9782882501578

  • A la mort de sa mère, Elisabeth, emportée dans de terribles souffrances qui l'ont ramenée à un état de régression quasi-foetale, Agnès se remémore la vie de sa génitrice : d'abord, une enfant au caractère sans concession lorsque, à cinq ans, Elisabeth fixait le photographe sans l'ombre d'un sourire. Puis, jeune fille de la bourgeoisie juive de Hongrie, Elisabeth reçoit une éducation libérale :
    férue de musique et de théâtre (passions qu'elle va communiquer à sa fille), Elisabeth lit des ouvrages sur le socialisme et la condition féminine.
    Elle se marie avec un ingénieur et part vivre en Roumanie ; le couple échappe ainsi à une déportation dont ne revint aucun membre de la famille d'Elisabeth : tous périrent dans les camps de concentration Ainsi, Anouschka, sa soeur cadette, « déportée avec son bébé de 6 mois, fut dirigée à Auschwitz tout de suite à gauche. » De cette période, Elisabeth ne parlera que très peu à
    sa fille.
    Partie vivre en France, la fille fait tout ce qu'elle peut pour que sa mère malade puisse rester dans sa maison. Les femmes qui s'occupent d'elle sont « de moins en moins femmes de ménage, de plus en plus gardes-malades ». Dans ses moments de lucidité, qui se font de plus en plus rares, Elisabeth, se révolte non contre la souffrance qui, pourtant, met à mal son corps usé, mais contre
    la dégradation physique, lente et inéluctable, qui l'humilie, elle qui a toujours eu un sens si aiguisé de sa dignité.
    Les dernières paroles d'Elisabeth furent : « Elle va parler ». Comme une urgence, pour sa fille, l'auteur, à témoigner de ce qu'a été sa mère avant que la maladie ne l'avilisse.
    Un beau récit pudique et poignant, avec des mots nus. S'il existe un ton juste pour parler de la mort de ceux qu'on aime, Judith Martin l'a trouvé.

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