Serpent A Plumes Editions

  • « Après avoir traversé le quartier de Takehaya, je me retrouvai au bas de la Pente des Chrétiens. J'ignore d'où cette colline tire son appellation, mais la côte est aussi étrange que le nom le laisse supposer. Arrivé au sommet, je me rappelai être déjà venu par-là récemment et avoir remarqué, planté en travers du talus, pointé vers le chemin, un panneau sur lequel figurait l'inscription : "La pente la plus raide du Japon. Vous qui désirez rester en vie, soyez vigilants !" J'avais éclaté de rire. »

  • Naomi Fontaine est une Innue, née dans la réserve indienne de Uashat, et ce roman parle de son peuple. La réserve est un univers en soi, entre cocon et prison. Trois mille âmes vivent là, piégées par les paradoxes de la frontière. Un lent tourbillon brasse sans cesse et sans bruit cette population, concentrant les femmes au sein de la zone protégée, avec les enfants et les vieillards, tous serrés les uns contre les autres, qui luttent et s'aiment, et expulsant peu à peu les hommes vers le dehors, qu'il soit fait de vastes villes étrangères ou d'alcool.

  • « Il était une fois une troupe de trente rainettes qui vivaient et travaillaient dans la bonne humeur.
    Elles s'occupaient principalement à cultiver des parterres de fleurs, à partir de graines de pavots ou de périlla de Nankin, ou encore à dessiner, pour leurs camarades insectes, de jolis jardins avec des pierres choisies et de la mousse bien verte. »

  • Sous l'aile protectrice du chef de la tribu des Corbeaux, deux hommes, hantés par le souvenir d'une jeune fille assassinée, se lancent dans une chasse à l'homme effrénée, mais se retrouvent bientôt traqués eux-mêmes par Morgan, l'homme à la balafre, prêt à tout, qui s'est déjà battu contre un tigre à main nue.
    Trevor Ferguson est un extraordinaire conteur. Dans ce roman, son premier, paru en anglais en 1977, on reconnaît sa façon prodigieuse d'explorer les zones troubles de l'âme humaine où s'affrontent bien et mal, culpabilité et innocence. Les personnages sont plongés au coeur d'une nature sauvage qui les pousse dans leurs derniers retranchements, là où ils ne peuvent plus se dérober à leur vérité.
    Bienvenue dans l'univers fabuleux et envoûtant de Trevor Ferguson !

  • Leçons de grec est le roman de la grâce retrouvée. Au coeur du livre, une femme et un homme. Elle a perdu sa voix, lui perd peu à peu la vue. Les blessures de ces personnages s'enracinent dans leur jeunesse et les ont coupés du monde.

    À la faveur d'un incident, ils se rapprochent et, lentement, retrouvent le goût d'aller vers l'autre, le goût de communiquer. Plus loin que la résilience, une ode magnifique à la reconstruction des êtres par la plus célèbre des romancières coréennes, Han Kang.

    Traduction de Jeong Eun-jin et Jacques Batilliot.

  • Une nuit, elle se réveille et va au réfrigérateur, qu'elle vide de tous ce qu'il contenait de viande. Guidée par son rêve, Yonghye a désormais un but, devenir végétale, se perdre dans l'existence lente et inaccessible des arbres et des plantes. Ce dépouillement qui devient le sens de sa vie, le pouvoir érotique, floral, de sa nudité, vont faire voler en éclat les règles de la société, dans une lente descente vers la folie et l'absolu. Han Kang est née en 1970 à Gwangju, en Corée du Sud. Ses oeuvres sont traduites dans le monde entier (USA, Angleterre, Japon, Espagne...) et deux de ses romans, dont La Végétarienne, on déjà été adapté au cinéma. « Une fable étrange et éthérée, rendue plus fascinante encore par la précision et la fraîcheur de sa prose. » Times Literary Supplement« La Végétarienne est une expérience extraordinaire. » The Guardian

  • Gwangju, mai 1980. Après la répression sauvage par la junte militaire du mouvement étudiant démocratique, un jeune garçon erre parmi les morgues improvisées disséminées dans la ville, à la recherche de ses camarades. Mais ce jeune homme, sous la plume de Han Kang, se révèle être une âme perdue, en quête de son propre corps assassiné.
    Dans un style pur et éthéré, Han Kang nous offre un roman, qui a une double résonnance :
    Elle rend hommage aux martyrs du coup d'état militaire et à la fois se positionne politiquement face à la résurgence des vieux mouvements totalitaires : l'actuelle présidente de la République de Corée étant la fille de l'ancien dictateur militaire.
    Le garçon du revient est à la fois un roman bouddhiste et politique., spirituel et engagé.

  • Blanc

    Kang Han

    À la faveur d'un séjour à l'étranger, Han Kang pose sur une feuille quelques mots, tous liés à une couleur, le blanc. Le blanc d'une couverture pour bébé, le blanc du sel ou de la neige, le blanc de la lune et celui du magnolia. À travers chacun de ces mots, elle progresse dans sa mémoire, dans son histoire.
    Nous avançons ainsi sur la surface tranchante du temps - au bord d'une falaise transparente. Nous posons un pied sur l'extrémité dangereuse de la durée vécue et avançons l'autre pied dans le vide. Non que nous soyons courageux, mais nous n'avons pas le choix. En ce moment même, je ressens cette menace. Je me hasarde dans un livre que je n'ai pas encore écrit, dans un temps que je n'ai pas encore vécu.
    Ce nouveau roman de Han Kang est un voyage dans un paysage de neige et de douceur, vers les sentiments les plus intimes d'une femme face à elle-même.

    Traduction par Jeong Eun-jin et Jacques Batilliot.

  • Nous sommes en 2015, en Afrique du Sud. Des années durant, Masechaba a souffert de douleurs chroniques liées à une endométriose. Le sang a forgé son caractère, non seulement il a fait d'elle une personne solitaire, presque craintive, mais il l'a aussi poussé à devenir médecin. Quand débute le roman, elle est interne dans un hôpital. Dans le flux ininterrompu des patients, elle s'interroge sur sa capacité à les aimer tous, à leur donner toutes ses forces, tout son dévouement. Elle doute souvent, à l'opposé de sa meilleure amie, son modèle qui bien souvent pourtant l'ignore, voire la rudoie, Nyasha. Nyasha est zimbabwéenne, or l'Afrique du Sud vit alors une époque de racisme brutal.
    Un jour, après avoir été accusée par son amie de ne pas avoir pris assez soin d'un patient étranger blessé lors d'émeutes xénophobes, elle décide de publier une pétition demandant le retour à la tolérance et à des valeurs humanistes.
    En retour, elle sera violée par trois hommes, pour lui apprendre à rester à sa place.

    J'ai décidé d'arrêter tous mes traitements. Je suis fatiguée. J'ai fini par aimer ce mince filet de sang qui s'écoule de mon corps jour après jour. Il teinte l'eau du bain d'une jolie couleur rose. Parfois, quand un petit caillot s'échappe, l'eau devient marron foncé.
    La partie molle de mon ventre est chaude et me picote. Je me sens si mal que je suis souvent obligée de m'asseoir pour ne pas m'évanouir. C'est une sorte de douleur, une sorte de plaisir, une sorte de liberté que j'aime et que le traitement du docteur Phakama a essayé de me dérober. Mais cette sensation est à moi, et elle est agréable, et je la veux.
    Les murmures qui m'accompagnent ne me gênent pas non plus. Ils me tiennent compagnie, me chantent des chansons et me racontent des histoires qui font passer le temps. Ton silence était de toute façon bien trop assourdissant.

    Ce troisième roman de Kopano Matlwa est un vibrant plaidoyer humaniste qui à la fois interroge les réflexes racistes - ici au sein de la population Noire, au coeur de "la nation arc-en-ciel" - et porte une parole féministe d'une terrible actualité.

  • « Au dehors, sous la pluie, une bande de jeunes gens se rendait je ne sais où, riant du brouillard, de la vie et de la mort, de toutes leurs féroces dents de jeunes insulaires ; ils trouvèrent plaisant, sous les fenêtres du fameux juge sir James Claris, de donner une aubade.

    Ils lui sonnèrent le réveil matinal par la ballade du pendu :

    His blackened corpse swings in the air ! »

  • Johnny Marr, fondateur guitariste des Smiths, est considéré comme un des esprits les plus créatifs de la pop music.
    Set the Boy Free, c'est l'histoire d'un garçon, qui grandit dans une famille émigrée irlandaise, ouvrière et catholique, à Manchester.
    Johnny Marr puise ses racines dans le pouvoir de la musique et de l'art, le charme de la mode et la magie des couleurs. Véritable génie de la six-cordes, il est autant acteur que témoin des changements sociaux de l'Angleterre post-industrielle.

    Alternant souvenirs privés et intuitions musicales, Johnny Marr nous livre ses réflexions sur la pop culture.

    « J'ai vu Johnny Marr en live avec les Smiths. Il irradiait littéralement sur scène, avec lui le groupe entrait en fusion. Et il fumait sa clope comme une star. Il n'a pas cessé de m'influencer depuis ce jour. » IGGY POP.

    Johnny Marr est né dans les années soixante. Il a fondé un des groupes les plus influents du XXè siècle : The Smiths. Il a collaboré, entre autres, avec les plus grands musiciens contemporains, de Paul McCartney, en passant par Bryan Ferry, les Talking Heads, Pet Shop Boys et récemment Hans Zimmer.

  • AUX ORIGINES DE LA FIERTÉ HOMOSEXUELLE.
    [Fin du livre. 1916, Georges Portal, sorti de prison, en partance pour le bagne après avoir été dégradé et condamné pour son homosexualité, fait ses adieux à son oncle].

    « Et toi, es-tu heureux ? », me demanda mon oncle.
    Pour la première fois, je n'eus pas honte de mon bonheur.
    « Non seulement, lui dis-je, je suis pleinement heureux, mais je ne regrette rien, et même, je puis te l'avouer maintenant, je suis fier ! » Comme il parut surpris malgré tout de ce mot, j'ajoutai :
    « Oui, fier. Je mentirais si je ne t'avouais pas cette fierté, absurde peut-être, mais réelle. Il me semble que j'échappe à une règle universelle, que je suis un privilégié, tout comme si je pouvais vivre sans respirer, marcher sur la mer, ou vaincre à ma fantaisie les lois de la pesanteur. C'est stupide, sans doute, mais ce que j'ai tout d'abord combattu en moi, puis ensuite accepté, je le revendique aujourd'hui. »

  • Jack Lewis naît blanc dans une famille noire en 1925, en Ontario. Il sera ballotté entre deux couleurs et deux cultures, rejeté par son père qui le considère comme un bâtard. Premier roman.

  • Le Promeneur d'Alep est le récit d'un homme, l'auteur, qui a choisi de rester dans sa ville alors même que les diverses factions en armes se déchirent Alep, quartier par quartier. Depuis son appartement, il regarde les morts traverser précautionneusement les rues, il vole quelques instants au-dessus des barrages et des soldats avant de regagner sa chambre pour y écrire, à la lueur d'une bougie, sur les jardins d'enfants mués en cimetières. Niroz Malik est, dans l'enfer de cette guerre dite civile, le chroniqueur poète des innocents martyrisés.

    « Assis à ma table j'ai entendu le bruit des balles provenant du barrage proche. Puis tous les barrages du quartier se sont mis à tirer. J'ai lâché, ce que j'avais en main - un stylo, car j'écrivais. Je me suis précipité vers le couloir pour me mettre à l'abri. J'ai entendu le bruit des roquettes et d'autres armes, des balles et des projectiles qu'on lançait vers le ciel comme pour chasser les étoiles de leur page noire.

    J'ai commencé à perdre espoir de voir la fin des tirs.

    Je me suis servi un verre d'eau et j'ai bu une gorgée ».


    Issu de la communauté yézidie, Niroz Malek est syrien, de parents kurdes. Il vit à Alep qu'il n'a jamais quittée.

  • Il n'y avait que les téméraires, les sympathisants d'une autre vie qui osaient venir rue Félix-Faure. Il était difficile de distinguer un homme d'une femme, un vieux d'un jeune, tant les costumes donnaient à chacun une autre allure, un autre air, une autre attitude. Ils étaient comme invités à un bal.
    Un bal où Dieu les aurait conviés, et vice versa. Ils marchaient doucement, s'arrêtaient, se miraient entre eux, s'appréciaient, s'embrassaient, s'aimaient.

  • LE SERPENT À PLUMES faisait paraître, il y a tout juste trente ans, son premier numéro en tant que revue. Il s'agissait alors d'une revue trimestrielle, publiant des nouvelles inédites, contemporaines, du monde entier. La belle aventure ! Depuis cet automne 1988, Le Serpent à Plumes est resté fidèle à sa ligne, littéraire, curieuse du monde, curieuse de son époque, dénicheuse de talents. C'est pourquoi nous avons tenu, trente ans plus tard, à réunir une trentaine de plumes pour autant de nouvelles inédites, auteurs Serpent, ou passés par le Serpent, ou simplement aimés par le Serpent. Nous espérons que vous aurez plaisir à les lire et retrouverez, entre ces pages, toute la passion qui continue de nous animer depuis la création de LA REVUE.

    38 auteurs - 38 nouvelles inédites Marie Nimier - Dominique Fabre - Cypora Petitjean-Cerf - Richard Morgiève - Stéphanie Hochet - Fawaz Hussain - Bessora - Jérôme Attal - Claire Barré - Monique Ilboudo - Valérie Tuong Cuong - Arno Bertina - Ariane Bois - Amin Zaoui - Sylvie Le Bihan - Karim Madani - Maud Tabachnik - Karine Henry - Aminata Sow Fall - Éric Faye - My Seddik Rabbaj - Morgane Caussarieu - Brigitte Kernel - Didier Goupil - Cécilia Castelli - Jan Henrik Swahn - Hubert Haddad - Claro - Lisa Balavoine - Sébastien Doubinsky - Mickael Korvin - Delphine Bertholon - Christophe Paviot - Julie Bonnie - Jean-Luc Coatalem - Monique Durand - Jerry Wilson - Mamadou Mahmoud N'dongo.

  • Comme à son habitude, Madame a commandé un thé dans le salon du Ritz, où elle loge depuis des décennies.
    Elle glisse un regard sur la Seine, de la hauteur d'une femme qui a l'âge du siècle. Madame est fatiguée. Ou du moins, c'est le monde qui la fatigue.
    Au fil de ses souvenirs, heureux ou malheureux, on y croise tour à tour le sculpteur Calder, Hemingway ou la Princesse de Noailles, et la folie des hommes qui s'est figée à Auschwitz.
    Dans un style épuré, précis, où la justesse des mots dresse des petits tableaux pointillistes, Didier Goupil dresse le portrait d'un monde qui n'est plus, où l'intelligence et l'insouciance, mais aussi l'horreur de l'homme n'est plus, remplacés par l'inconsistance.
    Un pur bijou.

  • Au Sénégal, trois familles partagent une cour. Cette cour est un véritable Eden où ils partagent les repas, des joies et les peines, les longues discussions et les récits des ancêtres. Quand la famine frappe, les familles se dispersent et les enfants grandissent avec le lointain souvenir de leur paradis perdu. Et le temps passe. Mais peu à peu ces mêmes enfants se retrouveront et parviendront à recréer une nouvelle cour commune, une nouvelle île édénique remplie d'espoirs. Avec ce conte résolument moral, Aminata Sow Fall exalte les valeurs simples et la richesse des coeurs. Elle affirme haut la nécessité de rebâtir nos sociétés sur un modèle d'entraide et de partage, de sincérité et de courage.

  • Esclave et bourreau présente l'histoire singulière d'un esclave martiniquais du XVIIIe siècle, Mathieu Léveillé, au destin peu banal. Condamné à mort pour s'être évadé de la plantation en Martinique, on lui propose, s'il veut échapper à une exécution imminente, de devenir bourreau au Canada.
    Ce document inédit retrace donc le parcours étrange et chaotique de ce jeune homme qui devient malgré lui «exécuteur des hautes oeuvres». Le métier de bourreau sous l'Ancien Régime avait une importance fondamentale dans l'organisation sociale.

  • Un homme va voir son cardiologue car il lui semble que son coeur s'emballe. " Quel est votre métier, écrivain ? Alors, chaque soir, écrivez, et la douleur s'envolera. " De retour chez lui, le soir, l'homme s'assoit devant son bureau. Mais avant même qu'il ait commencé à écrire, mille femmes toutes plus belles les unes que les autres surgissent. Il sait alors qu'il devra avoir recours à la lampe merveilleuse d'Aladin pour trouver celle qui sera son épouse.
    Roman à tiroirs et roman à clefs, construit à la manière des Milles et une nuits, ce livre éblouissant mêle les figures de Shéhérazade et d'Aladin, des esclaves et des sultans, à celle de l'écrivain, de son docteur, de son bureau où dorment des pages blanches et des stylos inutilisés. Le réel de l'auteur se laisse peu envahir par une écriture orientale, sensuelle comme une calligraphie arabe.
    Avec Les Anciennes Nuits, Niroz Malek plonge dans les récits multiples, enchâssés, brillants, sensuels des Mille et une nuits, dans la ville de son coeur, Alep.

  • « Depuis que la plaine de Colchide a été plantée d'eucalyptus et que les marais ont été asséchés, tous les moustiques sont morts. Un seul a survécu, un moustique aux yeux bleus, qui erre en ville sur les traces de son assassin ».
    Ainsi débute le roman d'Erlom Akhvlediani, un roman fantasmagorique situé dans un univers où le ciel peut être carré, où un moustique peut tomber amoureux d'une brise et où les souhaits inaccomplis se transforment en pierres.
    Ici se rejoignent et se mêlent un lyrisme terriblement oriental et une métaphysique russe, slave, de celle qui se parfume au vieux tabac et à l'encens des églises.
    « Il s'est passé quelque chose de bizarre. Moi non plus, je ne m'y attendais pas. Le point s'est levé et il est parti. Il est descendu au bas de la feuille et il s'est glissé sous la page. J'ai retourné la feuille et j'ai vu le point noir ramper tranquillement sur le papier blanc, dépourvu de tout trait de plume. Finalement j'ai compris que c'était le point final et je me suis calmé. »

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