Maurice Nadeau

  • Au début des années 2000, La Quinzaine littéraire de Maurice Nadeau a ouvert ses colonnes à une rubrique régulière d'Alain Joubert, intitulée La Boîte noire. Il y relatait une lecture particulière de certains romans noirs, - le plus souvent oubliés par la critique, s'interrogeant sur les liens avec d'autres oeuvres ou situations, sachant que chaque événement contient par nature sa boîte noire, révélatrice du « masqué », du « dissimulé » ou de l'« inconscient » qui ont provoqué son existence. Pour l'auteur, une vérité non exprimée s'y dissimule et un nouvel éclairage pouvait donc en dessiner les contours. Aux quinze chroniques ici réunies (2002-2004), se sont ajoutés deux textes également publiés par La Quinzaine littéraire dans ses numéros spéciaux d'été de « l'écrivain en colère » (été 2002) et du « roman policier » (été 2003). 17 photos de Nicole Espagnol accompagnent, dans une sorte d'écho visuel, chaque début de texte.

  • Automne 1943. Dans le camp d'extermination d'Auschwitz, Anna, la femme de l'Untersturmführer Hans Nebel chargé de la comptabilité et du fichier du camp d'Auschwitz, désire ardemment posséder un jardin comme celui du Lagerkommandant, agrémenté d'une serre, où pourraient être cultivés des fruits exotiques...
    Le récit est mené du point de vue d'Anna. Celle-ci mène une existence plutôt tranquille et confortable dans une « villa » située à quelques kilomètres du camp d'extermination, et est tenue par son mari dans l'ignorance du fonctionnement exact de la gigantesque machine de mort en cours. Sa préoccupation principale est d'élever ses enfants et de mener une vie mondaine en compagnie d'autres femmes d'officiers SS, tout en employant à son service des détenus juifs ou fondamentalistes, dont la survie dépend du bon vouloir de la maîtresse de maison.
    Ce roman, d'une rare puissance d'évocation et d'une grande force d'écriture, apporte un autre éclairage et un angle inédit sur l'une des pages les plus sombres du nazisme.

  • L'incendie de Notre-Dame survenu en 2019 plonge brutalement le narrateur dans le souvenir d'un épisode brûlant de sa jeunesse. Trente ans auparavant, il avait 18 ans et se tenait tout en haut des tours avec la belle Ayla, d'un an sa cadette. Rien ne les prédestinait à ce qu'ils allaient vivre, aller toujours plus loin dans le soufre des nuits parisiennes, se perdant toujours plus avant dans les creux et les failles sans fond des ombres qui peuplent les rues, les clubs, le Paris crasseux des hôtels bon marché et des squats. Deux enfants perdus dans les larmes et la rage, cédant frénétiquement à l'urgence de vivre, amants maudits cherchant tant la rédemption que d'échapper à l'absurde d'un monde, fuyant le désamour par le vol d'un amour plus puissant et peut-être, par la littérature.
    Mais Sous le ciel vide c'est aussi la jonction entre deux époques, celle de la fin des années 80, qui a laissé toute une génération dans le néant, tiraillée entre la fin des idéologies et de l'espoir, et l'illusion d'une fête sans fin.
    Porté par une langue singulière dont les méandres hypnotisent le lecteur et l'emportent pour lui faire saisir au coeur la réalité d'une époque, ce roman fait surgir du bitume parisien le récit poignant d'une descente aux enfers.

  • Une famille ouvrière italienne dans la banlieue parisienne. Le père est maçon. La mère rêve d'un meilleur sort pour ses enfants. Elle parvient à faire entrer Ada au lycée. Pas d'autre orientation pour Ada que « le technique ». Elle effectue un travail de bureau dans une grande « boîte » alors que ne cesse de l'habiter le désir de parvenir à la culture et de se réaliser. Mai 1968. Le père, à qui elle était fort attachée, meurt, sans avoir concrétisé son ambition de construire de ses mains une maison pour la famille. Au lieu de faire le riche mariage rêvé par la mère, Ada s'éprend d'un ouvrier. Elle vit avec lui et l'épouse, ils sont tous deux portés par la vague d'espoir en une vie nouvelle. Quand la vague retombe, ils se sentent « les dindons de la farce ». Ada a approché un milieu bourgeois par son frère, richement marié. Elle en voit les côtés repoussants au regard de son idéal. Le groupe des camarades de mai 1968 s'est dissous. Rien à espérer de ce côté-là non plus. Son entrée en faculté lui apportera-t-elle la solution d'une vie autre ? Par des moyens littéraires simples mais efficaces Ada nous fait partager le « mal à vivre » d'une jeunesse et d'un milieu que notre société laisse sur le bord de la route. Des milliers d'Ada se reconnaîtront en cette fille attachante qui n'abandonne pas l'espoir de forcer les portes d'un monde où elle pourra s'accomplir dans le respect d'elle-même.

  • Entre 1787 et 1789, on trouvait - dans les librairies parisiennes - une étonnante série d'ouvrages : voyages imaginaires, songes et visions, romans cabalistiques, 39 volumes diffusés à mesure de leur parution à Amsterdam. D'intérêt divers, ils comportent des auteurs connus comme Lucien et Cyrano, des ouvrages fameux comme Gulliver ou Micromégas, et d'autres qui ne sont pas passés à la postérité, parfois non sans raison, parfois non sans injustice. Inconnus ou méconnus, ils ne manquent pourtant pas de surprendre le lecteur d'aujourd'hui, voire de l'étonner, par des débauches d'imagination dans la peinture de pays qui ne figurent pas sur les cartes, de civilisations inventées, de moeurs insolites, ou dans l'exploration de continents situés dans les espaces interstellaires, aussi bien qu'au centre de la Terre. Ils mêlent à l'envi le rêve à la réalité, et l'on trouve parmi eux la suite des aventures de Robinson (ouvrages moins connus de Daniel Defoe), une extraordinaire copie (histoire des Sévarambes), un authentique chef-d'oeuvre (Lamekis, du chevalier de Mouhy) et, bien sûr, quantité d'histoires de naufrages qui mènent à des séjours plus ou moins prolongés, plus ou moins heureux, chez les Sauvages. C'est tout l'imaginaire du XVIIIe siècle, qui donne libre cours dans ces relations généralement hautes en couleur. On est à la veille de la Révolution française, et au moment où viennent s'effectuer les voyages - réels ceux-ci - de Bougainville, du capitaine Cook, du malheureux La Pérouse.

  • Entre 1787 et 1789, on trouvait - dans les librairies parisiennes - une étonnante série d'ouvrages : voyages imaginaires, songes et visions, romans cabalistiques, 39 volumes diffusés à mesure de leur parution à Amsterdam. D'intérêt divers, ils comportent des auteurs connus comme Lucien et Cyrano, des ouvrages fameux comme Gulliver ou Micromégas, et d'autres qui ne sont pas passés à la postérité, parfois non sans raison, parfois non sans injustice. Inconnus ou méconnus, ils ne manquent pourtant pas de surprendre le lecteur d'aujourd'hui, voire de l'étonner, par des débauches d'imagination dans la peinture de pays qui ne figurent pas sur les cartes, de civilisations inventées, de moeurs insolites, ou dans l'exploration de continents situés dans les espaces interstellaires, aussi bien qu'au centre de la Terre. Ils mêlent à l'envi le rêve à la réalité, et l'on trouve parmi eux la suite des aventures de Robinson (ouvrages moins connus de Daniel Defoe), une extraordinaire copie (histoire des Sévarambes), un authentique chef-d'oeuvre (Lamekis, du chevalier de Mouhy) et, bien sûr, quantité d'histoires de naufrages qui mènent à des séjours plus ou moins prolongés, plus ou moins heureux, chez les Sauvages. C'est tout l'imaginaire du XVIIIe siècle, qui donne libre cours dans ces relations généralement hautes en couleur. On est à la veille de la Révolution française, et au moment où viennent s'effectuer les voyages - réels ceux-ci - de Bougainville, du capitaine Cook, du malheureux La Pérouse.

  • Dans l'Empire Vert, deux-cent douze vieillards borgnes complotent contre l'Empereur. En ce pays, on fabrique des conserves de tripes de rats et d'oreilles humaines. Ils boivent de l'hydromel bouillant et se racontent des histoires tristes. Parfois, la nuit, des camions circulent, les phares éteints, transportant des femmes voilées de noir... Le frère du douzième Juge de la Cour, dit le Sournois, dirige une bande de deux-cent mille assassins, voleurs et autres aimables délinquants. Dans la plupart des maisons d'édition de l'Empire, tout manuscrit perçu est d'abord désinfecté, puis porté à un exorciste, Prêtre des Éclairs sanglants... Le fils du Ministre des Guerres est amoureux d'un hêtre et tue les bûcherons. La plus grande prison de l'Empire se trouve au nord de la Capitale, dans le Faubourg des Tisserands Sourds. Chaque fois qu'une femme éprouve un plaisir amoureux, elle fait un noeud dans une cordelette qu'elle tient de la main gauche. Après la mort d'un Empereur les dames de la cour tirent à la mitraillette sur les vautours qui volent au-dessus du palais... Cet Empire, heureusement, n'existe pas. Il est d'ailleurs (selon l'un des historiographes de l'Empereur) depuis quatre mille ans sur le point de se désagréger, de se détruire. L'Encyclopédie abrégée de l'Empire Vert est le plus long livre fiction de Gilbert Lascault... Alors que le précédent livre tournait autour d'un individu (appelé Jean Simon Castor), l'Encyclopédie se donne pour but d'éclairer la vie et les coutumes d'un empire, constamment en décadence et survivant à travers ce qui tend à le détruire. Une civilisation s'y invente, dont tout n'est pas dit. Les moeurs d'un pays imaginaire, l'organisation des pouvoirs et leur désordre sont évoqués en des récits brefs et des scènes le plus souvent violemment colorées. Le livre n'est pas sans rapport avec les oeuvres d'art contemporaines que l'auteur connaît comme critique et qu'il aime. Il est aussi un ouvrage d'ethnologie fictionnelle.

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