Noir Sur Blanc

  • Otto von F, étudiant en littérature originaire d'Ukraine occidentale, vit à Moscou, le coeur « pourri » d'un empire à moitié mort. Nous sommes en 1989 et l'URSS vit ses derniers soubresauts. Dans la résidence universitaire rattachée à l'Institut Gorki de littérature où il habite, se côtoient les futurs
    auteurs des différentes nations du pays : des spécialistes de la poésie yiddish du Moyen-Âge, des épopées rimées ukrainiennes ou de la chanson ouzbèk. Tous sont pleins d'espoirs poétiques, ont soif de la trop rare vodka et sont prêts à en découdre. Un jour, Otto part à la recherche de cadeaux. Il s'égare, et se trouve à errer dans un monde interlope, dans les sous-sols glauques de la ville où d'anciens KGBistes élèvent une armée de rats. Un métro gouvernemental secret dans les catacombes du Kremlin fait partie des découvertes étonnantes.

  • Pourquoi Rodion Pavlovitch Mioussov a-t-il recueilli au domicile familial, au grand dam de sa mère, l'enfant que feu son dissolu de père a eu d'une autre femme ? Pourquoi celui-ci, qui voue à son demi-frère une indicible admiration et veut le protéger contre les menaces obscures dont il est l'objet, s'acoquine-t-il à cette fin avec un jeune et dangereux voyou ? C'est que le coeur a ses raisons que la raison ignore.
    Mikhaïl Kouzmine, dans L'Ange gardien, roman aux multiples personnages, construit comme un vaudeville tragique, aux dialogues d'une grande vivacité, aux coïncidences et aux rebondissements inattendus, nous montre qu'entre la pureté et la dépravation, entre l'amour et la misanthropie, entre le crime et la sainteté, il n'y a parfois qu'un pas. Ce Saint-Pétersbourg du début du XXe siècle n'est plus tout à fait celui de Crime et Châtiment, même si on ne peut s'empêcher d'y penser.
    Kouzmine n'est pas moins mystique que Dostoïevski, mais il est avant tout un poète, parfois lyrique et parfois sarcastique. Les récits et contes qui complètent ce volume l'illustrent parfaitement. On y retrouve, dans une Chine, une Asie Mineure ou un Moyen Age de fantaisie, les mêmes grandes interrogations que dans L'Ange gardien, et des réponses tout aussi peu conventionnelles.

  • Cinq trentenaires paumés errent dans la montagne en plein hiver. Ils cherchent un sens à donner à leur vie, mais leur expédition, à cause d'un assassinat qui n'a peut-être pas même eu lieu, se transforme en une fuite éperdue. Mêlant suspense et réflexion philosophique, Stasiuk transforme le récit de cette escapade à rebondissements inattendus en une quête métaphysique. Dans le paysage nu, à la fois ouvert et fermé, la neige est comme le miroir de leur situation : tous les chemins du passé sont effacés, ceux qu'ils tracent à grand peine disparaîtront la nuit d'après, et le froid, et la peur, et ce qui n'a pas de nom, les obligent encore à poursuivre la marche.

  • Premier tome d'une trilogie de romans policiers historiques ayant pour héros Ivan Poutiline, chef de la sûreté de Saint-Pétersbourg dans la deuxième moitié du XIXe siècle, un personnage réel dont l'auteur réinvente la carrière. Les deux tomes suivants paraîtront aux éditions Noir sur Blanc.
    Ivan Dmitrievitch Poutiline, le légendaire chef de la sûreté de Saint-Pétersbourg, prend sa retraite en 1893 et, retiré dans sa maison du bord du Volkhov, engage Safronov, un écrivain, pour rédiger ses mémoires à partir du récit qu'il lui en fait. Parmi toutes les affaires qui ont jalonné sa carrière de limier, celle du crime de la rue Millionnaïa fut particulièrement édifiante....
    Saint-Pétersbourg, 1871.
    Le prince von Arensberg, attaché militaire à l'ambassade d'Autriche, est retrouvé mort, chez lui, rue Millionnaïa.
    Un assassinat qui fait peser sur la Russie la menace d'une crise diplomatique grave. À Saint-Pétersbourg, les rumeurs les plus folles commencent à courir, et le tsar exige d'être informé au jour le jour des progrès de l'enquête. Celle-ci est confiée à Ivan Poutiline. On lui adjoint pour l'occasion le capitaine de gendarmerie Pevtsov, qui se pose aussitôt en rival.
    Compte tenu de la position de la victime, les mobiles abondent, tout comme les suspects. On soupçonne bientôt un étudiant bulgare, membre des « comités slaves », puis un lieutenant du régiment Préobrajenski, inventeur d'un nouveau fusil que la Russie a dédaigné au profit d'un modèle autrichien. À moins que le meurtre n'ait été orchestré par les Turcs ou les Polonais désireux de semer la discorde entre les empires russes et autrichiens, ou par des socialistes disciples de Bakounine qui, à travers l'Europe, tentent de déstabiliser les régimes en place...
    Tandis que Pevtsov privilégie la piste politique, le roué Poutiline s'intéresse d'abord aux indices laissés sur le lieu du crime, et lance ses informateurs en ville. Ainsi il découvre que le défunt, un mondain en réalité moins préoccupé par les devoirs de sa charge que par le jeu et les femmes, avait une liaison avec l'épouse d'un petit fonctionnaire. Loin d'un complot politique menaçant la paix européenne, l'assassinat de l'attaché militaire autrichien masquerait-il un trivial drame domestique ?

  • Un enfant dans la campagne russe, en proie à une étrange terreur...
    Un jeune homme interné dans un hôpital de Sibérie, rêvant d'amour et de liberté... Un père reconnaissant dans l'infirmité de sa fille le pendant de ses propres souffrances morales... Un SDF sauvé par une voix intérieure... Un pèlerin attendant à Athènes que son billet pour la Terre sainte lui soit accordé de manière divine, c'est-à-dire inattendue... Revenant sur divers épisodes de sa vie, une vie riche d'expériences - dont celle de la rue -, de révoltes, de rencontres et de coïncidences, l'auteur constate qu'il n'y a pas de réponse claire aux grandes questions de la destinée humaine.
    " Mais, dit-il, il existe une zone de réponse: il faut entrer à l'intérieur et attendre. La réponse se formera d'elle-même dans l'âme, et ne s'exprimera pas toujours par des mots. Parfois, elle restera tout à fait informulée, ce qui ne lui enlèvera nullement son efficacité. " On retrouve dans ces huit récits, le sens aigu du détail, l'humour et tout ce qui fait l'originalité du style de Nicolas Bokov.
    De la part de l'homme et du philosophe, c'est peut-être aussi une ouverture vers un chemin de sérénité.

  • Chez les Soviets, dans les années vingt et trente.
    S'inspirant des carnets d'Isaac Babel, David Markish signe une biographie romancée de l'auteur de Cavalerie rouge et des Contes d'Odessa, lui créant un double du nom de Judas Grossmann. Le roman évoque l'enfance du héros à Odessa, sa participation, en tant que correspondant de guerre, à la guerre civile, sa gloire littéraire et ses contacts avec les milieux politiques à Moscou, puis le début des Purges, son arrestation et son exécution.
    Dès les premières pages du roman, où le petit Judas se rêve en prince David Réouveini, soldat juif légendaire, le ton est donné, et les grandes questions posées : comment être juif en Russie et comment être un héros guerrier lorsqu'on est juif en Russie ? « Pour prendre Jérusalem, il ne suffit pas de raconter de tristes histoires juives. Qui a décrété qu'il était bon pour nous de jouer du violon plutôt que de jouer aux cartes ? Que les échecs nous convenaient mais pas la boxe française ? (...) Je ne me laisserai pas abuser, je ne finirai pas, épuisé, par rebrousser chemin. Je serai fort comme un goy, courageux comme un goy, féroce, comme un goy. Tout en restant un
    juif, un juif à cheval. »
    Si Judas ne devient pas soldat, il côtoie la guerre au plus près en tant que journaliste. Signant, comme Isaac Babel, ses articles du pseudonyme « Lioutov » (nom formé sur l'adjectif liouty, « féroce »), Grossmann s'attachera à « devenir Lioutov », c'est-à-dire à « devenir russe », ou à passer pour tel face à des cosaques connus pour leur antisémitisme, et à s'inscrire dans la
    dimension épique de l'histoire russe du début du XXe siècle.
    Un livre hommage à Isaac Babel, traitant de l'identité des écrivains et de l'identité russe, où l'on retrouve l'écriture incisive et l'humour tragique de Markish.

  • Au lendemain de la Perestroïka bulgare, trois garçons d'à peine plus de vingt ans grimpent dans un
    bus à destination de Paris pour y voler des voitures. Pendant des décennies, leur petite ville sur la
    Mer Noire avait été un lieu de vacances en vogue parmi les pays frères ; ce n'est plus aujourd'hui
    qu'une banlieue où l'attente du changement a pris les traits du sommeil. Plus personne n'y croit
    que Chute-du-mur-de-Berlin soit une formule magique. Lucky, Marco et la Perche ont des rêves
    différents, mais tous trois ont décidé de forcer la chance ensemble : de plus bêtes qu'eux sont
    revenus de l'Ouest avec tout ce qui brille. La France, ils se l'imaginaient comme dans les films de
    Louis de Funès, et leurs dernières illusions sur le monde libre n'y résisteront pas. Les squats, les
    grands magasins et leurs vigiles, la salle d'attente de l'OFPRA, le Franprix et l'Arabe-du-coin,
    jusqu'au premier séjour en prison, ce qu'ils apprendront dans cette Europe nouvelle, entre tristesse
    et indifférence, c'est ce que signifie être un étranger.
    Forcer les serrures, contrefaire les papiers, maquiller les plaques, le vol de voitures est un artisanat,
    le rythme en plus. Les premières frayeurs, les premiers succès, le passage des frontières, Savov
    mène son récit tambour battant, donnant un de ces livres qui perdraient bien dix pages à se faire
    non-fumeur. Après l'euphorie, après quelques revers aussi, une question revient qui se fait
    lancinante : à quoi bon ? À quoi bon accumuler encore si l'on se condamne à vivre seul ? « Pas de
    femme à bord », c'est ce que répétaient ses compères à Lucky, tombé fou amoureux d'une métisse,
    lui qui avait eu tellement de mal au début, avec ces étranges étrangers, les Noirs, les Arabes. Cette
    fille, il la laissera échapper, mais ce sera l'amour, enfin, qui le sauvera : une petite Marie, qui faisait
    une fugue et de l'autostop. L'amour et aussi l'écriture.

  • Le livre Un vieil homme retrouve avec émotion deux lettres écrites par Mirka, son premier amour, qu'il avait relégué au fond de sa mémoire. Il décide alors d'écrire à son fils et de lui raconter toute l'histoire, en commençant par sa rencontre avec cette adolescente lors des vacances d'été, au bord de la lagune de la Vistule, en 1951 et 1952. Dans ses lettres, la jeune fille lui annonçait être enceinte. Il ne lui a jamais répondu.
    Bouleversé par cette paternité qui resurgit dans ses vieux jours, l'homme se met à la recherche de son passé. Cinquante ans plus tard, il se rend dans la maison sous les pins, au bord de la mer Baltique. Il y fait de longues promenades sur la plage et dans les dunes, se remémorant toute son existence et s'interrogeant sur ses choix, sa lâcheté vis-à-vis de ses proches, ses compromissions avec le système. Au fil des rencontres avec les habitants des lieux, il se rapproche pas à pas de la vérité.
    Son récit simple et brut, teinté de mélancolie et de nostalgie, sonne comme une confession qui vient trop tard, une manière de s'expliquer avec sa propre existence.

    Un roman bref, enlevé et finement psychologique, qui emporte le lecteur vers un dénouement inattendu. Egalement une réflexion sur la Pologne de la deuxième moitié du XXe siècle et sur la manière dont l'individu décide, ou non, de sa trajectoire de vie.

    L'auteur Né à Varsovie en 1935, Kazimierz Orlos est un écrivain très populaire en Pologne. Il est l'auteur de nombreux romans, de scénarios, d'essais, de reportages et de pièces radiophoniques. Interdit de publication de 1973 à 1989, il a fait partie de l'opposition et a participé à la vie littéraire clandestine. Il a notamment collaboré aux revues Kultura et Puls, et à Radio Free Europe. L'Estivant est son premier livre traduit en français.

  • Ecrit en un mois par une lycéenne de 19 ans à la veille de son bac, ce livre, publié en Pologne en septembre 2002 sous le titre La Guerre polono-russe sous l'étendard blanc et rouge, a déclenché, dès sa parution, une véritable fièvre médiatique.
    En quelques mois, près de cinquante mille exemplaires ont été vendus, un chiffre record, même pour les écrivains reconnus. Rédigé en forme de monologue d'un jeune banlieusard du littoral de la Baltique, ce roman nous fait plonger dans l'univers des jeunes paumés de la Pologne postcommuniste. Le récit du jeune narrateur, dit " le Fort ", a des accents hallucinés. Entre deux défonces aux amphétamines, son monde se réduit à des virées dans des discothèques, des amours qui tournent mal et des rêves qui ne peuvent aboutir qu'à des crises de rage.
    Comme dans un acid movie sombre et cocasse à la fois, nous assistons à trois journées folles de sa vie alors que, à l'arrière-plan, se poursuivent les préparatifs fiévreux de la " Journée sans Ruskoffs ", une fête nationaliste organisée par la municipalité de la ville. Il en résulte une superparodie d'une certaine Pologne d'en bas, populiste, xénophobe et consumériste. La jeune Dorota Mastowska accomplit un véritable exploit littéraire en créant un univers où les psychoses collectives deviennent plus réelles que la réalité.

  • Autour de la chasse aux épices, et plus particulièrement de la noix muscade, Giles Milton raconte une histoire des grands navigateurs et marchands du XVIIe siècle.
    Les fastes orientaux, les rêves de richesse et de puissance se mêlent à la cruauté des moeurs, à l'impitoyable affrontement guerrier et aux ruses des négociants. Ce livre historique se lit comme un roman d'aventures où abondent flibustiers, rois orientaux, rapines et batailles navales.

  • Depuis dix ans déjà et avec le soin d'un scribe du temps d'Hammourabi, Aleksandrs Papirs consignait dans les livres de comptes de M.
    Kufiels Sprungins, tailleur, des nombres à cinq, six, voire sept chiffres. Assis tout le jour, parmi les manteaux et les vestes, parmi les rouleaux de toile noire, brune, bleue ou grise, il avait tout de la grosse mite qui suffoque peu à peu sous la naphtaline. " Dans sa prose, Adamsons se consacre à l'observation minutieuse d'événements provoqués par des êtres aux nerfs parfois à vif, mais profondément humains.
    L'intrigue ne s'inscrit jamais dans une problématique sociale. Les sujets, même conventionnels, prennent vite une orientation psychologique qui déjoue les attentes. Ils s'inspirent de situations réellement vécues mais la fantaisie de l'auteur a tôt fait d'emporter le lecteur vers des rivages inconnus.

  • Avec La Vache, c'est un monde inhabituel d'images et de représentations qui s'ouvre au lecteur francophone. Le roman traite pourtant d'une période historique connue, celle de la collectivisation et de la dékoulakisation (1929-1930) ; un épisode tragique, qui allait coûter à la Russie des millions de vies et faire peser sur son agriculture un handicap que le pays subit encore. On est cependant loin de la peinture qu'en fait Guennadi Gor. Ici, un activiste venu de Leningrad, le camarade Molodtsev, a abandonné la peinture pour « aller au peuple» et aider les masses paysannes. La collectivisation
    y est présentée comme la victoire du Nouveau contre l'Ancien : elle se fait dans une atmosphère enthousiaste, portée par les enfants qui y jouent un grand rôle. L'agriculture « moderne », rationnelle et mécanisée, est l'objet d'une vibrante célébration. Et tandis que les koulaks et les représentants des anciennes classes dirigeantes (Église, noblesse) sont caricaturaux à souhait, une paysanne illettrée, Katerina, parvient à elle seule à réorganiser l'élevage entier du kolkhoze.
    Véritable « conte soviétique », le roman reprend toute l'imagerie de la révolution et transmet toute la jubilation propre à l'utopie. Si son message idéologique paraît aujourd'hui insupportable, sa qualité littéraire est indéniable. La peinture y est omniprésente, par un minutieux travail sur les formes et les couleurs. Roman pictural, « roman-tableau », série de vignettes naïves, il évoque les fameuses « Fenêtres Rosta » de Vladimir Maïakovski, images de propagande réalisées par les meilleurs artistes du temps à l'intention d'une population qu'il fallait convaincre ou rééduquer rapidement. Puis le
    tableau s'anime, et la fin devient toute cinématographique, évoquant irrésistiblement les films d'Eisenstein.
    Ce récit, Guennadi Gor refusa cependant de le publier et ne le montra à personne. L'esthétique qui le caractérise risquait de lui attirer les foudres des autorités et, à partir des années 30, l'accusation de formalisme équivaudrait à une sentence de mort.

  • En Tchécoslovaquie, en 1957.
    Le narrateur a vingt-sept ans quand, avec l'arrivée inattendue d'une lettre accompagnée d'une photographie, il apprend que sa grand- mère, prétendument décédée en 1915, est en réalité bien vivante. Et qu'elle est mariée depuis 1915 au major Caetani de Sermonte, auprès duquel elle coule encore aujourd'hui des jours paisibles en Toscane. Quand enfin il ose interroger son taciturne grand-père, ancien officier de l'armée austro-hongroise, sur la célèbre cantatrice à qui il était officiellement marié, il n'obtient que cette réponse :
    « C'était une traîtresse et une espionne ! Si elle ne s'était pas suicidée, elle serait morte de ma main. »
    De quoi enflammer la curiosité du narrateur, qui doit pourtant attendre le décès de son grand-père et la lecture du journal que celui-ci tint entre 1907 et 1918, pour reconstituer l'histoire : celle du jeune colonel Peták, travaillant dans l'ombre à la conception d'un canon ultrasecret auquel il sacrifie son bonheur conjugal, de son épouse, Marie-Anna, cantatrice de renommée internationale, et de Caetani de Sermonte, l'impresario homosexuel de celle-ci, faux amant de la dame mais vrai espion de l'armée italienne. De prétendus suicides en résurrections miraculeuses, les péripéties rocambolesques se succèdent et, en pleine guerre, sur le front italien, l'affrontement entre les deux hommes, qui n'est plus qu'un drame de la passion et de la jalousie, vire au vaudeville.

  • Sarajevo assiégée. La ville martyre, crucifiée, est le premier personnage de ce roman.
    Horrifiée par l'expression « nettoyage ethnique », Nila, parisienne d'origine hongroise s'embarque
    pour la Bosnie pour participer au tournage d'un documentaire sur le siège de la ville.
    Elle partage le quotidien des civils. L'intensité de leurs échanges, aux frontières du danger de
    mort« les a hissés au-dessus d'eux-mêmes ».
    L'abjection de la guerre, les snipers, les camps de viols et les fosses communes déchaînent en eux
    les forces extrêmes de la vie.
    Pour Nila, faire l'amour devient « la seule chose urgente et importante ». Soulevée d'émotions ,
    elle se livre à une constante autoanalyse et note tout ce qu'elle voit, entend et ressent.
    Des fragments de textes (contes, articles d'encyclopédie, petits dialogues, coupures de journaux)
    insérés dans son récit traduisent son propre morcellement.
    Ce qu'elle dit à propos de son livre : « Le retour du génocide en Europe 50 ans après celui des juifs
    devra sans doute être mis à nu par des dizaines de fictions, avant de trouver enfin sa « juste
    place » dans notre conscience rétive ».

  • Pour son premier roman, écrit directement en français, Svetlan Savov choisit de nous dépeindre la dérive de Louis, un clochard, dans le Paris de l'an 2000 : le métro, le froid, les bancs qu'on se dispute, les guérites de la soupe populaire, la solitude malgré deux trois copains, Daniel, Didier, Dédé... Ces marges de la grande ville, cette zone que délimitent la peur et l'égoïsme, Savov les avait lui-même connues, comme tant d'immigrés de l'Est de l'après chute du Mur. Or, plutôt que de parler de lui, c'est la figure très ancienne du clochard parisien qu'il veut décrire à son tour. Malgré les contrôles de police, la violence des vigiles, les brigades sanitaires qui vous embarquent pour Nanterre, Louis et les autres se débrouillent, ils connaissent tous les foyers de jour, où l'on donne des vêtements, des couvertures, un café chaud ; ils ont des petites combines pour trouver du tabac, du vin ; ils font la manche. Lorsque l'hiver arrive, tout devient plus difficile. Un Noël de charité leur offre quelques moments de répit, mais à l'heure où les bénévoles rentrent chez eux, c'est la rue à nouveau. Et si ce récit finit très mal, on sent bien que Savov désire enfler son cri : contre l'abandon et l'indifférence qui rendent encore possible de mourir comme des chiens.

  • Le livre Ce truculent recueil de sept nouvelles sur l'amour porte en exergue
    une phrase de Ferdinando Camon : « Il est difficile d'être une femme, toutes
    s'en plaignent. Il est impossible d'être un homme, aucun n'y parvient. » La
    narratrice est une femme d'aujourd'hui, entre trente et quarante ans. En une
    série de vignettes, elle compose un tableau drôle, sensible et intelligent de
    son rapport aux hommes : le mari qui devient l'ex-mari, l'alcoolique qu'elle
    enivrera toute une nuit de poésie, l'homme infidèle descendu par sa femme
    (trois coups de revolver), l'amant d'un jour qui obsède longtemps, le dragueur
    tellement surdimensionné qu'elle doit y renoncer, le salaud qui fait bien
    l'amour, mais aussi le père réac auquel, un jour, elle fait baisser la garde...
    Sophie Képès a le don de faire vivre des personnages de chair et de sang, et si
    elle parvient souvent à nous faire rire, ce n'est jamais par la caricature.
    Voici un livre où le corps parle beaucoup, et bien souvent pour contredire la
    raison, ou pour trahir le coeur : on s'aime, mais ça ne colle pas ; ça décolle,
    mais on ne s'entend pas ; on méprise, mais l'emprise est trop forte ; on se
    jure bien que jamais plus, et pourtant... Sept histoires de femme sur les
    hommes et l'amour, sept histoires drolatiques, humaines, cruelles, avec des
    lueurs de tendresse. Un portrait de la femme d'aujourd'hui, de ses entraves et
    de sa liberté. l'auteur Sophie Képès a traduit en français de grands écrivains
    hongrois, dont Péter Esterhazy et, plus récemment, Julia Székely. Elle est
    l'auteur de romans, poèmes et nouvelles (Un automne à Budapest, Seuil, 1984,
    L'empêchement d'Izare, Arcantère, 1988, Dans le tourbillon de la vie, Le
    Pommier, 2002... et Un Café sur la Colline, Noir sur Blanc, 2007), de scénarios
    (avec Robert Guédiguian) et de polars (sous le pseudonyme de Nila Kazar).

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  • Fils d'un rebelle polonais, mort de façon atroce et fortuite pour sa participation à l'insurrection de 1863 contre l'occupant russe, élevé en Russie, le colonel Stankiewicz combat dans l'armée blanche de Kornilov au moment où la Révolution de 1917 est près de triompher.
    Le présent récit n'est pas un roman historique à dominante militaire. Il décrit, sur un ton qui se veut factuel, avec un parfum de dérisoire cruauté, les pérégrinations d'un officier antihéros aux prises avec le degré zéro de la guerre : froide indifférence à tout et à tous, descente dans les abîmes de la psychologie, nausée existentielle et nihiliste d'un individu marginal qui refuse la quête possible de son identité, face à l'implosion avortée de ses sources personnelles et historiques.
    Un camouflet infligé aux mythes éternels de la polonité.

  • La Gloire et la Renommée s'inscrit dans la grande tradition du roman-fleuve et doit sans doute beaucoup à Proust et davantage à Henry James qu'à James Joyce.
    Avec ce roman d'envergure Iwaszkiewicz, pourtant célèbre pour ses formes coudes, a voulu rendre hommage à une Europe qui a sombré dans le cataclysme de la Seconde Guerre mondiale.
    Cet immense roman en deux parties débute en Ukraine avant la Première Guerre mondiale pour se terminer à Varsovie avec la Seconde. Pendant trente ans il nous promène à travers toute l'Europe des années 20 et 30. Le premier tome nous conduit de la Russie sanglante de la révolution jusqu'à la Pologne recouvrant son indépendance, du Paris des années Arts-Déco à l'Allemagne de la république de Weimar et celle d'Hitler.
    Les héros principaux du récit, Janusz Myszynski et son ami, le compositeur Edgar Szyller y vivent leur jeunesse " d'enfants du siècle ".
    Dans le présent volume nous les retrouvons mûris par les épreuves et les amours malheureux. Les destinées chaotiques d'une foule de personnages - la comtesse Bilinska et son fils, le fougueux Alo, la modeste Ola et son pâtissier de mari Golabek, la cantatrice Ela et la belle Ariadna - s'acheminent inexorablement vers la déflagration finale.
    Après avoir quitté l'Espagne en flammes Janusz retrouve Edgar à Rome. Nous sommes en 1937 et la guerre en Europe semble inévitable. Janusz passe par Paris en route vers sa demeure polonaise. C'est là-bas qu'il sera témoin de l'invasion allemande, de la terreur nazie, de la résistance... Les années noires de l'occupation fasciste en Pologne sont décrites à travers le sort tragique de tous les personnages qui disparaissent abattus par la soldatesque, meurent dans le ghetto, dans les camps ou sur les barricades de l'insurrection de Varsovie.
    Ce tableau épique d'un pays en guerre se termine en 1947 avec l'installation des communistes au pouvoir.

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