Gallimard

  • Ce troisième volume des Réflexions regroupe les Cahiers XII à XV dont la rédaction court de 1939 à 1941. Comme les précédents, il témoigne de l'approfondissement décisif que connaît la pensée de Heidegger dans les années 1930 : non à la manière d'un « journal philosophique » écrit en contrepoint de l'oeuvre, mais plutôt d'un espace de travail et d'écriture où s'exerce ce qu'il nomme quelques années plus tard « un regard au coeur de ce qui est ». S'y répondent les différents chemins explorés par cette pensée, toujours à nouveau repris d'un pas qui change librement de rythme et d'allure : la préparation d'un autre commencement dont l'enjeu est une métamorphose de l'être humain dans son rapport essentiel à l'être ; la remémoration du premier commencement grec où s'est initialement exposé ce rapport ; enfin, la méditation de l'histoire de ce premier commencement, histoire dont l'achèvement dessine le visage de notre époque, celui d'un monde soumis au déchaînement uniforme de la puissance. Au moment où les événements prennent en Europe un tour terriblement dramatique - le déclenchement de la guerre, le pacte germano-soviétique, l'attaque allemande en Russie -, les Réflexions consignées dans ces quatre Cahiers font face à cet inquiétant visage du monde, avec angoisse mais sans aucune déploration stérile, attentives avant tout à entendre, en retrait du vacarme public, « le bruit et la germination du temps » dont parlait Ossip Mandelstam.

  • Arnold Gehlen (1904-1976) est l'un des protagonistes majeurs, à côté de Max Scheler et de Helmuth Plessner, de l'anthropologie philosophique, vaste courant encore méconnu qui a traversé le XXe siècle en dialoguant avec la plupart des écoles philosophiques et sociologiques allemandes, de la phénoménologie à l'école de Francfort.
    Son maître-ouvrage L'Homme, paru en 1940, est considéré comme l'un des trois livres fondateurs de ce courant, à côté de La Situation de l'homme dans l'univers, de Scheler (1928) et des Degrés de l'organique et l'Homme, de Plessner (1928). Il interroge la place spécifique de l'homme comme organisme vivant dans la nature, selon une approche qui croise les sciences de son temps, la tradition philosophique de l'idéalisme allemand et le pragmatisme américain. Le concept de l'homme comme «être déficient», biologiquement inadapté, met en relief sa constitution physique particulière, ouverte au monde, par contraste avec la morphologie de l'animal, corrélée à son milieu naturel. L'homme, cet orphelin de la nature, survit en compensant ses déficiences biologiques initiales par l'action, laquelle lui permet d'élaborer une «nature artificielle».
    Cette anthropologie de l'action débouche sur une théorie des institutions que Gehlen allait développer par la suite et dont il propose une première esquisse dans ce livre.

  • Rédigé à la suite des Apports à la philosophie à la fin des années 1930, le texte publié sous le titre Méditation est une pièce maîtresse du chemin de pensée sur lequel Heidegger s'est engagé après ce qu'il est convenu d'appeler le « tournant ». La question de l'être reste bien la question centrale, mais elle est abordée ici dans une perspective originale en sortant du cadre initial de l'ontologie fondamentale et de l'analytique existentiale pour entrer dans le champ de l'histoire de l'Être. L'ouvrage fait à cet égard partie d'un ensemble de traités dits « historiaux » qui déclinent une pensée désormais cardinale, la pensée de l'histoire de l'Être. Conduit par cette pensée, Méditation met au jour les présupposés philosophiques de la modernité qui sont aussi et plus généralement ceux de la pensée occidentale depuis son premier commencement grec, et au premier rang desquels figure la Machenschaft, la fabrication. On voit en même temps se mettre en place les thèmes qui prendront une importance de plus en plus grande dans l'oeuvre heideggérienne, comme la question de la technique ou de la structure quadripartite du monde où se croisent le ciel et la terre, les divins et les mortels.
    À travers toutes ces analyses, Heidegger entend oeuvrer au dépassement de la métaphysique et préparer l'avènement de l'autre commencement, un commencement promis à la pensée depuis son premier matin mais qu'elle a manqué sans le savoir ni le vouloir. Cette préparation est en même temps celle d'une décision, la décision de se mettre pour une fois à l'écoute de l'Être et de sa vérité en étant délivré des mirages de la fabrication et de ses productions.
    Cette décision cependant, et c'est là au fond la grande leçon de Heidegger, ne peut pas être entièrement la nôtre, cette décision est d'abord et avant tout celle de l'Être lui-même qui, en tant qu'Ereignis, peut seul nous permettre d'entrer en possession de notre propre être en nous reconduisant là où nous avons depuis toujours notre séjour.

  • Ce volume rassemble deux textes qu'on associe traditionnellement depuis leur publication posthume conjointe.
    S'ils ont en commun d'appartenir à la période intermédiaire du travail de wittgenstein, entre le tractatus logico-philosophicus (1921) et les investigations philosophiques (achevé en 1949), ainsi que d'avoir été dictés en anglais à des étudiants de cambridge, ils n'ont cependant pas le même statut. le cahier bleu (dicté en 1934) est la première formulation complète de la seconde philosophie de wittgenstein.
    Agé de quarante-cinq ans, le philosophe y reprend à la lumière du " jeu de langage " l'ensemble des problèmes qui l'ont toujours préoccupé. il montre en quoi cette notion permet d'échapper aux apories du sens, du solipsisme, et, plus généralement, de la métaphysique. malgré certaines lacunes qu'on peut y déceler à la lecture rétrospective des investigations, cet ouvrage se présente comme définitif. wittgenstein le dicta d'ailleurs à ses élèves alors qu'il envisageait de quitter cambridge pour s'installer en union soviétique oú il aurait voulu exercer un métier manuel.

    Quant au cahier brun (dicté en 1935), il constitue sans équivoque le premier jet des investigations philosophiques. il ne 'agit plus seulement d'indiquer de manière générale les pouvoirs thérapeutiques des jeux de langage, mais d'en proposer une série concrète. a ce titre, le cahier brun se présent à la fois comme un manuel d'exercices philosophiques et comme une réflexion sur leur usage. y sont examinés des problèmes aussi divers que la ressemblance, le suivi des règles, l'infini, etc.
    , qui relèvent tous d'une attitude métaphysique dont wittgenstein veut montrer la vanité.

  • À une époque de transition entre l'ancien régime et la modernité du droit pénal, Cesare Beccaria opère une rupture dans le domaine juridique et politique, en direction d'une laïcisation de la justice criminelle. Dans le droit de punir moderne, dont le philosophe et juriste milanais dessine les contours, la peine devient une nécessité sociale, née d'une concession minimale de la liberté des citoyens. Clarté et utilité des lois pénales, proportion entre peines et délits, promptitude et modération des peines, dépénalisation et prévention plutôt que répression, telles sont les exigences énoncées avec éclat dans Des délits et des peines en 1764.
    Salué par Voltaire et les Encyclopédistes, l'ouvrage a été au centre des débats sur la réforme criminelle au cours des dernières décennies du XVIIIe siècle. La Révolution française a consacré ses principes. Une bonne partie du droit pénal européen est issue de ce petit livre italien. Ses combats restent néanmoins toujours d'actualité dans le monde, qu'il s'agisse de celui contre la peine de mort ou de celui contre la torture. Sa vigueur de pensée en fait une référence toutes les fois où les systèmes juridiques sont mis à l'épreuve de l'inhumanité, lorsque «les lois permettent qu'en certaines circonstances l'homme cesse d'être personne et devienne chose».
    Des délits et des peines sont présentés ici dans une nouvelle traduction, le plus littérale possible, accompagnée d'un apparat critique veillant à éclaircir les passages les plus complexes et à indiquer au lecteur les principales articulations de la pensée de l'auteur.

  • Ce volume comprend les cinq premiers des trente-quatre Cahiers rédigés par Heidegger depuis le début des années 1930 jusqu'à la fin de sa vie (la série commence en fait au deuxième de ces Cahiers, le premier ayant été perdu).

    Les «Cahiers noirs» ou «Cahiers de travail» (ainsi Heidegger les dénommait-il lui-même d'après leur fonction ou la couleur de leur reliure) occupent une place singulière dans l'ensemble de ce qu'a écrit l'auteur. Son souhait de les voir publiés après que fut achevée l'édition intégrale de ses oeuvres signifie qu'il a voulu laisser aux lecteurs soucieux de comprendre sa pensée un moyen d'en appréhender le travail au plus près de son élaboration.

    La publication de ces Cahiers permet-elle de mieux connaître Heidegger? Certainement pas, si l'on entend par «connaître» le fait d'entrer dans l'intimité d'une personne. On ne trouvera pas trace d'une quelconque confidence dans ces pages. En revanche, on y verra à l'oeuvre l'effort sans relâche d'un philosophe pour reprendre et préciser sa pensée. Les Cahiers commencent au moment où Heidegger entreprend d'approfondir la position conquise avec Être et Temps (1927). Ils permettent de suivre l'aventure intellectuelle qu'allait représenter pour lui la découverte déconcertante de ce qu'il finirait par appeler «l'histoire de l'être».

  • wittgenstein, incontestablement un des plus grands philosophes du xxe siècle, est aujourd'hui reconnu comme l'auteur, non de deux, mais de trois oeuvres maîtresses : alors que le tractatus et les recherches philosophiques appartiennent au premier et au deuxième wittgenstein.
    sans doute la plus importante contribution à l'épistémologie depuis la critique de la raison pure de kant. de la certitude est la réponse de wittgenstein au scepticisme cartésien. la méthode de descartes est de tout soumettre au doute jusqu'à avoir atteint la roche dure de la certitude : l'indubitable. a cela, la réponse de wittgenstein est que la formulation même du doute présuppose la certitude.
    ainsi, nos certitudes fondamentales constituent, on un point d'arrivée, mais le point de départ nécessaire et indubitable de notre pensée et de notre action dans le monde. elles ne sont pas l'objet de la connaissance, mais son fondement. cette nouvelle traduction répond à l'intérêt croissant qu suscite de la certitude dans le cadre d'une oeuvre dont on mesure de mieux en mieux l'importance.

  • Les Cahiers repris dans ce volume, rédigés en 1938-1939, tournent principalement autour du thème de «l'autre commencement » que, selon Heidegger, la philosophie a pour tâche de préparer, à l'heure de «l'achèvement des Temps nouveaux», où le règne de la métaphysique de la subjectivité porte le «premier commencement», le commencement grec, à sa complète expression. Cela se manifeste en particulier dans «la réduction de l'homme à lui-même», à son animalité et à sa rationalité qui non seulement se conjuguent, mais se renforcent l'une l'autre. Les débordements politiques de l'âge des masses, à commencer par le national-socialisme, en procèdent en ligne directe.
    Là est l'enjeu «historial» de l'époque pour la pensée, enjeu que Heidegger s'emploie à faire ressortir contre l'aplatissement de «l'histoire historisante». Au-delà du déploiement de l'efficience généralisée, il y va de la «Décision» ouvrant sur la vérité de l'essence de l'homme dans sa relation à l'être.

  • John Dewey (1859-1952) est l'un des philosophes majeurs du XXe siècle, et certainement l'un de ceux dont la pensée se conjugue les plus étroitement aux courants et aux transformations qui en ont marqué l'émergence et les évolutions.
    Dewey fut aussi un observateur et un acteur particulièrement attentif de la vie politique américaine et internationale. Les très nombreux écrits qui jalonnent son long parcours sont autant d'interventions et de positions dans le débat public, sur les problèmes qui lui tenaient le plus à coeur. La question de la démocratie et de l'émancipation sociale, économique et politique en constitue le centre. Bien que ses analyses aient amplement contribué à renouveler et à enrichir la discussion sur ces sujets, elles restent toutefois largement ignorées en Europe, en dépit de l'importance que l'on commence à reconnaître à sa philosophie sous d'autres rapports.
    Écrits politiques propose un choix des textes les plus significatifs et les plus propices à enrichir la réflexion du lecteur d'aujourd'hui, parmi les innombrables études et articles qui auront marqué les engagements de ce philosophe infatigablement attentif à l'état du monde autant qu'aux exigences de la pensée.
    Dewey fut un penseur de la démocratie en un sens original et toujours neuf, dans une période qui a vu naître deux guerres mondiales, la Révolution bolchévique, l'URSS, une crise économique majeure, le fascisme et le nazisme, et un type de société : la « Grande société », marquée par l'emprise de l'économique, la perte du public, le pouvoir des experts et la domination de l'opinion.
    Sa philosophie, essentiellement soucieuse d'oeuvrer à une émancipation de la pensée, n'a cessé d'intégrer et de favoriser une exceptionnelle attention aux conditions sociales et politiques dont la pensée est toujours solidaire, nolens volens, directement ou indirectement, au-delà des fauxfuyants dont il fut l'un des pourfendeurs les plus vifs et les plus déterminés.
    Traduits, présentés et annotés par Jean-Pierre Cometti et Joëlle Zask

  • Le livre I des Idées directrices pour une phénoménologie pure de Edmund Husserl est l'un des cinq ou six textes de philosophie les plus importants du XXe siècle - et de notre temps par conséquent.

    C'est, en effet, le texte fondateur de la phénoménologie : Pour la première fois depuis « l'ouvrage de percée » qu'avaient été ses Recherches logiques (1901), Husserl établit ici, au terme d'une évolution décisive, les principes et les méthodes qui rendent possible une science nouvelle, la science descriptive pure des structures de la conscience, la phénoménologie transcendantale.

    En révélant les lois implicites de la vie intentionnelle et le pouvoir constituant de l'intentionnalité, ce tome I des Idées directrices pour une phénoménologie pure... inaugurait un nouveau style de philosophie - l'analyse de l'expérience vécue. Ce chemin conduisit Husserl à concevoir l'interprétation de l'expérience - ou la « philosophie phénoménologique » - dans les termes d'un nouvel idéalisme transcendantal.

    C'est de l'analyse critique et de la contestation systématique de cette position radicale que sont issues la plupart des philosophies phénoménologiques ultérieures, depuis Ingarden et Heidegger jusqu'à nos jours.

    La présente édition française a été établie sur la base de l'édition critique de référence due à Karl Schuhmann (Husserliana III, 1974). Elle bénéficie des nombreux progrès réalisés par les études husserliennes depuis la traduction pionnière de Paul Ricoeur en 1950.
    Outre une nouvelle version française, plus précise, du traité réédité par Husserl en 1928, le lecteur trouvera ici un riche ensemble de textes, jusqu'ici inédits en français, qui forment le contexte historique des « Ideen... I » : Les esquisses préparatoires de 1912 ; de nombreux textes complémentaires ou correctifs, préparés par Husserl en vue d'une réédition ultérieure ; et surtout, les annotations marginales de l'auteur sur ses exemplaires personnels, marque explicite d'une relecture critique de son oeuvre par le fondateur de la phénoménologie lui-même.

  • " dans l'oeuvre d'art ou dans la théorie comme dans la chose sensible, le sens est inséparable du signe.
    L'expression, donc, n'est jamais achevée. la plus haute raison voisine avec la déraison. " cette tension essentielle ainsi formulée par l'auteur sous-tend l'ensemble des essais réunis ici sous trois grandes perspectives : celle de l'art, celle de la philosophie et celle de la politique. l'étude consacrée à cézanne comme celle qui analyse le cinéma du point de vue de la psychologie moderne s'attachent l'une et l'autre à montrer la démarche créatrice cherchant sans cesse, face à l'" énigme du monde ", quelles réponses nouvelles apporter à l'interrogation humaine.
    L'examen de l'existentialisme permet de clarifier les positions adoptées, dès la fin de la seconde guerre, par rapport à hegel et à marx, ainsi que de maintenir une réflexion politique et critique, en dépit de la débâcle prévue du communisme, sans retomber dans les séductions d'une " fin de l'histoire ". c'est pourquoi, très courageusement, l'auteur entreprend, sous le titre " la guerre a eu lieu ", un bilan général des années de guerre et d'immédiate après-guerre qui fait aujourd'hui écho à la conférence de camus, " la crise de l'homme ".
    Outre sa valeur historique, qui permet d'établir une sorte d'état des lieux des années 1944-1948 en france, ce recueil confirme toute l'ampleur et la richesse des intérêts et des problématiques qui caractérisent la pensée d'un auteur qu'on peut ainsi redécouvrir.

  • On sait l'importance de la réflexion sur les penseurs présocratiques dans la philosophie de Heidegger. Le cours traduit ici, datant de 1932, s'il n'est pas le premier à en faire mention, est le premier, en revanche, à les aborder sous l'angle du Commencement qui s'y joue. Cest ce motif du commencement qui oriente la lecture que Heidegger entreprend de la très courte et dense «parole d'Anaximandre» et des fragments qui nous sont parvenus du poème de Parménide d'Élée.
    Cette explication avec le commencement de la philosophie occidentale ne cessera plus, dès lors, d'accompagner le cheminement de la pensée de Heidegger. Elle constituera un second foyer de l'oeuvre heideggerienne, après Être et temps : la recherche d'un autre commencement.

  • Arrêté le 8 novembre 1926 et assigné d'abord à cinq ans de relégation dans une île, Antonio Gramsci sera condamné par le Tribunal spécial à 20 ans, 4 mois et 5 jours de prison : " Pour vingt ans nous devons empêcher ce cerveau de fonctionner ", déclarera le 4 juin 1928 le procureur fasciste. Pressentant que sa peine serait longue, le dirigeant communiste était heurtant déjà résolu à résister par l'étude. " Je suis obsédé - écrit il dès le 29 mars 1927 -par cette idée qu'il faudrait faire quelque chose für ewig... Je voudrais, suivant un plan préétabli, m'occuper intensément, et systématiquement de quelque sujet qui m'absorberait et polariserai, ma vie intérieure. " Le 8 février 1929. il entame son premier cahier. Les autres suivront, jusqu'en 1935. Les notes qui constituent l'ensemble des Cahiers de prison étaient connues jusqu'ici à travers les volumes de la première édition italienne (1948-1951), qui en réorganisaient la matière autour de quelques-uns des grands thèmes que Gramsci lui-même s'était proposé d'étudier : Intellectuels, Machiavel. Notes critiques sur un essai populaire de sociologie, Littérature populaire, Risorgimento italien, etc. Soucieuse au contraire d'offrir toutes les garanties scientifiques désirables et de respecter l'authenticité d'une oeuvre en train de se chercher et de s'écrire, la présente édition critique. tout comme la nouvelle édition italienne établie par V. Gerratana (1975), présente la suite des manuscrits originaux de Cahiers tels qu'ils se trouvent conservés dans les archives de l'Istituto Gramsci. Elle restitue ainsi la pensée de Gramsci avec toutes ses hésitations, ses détours et ses va-et-vient, et conserve le caractère fragmentaire et discontinu des textes en les présentant dans l'ordre même où ils ont été écrits.

  • A l'automne 1816, hegel fut nommé à l'université de heidelberg l'encyclopédie a été rédigée à cette occasion et parut en 1817, dans sa première version.

    Appelé à berlin, hegel s'appuie encore sur cet ouvrage qu'il considère lui-même comme une sorte de manuel de sa propre philosophie : une deuxième version augmentée paraîtra en 1827.
    La troisième version, celle qui est ici traduite, date de 1830, un an avant la mort du philosophe.
    Ainsi, l'encyclopédie est le livre qui, accompagnant le travail philosophique de hegel durant près de quinze ans, présente, mieux que la phénoménologie de l'esprit, la somme la plus exacte et la plus fidèle du système hégélien.

    Préparé par f. nicolin et o. pöggeler pour la grande édition critique en cours de publication, le texte de l'encyclopédie est présenté ici avec les notes des éditeurs allemands, adaptées et complétées, des index des noms et des choses, ainsi qu'un glossaire bilingue de tous les termes techniques.

  • Découvrez Expérience et nature, le livre de John Dewey. John Dewey (1859-1952) est l'auteur d'une oeuvre dont le public français n'a pu encore prendre toute la mesure. La traduction d'Expérience et nature vient combler à cet égard une lacune importante. C'est sans nul doute en effet l'une de ses oeuvres majeures. Publié en 1925 après Reconstruction en philosophie (1920) et Human Nature and Conduct (1922), Expérience et nature offre la version la plus claire et la plus systématique de son pragmatisme et de ce que Dewey nomme lui-même son "naturalisme empirique". Il le conçoit comme la seule manière de surmonter les dualismes et les incompatibilités qui affectent l'existence collective et individuelle. A travers une réflexion critique sur 1'expérience, l'ouvrage se propose de mettre au jour les ressorts d'une pensée et d'une action orientées vers une vision compréhensive et constructive de l'existence. Il est composé de dix chapitres qui discutent successivement les rapports de l'expérience et de la méthode philosophique ; la précarité et la stabilité de l'existence ; le rapport de la nature à des fins aux moyens et à la connaissance, à la communication et au sens, à l'esprit, au Soi et au corps ; le statut des idées et de la conscience, celui de l'expérience dans la nature et dans l'art, et enfin la place des valeurs et de la pensée critique dans l'existence. Expérience et nature n'offre aucun remède assuré contre les maux qu'il s'attache à circonscrire sous ces différents rapports ; il vise à "inspirer à l'esprit le courage et la vitalité nécessaires à la création des valeurs qu'appellent les perplexités d'un nouveau monde".

  • Le Principe Espérance est l'oeuvre majeure du philosophe allemand Ernst Bloch, récemment disparu à Tübingen où il s'était retiré.
    Dans cet ouvrage monumental, Ernst Bloch s'applique à recenser ce qui, sous la forme de rêves diffus, d'utopies fragiles, sous la forme même de contes d'enfants, se trouve porteur des espérances de l'humanité. Il insiste sur la catégorie du possible dont il montre comment elle tend à se réaliser dans ce qui n'en livre encore que des traces. Il dresse un tableau du destin humain dont sa pensée visionnaire discerne les contours futurs à travers ce que révèlent le passé et le présent.
    Dans ce tome II, consacré aux " Epures d'un monde meilleur ", l'auteur passe en revue - les utopies médicales et tout ce que l'homme a imaginé pour faire échec au vieillissement ou même pour abolir la mort; - les utopies techniques, depuis le grand eeuvre des alchimistes jusqu'aux ambitions modernes de maîtrise de la nature; - les utopies architecturales, où l'auteur oppose notamment la conception de l'espace des Egyptiens et celle du monde gothique; - les utopies géographiques, des îles Fortunées, de l'Eldorado, de Thulé, parmi d'autres; - et bien entendu les utopies sociales auxquelles Ernst Bloch consacre le plus long chapitre du livre et dont il dresse un magnifique panorama, de Platon jusqu'à la société socialiste telle que Marx l'a conçue.
    Cette somme, qui repose sur un savoir impressionnant, fournira même au sceptique d'innombrables sujets de réflexion. Elle retrace en quelque sorte l'histoire du désir humain à la recherche de sa réalisation, la trajectoire de son mouvement vers un but final de l'humanité.

  • " Notre pensée d'aujourd'hui a pour tâche de penser de manière encore plus grecque ce qui fut pensé de manière grecque", confiait Heidegger dans son dialogue avec un interlocuteur japonais.
    Cet effort livre à l'ensemble de ce cours sur Parménide son itinéraire propre, au fil d'une méditation de la pensée grecque qui fait appel autant à Homère, Hésiode, Pindare, Sophocle et Platon qu'au Poème de Parménide. Réaccomplissant le voyage du penseur jusqu'à la demeure de la déesse qui l'accueille, au seuil du Poème, il introduit en même temps à ce qui forme le coeur de la pensée de Heidegger, c'est-à-dire le rapport de l'être à l'homme et de l'homme à l'être.
    "Le dialogue avec Parménide ne prend pas fin", notait Heidegger au terme du texte consacré au penseur grec dans les Essais et conférences, " non seulement parce que, dans les fragments conservés de son Poème, maintes choses demeurent obscures, mais aussi parce que ce qu'il dit mérite toujours d'être pensé. Mais que le dialogue soit sans fin n'est nullement un défaut. C'est le signe de l'illimité qui préserve, en lui-même et pour la pensée qui revient vers lui, la possibilité d'une mutation du destin.
    "

  • Lorsqu'en 1929 John Dewey (1859-1952) publie La Quête de certitude, il se tient à un moment déterminant de sa trajectoire : il a, depuis le début des années 1920, fait successivement paraître Reconstruction in Philosophy (1920), Human Nature and Conduct (1922), Experience and Nature (1925). Cette séquence traduit l'effort hors du commun que produit alors le philosophe pour donner à sa pensée tous les moyens et les outils qu'elle requiert, pour expliciter les raisons qui justifient l'urgence, politique et éthique, de sa mise en oeuvre.
    La Quête de certitude, dont on a souvent dit qu'il constitue l'exposé le plus précis et le plus complet du pragmatisme de Dewey, rassemble et réagence de manière décisive les résultats obtenus. Le point de départ en est la dénonciation des difficultés que suscite le besoin de certitude lorsque celui-ci se confond avec une quête de l'immuable et du permanent. S'appuyant sur l'exemple de l'enquête telle qu'elle se pratique dans les sciences de la nature, John Dewey se demande comment conduire l'intelligence dans le domaine des valeurs. Renonçant à l'opposition de la connaissance et de l'action, de la théorie et de la pratique, il propose une méthode visant à garantir, par la considération des conséquences, la sûreté du jugement. Tel est l'axe autour duquel pivote la révolution copernicienne qu'il appelle de ses voeux.
    Tiré des Gifford Lectures que John Dewey fut invité à donner au printemps 1929, La Quête de certitude est une oeuvre philosophique de maturité qui constitue en même temps un point d'accès privilégié à l'ensemble de la pensée du philosophe.

  • Ce cours porte un double titre. Le second, Introduction au coeur de la recherche phénoménologique, en livre davantage la teneur que le premier, Interprétations phénoménologiques en vue d'Aristote, expression d'une intention initiale quelque peu perdue de vue en cours d'exécution. Il a été tenu par Heidegger, alors Privatdozent à l'université de Fribourg-en-Brisgau durant le semestre d'hiver 1921-1922. Il s'inscrit donc dans la série des premiers cours qui nous font découvrir dans ses linéaments, ses soubassements, ses errances et ses percées, la pensée de Heidegger avant qu'il ne devienne le maître consacré par la publication d'Être et temps.
    Le cours s'annonce et commence de façon très classique comme un cours sur Aristote, mais après quelques pages, il n'en sera plus question. Ce changement de direction est l'expression d'une urgence existentielle qui exige que soit d'abord définie la philosophie. Pour la première fois est formulée ici la question du sens de «être». Mais cette urgence demande également que soit élucidée la situation très concrète de celui qui fait de la philosophie. D'où les deux parties du cours : une première qui porte sur la définition de la philosophie et une seconde consacrée à montrer ce qu'est la vie effective, la vie selon le souci avec ses structures existentielles. Bref, les «interprétations phénoménologiques» en vue d'Aristote doivent commencer par une initiation portant au coeur même de la phénoménologie et de ses enjeux existentiaux.

    Traduction de l'allemand par Philippe Arjakovsky et Daniel Panis.

  • Le livre de Hans Blumenberg (1920-1996) est l'un des classiques du débat contemporain sur les origines de la modernité et sur les conditions de formation de la rationalité scientifique qui en constitue le coeur.
    Initialement paru en 1966, il est traduit ici d'après la deuxième édition de 1988 qui intègre les discussions qu'il a suscitées. L'investigation de Blumenberg se déploie selon quatre axes, qui sont autant d'éclairages indépendants jetés sur le problème :
    1. Une critique de la catégorie de " sécularisation " mise en vogue par Eric Voegelin, Karl Löwith ou Carl Schmitt. Blumenberg montre les limites de l'interprétation selon laquelle la modernité se serait bornée à transposer dans la sphère profane des éléments sacrés empruntés à la tradition chrétienne.
    C'est contre cette délégitimation réduisant l'âge moderne à une série d'emprunts cachés qu'il affirme la nécessité d'en penser la légitimité.
    2. Une analyse du rôle de l'" absolutisme théologique " de la fin du Moyen Age. Ou comment la radicalisation de la transcendance divine conduit à la découverte de l'absolu immanent.
    3. Une histoire de la curiosité à l'égard des secrets de la nature. Ou comment un vice stigmatisé par les théologiens et les moralistes est devenu une vertu, si ce n'est un attribut, de la dignité de l'homme.
    4.
    L'examen de deux auteurs illustrant " deux manières de se rapporter au seuil d'une époque " : Nicolas de Cues, avant Copernic, et Giordano Bruno, après Copernic. Ou comment lire les enjeux de l'âge moderne dans ce qui le préfigure et qui n'est pas encore lui.
    Foisonnant, subtil, imaginatif, animé par un immense savoir, l'ouvrage transforme les termes des problématiques reçues. On ne peut plus aborder la question de la modernité, après Blumenberg, comme on la regardait avant.

  • Environ neuf ans après la publication d'Être et Temps, entre 1936 et 1938, Heidegger entreprend la rédaction de son second «grand livre», Apports à la philosophie. De l'avenance. Il y travaille environ deux ans, l'achève, puis le range parmi les livres à publier «plus tard». Le moment propice pour la publication ne venant jamais, le philosophe a décidé que ces textes ne devraient paraître qu'àprès sa mort. Le volume a paru en 1989, pour le centenaire du philosophe.
    De quoi s'agit-il avec les Apports à la philosophie? De continuer ce qui avait été entrepris avec Être et Temps - mais en prenant un tout autre point de départ. Il n'y a de fait, au premier abord, pas la moindre continuité entre les deux livres. Le premier est encore un traité, alors que le deuxième se construit selon une architecture nouvelle et pour le moins originale : huit parties en tout, composées de six fugues, que précède le préalable d'un regard jeté sur l'ensemble et que suit, en une sorte de coda, le bilan récapitulatif qui clôt le livre.
    Dans les Apports à la philosophie, Heidegger ne redit plus ce qu'il estime avoir suffisamment exposé et expliqué avec Être et Temps. Il s'agit désormais de ce que l'ouvrage nomme en toutes lettres l'autre commencement.
    Loin d'être une mise en cause de la philosophie, le travail de Heidegger peut ainsi être considéré comme l'effort le plus consciencieux pour entériner ce que cette dernière n'a cessé d'être depuis son commencement grec. C'est en ce sens que peut être apporté à la philosophie ce qui manque encore au plein essor de son premier commencement.

  • Prononcé au semestre d'été 1920, ce cours témoigne de la façon dont Heidegger s'approprie la phénoménologie dans les débuts de son enseignement à Fribourg. C'est au nom de la vie qu'il la fait sienne, scellant ainsi d'entrée de jeu une divergence fondamentale avec le projet transcendantal de son fondateur, Edmund Husserl. Tout converge, dans cette Phénoménologie de l'intuition et de l'expression, vers l'unique "phénomène originaire" de la vie et, en premier lieu, la méthode inventée pour s'en saisir : la "Destruktion phénoménologique", qui s'y trouve exposée pour la première fois. Elle est aussitôt mise en oeuvre par le jeune Heidegger vis-à-vis des deux grands cadres d'interrogation qui occultent à ses yeux le phénomène de la vie, le problème de l'a priori et celui du "vécu".

    L'examen critique du premier est l'occasion d'un démantèlement minutieux de la signification théorique et épistémologique du concept d'histoire au profit de son sens comme dimension immanente et constitutive de la vie même. Le second est le théâtre d'une confrontation inédite avec deux grandes psychologies philosophiques contemporaines, celles de Paul Natorp et de Wilhelm Dilthey. L'enjeu en est, indissociablement, l'appréhension non objectivante du soi et la détermination du sens de la philosophie elle-même.

    Le cours de 1920 apparaît ainsi tout à la fois comme une pièce maîtresse de la phénoménologie de la vie des premières années fribourgeoises de Heidegger et comme un jalon majeur sur le chemin de la future "analytique existentiale".

  • Après le grand cours de 1936 sur le traité de Schelling de 1809, les Recherches philosophiques sur la liberté humaine, Heidegger remet en 1941 l'ouvrage sur le métier. Il propose ici une interprétation « renouvelée » du traité dans lequel il voit « le sommet de la métaphysique de l'idéalisme allemand », ou encore « le coeur de toute métaphysique de l'Occident ».
    C'est dire que, loin de faire double emploi avec le cours de 1936 (dont la traduction française est parue en 1977 sous le titre Schelling), ce cours de 1941 reprend à nouveaux frais la problématique schellingienne en se focalisant sur la distinction entre fond et existence.
    C'est aussi l'occasion, pour Heidegger, de démarquer la question de l'existence telle est posée dans Être et temps d'autres problématiques, celles de Kierkegaard et de Jaspers, en montrant que le livre de 1927 ne relève pas d'une « philosophie de l'existence » ni de l'« existentialisme », contrairement à une idée répandue.
    Traduit de l'allemand par Pascal David

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