Sciences humaines & sociales

  • Depuis la révolution islamique de 1979, l'Iran est le pays qui suscite le plus la polémique en Occident. Dernière controverse en date : l'arme atomique qu'il serait sournoisement en train de fabriquer. Or que sait-on de ce pays ? Peu de choses en vérité tant les considérations géopolitiques, qu'il ne faut surtout pas minorer, rendent impossibles toute lecture approfondie de ce pays grand comme trois fois la France et qui ne se réduit pas à ses « patriarches » religieux.
    Chargée de recherche au CNRS, Marie Ladier-Fouladi fait partie de ces rares observateurs qui examinent patiemment la société iranienne depuis de plusieurs années. Qu'a-t-elle vu de l'intérieur ? Ainsi, les jeunes, qui représentent 60 % de la population locale, n'adhèrent pas ou plus aux idéaux politico-religieux de l'État. Autre constatation : alors qu'elles ont largement participé à la révolution de 1979, les femmes n'ont jamais quitté l'espace public. Elles n'ont jamais cessé de revendiquer l'égalité des droits et de contester les lois et les traditions.
    Dans une année décisive pour l'Iran - trentième anniversaire de sa révolution islamique et élection présidentielle en juin prochain -, c'est ce monde de paradoxes que nous décrit Marie Ladier-Fouladi dans un ouvrage clair et passionnant.

  • Alors que notre société est rongée de l'intérieur - ghettoïsation des quartiers d'habitat social, « vivre ensemble » malmené par la multiplication des résidences sécurisées et l'exacerbation des communautarismes, etc. - nous semblons accepter cette situation. À croire que cela n'aurait aucun effet sur notre vie quotidienne. Observateur sans complaisance du territoire, Thierry Paquot n'est pas de ceux qui tournent le dos à la réalité. Ce livre, il ne l'a pas écrit pour les prosélytes de la nuance. L'Urbanisme est votre affaire ! est une invitation qui, pour peu qu'on la suive, pourrait faire demain de nos villes des lieux solidaires, écologiques et démocratiques. Il suffit en effet de regarder autour de soi pour se convaincre que ses cinq propositions en faveur d'un nouvel urbanisme, enthousiasmantes et pleines d'espérance, nous sortiront de nos vies trop vite résignées.

  • Ces dernières années ont été marquées par un débat récurrent sur la fin supposée des idéologies, notamment celles de gauche, et, parallèlement, par l'émergence du courant altermondialiste et des discussions théoriques qui lui sont associées. Saisir les enjeux en présence nécessite de connaître ces idéologies, leurs origines et la manière dont elles se sont opposées, chevauchées et articulées au fil du temps. C'est ce que nous propose
    Octavio Rodriguez Araujo à travers ce parcours synthétique. Sans faire l'impasse sur l'approche marxiste qui est la sienne, l'auteur tente de donner ici une vision claire et dynamique des gauches et du gauchisme, d'hier comme d'aujourd'hui, pour dégager des pistes de réflexion sur une interrogation majeure : le mouvement actuel sera-t-il capable de proposer d'autres chemins d'action que l'opposition pure et simple et de se fixer des objectifs précis
    compte tenu de sa composition plurielle oe

  • Après une longue période d'amnésie, l'État français semblait entrer au début des années 2000 dans une phase de pacification avec son histoire coloniale. Mais à la faveur d'un texte de loi qui voulait contraindre les enseignants d'histoire à « enseigner de manière positive la présence de la France dans ses colonies » puis d'un discours régressif du président Sarkozy en juillet 2007 à l'université de Dakar, nous constatons un retour aux heures noires de l'idéologie coloniale. Ouvrage ambitieux, au sens où il n'hésite pas à s'attarder sur les figures les plus complexes du fait colonial et de ses suites, Retours du colonial ? met en perspective la politique de l'État français à l'égard des territoires et des populations issues de ses anciens territoires coloniaux, les analyses et recherches consacrées à ces questions et les idées qui circulent à ce sujet dans l'opinion.

  • Si peu de gens connaissent le Val d'Europe, tous ont entendu parler d'Eurodisney. Le Val d'Europe est unique en son genre car il est né de la rencontre de deux projets imaginés au départ de façon indépendante : la réalisation de la ville nouvelle de Marne-la-Vallée et le projet de la Walt Disney Company d'implanter en Europe un grand parc à thème identique à ceux des États-Unis, mais conçu comme pôle d'attraction d'un vaste programme immobilier.
    Le Val d'Europe, une terre de Disney en France, fruit d'une recherche effectuée entre 2006 et 2007, raconte le type de société fabriquée par un tel urbanisme. La ville « privatisée » échappe à la règle du droit commun en se plaçant en dehors de la sphère publique et en regroupant une population sociologiquement « typée » : les classes moyennes. Ses habitants ont préféré la loi de fer de l'urbanisme libéral à celle de l'urbanisme public. Seul avec soi et libre de tout. Le Val d'Europe leur raconte une histoire, celle d'un monde où les doutes sont chassés.
    Au Val d'Europe, la ville publique n'est pas cassée, elle est morte. Le moralisme et la planification abusive de Disney ont réussi à tracer un modèle de ville (de vie ?) qui marque la fin de l'histoire républicaine française et le début des hystéries communautaires.
    En un mot, la dictature d'une vision des hommes dépolitisés, isolés et serviles. Le plus étrange est que cette perspective ne hante personne en France. Ni le monde politique, ni la société civile. Mais il y a encore plus inquiétant : le Val d'Europe est en train de devenir la référence en matière de productions urbaines et de pactes sociaux : des centaines d'individus en redemandent chaque année.

  • "Si le Mali n'existait pas, il faudrait l'inventer." .Mohomodou Houssouba procède ici à sa propre invention du Mali, invention de ce pays, de ses habitants, de son histoire. Dans ce texte court à la langue riche du multilinguisme de l'auteur, la réalité malienne contemporaine apparaît : fragmentée, tout en réseaux, souple, faite du va-et-vient entre le village et le monde, pauvre et belle.On comprend que le Mali s'étend bien au-delà de ses frontières administratives, mais que parfois il n'existe pas non plus.Ainsi, le texte en vient à toucher les questions du moment - islamisme, françafrique, humanitaire, ethnicité, football... Nous découvrons le Mali pour ce qu'il est à un instant donné par Mohomodou Houssouba, le centre provisoire du monde.

  • L'idée selon laquelle la distinction entre la droite et la gauche est affaire du passé relève d'une nouvelle idéologie qui tente d'occulter deux phénomènes : l'aggravation des inégalités sociales malgré le développement de la démocratie formelle, aujourd'hui présentée comme l'objectif à atteindre dans le monde entier, et la montée en puissance de la droite et de l'extrême droite. Afin d'éclairer ce propos, Octavio Rodríguez-Araujo s'attache tout d'abord à définir ce qui caractérise et différencie ces deux concepts, relatifs l'un à l'autre, que sont la droite et la gauche. Il examine à cet égard certaines notions telles que progressisme et conservatisme, démocratie et égalitarisme, souvent articulées de façon trompeuse ou erronée dans le discours dominant.
    L'auteur propose ensuite un résumé de l'évolution des droites et des extrêmes droites tout au long du XXe siècle, en s'attardant sur le fascisme mais aussi sur la domination exercée au moyen du contrôle étatique de l'économie dans les ex-pays "socialistes". Au-delà du cas européen, grâce à l'analyse des pays latino-américains et des nations issues de la décolonisation ou à la distinction qu'il établit au sujet des États-Unis (où coexistent deux extrêmes droites, l'une de gouvernement et l'autre plus marginale, proche de son homologue européenne), il dresse un tableau très descriptif des mouvements de droite, actuels et passés, à l'oeuvre dans le monde et des enjeux politiques qui en découlent.

  • " Le Chili et le monde ont bien changé depuis cette époque " nous avons fait ces choix politiques qui ont failli nous coûter la vie. Nous portons la marque de 1973, au coeur comme dans notre esprit. Nous n'avons oublié aucun de nos compagnons d'idéaux qui sont tombés dans la tourmente, dont nous savons aujourd'hui que rien n'importe plus que de s'opposer toujours à ce qu'elle revienne. Nous avons tenté de regarder l'histoire de notre pays les yeux grands ouverts, sans chercher d'excuses confortables aux erreurs commises. Nous ne craignons plus d'être montrés du doigt pour avoir changé d'idée sur la façon dont progressent véritablement les peuples et dont se créent les conditions d'une amélioration de la vie au bénéfice de tous. Voilà le point de départ d'une réflexion sur le destin hors du commun d'une génération, chilienne mais pas seulement, qui a rêvé de révolutionner en profondeur le monde dans lequel elle vivait. Quelques semaines après le " show " des quarante ans de Mai-68, Après la révolution est une heureuse exploration du réel, en dehors des artifices de relecture de l'histoire. Acteurs d'une histoire qui continue encore de fasciner des millions d'individus, Muñoz et Ottone restituent le temps de la genèse " révolutionnaire " chilienne (mais aussi de la révolution cubaine), témoignent sans fard de leur propre histoire et affrontent sans détour la question de l'échec de l'utopie socialiste.

  • Ce texte s'est nourri d'expériences d'élues locales ou nationales et des recherches universitaires les plus récentes sur la place des femmes en politique. Toutefois sa richesse essentielle tient à la qualité des échanges entre chercheur-ses, militant-e-s et élues, au sein desquels la dynamique entre la recherche et l'action est absolument inédite. Une dizaine de contributions, entretiens et synthèses explorent l'état des lieux de la question des femmes en politique, rendent compte de la lente généalogie des femmes politiques, mais aussi du piètre effet de l'application de la récente loi sur la parité et des difficultés à se défaire de la domination masculine dans les différents échelons de la vie politique française. Très accessible, illustré par un caricaturiste breton a Bretagne est la seule région à envoyer un tiers de députées à l'Assemblée ! le texte pose toutes les problématiques actuelles du débat sur le statut des femmes en politique. Il s'agit d'un livre de réflexion, mais aussi, car tout cela n'est pas gratuit, d'un outil, d'un appui pour les élu-e-s et les citoyenn-e-s soucieux-ses de faire tomber les discriminations sexistes dans la vie politique française.

  • "Par horreur de l'ennui, j'ai choisi les mathématiques. Par horreur de l'ennui, je les ai abandonnées..." Tous les jours, dans tous les domaines, nous faisons des progrès formidables et nous nous en réjouissons bruyamment. Le savoir, bien entendu, améliore nos vies matérielles. C'est en outre un excellent divertissement. Mais nous lui prêtons des vertus libératrices qu'il n'a pas et refusons de voir ses aspects aliénants. Les problèmes éthiques empirent au fur et à mesure que la biologie invente de nouveaux procédés. La course au savoir favorise la multiplication de spécialistes soumis. Obsédés par la compétition, ils ne se posent de questions qu'internes à leur spécialité, ne s'interrogent pas sur son sens, ne remettent pas en perspective son rôle social. Didier Nordon traite donc ici avec acuité et tout le détachement que lui permet l'usage de la première personne des revers que l'explosion du savoir nous inflige. Un livre pour tous ceux que les mathématiques, la solitude,
    la philosophie, la méchanceté, la connerie et l'éthique intéressent.

  • Chaque jour, l'actualité témoigne d'un territoire aux abois, miné
    par des clivages et des oppositions préjudiciables à la cohésion sociale.
    Les communautarismes religieux, les séparatismes sociaux, la banalisation
    des ghettos ethniques dans les banlieues populaires et la multiplication des
    "villes privées" ont fini par remettre en question la notion même de société.
    En faisant référence au "passé mythique" des grands ensembles la notion
    de "mixité sociale" aborde le réel en additionnant des termes souvent
    contradictoires : cohabitation, coexistence, brassage, diversité sociale,
    mosaïque, melting-pot, équilibre sociologique, etc. Tout cela témoigne en
    réalité d'une gêne, d'un souci de rendre invisible le fondement du débat sur
    la mixité : le référent racial. Dans cet ouvrage d'analyse politique
    anatomique et virulent, Hacène Belmessous déconstruit ce mythe à travers
    deux champs majeurs : l'habitat et l'école.

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