Arbitraire

  • Avec Quoi de plus normal qu'infliger la vie ?, Oriane Lassus interrogeavec une intelligence acide et sensible la question de la nulliparité. Et si la réponse n'était pas si évidente que ça ? Et si on pouvait ne pastrouver ça « normal », justement, de procréer ?
    À travers le regard et l'environnement d'une protagoniste anonyme, c'est le jeu d'influences imposé par une société normative qui est questionné, et la difficulté pour les femmes de faire un choix intime : « Tu changeras d'avis, tu verras. » ou le fatal « Tu le regretteras quand tu mourras seul(e) et abandonné(e) de tous ».
    D'où vient cette évidence supposée ? Comment penser en dehors de cette évidence ? Quoi de plus normal qu'infliger la vie ? s'intéresse aux normes familiales, sociétales, affectives qui régentent aujourd'hui la vie de tout adulte un tant soit peu poreux aux jugements de son prochain.

  • Stickboy

    Dennis Worden

    Renvoyé de son travail, le protagoniste se heurte à des recruteurs sadiques, et autres humiliations bien connues des chômeurs non-qualifiés. Ecoeuré des compromis, il détruit son logement et choisit de devenir SDF. C'est le début d'une plongée dans l'Amérique de la fin du vingtième siècle. Celle des drogués, hippies, punks, gourous, ados rebelles... Mais aussi des businessmen, politiciens, et autres « gagnants » de la société de consommation. Tourmenté et fataliste, Stickboy est obsédé par sa place dans l'univers. Ici, il prend conscience de son statut de personnage aux mains d'un créateur sadique ; là, il croise un insecte qui lui vante les mérites du développement personnel. Mais le voilà qui glisse entre les espaces-temps, et atterrit dans des dimensions parallèles. Il y rencontre son alter-égo, l'odieux Cubeman. Encore plus misanthrope que lui, ce dernier finira avachi sur un trottoir, à insulter les passants, sans jamais se considérer responsable de son sort.
    Cartoon trash à l'humour cinglant, quête métaphysique jusqu'aux limites de l'introspection, Stickboy est le miroir de son auteur, éternel marginal n'ayant jamais trouvé sa place. Le protagoniste tutoie la folie, meurt, ressuscite, atterrit en prison, subit une apocalypse nucléaire, affronte Dieu en personne... Mais qui blâmer pour ses souffrances ? Son créateur ? La société ? Ou bien son propre cynisme ? À moins qu'il n'y ait aucun responsable, et que le cosmos soit indifférent à ses créatures ? Cette quête de réponses qui plonge notre antihéros en enfer, c'est peut-être simplement celle d'un homme comme les autres, aux prises avec le mythe américain du self-made man.

  • Dans Parzan, référence explicite aux bandes dessinées populaires pour la jeunesse, Bertoyas rend hommage au récit d'aventure.
    Tel un petit lecteur se jetant sur ses feutres après avoir fini son illustré, il improvise une intrigue qui se perd et revient au gré des envies. Le dessin est intuitif, les expériences de toutes sortes et les références à la culture populaire pleuvent, nous démontrant qu'on peut être encore un petit peu intéressant après 8 ans.
    Une production aussi indispensable que confidentielle.

  • Anyone 40

    Léo Quiévreux

    Histoire complexe et intrigante, Anyone 40 est un polar aux entrées multiples peuplé de personnages déroutants.
    La singularité du travail de Léo apparaît ici tout entière et tient tant à la sincérité littéraire de l'histoire qu'il construit dans un hasard et un désordre maîtrisés, qu'à son travail graphique : des images paranoïaques, complotistes, étranges dans lesquelles des parasites s'invitent, mettent les dessins en tension, en torsion.
    Empruntant au cut-up, Léo recompose ses pages de manière quasi-musicale, avec un travail de montage, de collage à partir d'images glanées sur internet. Ainsi, le rapport texte / image semble construit par un virus, que le hasard numérique aurait doté d'un goût artistique subtil.
    Des interférences traversent les pages, créant du bruit, dans le fond comme dans la forme. On songe aux arts numériques, au glitch, à cette neige apparaissant sur les écrans des télévisions peinant à trouver LE bon signal.

  • Sainte Abs

    Jean-Christophe Menu

    Sainte Abs est le troisième volume de la série des Mont-Vérité Chrono-Poche, réalisé lors des 24h de la bande dessinée à Besançon en 2014, où l'on retrouve les moines du Mont-Vérité dans leur univers propre, cette fois-ci plongés dans un sommeil de plomb. La Mune et la Sphynge sont toujours là, avec leurs commentaires désagréables. Que s'est-il passé ? Que renfermait cette bouteille de Sainte Abs ? JC Menu continue avec brio d'explorer le monde ésotérique du Mont-Vérité, avec comme contraintes liées à l'exercice des 24h de s'inspirer d'une vidéo de danse contemporaine et de changer d'outil / de dessin pendant trois pages.

  • Un recueil de quatre histoires d'Isaac publiées en 2014 dans la revue numérique Professeur Cyclope. Entre des trips intergalactiques, des voyages au Népal ou dans un frigo, le protagoniste explore d'autres mondes ainsi que ses propres échecs. L'originalité de Pierre Ferrero ne tient pas seulement à un trait étonnant, nouveau et déterminé, une colorisation ébouriffante, des angles de vue impossibles et des perspectives donnant le tournis.
    Chez lui, la langue est résolument contemporaine et ne s'embarrasse pas des conventions et de la bienséance. Il était temps que le registre familier trouve quelqu'un pour jouer intelligemment avec lui : travaillant un style absurde, Pierre Ferrero a créé le «Verlanvers» : dérivé du verlan qu'il avait mis au point dans son ouvrage précédent, Marlisou.
    Verlanisant le verlan, c'est à sa génération que Pierre s'adresse, une tape dans le dos des anciens au passage.

  • Leumonde.fr

    Antoine Marchalot

    Entre Novembre 2015 et Août 2018, Leumonde.fr met à la disposition d'Antoine Marchalot un blog sur lequel il publie chaque dimanche l'interprétation toute personnelle d'une information politique, s'essayant par là et pour la première fois au dessin de presse.
    S'appuyant sur le screenshot d'un article du Monde.fr sur lequel il redessine, ajoutant personnages, textes, détournements de photos, on retrouve le goût de l'absurde d'Antoine Marchalot mais on découvre également une acuité et une culture politique, un anticonformisme d'une intelligence acerbe qui ravira les adeptes de la critique joyeuse.

  • Le cahier collectif du numéro 11 fut un terrain de jeu expérimental où chaque participation complétait, modifiait, amplifiait le sens des autres. Cette année nous avons eu envie de renouveler l'expérience en allant plus loin et en construisant entièrement la revue autour de cet exercice.
    Pour Arbitraire Douze, Le Mont Eugolana, on retrouve 6 auteurs du collectif Arbitraire au dessin.

  • Après Une vie de famille agréable chez Les Requins Marteaux, recueil d'histoires courtes désopilantes en six cases («gags» en langage technique), Antoine Marchalot revient à la maison et propose d'exposer une trentaine de pages de son humour désormais célèbre aux quatre coins de l'Internet. Ici, plus de carcan, les cases sont tour à tour gigantesques, minuscules, ou de taille honorable. L'absurdité s'abat sur les sujets les plus variés : des flics-patate chiens se font lourdement draguer, un musicien joue de la guitare en onomatopées, et une petite fille (?) s'envole en jouant à la corde à sauter. La tragédie n'est jamais loin, mais on rit très fort. On retrouvera dans ce livre ce qui semble faire l'identité commune des auteurs du collectif Arbitraire, tous attirés par une forme de distorsion du monde connu, par les possibilités d'un «autrement». Cet ouvrage est à ranger du côté de ceux de Pierre La Police ou de Kamagurka & Herr Seele (Cowboy Henk).

  • Codex comique

    Dan Rhett

    Cet ouvrage rassemble deux titres auto-publiés par l'auteur en langue anglaise, Danz Comix Digest et Codex Danier, avec une demi-douzaine d'histoires en bande dessinée datant de 2006 à 2009. L'auteur dévoile dans ces pages un peu de sa mythologie personnelle, avec un humour loufoque et des histoires truffées de personnages mi- humains mi autre-chose qui s'embarquent dans des quêtes pas moins étranges.
    Son dessin au trait, primitif et direct, semble sortir tout seul et lui permet d'enchainer les situations avec jubilation, de tordre l'histoire dans tous les sens et de l'arrêter quand le but est atteint, ou presque.
    Le lecteur est entraîné dans ce mécanisme d'écriture automatique où, parfois, un petit barbu à lunettes et chapeau souhaite former une équipe de super-héros avec quelques personnes rencontrées dans la rue, dans le but de leur faire déclamer des haïkus sur le toit de sa maison.
    Une autre fois, trois personnages regardent tranquillement la télé quand surgit d'un passage interdimensionnel un gnome poursuivi par de vils minimagiciens à matraques qui emmènent tout le monde dans des prisons en forme de coquillage, sur la lune.

  • «Plus de 320 artefacts ont été exhumés dans la zone d'Okidokio par l'archéologue Gibbon Anchlich et son équipe. Cette trouvaille suggère l'existence passée d'une culture jusqu'alors inconnue... Outre ces artefacts, deux sépultures ont été découvertes lors des fouilles : les corps enfermés sont les seuls témoins de cette culture désormais éteinte. Dans un soucis de transmission au public de cette découverte scientifique et historique majeure, l'ensemble de ces artefacts a été recensé : les objets en question sont numérotés et archivés dans le carnet que vous tenez entre les mains. Nous espérons ainsi pouvoir étudier plus avant les implications de cette découverte, notamment la place de cette société inconnue dans l'évolution de notre espèce. L'institut Calzoni est fier de présenter cette découverte historique fondamentale dans L'Excavation d'Okidokio, première publication de son département d'Archéologie. La collection de Gibbon Anchlich, archéologue en chef, est également présentée ici sous forme d'affiche.» L'institut Calzoni.

  • Avec Les Puissances de l'Avenir #2, Renaud Thomas continue le récit de Zone Z entamé dans les revues Arbitraire 9 et 10, continué dans Les Puissances de l'avenir #1, détourné dans la revue Nicole (Cornélius), etc.
    «Et si on ne rentrait pas chez nous et qu'on allait faire un tour ?» Partant de là, deux camarades se retrouvent à déambuler au hasard dans une ville de tôle et de béton où se côtoient entrepôts vides, bâtiments en construction et végétation sauvage. Au fil de leurs différentes rencontres avec les êtres qui vivent et survivent dans ces rues, ils plongeront au plus profond de ce monde griffonné et déchiré par la plume de l'auteur.
    Par son usage de la narration, Renaud Thomas brouille les pistes sans embrouiller le lecteur. Il a toujours, tel un joueur d'échecs, deux ou trois coups d'avance sur nous, et à la découverte succèdent maints étonnements.
    Dans une douce acceptation, le lecteur se laisse finalement aller dans cet univers post-apocalyptique - ou peut-être attend-on l'apocalypse ? - découvrant Hic Sunt Leones, un territoire où chaque pas cartographie de nouveaux potentiels. Avec un ton bannissant les notions de jugement et de temps, l'auteur nous emporte dans un monde des possibles, dans une histoire aux multiples pistes. À suivre.

  • Norak est le fils de Parzan, héros de Felletin, et d'un comix micro publié aux Éditions Kobé, inspiré par l'univers d'Edgar Rice Burroughs. Depuis, bien des choses ont flotté à la surface de la Rozeille, et le monde du fils n'a plus grand-chose à voir avec celui du père. Les aventures de Parzan étaient un polar multiculturel et doucement marxiste. Norak, premier tome d'une trilogie, décrit, entre autres, les aventures d'un jeune homme perdu sur les routes du désir. Les «nouvelles technologies» et l'efficace destruction des savoirs populaires ont déréglé notre rapport au temps et à la culture. Et si un spectre hante l'Europe, le spectre de l'aliénation néo-libérale, la jungle ne demande qu'à reprendre vie.

  • Gris

    Olivier Schrauwen

    Gris est un récit troublant écrit à la première personne. Olivier Schrauwen nous confesse un épisode de sa vie sur lequel il se doit de revenir : celui de son abduction, son enlèvement par des extraterrestres (Les Gris).
    Aidé par l'hypnose, fouillant sa mémoire, il nous dévoile les détails parfois scabreux de cette abduction. Les personnages hydrocéphales ne feront pas que prélever sa semence mais l'emmèneront à la découverte de l'Histoire de l'Homme, de son histoire. Avec simplicité, l'auteur nous plonge dans un récit qui oscille entre véracité et surréalisme avec un dessin brut rendant à merveille l'étrangeté du récit.

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