Viviane Hamy

  • Les Fontaines. Une pierre cassée au milieu d'un pays qui s'en fiche. Un morceau du monde qui dérive, porté par les vents et les orages. Une île au milieu d'une terre abrupte. Je connais les histoires de ce village, mais une seule les rassemble toutes. Elle doit être entendue. L'histoire d'André, de son fils Benedict, de sa petite-fille, Bérangère. Une famille de médecins. Celle de Maxime, de son fils Valère, et de ses vaches. Une famille de paysans. Et au milieu, une maison. Ou ce qu'il en reste.

    Trois générations confrontées à l'Histoire et au fol orgueil des hommes ayant oublié la permanence hiératique de la nature.
    Saga portée par la fureur et la passion, Trois saisons d'orage peint une vision de la seconde partie du XXe siècle placée sous le signe de la fable antique. Les Trois-Gueules, « forteresse de falaises réputée infranchissable », où elle prend racine, sont un espace où le temps est distordu, un lieu qui se resserre à mesure que le monde, autour, s'étend. Si elles happent, régulièrement, un enfant au bord de leurs pics, noient un vieillard dans leurs torrents, écrasent quelques ouvriers sous les chutes de leurs pierres, les villageois n'y peuvent rien ; mais ils l'acceptent, car le reste du temps, elles sont l'antichambre du paradis.

    Cécile Coulon renoue ici avec ses thèmes de prédilection - la campagne opposée à la ville, la lutte sans merci entre l'homme et la nature -, qui sont les battements de coeur du très grand succès que fut Le Roi n'a pas sommeil (Éd. Viviane Hamy, 2012).

  • Soleil de juin Nouv.

    Enzo, 13 ans, fugue de sa banlieue natale pour rejoindre son grand frère Greg. C'est l'été, il fait beau et la campagne s'ouvre à Enzo, généreuse et omniprésente. Depuis qu'il a coupé les ponts avec sa mère, Greg vit dans une caravane au milieu d'une décharge rurale. Il connaît cette douleur qu'éprouve Enzo et il va le recueillir le temps d'un week-end. C'est, pour Enzo, le plaisir simple d'être ensemble.
    C'est la rencontre avec Ninon qui "fréquente" , Charline, la petite amie de Greg, Sofiane l'optimiste, Eddy au tatouage tribal... C'est le bonheur des premières fois, loin d'un quotidien fait de jeux vidéo et de sordides indifférences. Soleil de juin explore les méandres de l'adolescence et décrit à merveille ces pas de côté nécessaires à toute prise de conscience. Une parenthèse bucolique et lumineuse, avec ce sentiment que le bonheur est à portée de main

  • A sept ans, le narrateur vit dans un monde bourgeois, à l'ombre de toute ostentation. Lorsque ses parents lui apprennent, sous le sceau du secret, qu'ils ont changé de nom, le narrateur n'y accorde pas grande importance. Jusqu'à ce qu'à treize ans, à la faveur d'un jeu reposant sur l'étymologie des noms de famille, il décide de révéler son "vrai" nom en classe de quatrième. Le narrateur l'apprend à ses parents le soir même, n'ayant aucune idée de la boîte de Pandore qu'il vient d'ouvrir.
    Et pour cause : ayant subi la peur et l'angoisse d'être déportés parce que juifs pendant l'Occupation, ses parents ont caché au narrateur leur passé. Si entre Deutsch et Dutheil, s'il n'y a qu'un seul homme, il reste des questions auxquelles la douleur et le silence ne suffisent pas comme réponses.

  • "Qu'est-ce qui vaut le plus cher ? Une oeuvre de jv ou le risque de devenir la sixième victime connue d'une entreprise qui nous dépasse ? Comportement suicidaire ou génie des affaires ? La distinction entre les deux se révèle de plus en plus mince. Risquer sa vie, c'est aussi excitant que risquer sa mise, pour des individus riches et peut-être blasés". Le narrateur, un expert en art contemporain, est chargé par un groupe de collectionneurs surnommé "le consortium de l'angoisse" , d'enquêter sur des incidents étranges ayant entraîné la mort de certains d'entre eux.
    Il constate que le seul point commun entre les victimes serait leur passion pour les créations d'un certain "jv" ... Provocation ? Bluff ? Manigance d'une organisation criminelle d'ampleur mondiale ou d'un serial artiste doublé d'un serial killer ? François Vallejo avec Efface toute trace embarque son lecteur au coeur d'une enquête palpitante où les apparences sont autant de trompe l'oeil s'éclairant les uns les autres.
    A la question de ce qu'est une oeuvre d'art, se révèle la contemporanéité d'un monde avec ses fantasmes et ses réalités dans toute leur cruauté et leur vanité. Talentueux et féroce.

  • Courir toujours plus vite, plus loin, à en user son corps, sa jeunesse, ses rêves...
    Anthime est un gamin comme les autres quand il découvre, avec sa soeur, la bourgade sans caractère où ses parents emménagent. Jusqu'au jour où il se démarque par sa rapidité à la course et devient le Pélican, une sorte de mythe dans la région.
    Seulement l'adulation, la notoriété et le succès se fracassent sans rémission quand ses tendons d'adolescent mal entraîné le trahissent en plein élan...

  • Le roi n'a pas sommeil raconte le destin tragique d'un enfant maudit : Thomas Hogan. Un conte dont le charme poétique opère irrémédiablement sur le lecteur. À la mort de son père qui lui lègue sa fortune, William Hogan, le père de Thomas, rachète une propriété d'une beauté sauvage et subjuguante : deux hectares de forêts envahis par les framboisiers sauvages et où paissent des cerfs et des biches. Une fois sa fortune dilapidée, il se tue au travail, de jour, à la Scierie du village et, de nuit, à la gendarmerie où il classe les dossiers des affaires les plus sordides. Est-ce cette proximité avec le crime ? Il est sombre, triste et violent. Mais il travaille dur et c'est un bon parti. Un soir de bal au village, il séduit une beauté, Mary, et l'épouse. Thomas naît de cette union. C'est un bel enfant, à l'opposé de son père, fragile et vulnérable. Mais sa vie bascule le jour où William s'entaille profondément la main droite à la Scierie. Cette blessure gangrène et emporte le père sans que le médecin de famille, O'Brien, ne puisse rien y faire. Comme un signe de mauvais augure, l'accident plane désormais sur le destin de Thomas. Celui-ci grandit et connaît l'amitié avec Paul, son double à qui tout l'oppose, puis l'amour avec Donna, l'admirable assistante du Docteur O'Brien. Bientôt, son destin sombre le rattrape : il deviendra pour tous le " fils maudit " de Mary, une légende. Dans un style sobre mais imaginé, Cécile Coulon nous entraîne dans un univers d'émotion qui allie une atmosphère paisible, et une mélancolie indicible. Son talent tient à sa capacité à rendre magique le quotidien et le banal.

  • "Une fable puissante où la société muselle la pensée par le divertissement et désigne la littérature comme ennemi public n°1. Le Rire du grand blessé est, entre autres, un hommage aux grands classiques de l'anticipation, comme 1984 de George Orwell, Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley, ou Fahrenheit 451 de Ray Bradbury.
    Dans un pays inquiétant, le Service National a trouvé le moyen de garantir l'ordre social : les Lectures publiques ont été transformées en outil idéologique de manipulation. Pour extirper puis maîtriser les névroses des individus, le Pouvoir a mis en pratique - par le biais de lectures publiques organisées dans des stades, provoquant des scènes d'hystérie, donc dûment encadrées - les théories d'une psychanalyste de talent, Lucie Nox. D'origine modeste, 1075 a grandi dans un milieu où la lecture est absente. On ne lui laisse qu'une seule solution pour exister socialement : parvenir à intégrer l'élite des Gardes au service du système. Formés dans des conditions extrêmes, ils ont pour unique règle de ne jamais apprendre à lire. 1075 devient le meilleur des Agents. Sa vie bascule, pourtant, le jour où il est mordu par un molosse lâché sur un spectateur en furie. À l'hôpital, il s'ennuie, jusqu'à ce qu'il assiste, par hasard, à une leçon de lecture donnée à des enfants malades. Il est pris à son propre piège...

  • « - Tes allers-retours entre la vie et la mort tu vas les faire encore longtemps ?
    - Le temps qu'il faudra. Pourquoi ? Tu te fais du souci pour moi ?
    - Tu es juive, n'est-ce pas ? C'est insensé, tu sais ce qu'ils te feront s'ils te prennent ?
    - Je n'ai pas peur. À Copenhague, je suis chez moi. Ce sont eux les envahisseurs ».

    Danemark 1943, Niels Rasmussen rencontre Sarah à la rousse chevelure. Il rejoint alors la Résistance et devient le saboteur de génie qui remodèle la ville occupée à coups d'explosifs. Quand le conflit mondial s'achève, Sarah attend un enfant et les héros sont prêts à recueillir leurs lauriers. Pourtant, une page du Parisien Libéré glissée dans un courrier anonyme va infléchir le destin. Dans la rubrique «Épuration» Niels lit :

    C'est le 7 mai que le dramaturge Jean-François Canonnier, actuellement détenu à Fresnes, passera devant la Cour de justice de la Seine. Il sera défendu par maître Bianchi.

    Éperdu d'incompréhension et pour sauver son « frère de coeur », il entreprend une odyssée qui fera vaciller toutes ses certitudes quant à l'héroïsme, la lâcheté, la Résistance et la collaboration.

    Roman d'aventures, enquête introspective, Niels fait fi des genres littéraires et nous soumet à la question : Et vous, qu'auriez-vous fait ?

  • " Je n'ai pas rêvé cette nuit-là. Mon chagrin grandissait dans mon sommeil. Je me souviens du réveil, avec l'impression de manque, et mes parents dans l'encadrement de la porte. J'ai pris mon pantalon qui traînait par terre. Dehors, il faisait déjà chaud, mais je ne suis pas allée à l'école. La maison d'Eddy était fermée. Je me suis assise sur les marches en me disant que Kristina ne serait jamais au courant, que Freak ne pourrait pas me dire ce qu'il en pense. J'ai arrêté de croire en Dieu, j'ai arrêté de croire qu'il y avait d'honnêtes gens sur Terre, j'ai arrêté de sourire pour rien, et je me suis dit que je devais faire comme lui, au moment où j'en aurais envie, et dire aux gens d'aller se faire mettre, une bonne fois pour toutes ".

  • Au rythme des musiques, des courants artistiques, des bouleversements politiques, économiques, sociaux et sociétaux des décennies 1990 à 2010, le lecteur suit l'itinéraire d'un Rimbaud de la fin du XXe siècle - Nick Stanley, le poète apache - dans une Amérique déstabilisée, coupée de ses origines et à la victoire en berne.
    Élevé par Satinka, sa mère, une Indienne Nez Percé, très autoritaire, et marqué par la désertion de son père - lui-même fils d'un richissime avionneur WASP installé à Seattle - Nick Stanley ne se sent nulle part à sa place. L'élève brillant qu'il fut se marginalise, rejette le milieu étriqué où il vit, pour fuir enfin le cocon familial. Dans un café grunge du quartier branché de Fremont, il rencontre Pearl Van Leu, une artiste d'origine vietnamienne de dix ans son aînée, à qui il présente des dessins, puis qu'il suit de San Francisco à New York. Elle l'initie à l'art alternatif, au plaisir sexuel, l'entraîne dans les limbes des drogues et de l'alcool. Toujours le dessin et les musiques accompagnent ses initiations. Lorsqu'il prend conscience de la dimension destructrice de sa relation avec Pearl, il retourne dans le giron maternel, à Seattle, avant de s'enfuir, vers le Nord cette fois. Sa soif des confins, pourtant, ne peut s'arrêter. Un nouveau départ pour le Costa Rica lui ouvre les portes de l'Amérique latine. Toujours en quête de ses origines indiennes, il dessine, il trace ses marques, traverse le Mexique, l'Argentine, l'Uruguay, le Brésil où l'attend Mariam, celle qui lui donnera un enfant. Où ses vieux démons le rattrapent.
    Jusqu'où ira-t-il pour assouvir ses désirs de vie, de connaissance et de renaissance ? Quelle force doit-il déployer pour aller au bout de ses convictions ?

  • « La veille du nouvel an 1954, l'oncle Chinh avait annoncé à sa femme sa décision de rejoindre l'armée populaire. Elle devait se réjouir d'entrer dans le camp de la Révolution - c'était l'éducation qu'il voulait pour son fils et sa fille : qu'ils se battent pour leur pays. Il était leur père, et rien ne lui interdisait de les emmener avec lui - il n'y avait nulle échappatoire.
    Le jour de leur départ, dans un mouvement de désespoir, Tuân avait crié en français :
    - Vous êtes un monstre, laissez-moi au moins dire au revoir à ma cousine. Son oncle le considéra de son regard glacé et lui répondit en vietnamien :
    - Mày là th?ng vi?t gian. (Tu n'es qu'un traître à la patrie. Et il ajouta :) À cause de tes paroles, je la donnerai à un homme qui n'a pas été pourri par l'Occident, même si ce doit être un illettré ».

    Si le choix de la langue des colonisateurs fait de Tuân un « traître », il signe également son destin : son amour du français et de la poésie de Gérard de Nerval sera son refuge au coeur des atrocités qu'il va vivre dans un Vietnam exsangue, déchiré par la guerre et la partition.

    Ce roman est une navigation enchantée entre les verts paradis des amours enfantines et un présent douloureux, qui convoque les parfums les plus subtils de l'Orient et compose une ode bouleversante à la puissance vitale des mots.

  • À l'origine d'un roman, il y a toujours pour moi un croisement secret entre quelques détails de ma vie la plus intime, le goût du mythe le plus universel et la traversée du temps historique. Pour Un dangereux plaisir, où l'on mange et cuisine à tout va, l'affaire personnelle touche à l'enfance : j'ai été un de ces enfants pour qui la nourriture a longtemps été problématique ; une tarte aux fraises surgie dans la main d'une inconnue me révèle le plaisir de dévorer : la scène fondatrice se retrouve dans le livre, elle est vraie. Plus tard, une tante m'initie à l'art du fumet de poisson et fait de moi un amateur de préparations culinaires à la fois ordonnées et fantaisistes. François Vallejo En dépit de la nourriture que ses parents lui imposent et qu'il rejette avec constance, Élie Élian s'attarde à l'arrière du restaurant qui s'est ouvert dans son quartier. Les gestes qu'il observe, les effluves dont il se délecte sont une révélation : il sera chef-cuisinier. Son passage dans l'établissement de la veuve Maudor sera déterminant. Elle l'initie à l'amour fou et lui offre d'exercer son incroyable génie culinaire. Puis ses errances dans un Paris en proie aux émeutes le mèneront jusqu'au Trapèze, le restaurant où son destin de magicien des sens, des goûts et des saveurs s'accomplira.

    Après Ouest - finaliste du Goncourt 2006, et lauréat du prix du Livre Inter 2007 -, Métamorphoses et Fleur et Sang, l'écrivain continue, comme son personnage, à attraper la vie qui passe, « mais avec délicatesse », et à se réinventer en toute originalité.

  • « - Parce que je peux pas tout faire. Père porté comme on dit mère porteuse, voilà ce que tu es ! Stéphane a ri, c'est son charme de rire dans ces cas-là : je lui tire une balle en plein coeur, il l'attrape au vol et c'est un papillon. Le voilà qui souffle dessus, maintenant : «Père porté, c'est tout à fait moi.» Stéphane Billon, psychiatre-prestidigitateur. Convertit le plomb en bulle de savon. » Le lecteur, devenu voyeur sans compassion, se met à l'affût des rapports qu'entretiennent les antihéros de cette histoire : Florence, Stéphane, leurs amis - et « Stéphanie », qui sera la maîtresse de Stéphane dans cet espace de temps qui précède la naissance d'un enfant.
    /> Égoïsme, tendresse fugace, lucidité vite transgressée, indifférence, désespoir parfois.

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  • Imaginez l'histoire d'une violence. Celle que fait subir un père à sa fille. Celle, honteuse, intime, et qui ne peut se dire ou qu'on ne veut pas entendre... Et je prendrai tout ce qu'il y a à prendre est l'explication du silence dans lequel Charlotte s'est enfermée lorsqu'elle avait sept ans. C'est la jeune fille de dix-sept ans qui révèle, enfin, le secret de son enfance. Elle y consent parce qu'elle a tué et qu'elle doit témoigner. C'est une sorte de lettre ouverte - rédigée dans une salle d'attente du tribunal - adressée à son juge.
    Elle raconte : malgré les apparences, elle n'a pas « craqué ». Au contraire, elle revendique son acte, en assume la responsabilité, parce qu'elle a compris - dans la seconde même où elle a saisi le couteau - qu'elle ne pouvait que tuer, qu'elle n'avait pas d'autre choix après avoir subi sans broncher les sévices que son père lui a infligés au cours des dix dernières années. Elle a ainsi mis le point final à son calvaire, elle a accédé à sa liberté d'être humain répondant de ses actes. Mais, dans le même temps, cet acte primitif et sauvage en fait une meurtrière qui doit se soumettre à la Justice des hommes. Après s'être tue pendant si longtemps, comment s'exprimer, comment trouver les mots pour faire comprendre l'inavouable, l'innommable ? Charlotte a décidé que ce ne sera pas par le son de sa voix que le juge l'entendra mais par l'écho que renverra sa confession manuscrite... Son père la dorlote, lui offre tous les jouets et gadgets que peut désirer une petite fille modèle : il réserve sa violence à sa femme. C'est seulement lorsque Charlotte a 7 ans, que ce papa chéri devient un bourreau. La fillette perçoit le basculement lorsqu'elle comprend qu'elle n'occupera plus jamais sa chambre parfaite. L'antre où elle survivra sera la cave de la maison que son papa a aménagée. Entre humidité et courses de rats, c'est là que Charlotte va apprendre et analyser les longs silences et la passivité de sa mère, qu'elle va grandir, se construire, toujours terrée et murée dans le silence qui la caractérise... Plus le temps passe, plus la fureur paternelle s'intensifie. Une nuit, il l'enchaîne. Puis, une autre nuit, il retire son ceinturon et la cingle au visage et à la hanche. À l'étage, la chambre de la petite fille a été transformée en un décor qui évolue au fil des années et qui demeure fermé : seul le père en possède la clé, une clé qu'il utilise exclusivement lorsque la famille reçoit de la visite. Charlotte espère parvenir à faire comprendre au monde extérieur, par des signes qui lui semblent lisibles - son regard, ses gestes, la couleur diaphane de sa peau, l'humidité constante de ses cheveux -, sa détresse quotidienne, mais il lui est impossible de la verbaliser. L'assurance qui irradie du comportement paternel convainc toujours que tout, dans sa famille, se passe comme dans le meilleur des mondes...
    La rencontre avec Guy sera-t-elle la bonne clé, celle qui permettra à Charlotte d'ouvrir la porte de sa cave, qui lui permettra de respirer et de vivre, enfin ?
    Et je prendrai tout ce qu'il y a à prendre clame le cri que Charlotte ne parvient pas à lâcher en face des adultes qui l'interrogent et aux camarades que sa différence inquiète. Elle apparaît, moderne et fragile héroïne, et le lecteur ne peut s'empêcher de penser à Phèdre ou à Antigone que le meurtre libère. Il bouleverse parce que Céline Lapertot a trouvé le rythme juste pour maintenir la tension dramatique qui en fait la force. Le lecteur reste auprès de Charlotte à chaque instant, il partage sa douleur, puisqu'il est finalement le seul à savoir, le seul à la connaître...

  • Les yeux qui s'ouvrent grand dans les boutiques des confiseurs, éblouis par l'infinie variété des odeurs, des formes, des couleurs.
    L'émerveillement. L'esprit d'enfance. Seul un peintre pouvait saisir cela et tant d'autres sensations. Pierre Skira, coloriste hors de pair, a collectionné Les bonbons du monde, qui ont longtemps fait concurrence à ses pastels rangés dans ses casses d'imprimeur. Face à la beauté de la lumière transperçant ces minuscules vitraux, les contes de l'auteur associés aux photographies de Jean-Marie del Moral ont fait jaillir des feux d'artifices, dont Pascal Guth, graphiste, a orchestré le spectacle.
    Ainsi est né Rêves sucrés : bonbons et sucettes du monde.

  • « Mais que pouvait-il bien faire au musée national d'Art moderne, aux heures de bureau ? se répétait-elle, tout au long de sa marche aveugle. Un homme assidu des expositions, Antoine ? Première nouvelle. » Chez eux, Antoine Carmi est déjà là.
    « - Tu rentres seulement ?
    C'est lui qui a parlé le premier, de dos toujours, sa voix semblait lointaine. Elle a hésité avant de mettre tout un poids d'interrogations dans la plus banale des questions :
    - Ça va bien ?
    - Pourquoi ça n'irait pas ?
    - Tu pourrais avoir besoin de te remettre.
    - Me remettre de quoi ? ».

    La bonne question, la plus simple des questions, Véra Carmi ne parvient pas à l'énoncer. Et cette incapacité emporte la spirale dans laquelle elle tombe, celle de l'histoire d'Antoine, de Mlle Rotheim et d'une série de tableaux de Soutine, où explose la tache rouge lumineuse des Groom.

  • « Les trois filles s'étaient regardées en entrant, les mêmes yeux gris, et tues une demi-heure. Des têtes butées : on voulait bien comprendre, quelques mois après le décès accidentel de leur dernier parent. Après tout, qu'elles se butent, si elles se soumettent à la décision du juge et du Conseil de famille.

    Elles ont échangé un nouveau regard triangulaire ... ça part de Sabine, elle attrape l'oeil de Marthe sur sa droite ... Judith, à sa gauche, le devine, tourne la tête et capte le mouvement de paupières ... les aînées attendent le renfort de la dernière, c'est fait, elles se lancent, alors qu'on ne leur demandait rien. La triple voix monte, couvre les autres : Disons-leur, Judith, Marthe, oui, Sabine, puisque personne n'en parle ... l'anniversaire, ils n'ont pas dû faire attention à la date ... je croyais qu'ils le savaient, c'est aujourd'hui, la date, dis-le, Marthe, ça change tout.

    Monsieur le Juge, qu'attendez-vous pour les faire taire ? »

  • Le 25 août 1988, s'embrase le plus vieux quartier de lisbonne.
    Quatre inconnus refusent d'évacuer les lieux et se fondent dans les décombres et les cendres. jusqu'à ce que surgisse un cinquième personnage. " vous agissez tous par amour. c'est drôle. j'ai du mal à vous croire. je veux bien qu'on entre dans un quartier en feu pour réussir des photos, par amour du métier. mais qu'on n'en sorte pas ? tu peux m'expliquer ? eduardo baisse la tête et, même dans le noir, on s'en aperçoit.
    Agustina dit qu'on voit bien qu'il n'aime pas l'amour, puisqu'il s'étonne de le trouver chez les autres. même toi, froncés ? tu ne dis plus rien ? tu n'es donc pas là par amour, comme eux ? tu es là par haine, alors ? le français ne veut pas se laisser dominer. il préfère l'embrouiller : oui, oui, tu as raison. la haine, c'est exactement ça. c'est la haine qui m'a fait venir à lisbonne. aucun touriste ne visite un pays qu'il déteste d'avance.
    Je ne fais pas du tourisme. je devais rencontrer quelqu'un. ".

  • Rousseau, Diderot et Grimm ont-ils fait ensemble le Voyage d'Italie ?
    Seul Lambert, valet d'exception, pourra vous en convaincre :
    « Ma mère m'a donné la vie sans prévenir sur une grande table d'office, à l'heure du souper, entre potage à l'oseille et entremets, la cuisinière, à ce qu'on m'a dit, coupant ce qui me rattachait à ma mère de son couteau le mieux affilé, comme de la panse de mouton. J'ai manqué être bouilli par une servante habituée à plumer la volaille, n'ayant pas trouvé de meilleure idée que de me tremper dans une eau tout juste sortie du feu pour m'ôter la saloperie visqueuse dont elle me voyait enduit. Lavé d'un jaune d'oeuf fraîchement pondu, gratté comme une jeune carotte, rincé, séché, serré dans des langes et couché sur un lit de poireaux, j'ai attendu sans pleurer, à ce qu'on m'a dit longtemps après, dans un panier, la fin d'un grand souper, au milieu des allées et des venues de tous les gens de cuisine, tandis que ma mère recouverte d'un grand drap se désespérait de manquer à son service ».

  • « Des questions comme ça, j'en ai plein les poches ; et jamais de réponse... J'en lève les bras au ciel : ils figurent, au-dessus de ma tête, deux gigantesques points d'interrogation ».

    « Gibbon » : c'est l'identité qu'a choisie le narrateur après que son père est mort en hurlant son nom. La mère l'a vite rejoint. Demeure le Dr Delafosse, l'ami, au passé ténébreux, inconcevable, d'ex-maoïste.

    Las ! l'ami meurt lui aussi, ne laissant à l'orphelin qu'une enveloppe cachetée destinée à un camarade de jeunesse qui dirige un asile psychiatrique à Plaisir :
    « Quand tu auras besoin d'aide, utilise cette lettre, va voir Victor, compte sur lui comme sur moi ».
    Devant le phénomène, l'aliéniste renâcle... mais il y a la missive, longue, qui semble ressusciter des secrets obscurs...

    Le jour où Gibbon - devenu le livreur de Victor - percute Tatiana avec une antique coiffeuse qu'il porte à bout de bras, le destin s'emballe.

    Gibbon, Victor, Tatiana... L'inquiet, la fantasque, le séducteur, Tatiana la si légère, Gibbon et ses bras, Victor et ses fous...

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  • Adam Volladier vit une vie ordinaire, sans changement, jusqu'au jour où chaque personne qu'il rencontre le prend pour un ancien ami, un avocat, un partenaire de tennis... Et Adam se laisse glisser d'identité en identité.

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  • Pour la première fois, en 1997, André Lorant retourne à Budapest. Le choc est si fort que l'émotion ne s'extériorise pas. À chaque étape du pèlerinage, la distance s'agrandit et se transforme en une sorte d'insensibilité. De retour chez lui, à Paris, l'émotion jaillit. "Le Perroquet de Budapest" est le récit de cette enfance revisitée et passée au tamis de la psychanalyse, récit d'une culture étourdissante.

  • L'amour fou.
    Puis la crise.
    Comme un Polaroïd, Le Soir des fourmis nous livre les instantanés d'une histoire en train de se vivre. Al et Lisa se font mal, mais ils savent que leur amour mérite cette initiation.
    Le Soir des fourmis pourrait être le roman de la jeunesse du temps. Une jeunesse qui « sait tout » et se retranche sur elle-même. Celui d'une génération qui vit d'une manière intuitive, ne s'encombre pas de concepts, et pour qui le présent « vaut la peine ».

  • Martial Raysse a rencontré Michel Bulteau au début des années 70, et une complicité rare et inespérée unit le peintre et le poète. La magie des néons, Sinéma, les anges sont avec toi de Martial', Raysse, qui clignotent au fronton du cinéma MK2, nous entraîne dans un livre-film, à la suite des deux hommes qui voguent, échevelés, de New York à Oued Laou, de Venise au quai de Loire, et nous " emburelucoquent " de leurs mystères et de leurs délires. Loin de la critique d'art et de la biographie, nous sommes au pays de l'absurde et du burlesque. Mais n'est-ce pas ainsi que l'on éclaire sa lanterne ?

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