Langue française

  • Chasseur à l'automne, ou encore de l'homme des bois, du loup-garou, de l'enragé, du possédé. Il préside aussi à la poursuite céleste des pléiades par Orion. Analysant la pratique de la chasse, en France et en Europe, Bertrand Hell retrace, à travers le motif central du sang noir, les multiples aspects du mythe de l'homme sauvage, dont il est la métaphore dans notre culture.
    S'adonner à la chasse, c'est s'abandonner au flux sauvage, risquer de passer sous son empire ; il y faut donc des règles précises. mais la passion peut devenir fureur, et fièvre dangereuse. De la Méditerranée à la Sibérie, mythes et mythologies illustrent ces débordements ; le thème touche à la cosmologie, à la théologie, à la médecine, il organise en profondeur l'imaginaire de notre culture, et l'on verra que saint Hubert s'inscrit dans la filiation d'Artémis, la divine chasseresse.

  • Tarantella ?! peut être lu comme le récit d'un voyage où les paysages évoqués sont avant tout sonores. L'auteur s'efforce d'y restituer l'intensité d'un langage dramatique, celui que les indigènes du Sud de l'Italie se sont créés depuis les temps antiques jusqu'à nos jours. De la danse des tarantate à la danse des couteaux, des chants de travail aux chants de prison, ces sons et ces gestes dessinaient le contour d'un monde qui continue de nous hanter, entre marginalité sociale et récupération spectaculaire. Travaillant tant sur la puissance des cultures subalternes, que sur une critique de la civilisation occidentale, s'interrogeant sur l'articulation de la politique et du langage, ce livre échappe au final à toute discipline?: il invoque tour à tour l'ethnomusicologie, la philosophie, l'histoire sociale et politique ou encore l'anthropologie...

  • La création artistique de Josef Nadj s'organise autour d'un ensemble de motifs qui reviennent constamment et qui, pour la plupart, s'enracinent dans son enfance. Au jeu des questions, Josef Nadj répond par des histoires. Allégories ou métaphores ouvertes, suspendues. Ce texte de Myriam Bloedé, accompagné de 75 photographies et dessins de Josef Nadj, restitue ici quelques-unes de ces histoires, évite la chronologie et l'analyse systématique des pièces pour faire apparaître la cohérence de l'oeuvre scénique et plastique. Inviter à une traversée de son univers, en suivant le fil des motifs et surtout de ces figures qui le « hantent positivement ».

  • Que faisait donc la danse aux Expositions universelles et internationales de Paris, ces sites légendaires autant qu'éphémères, entre foires et musées, dont la finalité, de la Troisième République au Front populaire, était de rassembler les réalisations exemplaires des avancées de la technologie et des arts ? Sa présence - dont témoignent de nombreux comptes rendus - répondait-elle à un projet politique ou reflétait-elle la « dansomanie » de l'époque, l'irruption de la danse dans l'industrie du divertissement ? Comment expliquer son impact sur la culture de l'époque ? Et surtout, pour paraphraser Walter Benjamin, le geste dansant incarnait-il le visage « utopique » de l'Exposition, la place de l'homme dans un Cosmos à qui le progrès donnerait bonheur et harmonie, ou bien « son aspect cynique » dans le Chaos de la marchandisation sauvage des loisirs et des attractions ?
    En supposant une singularité de l'expérience vécue par le spectateur dans le contexte spécifique des Expositions, ce livre fait le pari, plutôt que de recenser les formes chorégraphiques présentées, d'en étudier la réception, la production de discours ou d'images qu'elles ont suscités, ces traces de la perception des corps en mouvement et de l'expérience de ceux qui y assistèrent.

  • Fruit d'une étude ethnologique, cet ouvrage croise à la fois des enquêtes de terrain approfondies et des données historiques - des origines de la bière, la plus ancienne des boissons, à son folklore particulier (chansons, fêtes, légendes) - pour proposer un éclairage original sur une boisson « ordinaire ». Au fil de son analyse, Bertrand Hell en arrive ainsi à faire ressortir l'analogie entre fabrication de la bière et pensée alchimique. Bénéficiant de la combinaison des forces symbolisées par le double triangle entrelacé de l'étoile des brasseurs, « l'art » brassicole permet de transmuer une matière imparfaite car putrescible en un breuvage doté de la force de vie de l'alcool. C'est à l'aune de cette pensée symbolique que doivent se comprendre à la fois l'importance historique de la bière comme boisson rituelle et ses modes contemporains de sociabilité qui la distinguent nettement du vin.

  • Conversation avec Annie Suquet et Jean Pomarès Figure artistique majeure de la seconde moitié du XXe siècle, le danseur et chorégraphe américain Merce Cunningham (1919-2009) s'intéressa aussi, tout au long de sa vie, aux progrès de la technologie - de l'audiovisuel à la modélisation en 3D et au multimédia - comme moyens d'enrichir sa création chorégraphique.
    Avec Westbeth et Blue Studio, les premiers films qu'il réalise avec Charles Atlas au milieu des années 1970, Merce Cunningham est considéré comme l'inve teur de la "vidéo-danse ". C'est dire le prix de ses réflexions sur les singularités de la danse filmée, qu'il s'agisse d'adapter des oeuvres créées pour la scène ou de chorégraphier directement pour la caméra.
    Le 17 novembre 1996, il était justement l'invité d'une rencontre publique au Centre Pompidou, organisée dans le cadre de la manifestation Vidéodanse, films de danse, sur le thème " Chorégraphier pour la caméra ". Cet ouvrage reprend l'intégralité des propos tenus par Merce Cunningham à cette occasion et les prolonge par des textes de ses interlocuteurs d'alors, Annie Suquet et Jean Pomarès, qui reviennent, chacun à sa manière, sur l'oeuvre filmée de cet immense artiste.
    Présenté par Myriam Bloedé, l'ensemble est illustré par des images de films réalisés par Cunningham avec Charles Atlas ou Elliot Caplan.

  • Le sujet central de l'oeuvre de Genet, ce n'est ni le mal, ni la sainteté, la politique ou l'homosexualité mais la mort.
    Être mort, parler par-delà le monde des morts, donner la parole aux morts. Genet est un janséniste qui se place du côté de ceux à qui la grâce fut refusée dès la naissance. Sans salut dans l'au-delà, ces hommes sont dès le premier jour de leur vie des cadavres errants et abjects, des non-êtres sans avenir. Genet est scandaleusement métaphysique par cette première affirmation - être impardonnable, c'est être mort - puis par sa volonté d'accorder sa grâce à ces bannis. Pour cela, il crée une langue qui tresse le champ lexical de la poésie à ceux catholicisme et de l'interlope : elle mêle la rose et la Vierge au meurtre et à la merde. Ce jeu formel, où le bien et le mal s'équivalent, répond à une nécessité, hyperboles et métaphores s'efforçant de faire sens afin d'offrir un verbe qui réaffirme à le droit à la parole, le pouvoir du locuteur, mais aussi de l'interlocuteur : être entendu est un préalable à toute grâce. Cette langue est donc opératoire : sa force poétique permet de nommer les morts, de les inscrire dans une famille et à nous, lecteur, de porter leur deuil.

  • Le débat sur le sexe des marionnettes se pose avec autant d'acuité qu'hier celui sur le sexe des anges. Mais qu'attendre de l'honnête Marie (racine du terme « marionnette » en français) poussée par les fils de la Vierge ? Ou des marottes un peu simplettes ? A-t-on jamais prêté une sexualité à Guignol et à son comparse Gnafron ? Les propositions théâtrales visant à débaucher la marionnette se singularisent par leur humour, leur appétit, mais s'interdisent les écarts de conduite. Le chantier de la libido des puppets reste ouvert. Ailleurs, hors l'Occident, Thanatos règne en maître sur l'univers des pantins. Aussi sera-t-on tenté de vider le sac de cette Faucheuse, avec quelques incursions du côté du cinéma d'animation tchèque, avant d'enfourcher ce qui menace de devenir un dada : la question du genre chez les pantins. Il sera bien temps, après, de faire intervenir la folie venant frapper à la porte des ateliers, et de s'interroger sur la fonction de double ou d'épouvantail, apte encore à faire fuir une partie du public, intrigué autant qu'effrayé par la mise en branle des objets.

  • Deux entretiens inédits avec James Ellroy et un texte de son traducteur Freddy Michalski précèdent des articles de journalistes et d'universitaires - politologues, philosophes, sémiologues - dont Marie Depussé et Bernard Sichère, décrivant l'univers de James Ellroy.

  • Comment représenter et se représenter les transformations des territoires habités ? Quels regards et quels outils sont inventés pour le faire ? Et pourquoi ces modes de représentations prennent-ils tant d'importance aujourd'hui ? Ces questions traversent le présent ouvrage collectif auquel ont contribué des chercheurs issus de champs disciplinaires variés, comme l'architecture, l'urbanisme, l'anthropologie, la philosophie, la géographie, la sociologie, etc.
    Les textes réunis dans cet ouvrage explorent l'hypothèse selon laquelle il est nécessaire de passer d'une approche statique des phénomènes urbains à une démarche et des méthodes plus aptes à penser les espaces de l'édifice, de la ville, du grand territoire, dans une logique de devenir caractérisée par des changements, des mutations, des bifurcations, mais aussi des cycles, des résurgences et des récurrences.
    De Naples à Cali, de Berlin au Monténégro, de Rennes au Grand Paris en passant par Milan, les territoires en transformation se croisent, se répondent et forment une géographie mouvante jalonnée des images du photographe Adamo Maio. Ils sont appréhendés à travers des prismes variés : la danse, la cartographie, les restes urbains, le cinéma, le tourisme, l'hodologie, etc.

    AVEC LES CONTRIBUTIONS DE:
    Chiara Barattucci, Anna Barret, Céline Bodart, Philippe Bonnin, Stéphane Bonzani, Roberto D'Arienzo, Estelle Degouys, Clément-Noël Douady, Laurence Feveile, Paola Figueroa, Federica Gatta, Alain Guez, Elisavet Kiourtsoglou, Claire Lagesse, Annarita Lapenna, Margaret Manale, Sandra Parvu, Anne Philippe, Emmanuelle Roberties, Lisa Rolland, Marion Roussel, Mathias Rollot, Alice Sotgia, Chris Younès, Véronique Zamant, Piero Zanini, Ornella Zaza.
    Photographies de Adamo Maio.

  • Fondé en 1795, le Conservatoire de Paris a traversé jusqu'à aujourd'hui les vicissitudes politiques, les révolutions pédagogiques et esthétiques et, bien sûr, les transformations du métier d'artiste. Une telle longévité fait évidemment question surtout à l'heure où la notion même d'institution est remise en cause.

    Pour aborder la longue histoire du Conservatoire de Paris, ce livre propose une formule originale. Un bref essai historique analyse d'abord les piliers sur lesquels a reposé pendant près de deux siècles l'une des principales écoles de musique européenne. Puis 16 entretiens avec des personnes formées ou ayant travaillé dans l'établissement reviennent sur ses fondements et éclairent son histoire durant les cinquante dernières années.

    Les entretiens ont été menés avec Jane Berbié, Gilbert Amy, Alain Meunier, Jacqueline Billy-Hérody, Alain Louvier, Catherine Robin, Alain Poirier, Marc-Olivier Dupin, Philippe Dinkel, Claude Delangle, Géry Moutier, Frédéric de Roos, Coralie Fayolle, Bruno Messina, Bruno Mantovani et Alexis Kossenko.

  • Sidi Larbi Cherkaoui, danseur et chorégraphe, a créé, avec Nienke Reehorst, Ook, un spectacle interprété par des acteurs handicapés psychiques rencontrés au Theater Stap de Belgique. La venue de l'un d'entre eux, Marc Wagemans, dans le spectacle Foi, a permis à Sidi Larbi Cherkaoui de poursuivre, avec les Ballets C. de la B., ce travail d'ouverture sur la pluralité des individus. Joël Kerouanton, éducateur spécialisé, a voulu interroger Sidi Larbi Cherkaoui sur l'élaboration de ces spectacles, sa pratique de la danse, sa capacité à conduire ses danseurs à sublimer leurs handicaps : le chorégraphe a alors proposé à l'éducateur de le croiser régulièrement, une année durant...

    Fruit d'un dialogue continu entre le chorégraphe et Joël Kerouanton, Sidi Larbi Cherkaoui, rencontres s'offre comme une écriture-promenade au côté d'un metteur en scène et de ses interprètes.

  • Le rôle des intellectuels, des artistes et des personnels d'institutions culturelles dans les mouvements de résistance au nazisme est souvent méconnu. Pourtant, les premières recherches engagées dès 1985 au musée de la Résistance nationale sur la résistance de musiciens se sont révélées fructueuses. Ainsi, Madeleine Milhaud, Henri Dutilleux, Irène Joachim, Elsa Barraine, Jacques Jansen et Manuel Rosenthal ont accepté de témoigner sur cette part de leur vie oubliée par les biographes. Par la suite, l'étude des fonds propres aux mouvements de résistance a mis en lumière l'existence d'une résistance à base syndicale de l'ensemble des métiers du spectacle, parallèle à celle, spécifique, des musiciens. Les recherches se sont poursuivies sur les collections historiques du musée de la Résistance nationale et de la bibliothèque-musée de l'Opéra, éclairées et enrichies par les témoignages de personnels, actifs et retraités, de l'institution. Une autre facette de l'histoire de la résistance des personnels de la Réunion des théâtres lyriques nationaux se découvrait ainsi. Cet ouvrage, à travers ses textes et son iconographie, restitue les apports successifs et conjugués de ces rencontres et de ces recherches : une histoire, des mémoires, un patrimoine culturel et civique vivants, annonciateurs d'autres créations communes.

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