les carnets du Dessert de Lune

  • Des poèmes qui invitent à la promenade au sein de paysages où les saisons perdent leurs logiques et se confondent.

  • En 5 longs poèmes, Hortense Raynal réveille l'enfance, le foin, la jeunesse ardente et l'âpreté de la vie rurale dans une traversée sensible de sa région natale. Une belle ode au pays d'Oc et aux réalités qu'on n'ose pas dire, une sorte de langue d'en bas, rugueuse, organique, qui heurte la mémoire de celle qui a quitté pour aller vivre « à la ville ». On pense aux souvenirs de Paola Pigani, aux folies naturelles de Savtizkaya. Dans ce texte puissant, on voit se dessiner la sincérité d'une déjà grande poétesse. À lire, même à déclamer si l'envie vous en prend. Un premier ouvrage qui en appelle d'autres.

  • Écrire des poèmes dont la belle sobriété agrandit la profondeur et la densité de la vie, faire que chaque ligne atteigne un état de simplicité tel que le poème devient une formidable caisse de résonances intérieures tout en restant ouvert sur l'immense dehors alentour. Pouvoir mettre ces poèmes entre les mains de n'importe qui, enfants laboureurs, grands lecteurs, curieux tout neufs, tenir compte de la pesanteur en faisant surgir la lumière, s'effacer derrière les mots tout en les incarnant avec humilité. C'est ce que j'avais déjà aimé et admiré dans le premier livre d'Olivier Vossot, au titre si juste de réalité dilatée, Personne ne s'éloigne.

  • Sylvie Durbec écrit l'enfant, celui qui découvre la tristesse [de] la plume sans l'oiseau, ou celui qui découvre les mots écrits / par son grand-père juste avant / le silence définitif. Sylvie Durbec écrit fils et petits-fils, laisse les générations se côtoyer entre elles et se transmettre les douleurs qui les ont traversées. On pourrait croire dans les premiers poèmes de ça qui me poursuit, qu'il s'agit d'un recueil de famille, au plus près de la poète, un recueil l'engageant elle, la petite fille mais aussi la mère. Mais Sylvie Durbec nous entraîne beaucoup plus loin à travers les champs et un chemin d'herbes disparues aux doigts des pieds des morts. Elle nous conduit au monde, confrontée à toute sa violence. La poète s'interroge au sujet de ces fratries prêtes à mourir ensemble, avec des bombes dans les sacs à dos. D'où vient alors ce mot qui désigne une telle fraternité ? Les mères ont donné un nom à leurs fils, alors comment ont-elles pu rester dans le déni de leurs actes ? Ceux qui tuent à Bruxelles ou à Boston ont un visage et cela poursuit la poète. Le texte monte à ce moment en puissance, il avait démarré tout doucement, presque dans la légèreté. Le lecteur attentif devinera que ce qui s'écrit dans les premiers poèmes prend alors sens : parfois je peux inventer / tout un monde / parfois je ne peux pas / pas même / un / tout petit (...) Cécile Guivarch (extrait de la préface)

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  • Après Prova d'orchestra (divertimento) en 2014 et nuova prova d'orchestra en 2017, ultima prova d'orchestra, pose la dernière note à cette partition où bien plus que les subtils jeux de mots, on entre dans l'univers musical de l'auteur et de l'illustratrice et de leurs propres compositions qui pourraient se conclure par ce proverbe africain : Tout Mizik, c'est Mizik.

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  • (...) Pourtant ces mots ne sont pas terres arables, qui donnent de bons fruits, mais paroles de sable sur lesquelles rien ne se cultive ni ne se construit. Ils sont prononcés par un simple innocent qui prétend que les mains pleines ne peuvent plus rien retenir du hasard, que ce royaume des mots est plus solide que celui bâtit sur la pierre ou l'empire soumis au fil de l'épée. Eux le temps ne les réduit pas en cendres. Ils libèrent l'esclave et emprisonnent celui qui se croit le maître, as-tu coutume de répondre, toi un simple d'esprit, un fourvoyé, un marginal, un intolérant de basse caste. Un poète désespérant, qui vend des recettes d'illusionniste et donne à entendre qu'il est d'autres possibles qui ne soient ciel de décembre, terre qui se dérobe à l'approche de ses rives. (...)

  • On dit que tu es sinueuse et secrète je voudrais porter ton nom. On dit que tes flancs à découvert montrent la pauvreté comme la beauté je voudrais porter ton nom. On dit que ton monde grouille de pluriels abandonnés je porte ton nom. On dit ton immensité et ton intime donne-moi ton nom. On murmure excentriques et fugitifs habitent ton échine. On tremble devant les tremblements de ta terre ils ont fissuré les mémoires par où s'échappent d'autres tremblements je m'appelle Valparaiso. Tes secousses les engloutissements les effondrements pourquoi portes-tu mon nom ? Devenir un nid entre deux de tes pierres. Le rai de lumière à l'arête de la marche. La balle qui dévale vers la mer. La pluie qui rigole dans ton dédale. Tes escaliers les escaliers d'abord. Se dire on monte on descend remonter est possible. Se dire ils sont parfois larges parfois étroits descendre seule remonter deux, c'est possible. Changer de passion à chaque marche chaque virage le souffle contenu puis répandu. Spectacles des paliers et la rampe où aller à la rencontre de ta main. Mes rêves s'engouffrent dans tes perspectives sans jamais voir leur fin. N'en parlez nulle part, n'en parlez pas, je prépare le voyage.

  • Les vies sont patinées, les vies sont lustrées, les vies sont luisantes comme le verglas sur le macadam, comme un champ de fleurs sous la pluie d'été. La vie humaine est courte, misérablement courte, mais la vie nous donne à espérer, et de là vient la plus haute désillusion car la vie n'est pas ce qu'on nous fait croire, il faut s'accommoder de ce vieux mensonge toujours répété, toujours cru, quand bien même, après nous, l'éternité ne saurait durer très longtemps.

  • Après "Le violon pisse sur son powète", ciln d'oeil au "Poète pisse dans son violon" de Pierre Autin-Grenier, Éric Dejaeger récidive avec ses aphorismes qui vont encore faire grincer quelques dents. De temps en temps ça fait du bien.

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  • Ça vibre et vibrionne, ca pique trompe et suce, ça cocoone, larve, se transforme et ça s'envole, les insectes. Ça passe, perche, nid et plume, jour et nuit, ça siffle, chante et crie, ça gazouille, ça glousse et ça s'envole les oiseaux. Volants, pas voleurs, dans l'eau, l'air ou l'imaginaire, de conte et d'histoire, toujours avec ailes ne volent pas forcément. Et les autres qui ont aussi des ailes. Réel ou imaginaire, animal ou objet, il faut deviner « qui va avec ailes »

  • Monsieur Typhus, toujours fournisseur d'horreur et de terreur. Rita Remington, par instants entièrement tatouée. Patricia Bartok, sourire de vampire. Jennifer Style, endormie sur un tas de diamants. Rosetta Stone, pas que sa main poudrée de cocaïne. Et même Jimmy Ravel voit des espions partout. De 1970 à 2018, ils sont à Bogota, Colombo, Dubaï, Nairobi, Pékin, Tirana, Tunis, Varsovie, Vienne. Ils courent les complots, se font truffer de plomb, tremper dans l'acide, chiffonner à point. Non content de passer les clichés du roman d'espionnage à la moulinette, l'auteur entraîne ses personnages vers leur devenir-machine, ils ne vont plus tarder à entrer dans la post-humanité.

  • « Ce que cherche ton corps/la nuit/en enlaçant le mien/ je ne l'ai pas encore écrit » Il y a eu les « guirlandes amoureuses » ces recueils de poésies érotiques, et « la carte du Tendre » ce pays imaginaire de la vie amoureuse... il y a à présent, la « tresse amoureuse »... Dans ce recueil, Eva Kavian ne cesse d'entrelacer son souffle à celui de celui qu'elle appelle « son mari », comme un nom qui le différencie de tous les autres hommes. Peu importe son nom, il est « mon mari ». La possession amoureuse, elle le possède, il la possède. Et la Tresse progresse : lui/elle, dehors/dedans, nuit/jour, avant lui/avec lui. Un entrelacs que l'on suit dans l'éblouissement des gestes du quotidien. ?Elle s'émerveille/elle s'inquiète. Le bonheur n'est pas une guirlande éternelle, par le fait même de la vie qui coule.?« Parfois le nuit/mon mari/devant son écran/cherche le voyage/que nous ferons/dans quelques mois/pendant que je dors/sans lui. » ?La vie heureuse aura une fin, la vie a une fin.?Le dernier entrelacs de ce recueil est celui-là : la vie avec l'autre/la disparition de l'autre, qui est l'âme du recueil, le tuteur sur lequel la Tresse se forme, solide et fragile à la fois. © Francesco Pittau.

  • "Voilà un poète qui va toujours plus loin en amont. Vers l'enfance. Pas forcément la sienne. Toujours celle du monde. Sa parole, comme la musique, n'explique pas, elle implique. Elle dépasse les significations pour atteindre le domaine du sens et de la mémoire, elle accompagne et nomme les choses dans leurs mouvements.
    Voilà un poète au travail, une poésie en travail, langue intempestive, radicale, chuchotis à dire puissamment, recherche du chant perdu, refus de servir ceux qui veulent effacer la part d'humanité qui habite encore en nous - on est loin de l'imposture publicitaire généralisée.
    © Daniel Fano."

  • «Face à face, sans parler, Nulle parole, un sentiment immense, Le sac de livres est ouvert sur le lit, La pluie tape sur le prunier en face du store».

    Ce poème de Ryokan exprime parfaitement les moments vécus avec Jean-Pierre pendant les mois qu'il passa à l'hôpital et où nous lui rendîmes visite avec l'espoir qu'il puisse retrouver ses amis, ses livres et sa librairie.
    Il nous fit don à travers nos conversations d'un héritage infiniment précieux, d'une parole vive, celle d'un résistant. Il nous raconta, au fil des jours, l'histoire de ses librairies, sa passion pour les livres, ses rencontres, ses amitiés.
    Et je relis avec plaisir et gratitude ces pages qui en rendent compte et que nous offrons en partage au lecteur.

  • (...) ce Gallo--Siculo-Sicane a nourri sa verve lectrice de la saveur naturelle et cependant subtile qui se dégage des merveilles inépuisables enchâssées dans le corps des textes sans chichi ni envolées lyriques d'un Reverdy, d'un Follain et d'un Godeau, géniaux poètes dédaigneux vis-à-vis de toutes les modes de passage. Dans la gueule d'atmosphère de cette poésie-pour-tous (à l'exception de ceux qui ne savent la déguster que coupée de tranches de prouesses lexicales aromatisées au parfum d'esperluette) on peut même reconnaître le tendre et dangereux visage de l'amour, et celui de la Barbara de cette Brest, dont il ne reste rien. Du coup, avec le bienveillant sourire gouailleur de Prévert, on peut entendre, au loin c'est-à-dire tout près de notre oreille interne Ce grand cet immense/silence des ville/sous la pluie dont Francesco nous gratifie. Tendons l'oreille : on y reconnaîtra la vie, la vie, telle qu'en poésie l'instant furtif la change. Gil Jouanard (extrait de la postface)

  • ?Réédition augmentée de 11 inédits et d'une illustration en couverture de Georges Rubel d'un livre paru en 1990 aux éditions Le Dé bleu, puis en Folio en 2005. La densité d'écriture, la petite musique du styliste qui joue de l'humour noir et de la dérision, voire du fantastique, ajoutées à la force de ses évocations, classent ses textes dans le registre de l'expression poétique que l'auteur, d'ailleurs, affirme première pour lui, et fondatrice. Au demeurant, la forme n'en reste pas moins celle du journal : à chaque jour son texte, du 17 janvier au 16 janvier de l'année suivante. Les amateurs de cet auteur désabusé (mais pas désengagé) y retrouveront sa voix, qui masque le désespoir sous des pirouettes, règle ses comptes avec l'enfance et le monde comme il va (mal).

  • Marguerite, une enfant fort occupée qui n'a pas un instant à elle. Marguerite chaque matin, essaye des chaussettes, environ dix-huit paires, avant de trouver les parfaites : ni trop petites, ni trop grandes, qui ne gratteront pas, dont les coutures ne gêneront pas les orteils, et aux couleurs bien sûr joyeuses et rares, puis elle part à l'école...

  • En Mai 1968, cinquante ans plus tôt, dans la capitale il en était sur les barricades ; d'autres en province, c'est ainsi que l'on nommait les régions à l'époque, usaient leur culotte sur les bancs de l'école, loin des « CRS SS » ou des « Sous les pavés la plage » et tentaient vaille que vaille de vivre au jour le jour.
    C'est ce que raconte ce bref récit, compact et dense comme ces pavés qui furent lancés pour un monde qui se voulut meilleur.

  • Être mère à petites touches. Pourtant, être entièrement mère.
    Aimer, bien sûr, et donner toute la mesure de son amour entre l'odeur simple du pain et de gigantesques ravissements.
    Ces moments d'être mère, Marcella nous les donne comme autant de notes dont on peut tirer, au choix, une sonate ou une symphonie, une petite musique de nuit ou une ode à la tapisserie complexe de l'univers.
    D'un idéogramme habité, Pépée enlumine une phrase puis une autre ; elle adosse aux mots quelques traits de plume qui font tout le lien de la mère au monde.
    Être mère à petits doutes. Pourtant, être entièrement mère - et admirative.

  • Extrait de la préface : Sur les sentiers tortueux d'Argol, dans une ligne de basse entortillée autour d'une mélodie affligée qui n'existe que pour vous. Tout y est violemment fluide, d'une aveuglante justesse. La volupté et la joie secrète de l'abandon derrière les paupières closes, les méandres de la rivière du corps, les noeuds inextricables, apaisement et inconfort enchevêtrés, l'étourdissement et la réparation, le paysage brusquement avalé par la seconde d'avant, ou celle d'après. C'est là que se tient IBL, je crois, dans ce non-lieu de non-dits où tout n'est que sensation, dans ce paysage qui est la demeure de chaque femme, de chaque homme, dans ce qu'ils se disent avec ou sans les mots, et qui ressemble à ce que se disent les arbres entre eux. On ne parle jamais mieux qu'à ceux qui ne sont plus là pour entendre. Quelle est la contenance d'un paysage ? La seconde d'avant ou d'après ne sait déjà plus. Aucun arbre ne cache la forêt.
    © Manuel Plaza

  • Pas de côté s'adresse à un public averti (ce n'est pas moi qui le dis mais le préambule). Un amour lorsqu'il se soustrait produit malgré tout deux dépouilles et une géographie intime à l'ouest. La période du recueil couvre les contours des embrasements et des inéluctables, ces fils de vie où tout advient, des majorettes aux retours de bâtons.
    L'écriture de Fanny Chiarello dans ces courts textes dont les pieds foulent le coeur, embrasse aussi bien les distorsions et les dissonances que les mouvements amples. Sa langue est sans artifices, nue, faisant jaillir la matière brute, toute emplie de l'intelligence des éveillés. Alors on s'éveille, à l'écoute des métamorphoses tout autant qu'un réel parfois trop réel, parfois désarmant, parfois sublime, dans une chorégraphie qui fragmente, transperce, fait trébucher, bouleverse, étonne. Elle est guitare électrique et soprano, elle est tout à la fois, indivisible et divisée tandis que les insaisissables nous saisissent, la capacité d'être tout à fait, encore plus grande.
    (Extrait de la préface d'Isabelle Bonat-Luciani)

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  • «Visions of Basquiat» est une monographie expressionniste présentée sous la forme d'une BD d'une soixantaine de planches, dans laquelle Yves Budin retrace la carrière fulgurante et tragique d'un des peintres contemporains parmi les plus influents du XXe siècle.

    1979. Le livre nous entraîne dans les rues saintes et sales de New York, dans les pas du graffististe SAMO©, celui-là même qui s'est fait connaître au travers des aphorismes qu'il bombe un peu partout dans downtown Manhattan.
    Yves Budin a choisi le moment charnière où le jeune artiste abandonne la rue et son personnage SAMO© pour se tourner vers les galeries d'art et la peinture et se métamorphoser en Jean-Michel Basquiat, le premier peintre noir à entrer dans la cour des grands. «Je m'appelle Jean-Michel, Jean-Michel Basquiat.» Rencontres, notoriété, look, style, sexe, drogues, musiques, succès, money, yeah, baby, l'histoire peut commencer. La météorite ne fait que passer.

  • Ses poèmes courts et concis ne s'écartent jamais du motif qui les as fait naître. Faute de preuves fourmille de scènes brèves, de propos entendus et judicieusement repris, de moments particuliers, de fragments de mémoire intime ou collective, de portraits ciselés, de retours sur soi, de dédicaces aux proches, d'adresses au monde ouvrier et en particulier à ses père et grand-père qui furent tous deux tailleurs de pierres. Attentif à la présence des êtres et des choses, Serge Prioul avance en collectant des bribes de réalité qu'il met en forme dans ce livre de bord très intuitif et profondément humain. Extrait de la préface de Jacques Josse

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