La Contre Allee

  • Au XVIIe siècle, William Davisson, un botaniste écossais, devenu médecin particulier du roi polonais Jean II Casimir, suit le monarque dans un long voyage entre la Lituanie et l'Ukraine. Esprit scienti que et  n observateur, il étudie les rudesses climatiques des con ns polonais et les coutumes locales.
    Un jour, lors d'une halte, les soldats du roi capturent deux enfants. Les deux petits ont un physique inhabituel:
    Outre leur aspect chétif, leur peau et leurs cheveux sont légèrement verts.

  • Lorsqu'il choisit en 2015 de traiter le thème de la restitution des oeuvres d'art spoliées durant la colonisation, Arno Bertina n'imaginait certes pas que cette fi ction deviendrait une question d'actualité en 2018 lors de la parution du rapport Savoy Sarr intitulé Restituer le patrimoine africain, en date du 23 novembre 2018.
    On avait beau jeu d' a rmer qu' elles avaient été achetées, car certains explorateurs ou certains représentants de l' Etat français (...) avaient sans doute troqué ces oeuvres contre peu d' argent, ou des babioles, ou des menaces. Aucune transaction inattaquable, certainement. Certes il était possible d' a rmer qu' en les volant on les avait sauvées mais c' était tout de même tordu.
    POSTFACE « Qui connaît la diffi culté qu'il y a, aujourd'hui et à l'avenir, pour les musées du monde entier, à penser et exposer les oeuvres de façon de historiquement fondée, éthiquement viable et politiquement praticable, éprouvera l'intelligence et le caractère subversif de la fable d'Arno Bertina comme un moment de libération. » Bénédicte Savoy La postface propose un résumé et condensé des discussion et des problématiques autour de la question des restitutions d'oeuvres. Elle met en lumière ce qui dans la fable d'Arno Bertina fait écho au réel.
    Cette postface accompagne initialement l'édition allemande Des lions comme des danseuses, parue en 2016.

  • UN TOUR DES BALKANS : JOURNAL DE VOYAGE Avec Le Coeur de l'Europe, Emmanuel Ruben offre le journal d'un voyage géopolitique et culturel. Il y rappelle les confl its des années 90 à travers l'ex- Yougoslavie, ceux qui ont redessiné les frontières d'Europe centrale.
    Au cours de ce voyage, il privilégie la voiture puis le train ; paysages et villes défi lent, délaissant les plages touristiques au profi t des terres intérieures.
    Emmanuel Ruben boucle son périple à la frontière hongroise, théâtre de la crise migratoire actuelle.
    DES RÉFÉRENCES HÉTÉROCLITES À LA PHRASE CARTOGRAPHE Comme pour Jerusalem Terrestre (Inculte, 2015), Emmanuel Ruben offre au lecteur une vision de géographe, de cartographe. Face à ces paysages variés, le récit s'autorise détours et digressions.
    Il intègre ainsi des considérations politiques, des lectures et des références cinématographiques hétéroclites pour mieux appréhender cet espace qu'il cherche encore à décrypter.
    À des phrases longues qui disent le trajet accompli, l'écriture allie des termes tantôt quotidiens et ordinaires, tantôt étranges et étrangers. Elle joue ainsi des sonorités et de la graphie des langues d'Europe centrale, inscrivant le dépaysement au coeur du texte.
    LE COEUR DE L'EUROPE RÉSIDE DANS LA QUESTION DES FRONTIÈRES Ce récit est un hommage à une région fascinante et méconnue. Mais il propose surtout une réfl éxion sur l'identité et la culture européenne. Se pose alors la question politique de l'Europe et de ses frontières :
    « Notre train repart vers le nord, le leur retourne vers le sud, et je mesure alors à quel point nous les hommes-touristes, eux les hommes-réfugiés, nous vivons sur deux lignes droites parallèles, deux lignes droites qui ne peuvent se croiser. » L'opposition du touriste et du réfugié cristallise la questions des valeurs fondamentales sur lesquelles bâtir le coeur de l'Europe, l'argent ou l'hospitalité, le coeur de l'Europe comme centre géographique fermé ou comme humanité.

  • Voyages, déplacements, migrations, exils - l'oeuvre de Yoko Tawada s'intéresse essentiellement aux mouvements. Née à Tokyo, venue s'installée en Allemagne au début des années 1980, elle ne cesse de voyager entre les pays et les langues. Mais son point d'ancrage semble bien être l'Europe, qu'elle commente et évalue au gré de ses voyages, de ses départs et de ses retours.
    Comme dans L'Oeil nu ou Le Voyage à Bordeaux, on retrouve dans Sommeil d'Europe ce qui marque régulièrement l'oeuvre de Yoko Tawada : une femme asiatique arrive en Europe et fait l'expérience de la fascination et de l'étrangeté.
    Ce récit est une prose qui fonctionne sur l'enchaînement des images, des sensations, des associations d'idées souvent suggestives. Un récit non fragmenté, fait d'aller-retours dans le temps.

  • Dans un village isolé d'Espagne, Juan attend sur le pas de sa porte celles et ceux que l'on devine arriver au loin pour exproprier le vieil homme de là où il a vécu et grandi. Ils sont jeunes, pressés et ambitieux de faire table rase d'un passé, pour y construire un avenir à leur façon. Ce sont les enfants de Clio,  lle d'expatriés à Paris revenus au village le temps d'un été, durant l'enfance de Juan. Nous étions alors dans l'après-guerre, Clio rencontrait Juan, lui apprenait à lire et lui faisait découvrir un monde vaste et diversi é. Elle était la promesse d'un ailleurs, d'un avenir meilleur.
    Quelques cinquante ans après, Juan se rend à Paris répondant à l'ultime invitation de Clio, victime d'une tumeur maligne au cerveau. Clio lui laisse alors ses biens en héritage.

  • A l'instar du titre, Tavares nous emmène en voyage avec une grande liberté formelle dans un texte en forme de diptyque. Dans la première partie, située à Berlin, nous suivons Martha, une jeune fille borderline, à travers une succession de scènes qui questionnent l'immigration, le choix des mémoires, d'un patrimoine commun, ou encore l'enseignement, la transmission de l'Histoire. Chaque scène est titrée sous une nomenclature qui souligne l'aspect parcellaire de ce texte, comme extrait d'une somme qui serait considérable.
    Comme pour l'Europe, dont l'enjeu premier est de se construire un récit commun, une Histoire commune, c'est au lecteur d'investir le texte, de créer les liens entre chaque scène pour en reconstituer l'histoire.
    La seconde partie nous mène sur les pas de deux frères embarqués dans le projet insensé de voler une statue de Lénine et de la transporter de Bucarest à Budapest, l'un emmenant le corps et l'autre la tête. Tandis qu'un troisième protagoniste tente, lui, de ramener de Budapest le corps putréfié de sa mère défunte à l'arrière de sa voiture pour l'enterrer sur sa terre natale, à Bucarest. Les deux trajectoires, au final, se croisent à la frontière roumano-hongroise. Une scène ultime qui offre l'opportunité d'un renvoi à la première scène de la première partie.
    Berlin, Bucarest-Budapest. est une interrogation de la notion de frontière, dans ses aspects multiples, et des efforts permanents qu'il nous faut produire pour nous dépasser et les traverser.

  • Au fil d'une déambulation composée de plusieurs tableaux, parfois fantasmagoriques mais toujours ancrés dans la réalité, Christos Chryssopoulos enquête et observe les symptômes d'un mal qui nous ronge. Il y pose le constat d'une société de surveillance, qui isole et oppose. Où l'incommunicabilité grandit au point que la colère s'impose (à nous) comme ultime possibilité de sortir de soi et fait de nous sa première victime.
    Nous sommes ainsi tour à tour confrontés aux idéologies racistes, à la violence au travail, aux relations entre hommes et femmes, à la cellule familiale, au milieu scolaire, à travers un subtil jeu de dialogues qui rend compte des difficultés de communication entre ceux qui possèdent la parole et ceux qui ne l'ont pas.
    /> L'auteur-narrateur apporte un commentaire à la manière d'un choeur antique entre chaque tableau et finit, dans le dernier tableau, par prendre corps en tant que personnage, en suivant un autre à son insu et rendant ainsi compte au lecteur de son mode opératoire.

  • On avait beau jeu d'affirmer qu'elles avaient été achetées, car certains explorateurs ou certains représentants de l'Etat français (.) avaient sans doute troqué ces oeuvres contre peu d'argent, ou des babioles, ou des menaces. Aucune transaction inattaquable, certainement. Certes il était possible d'affirmer qu'en les volant on les avait sauvées mais c'était tout de même tordu.

    La spoliation des biens culturels africains pratiqués par les pays fondateurs de l'Union européenne, comme la France et Italie, durant les années de colonisation.
    En trouvant l'audace d'intenter une procédure contre le Musée du quai Branly, à Paris, le roi de Bangoulap - un village du pays bamiléké, dans l'Est du Cameroun -, ne pouvait pas deviner que c'était en fait l'Europe libérale et carnassière qu'il allait complètement déshabiller.

    Arno Bertina inverse la vapeur avec un plaisir communicatif.
    Les pays africains réclament la gratuité du musée pour leur ressortissants arguant que les oeuvres exposées leur appartiennent. Sans réponse, ils interpellent l'Union européenne qui finit par admettre la propriété africaine de ces oeuvres à la surprise générale, bien qu'elles participent de l'identité européenne.
    Cette première demande accordée fait effet tache d'huile car les Africains décident de ne pas s'arrêter là.

    De la fiction à la science-fiction.
    On assiste au désenchantement de l'Union européenne se voyant obligée de céder à toutes les requêtes successives, qui aboutissent à la libre-circulation des ressortissants africains avec l'ouverture des frontières, où la notion de gratuité prime.

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