Arts et spectacles

  • Après avoir étudié le glissement d'une oeuvre pour enfant à une production adulte chez deux auteurs italiens (DMPP n° 8, 2012), Gérald Auclin s'attaque aujourd'hui à la question de l'héritage de Malévitch dans la presse jeunesse Russe des années 1930-1940. La grande qualité de DMPP a toujours été de multiplier les axes d'approche de la bande dessinée. Qui irait donc chercher, entre l'érotisme « bibliothèque verte » de Joko, les zombies oenologues de Martes Bathori, j'en passe et des meilleurs, le premier article d'importance consacré en France à ce génie de l'illustration que fut Lev Youdine ? Qu'un exégète de Malévitch se retrouve perplexe devant une bande dessinée de Boris Hurtel, qu'un amateur d'érotisme SM s'interroge devant la poésie de François Henninger, ou qu'un fidèle lecteur de Panpan se jette chez son libraire pour acheter le nouveau Blexbolex suite à la lecture d'une chronique, c'est bien tout le mal qu'on peut souhaiter à cette bizarrerie éditoriale.

  • Sorte de prolongement de son précédent travail iconoclaste mais docte autour de la culture traditionnelle japonaise (Hoïchi le sans-oreilles, The Hoochie Coochie, 2010), Yakuza Shunga rend cette fois hommage, comme son nom l'indique, à la tradition du Shunga, ces gravures japonaises érotiques ou franchement pornographiques de style ukiyo-e telles que présentées fin 2014 à La Pinacothèque à Paris. En douze images à la fois fortement référencées et ouvertement transgressives, Martes Bathori met en scène un règlement de comptes sanglant au coeur d'un ébat passionné, associant sexe, gore et humour dévastateur dans une série d'images d'une éclatante réussite. Avec ce travail, il réalise aussi un pont tout à fait intéressant avec une certaine tradition de l'esthétique ero-guru (érotique grotesque gore), particulièrement en vogue au Japon à partir des années 1960 et dont l'influence est encore largement palpable aujourd'hui, ainsi qu'en témoignent les deux expositions proposées par Le Dernier Cri au Miam de Sète et à La Friche La Belle de mai à Marseille entre octobre 2014 et mars 2015. La sérigraphie de cet objet luxueux a été confié aux bons soins de L'Insolante, atelier de jeunes sérigraphes parisiens d'un professionnalisme à toute épreuve.

  • Fidèle à sa ligne s'inscrivant dans la tradition des magazines de bande dessinée brassant diverses approches au sein d'un même numéro, Gérald Auclin entretient année après année sa formule imparable, associant critique, dossier d'étude, jeux en papier, feuilletons, histoires courtes et illustrations. Du côté du dossier, après un détour vers les périphéries de la bande dessinée et la Russie des années 1910 à 1930 (Lev Youdine dans DMPP n°9), DMPP s'intéressera cette fois à un auteur contemporain, méconnu et pourtant incontournable, à savoir Ben Katchor (Le Juif de New-York), qui mériterait décidément une reconnaissance au moins égale à celle des Ware, Burns et Clowes (pour ne citer que les plus grands auteurs américains de sa génération). Comme pour Matti Hagelberg, c'est la forme de l'entretien qui a cette fois encore été retenue, enrichie toutefois de quelques contributions extérieures remarquables avec en tête de celles-ci un brillant texte du Professeur A., traducteur de Katchor en France depuis plus de dix ans. Pour le reste, plusieurs feuilletons s'achèvent (Juliette en Juillet, Dur à cuire, Freddy « Opa » le retour), de nouvelles têtes pointent le bout de leur nez (Mai Li Bernard, Thomas Gosselin, Emelie Östergren, Sophie Guerrive), tandis que les réguliers restent fidèles au poste (Philipponneau, Hurtel, Ducatez, Viktoria Lomasko, J. & E. LeGlatin, François Henninger).

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