ce qu'ils font, ont très peu de chance d'être les plus professionnels d'un point de vue économique, c'est-à-dire de vivre des seuls revenus de leurs publications. Une telle situation de double vie n'est ni nouvelle, ni occasionnelle. Elle est pluriséculaire et structurelle. Et c'est à en comprendre les raisons et à en préciser les formes et les effets sur les écrivains et leurs oeuvres que cet ouvrage est consacré. Il permet de construire une anthropologie des conditions pratiques d'exercice de la littérature. En " matérialisant " les écrivains, c'est-à-dire en mettant au jour leurs conditions d'existence sociales et économique, en particulier leur rapport au temps, il apparaît que ni les représentations que se font les écrivains de leur activité ni leurs oeuvres ne sont détachables de ces différents aspects de la condition littéraire. Fruit d'une longue enquête en profondeur, remarquablement documenté, ce livre exceptionnel à plus d'un titre, permet de pénétrer les aspects les plus concrets du travail de dizaines d'écrivains contemporains aussi divers que Patrick Drevet et Brigitte Giraud, Alain Gagnol et Marcelin Pleynet, Enzo Cormann et Nicole Avril, Charles Juliet, Marc Lambron, Yves Bichet, Annie Zadek et bien d'autres.

  • Qu'est-ce que la connaissance sociologique ? Quels sont ses critères de valeur scientifique ? Une approche iconoclaste dans cet antimanuel de sociologie.
    Si toutes les théories du social peuvent a priori prétendre à l'égale dignité scientifique, c'est uniquement dans la mesure où celles et ceux qui les mobilisent acceptent de s'imposer un haut degré de rigueur argumentative, de contrainte méthodologique et de sévérité empirique. Or, à bien considérer l'état réel des productions sociologiques, cela est rarement le cas. Mais qu'est-ce que penser et connaître en sociologue ? Et pourquoi un regard scientifique sur le monde social est-il si important à construire, à défendre et à transmettre ? Issu d'une réflexion sur le travail d'interprétation sociologique mis en oeuvre sur des données de nature différente (données d'observation, entretiens, documents écrits, données quantitatives), ce livre aborde des questions centrales dans l'apprentissage de l'esprit sociologique : la description, l'interprétation et la surinterprétation, l'usage sociologique des analogies, les rapports entre objectivation sociologique et critique sociale, entre l'ordre de la pratique et l'ordre du discours, entre sociologie et littérature, etc. Et s'il fallait absolument l'affilier à un genre particulier, un tel ouvrage entrerait sans doute, de par sa tonalité critique et sa volonté d'expliciter sans détour ce qu'est la connaissance sociologique mais aussi ce qu'elle n'est pas, dans la catégorie des anti-manuels.

  • Nouvelle présentationL'homme que les sciences humaines et sociales prennent pour objet est le plus souvent étudié dans un seul contexte ou à partir d'une seule dimension. On l'analyse en tant qu'élève, travailleur, consommateur, conjoint, lecteur, pratiquant d'un sport, électeur, ect. Or, dans des sociétés où les hommes vivent souvent simultanément et successivement des expériences sociolisatrices hétérogènes et parfois contradictoires, chacun est inévitablement porteur d'une pluralité de dispositions, de façons de voir, de sentit et d'agir.
    S'interroger sur les manières dont la pluralité des mondes et des expériences s'incorpe au sein de chaque individu, observer son action sur une diversité de scènes, voilà l'horizon scientifique vers lequel tend cet ouvrage.
    Sociologue, l'auteur noue un dialogue avec une partie de la psychologie, de l'histoire, de l'anthropologie et de la philosophie. Ses réflexions débouchent sur le programme d'une sociologie et s'attachent à mettre en évidence les plis les plus singuliers du social.

    Bernard Lahire est professeur de sociologie à l'École normale supérieure Lettres et Sciences Humaines et chercheur au Groupe de recherche sur la socialisation (CNRS).

  • Nouvelle présentationChaque individu est le « dépositaire » de manières de penser, de sentir et d'agir qui sont les produits de ses multiples expériences socialisatrices. Modelés par un monde social que nous façonnons en retour, nous ne lui échappons d'aucune façon.C'est ce que cet ouvrage met en évidence à travers huit portraits sociologiques de personnes longuement interviewées, à plusieurs reprises, sur des thèmes très différents : l'école, la famille, le travail, les amis, les loisirs et les activités culturelles, le sport, l'alimentation, la santé, l'habillement... Le lecteur découvre ainsi des femmes et des hommes dans leurs constances et leurs variations et comprend mieux les raisons de leurs actions.Renoncer à l'idée d'une « subjectivité » absolue, au mythe de « l'intériorité », du libre-arbitre ou de l'existence « personnelle » hors de toute influence sociale, pour faire apparaître les forces et contre-forces, internes (dispositionnelles) comme externes (contextuelles), auxquelles nous sommes soumis depuis notre naissance et qui déterminent nos comportements et nos attitudes, voilà à quoi nous invite la sociologie de Bernard Lahire. Elle peut nous aider à progresser dans la connaissance de soi et des autres.Bernard LAHIRE est professeur de sociologie à l'École normale supérieure Lettres et Sciences humaines et chercheur au Groupe de recherche sur la socialisation (CNRS). Il est notamment l'auteur de Tableaux de familles (Gallimard/Seuil, 1995), L'Homme pluriel (Nathan, 1998) t L'Invention de « l'illettrisme » (La Découverte, 1999), À quoi sert la sociologie ? (La Découverte, 2004).

  • Tableaux de famille
    Comment expliquer qu'une partie de ceux qui ont la plus grande probabilité de redoublement à l'école élémentaire peut échapper à ce risque et même, parfois, occuper les meilleures places dans les classements scolaires ? La réponse à cette question est au cœur de ce livre.
    Des portraits familiaux montrent comment un capital culturel peut se transmettre ou non, ou bien comment, malgré un contexte familial peu propice à l'apprentissage, les savoirs scolaires peuvent tout de même être appropriés par les enfants. En fin de compte, ce sont les notions mêmes de capital culturel, de transmission ou d'héritage qui perdent de leur pertinence dès lors que, changeant d'échelle d'observation, on s'attache à la description et à l'analyse des modalités de la socialisation familiale ou scolaire.
    Bernard Lahire
    Professeur de sociologie à l'École normale supérieure de Lyon, il a publié une vingtaine d'ouvrages, parmi lesquels La Culture des individus (La Découverte, 2004), Monde pluriel (Seuil, 2012) et Dans les plis singuliers du social (La Découverte, 2013).

  • Comment dessiner une vue d'ensemble du monde social lorsque les cloisonnements disciplinaires et l'hyperspécialisation du savoir poussent les chercheurs à étudier des parcelles de plus en plus restreintes de ce monde ? Si cette fragmentation est une conséquence du processus de différenciation sociale qu'ils s'attachent à penser, elle est aussi ce qui les empêche d'en faire une lecture globale.
    Une question centrale donne pourtant aux sciences humaines et sociales un socle commun : pourquoi les individus font-ils ce qu'ils font ? Et elles y répondent d'autant mieux qu'elles parviennent à saisir les pratiques des acteurs au croisement de leurs expériences passées incorporées et des contextes de leurs actions présentes. Si la plupart des chercheurs en conviennent, peu s'accordent toutefois sur les cadres pertinents dans lesquels les acteurs doivent être situés pour analyser telle ou telle dimension de leurs pratiques. Soumettre les notions de « champ », de « monde », de « système » ou de « cadre de l'interaction » à l'examen critique, c'est dès lors oeuvrer à leur jonction théorique.
    Bernard Lahire s'efforce ici de marquer une distance par rapport à l'état actuel des sciences humaines et sociales et aux clivages qui les traversent en nous donnant la possibilité d'entrevoir l'unité cachée d'un espace en apparence très morcelé.

  • In 2008, the Musée des Beaux-Arts de Lyon acquired a painting called The Flight into Egypt which was attributed to the French artist Nicolas Poussin. Thought to have been painted in 1657, the painting had gone missing for more than three centuries. Several versions were rediscovered in the 1980s and one was passed from hand to hand, from a family who had no idea of its value to gallery owners and eventually to the museum. A painting that had been sold as a decorative object in 1986 for around 12,000 euros was acquired two decades later by the Musée des Beaux-Arts de Lyon for 17 million euros.
    What does this remarkable story tell us about the nature of art and the way that it is valued? How is it that what seemed to be just an ordinary canvas could be transformed into a masterpiece, that a decorative object could become a national treasure? This is a story permeated by social magic  the social alchemy that transforms lead into gold, the ordinary into the extraordinary, the profane into the sacred.
    Focusing on this extraordinary case, Bernard Lahire lays bare the beliefs and social processes that underpin the creation of a masterpiece. Like a detective piecing together the clues in an unsolved mystery he carefully reconstructs the steps that led from the same material object being treated as a copy of insignificant value to being endowed with the status of a highly-prized painting commanding a record-breaking price. He thereby shows that a painting is never just a painting, and is always more than a piece of stretched canvass to which brush strokes of paint have been applied: this object, and the value we attach to it, is also the product of a complex array of social processes - with its distinctive institutions and experts - that lies behind it. And through the history of this painting, Lahire uncovers some of the fundamental structures of our social world. For the social magic that can transform a painting from a simple copy into a masterpiece is similar to the social magic that is present throughout our societies, in economics and politics as much as art and religion, a magic that results from the spell cast by power on those who tacitly recognize its authority.
    By following the trail of a single work of art, Lahire interrogates the foundations on which our perceptions of value and our belief in institutions rest and exposes the forms of domination which lie hidden behind our admiration of works of art.

  • For Freud, dreams were the royal road to the unconscious: through the process of interpretation, the manifest and sometimes bewildering content of dreams can be traced back to the unconscious representations underlying it. But can we understand dreams in another way by considering how the unconscious is structured by our social experiences?  
    This is hypothesis that underlies this highly original book by Bernard Lahire, who argues that dreams can be interpreted sociologically by seeing the dream as a nocturnal form of self-to-self communication. Lahire rejects Freud's view that the manifest dream content is the result of a process of censorship: as a form of self-to-self communication, the dream is the symbolic arena most completely freed from all forms of censorship. In Lahire's view, the dream is a message which can be understood only by relating it to the social world of the dreamer, and in particular to the problems that concern him or her during waking life. As a form of self-to-self communication, the dream is an intimate private diary, providing us with the elements of a profound and subtle understanding of who and what we are. Studying dreams enables us to discover our most deep-seated and hidden preoccupations, and to understand the thought processes that operate within us, beyond the reach of our volition.  
    The study of dreams and dreaming has largely been the preserve of psychoanalysis, psychology and neuroscience. By showing how dreams are connected to the lived experience of individuals in the social world, this highly original book puts dreams and dreaming at the heart of the social sciences.  It will be of great value to students and scholars in sociology, psychology and psychoanalysis and to anyone interested in the nature and meaning of dreams.

  • Naissons-nous égaux ? Des plus matérielles aux plus culturelles, les inégalités sociales sont régulièrement mesurées et commentées, parfois dénoncées. Mais les discours, qu'ils soient savants ou politiques, restent souvent trop abstraits. Ce livre relève le défi de regarder à hauteur d'enfants les distances sociales afin de rendre visibles les contrastes saisissants dans leurs conditions concrètes d'existence.
    Menée par un collectif de 17 chercheurs, entre 2014 et 2018, dans différentes villes de France, auprès de 35 enfants âgés de 5 à 6 ans issus des différentes fractions des classes populaires, moyennes et supérieures, l'enquête à l'origine de cet ouvrage est inédite, tant dans son dispositif méthodologique que dans ses modalités d'écriture, qui articulent portraits sociologiques et analyses théoriques. Son ambition est de faire sentir, en même temps que de faire comprendre, cette réalité incontournable : les enfants vivent au même moment dans la même société, mais pas dans le même monde.
    Rendre raison des inégalités présentes dans l'enfance permet dès lors de retracer l'enfance des inégalités, autrement dit leur genèse et leur influence sur le destin social des individus. En donnant à voir ce qui est accessible aux uns et inaccessible aux autres, évident pour certains et impensable pour d'autres dans des domaines aussi différents que ceux du logement, de l'école, du langage, des loisirs, du sport, de l'alimentation ou de la santé, cet ouvrage met sous les yeux du lecteur l'écart entre des vies augmentées et des vies diminuées. Il éclaire les mécanismes profonds de la reproduction des inégalités dans la société française contemporaine, et apporte ainsi des connaissances utiles à la mise en œuvre de véritables politiques démocratiques.
    Sous la direction de Bernard Lahire, professeur de sociologie à l'École normale supérieure de Lyon (Centre Max Weber) et membre senior de l'Institut universitaire de France, avec la collaboration de Julien Bertrand, Géraldine Bois, Martine Court, Sophie Denave, Frédérique Giraud, Gaële Henri-Panabière, Joël Laillier, Christine Mennesson, Charlotte Moquet, Sarah Nicaise, Claire Piluso, Aurélien Raynaud, Fanny Renard, Olivier Vanhée, Marianne Woollven et Emmanuelle Zolesio.

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