le Rocher de Calliope

  • "Je vous informe dès mon arrivée chez ce patron là que, pour ce qui est de mon travail, j´ai à traire neuf vaches et il y a un très grand taureau et je dois aussi nettoyer le fumier de ces vaches chaque matin. Je dois tirer l´eau du puits pour ces vaches et j´ai encore des cochons, y´en a tant que je sais pas combien ; je dois aussi faire la lessive. Mes mains me font tellement mal que la nuit j´arrive pas à dormir après un travail aussi pénible. Quand y´a eu une fille française, elle a pas fait la moitié de ce travail que je fais. Ce patron a pas de mesure et la patronne non plus. Il dit qu´une fille polonaise est forte." Leonora Adamus, juillet 1934 "Il y a un malentendu entre moi et le fils du Patron. Je travaille ici depuis sept mois et pour la chose il m´a pas laissée tranquille du tout, mais il est venu chez moi et moi j´ai pas réussi à le repousser, il m´a prise de force en me criant dessus et il m´a violée. Qu´est-ce que je vais devenir maintenant, pauvre de moi, je vais me pendre ou me noyer ? Parce que j´ai pas d´autre issue. Et lui, ça l´a fait rire quand je lui ai dit." Maria Bistula, 21 septembre 1931 Traduites du polonais, les lettres poignantes de jeunes immigrées employées comme bonnes de ferme en Indre-et-Loire constituent le corps central de cet ouvrage. Une équipe d'historiennes et de polonistes a tenté, à partir de ces fragments de vie, de recomposer des trajectoires oubliées.
    Sylvie Aprile et Maryla Laurent sont professeurs à l'université Lille 3, la première en histoire contemporaine, la seconde en langue et littérature polonaises. Egalement historienne, professeur des universités, Janine Ponty a exercé à l'Université de Besançon.

  • Les dossiers nominatifs établis par Julie Duval restent toujours fragmentaires. Ils signalent une situation de crise dans la vie d’une ouvrière agricole. La répétitivité de certaines questions indique les soucis les plus fréquents rencontrés par ces Polonaises dispersées dans la campagne française.
    Les grossesses non désirées sont l’un des thèmes récurrents qu’elles aient été la conséquence de la violence des uns ou de la vulnérabilité des autres, de relations consenties ou contraintes. Il serait évidemment hasardeux d’établir des statistiques, ne serait-ce que, quand tout allait bien, aucun échange épistolaire n’intervenait. L’intérêt de ces lettres est dans l’information authentique qu’elles nous livrent sur la manière dont les jeunes femmes et leur entourage vivaient les choses.

  • Qu´en est-il de la littérature française en traduction ? Quels livres en lit-on dans la lointaine Mongolie, dans la très proche Belgique lorsqu´on ne connait pas le français ? Plus d´une vingtaine de chercheurs répondent à cette question et à de nombreuses autres. Ils expliquent aussi la virtuosité qu´exige la restitution des contraintes formelles de Georges Perec en hébreu, la difficulté qu´il y a à préserver, en polonais, l´élégance de Le Clézio, l´oralité d´Anna Gavalda, ou, en italien la poétique surréaliste de Robert Desnos. Et que dire des infortunes d´Amélie Nothomb ! L´ indispensable respect du contexte, la symbolique si difficile dans ses non correspondances d´une langue à l´autre, l´hétérogénéité culturelle sont étudiées en prenant pour exemple des auteurs comme Maupassant, Prévert, Van Crugten. Les articles parlent aussi de la réception des Bienveillantes en Allemagne, des Particules élémentaires en Pologne, de l´originalité des éditions de Queneau en Grande-Bretagne, de Marguerite Yourcenar en Finlande.


    Une place importante est accordée aux changements intervenus depuis la réunification de l´Europe. L´entrée en économie de marché de l´ancien bloc de l´Est a profondément modifié la politique éditoriale. Un pays comme la Lettonie doit faire des choix difficiles dans une littérature française trop importante pour ses moyens éditoriaux. Les prix littéraires prestigieux influent, évidemment, sur la décision de publier un auteur plutôt qu´un autre, mais que devient le patrimoine littéraire jamais traduit ? Entre notoriété et absence, la littérature française souffre de plus en plus du déclin de la langue française. Pourquoi préfère-t-on traduire la bilingue Nancy Huston en italien à partir de la version anglaise plutôt que de la française ? Le théâtre conserve une timide présence hors de France, quelques revues étrangères persévèrent à promouvoir les auteurs français, mais les traducteurs ayant une bonne connaissance du français et de la culture française commencent à manquer. Le statut du traducteur change, lui aussi. De plus en plus nié comme un amoureux de la langue étrangère et un auteur dans la sienne, le traducteur doit lutter contre l´invisibilité qui lui est imposée. La qualité des traductions s´en ressent.


    En 1940, un officier polonais prisonnier des soviétiques racontait À la recherche du temps perdu à ses compagnons d´infortune, le soir, dans le froid. En 1951, à Riga, le « Groupe français » était condamné à de longues années de relégation en Sibérie pour son amour de la littérature française. La littérature française en traduction autorisait la liberté de l´esprit.
    Qu´en est-il de la différence française aujourd´hui ? Demain, traduirat-on encore la littérature d´une langue « vernaculaire » européenne dans une autre ?

  • Les articles du présent ouvrage font suite à la VIIe rencontre du réseau thématique de recherche et de formation à la recherche des Universités de Cracovie, Lille 3 et Wroclaw qui s'intéressa à l'image qui persiste en traduction de l'Autre.
    L'écrivain s'empare d'une réalité extérieure, parfois extrêmement spécifique, pour la transformer au gré de ses fantasmes et de son art. Le traducteur aborde cette présentation proposée de l'Autre par l'Autre, ou par Un Autre, tandis qu'il est plus ou moins bridé par la réceptivité de la culture à laquelle il appartient lui, le passeur, et par la logique interne de la langue d´arrivée. Ne doit-il pas trouver les mots pour créer dans sa langue des faits de vie naturellement absents ? Faire oeuvre d'imagination pour contourner les obstacles d'une expression artistique d'autant plus complexe qu'elle est talentueuse ? Trouver en langue cible les équivalents des subtilités uniques de la langue source ? Ainsi contraint à la rigueur et à la créativité, quelle image de l'Autre le traducteur propose-t-il à son lecteur, un lecteur qui, pourtant, n'a d'intérêt que pour l'auteur et l'oeuvre de ce dernier, une oeuvre venue d'ailleurs ?

    Ouvrage coordonné par Maryla Laurent.

  • Les articles du présent ouvrage font suite à la 10e rencontre du réseau thématique de recherche et de formation à la recherche des Universités de Wroclaw, de Cracovie et de Lille 3 qui aborda la traduction comme une création (Je suis une page de littérature, Barthes, 1986) et le traducteur comme un « réécrivain » (le terme est de Claude Demanuelli, 2003). Autant dire qu'elle se préoccupa de la fluidité de l'écriture, de l'équilibre du tout et des parties de l'oeuvre dans sa totalité, du souci de plaire à un public nouveau dans un respect optimal du texte de départ.
    Pour ce faire, elle garda présent à l'esprit le propos de Michel Ballard : « La qualité d'une traduction ne peut simplement se juger à l'aune de l'écart par rapport à la langue de départ ou de la littéralité maximum, mais bien plutôt à l'aune de l'essence du texte ».

    Ouvrage coordonné par Maryla Laurent.

  • En refermant ce volume revient à ma mémoire une phrase du livre de Boris PAHOR, Pèlerin parmi les ombres : « Ils viennent ici fouler un sol véritablement sacré et s´incliner devant les cendres de leurs semblables dont la présence muette marque dans la conscience populaire une borne inamovible de l´histoire humaine. » N´est-ce pas également ce que font les différents textes ici présentés ? Ils sont le témoignage de violences subies dans différentes parties du monde - Slovénie, Portugal, Chine, Russie... Les mots font écho aux souffrances et aux horreurs vécues, qui ne doivent pas être oubliées. Ils sont passeurs de témoins et sont autant de bornes de l´histoire humaine. Ces mots permettent à leurs auteurs d´exorciser les fantômes. Mais les mots peuvent-ils traduire toute la souffrance ? La mort tragique de Primo Levi est là pour nous interroger.

    Le département du Nord, en lien avec ses homologues belges, va fêter les 300 ans du traité d´Utrecht (1713). En 2014, de nombreux événements vont marquer le centenaire de la Première Guerre mondiale. Célébrations, manifestations mais aussi écrits participent du devoir de mémoire. Ils permettent de ne pas oublier une Histoire marquée par de nombreux conflits... et par-delà ce passé historique, tous les éléments de la mémoire de notre département, à commencer par son passé économique et sa mémoire ouvrière. La littérature permet de retrouver les différentes facettes de notre vécu où la souffrance a sa part.

    La ville d´Hazebrouck est donc fière d´accueillir pour la deuxième fois, en l´année de son centième anniversaire, Boris PAHOR.

    Retenons du Berceau du Monde, qui ouvre ce recueil, un message d´espérance et une proclamation de la vie.



    FRANÇOISE POLNECQ Adjointe au maire d´Hazebrouck chargée de la Culture, du Patrimoine culturel et du Tourisme Vice-présidente en charge de la Culture du département du Nord

  • En Pologne, 2012 fut proclamée Année Janusz KORCZAK. Ainsi s´agissait-il de rappeler qu´en 1912, cet éducateur visionnaire avait créé un centre pour enfants en difficulté dont le fonctionnement était particulièrement innovant : la Maison de l´Orphelin. Quatre-vingts ans avant la rédaction de la Convention Internationale des droits de l´enfant (CIDE), cet établissement, très vite surnommé « la République des Enfants », sensibilisait ses pensionnaires à leurs droits et à leurs responsabilités.

    2012 était également le rappel d´un événement tragique, celui d´un jour d´août 1942, où l´orphelinat avec ses deux cents pupilles, ses éducateurs et son directeur fut transféré par les nazis du ghetto de Varsovie au camp d´extermination de Treblinka.


    Henryk GOLDSZMIT, plus connu sous son pseudonyme de Janusz Korczak, fit tout ce qui était en son pouvoir pour nous faire prendre conscience que l´enfant est une personne à part entière, dont le bonheur dépend de la bonne volonté et de la compréhension du monde qui l´entoure. Homme de conviction, Korczak affirma avec force que les enfants ne diffèrent que très peu des adultes - la différence intervient dans le domaine des émotions. Plus qu´une célébration d´anniversaires, 2012 se posait donc comme la proposition de jeter un regard pertinent sur l´héritage universel d´un militantisme en faveur du respect de l´enfance que nous laissa cet être d´exception. Le présent ouvrage renouvèle l´éclairage porté sur son oeuvre de précurseur.

  • Sommaire
    Avant-propos - Tomasz ORLOWSKI, ambassadeur de Pologne en France
    Traduire la Bible entre rupture et continuité : de « Vanité des vanités » à « hével havalim » - Peter SCHNYDER
    Comment rompre avec la peur ? La traduction polonaise du Malleus Maleficarum par Stanislaw Zabkowic en 1614 - Monika SALMON-SIAMA
    Le Psalterium tempore belli (1644) de Jacob Merlo Horstius et ses traductions en polonais et en français aux tournants de l'histoire - Jan A. CHOROSZY
    L'influence du discours polonais sur la phraséologie républicaine française : est-elle une réalité ? - Anna SARAPUK
    Continuité et rupture dans le domaine de la traduction théâtrale vers le polonais : Wojciech Boguslawski et son Axur - Justyna LUKASZEWICZ
    La première traduction polonaise des Misérables aurait-elle contribué à un renouveau littéraire en Pologne ? - Norbert NOWAK
    Avant Babel. La pseudo-traduction ou comment réparer la chute - Ronald JENN
    La première traduction polonaise d'À la recherche du temps perdu : rupture ou fidélité à l'esprit proustien ? - Joanna GÓRNIKIEWICZ
    Traduction de Céline en russe : de l'époque stalinienne à la chute de l'URSS - Tatiana MUSINOVA
    Les traductions en français de Mein Kampf. Histoire d'une tentative de mystification politique - Alfred STRASSER
    Julie Duval, inspectrice du Comité d'aide et de protection des femmes immigrantes, traductrice et modératrice d'existences en rupture - Elzbieta LATKA
    Le nom propre en traduction : rupture de forme, rupture de sens, rupture de règles - Maria PAPADIMA
    Le traitement des noms propres dans les traductions polonaises de la littérature de jeunesse française et anglaise : rupture(s) dans l'évolution ? - Natalia PAPROCKA
    La traduction littéraire en Pologne pendant l'occupation nazie (1939-1945) - Marzena CHROBAK
    La traduction en Pologne à l'époque stalinienne (1949-1956) - Maryla LAURENT
    Traduction et rupture : le cas Orwell en Pologne - Jerzy BRZOZOWSKI
    Traduire par temps de ruptures, ou comment la collection Pavillons/Domaine de l'Est (Robert Laffont, 1980-2003) a orienté l'image de la littérature est- européenne en France - Elzbieta SKIBINSKA
    1989, année de rupture sur le marché polonais des traductions - Marcin CIENSKI
    Les traductions tchèques de Roland Barthes avant et après 1989 - Josef FULKA
    Ruptures, humour et traduction. Les Visiteurs de Jean-Marie Poiré et sa version polonaise - Agata REBKOWSKA
    Beckett, En attendant Godot. L'arabe et l'hébreu dans No Man's land - Ziva AVRAN
    Traduction et (anti-)tradition : rhétoriques de la rupture dans les périodiques italiens (1900-1940) - Tania COLLANI
    Traduire le plurilinguisme caractérisant la littérature italienne contemporaine : une rupture dans la pratique traductive française ? - Florence COURRIOL
    Le périmètre du traducteur, et au-delà - Spiros MACRIS
    Qui sont les auteurs des articles ?

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