Sylvie-Anne Goldberg

  • Organisé en avril 2011 au Musée d'Art et d'Histoire du judaïsme, cette rencontre internationale a réuni les meilleurs historiens des idées et du judaïsme autour de l'oeuvre de Yosef Hayim Yerushalmi. Tous ont été en contact avec lui et reviennent sur le dialogue qu'il a su instaurer entre l'histoire juive et les autres champs du savoir (histoire de l'ancienne Egypte, psychanalyse, histoire/mémoire, etc.).

  • L'idée que l'Occident se fait du " temps " est le fruit de siècles d'histoire, de croyances et d'espérances.
    Pendant longtemps, nul n'a semblé s'intéresser au calcul savant de la durée écoulée depuis l'origine de l'humanité. Or, l'émergence de la mesure du temps passé est aussi celle de l'Histoire. Dans cette brillante étude, Sylvie Anne Goldberg s'attache à la fois à éclaircir le contenu de la notion contemporaine du temps et à en identifier la généalogie. Les " contes " du temps traduisent la manière dont l'Occident chrétien a pensé le temps au regard d'une analyse de la construction d'une conception " juive ", et les " décomptes " du temps exposent comment le passé fait sens dans l'entrelacs du temps compté et de l'histoire racontée.
    La construction du temps, mêlant foi, connaissance et pouvoir, n'est pas un phénomène uniforme. La coexistence d'une multiplicité de registres de la temporalité permet, au gré des nécessités historiques et des évolutions, de situer le temps et l'histoire dans ce que chaque époque a de plus singulier, tout en l'inscrivant dans une continuité. Ce livre suit l'évolution, à partir de la Bible et de l'Antiquité, de la flèche et de l'axe du temps ; la découverte de l'ère, entre croyances, computations et calendriers, attente du Messie et conflits de pouvoir.
    Il analyse, sous l'angle de la formation d'une temporalité qui se veut proprement juive, les différents éléments qui permettent un jeu entre le temps des nations et le temps des juifs, établissant ainsi un double registre de temporalité, qui traversera les époques et les continents. La grande nouveauté de cette étude est donc de récuser l'idée d'un " temps judéo-chrétien " unitaire, puis celle d'unicité naturelle du temps, pour interroger la notion de temps à partir d'une enquête sur la " temporalité juive ", plus précisément sur sa genèse - Foucault aurait dit sa généalogie.

  • Onnaissance du passé, conscience du présent et prescience de l'avenir investissent l'art ordinaire d'habiter le temps. La Clepsydre I étudiait la restitution du passé dans les décomptes qui, dans l'entrelacs du temps des nations, agencent un temps proprement juif.
    Dans La Clepsydre II, Sylvie Anne Goldberg présente la normalisation de cette temporalité. Réunies pour la première fois sous la bannière du califat, Jérusalem et Bagdad, les deux pôles de rayonnement du judaïsme, s'affrontent pour la prédominance de leurs traditions sur les mondes juifs. Le principal enjeu du conflit porte sur la primauté à accorder à la loi orale ou à la légitimité de la loi biblique ; il renvoie à une question de temps : rester dans le passé ou accepter les mutations du présent ?
    Premier théologien juif, le gaon Sa'adia fonde le judaïsme rabbinique en mode de vie absolu. L'entreprise rencontre un mouvement plus large : à partir de la fin du VIIIe siècle, les trois religions monothéistes érigent en système la domination d'un temps mathématisé et théologisé, imposant aux fidèles leur registre spécifique. Cette domination de l'individu par le temps se traduit par l'émergence de rituels quotidiens, mais aussi par une réappropriation de l'histoire et de la fonction du passé dans le présent.

  • L'écriture de l'histoire est un geste éminemment politique. Des chroniques royales au « roman national », c'est autour de l'écriture de l'histoire que s'est constituée l'histoire des nations.
    L'Émancipation des Juifs, initiée par la Révolution française et diffusée en Europe par les guerres révolutionnaires, a incité les Juifs à vouloir prendre place dans les cultures nationales. Confrontés à une société chrétienne qui les considérait comme « sortis de l'histoire » depuis près de deux millénaires, des intellectuels et rabbins juifs, érudits accomplis, se firent historiens pour promouvoir une approche scientifique du judaïsme qui devait leur permettre d'intégrer le panthéon culturel des nations. Quelles sont les méthodes et les pratiques mises en oeuvre par ces pionniers, quels étaient leurs objectifs affichés ou inavoués ? En quoi l'étude des fragments de la Geniza du Caire, de l'histoire de la dynastie hasmonéenne,  de l'attention portée à l'histoire des « Juifs de France » ou encore à la préservation et la transmission de la culture yiddish peut-elle être porteuse d'un projet de civilisation ? Et, dans quelle mesure le regard porté par ces constructions historiques s'exerce-t-il, sur l'histoire juive elle-même ? Autant de questions fondamentales pour la compréhension du présent auxquelles viennent répondre les auteurs réunis ici par Sylvie Anne Goldberg, parmi les plus éminents des études juives contemporaines.

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