P.o.l

  • Yoga

    Emmanuel Carrère

    C'est l'histoire d'un livre sur le yoga et la dépression.
    La méditation et le terrorisme. L'aspiration à l'unité et le trouble bipolaire.
    Des choses qui n'ont pas l'air d'aller ensemble, et pourtant : elles vont ensemble.

  • «Le Centre hospitalier holistique de Tourmens est un hôpital public. On y reçoit et on y soigne tout le monde, sans discrimination et avec bienveillance. Mais les préjugés envers son approche féministe et inclusive des soins et de l'enseignement sont tenaces.
    Depuis sa création, en 2024, les hommes qui s'enrôlent à l'École des soignantes du CHHT n'ont jamais été nombreux : l'année où j'ai commencé ma formation, j'étais l'un des rares inscrits. J'espère que nous ne serons pas les derniers.
    Je m'appelle Hannah Mitzvah. Aujourd'hui, 12 janvier 2039, je commence ma résidence. L'officiante de l'unité à laquelle je suis affecté se nomme Jean ("Djinn") Atwood. C'est une figure légendaire de la santé des femmes.
    Je me demande ce qu'elle fait chez les folles.»

  • Arcadie

    Emmanuelle Bayamack-Tam

    Prix Inter 2019
    "Si on n'aimait que les gens qui le méritent, la vie serait une distribution de prix très ennuyeuse."
    Farah et ses parents ont trouvé refuge en zone blanche, dans une communauté libertaire qui rassemble des gens fragiles, inadaptés au monde extérieur tel que le façonnent les nouvelles technologies, la mondialisation et les réseaux sociaux. Tendrement aimée mais livrée à elle-même, Farah grandit au milieu des arbres, des fleurs et des bêtes. Mais cet Éden est établi à la frontière franco-italienne, dans une zone sillonnée par les migrants : les portes du paradis vont-elles s'ouvrir pour les accueillir ?

  • L'adversaire

    Emmanuel Carrère

    'Le 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand a tué sa femme, ses enfants, ses parents, puis tenté, mais en vain, de se tuer lui-même. L´enquête a révélé qu´il n´était pas médecin comme il le prétendait et, chose plus difficile encore à croire, qu´il n´était rien d´autre. Il mentait depuis dix-huit ans, et ce mensonge ne recouvrait rien. Près d´être découvert, il a préféré supprimer ceux dont il ne pouvait supporter le regard. Il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.
    Je suis entré en relation avec lui, j´ai assisté à son procès. J´ai essayé de raconter précisément, jour après jour, cette vie de solitude, d´imposture et d´absence. D´imaginer ce qui tournait dans sa tête au long des heures vides, sans projet ni témoin, qu´il était supposé passer à son travail et passait en réalité sur des parkings d´autoroute ou dans les forêts du Jura. De comprendre, enfin, ce qui dans une expérience humaine aussi extrême m´a touché de si près et touche, je crois, chacun d´entre nous.'

  • Le royaume

    Emmanuel Carrère

    Le Royaume raconte l'histoire des débuts de la chrétienté, vers la fin du Ier siècle après Jésus Christ. Il raconte comment deux hommes, essentiellement, Paul et Luc, ont transformé une petite secte juive refermée autour de son prédicateur crucifié sous l'empereur Tibère et qu'elle affirmait être le messie, en une religion qui en trois siècles a miné l'Empire romain puis conquis le monde et concerne aujourd'hui encore le quart de l'humanité.
    Cette histoire, portée par Emmanuel Carrère, devient une fresque où se recrée le monde méditerranéen d'alors, agité de soubresauts politiques et religieux intenses sous le couvercle trompeur de la pax romana. C'est une évocation tumultueuse, pleine de rebondissements et de péripéties, de personnages hauts en couleur.
    Mais Le Royaume c'est aussi, habilement tissée dans la trame historique, une méditation sur ce que c'est que le christianisme, en quoi il nous interroge encore aujourd'hui, en quoi il nous concerne, croyants ou incroyants, comment l'invraisemblable renversement des valeurs qu'il propose (les premiers seront les derniers, etc.) a pu connaître ce succès puis cette postérité. Ce qu'il faut savoir aussi, c'est que cette réflexion est constamment menée dans le respect et une certaine forme d'amitié pour les acteurs de cette étonnante histoire, acteurs passés, acteurs présents, et que cela lui donne une dimension profondément humaine.
    Respect, amitié qu'Emmanuel Carrère dit aussi éprouver pour celui qu'il a été, lui, il y a quelque temps. Car, comme toujours dans chacun de ses livres, depuis L'Adversaire, l'engagement de l'auteur dans ce qu'il raconte est entier. Pendant trois ans, il y a 25 ans, Emmanuel Carrère a été un chrétien fervent, catholique pratiquant, on pourrait presque dire : avec excès. Il raconte aussi, en arrière-plan de la grande Histoire, son histoire à lui, les tourments qu'il traversait alors et comment la religion fut un temps un havre, ou une fuite. Et si, aujourd'hui, il n'est plus croyant, il garde la volonté d'interroger cette croyance, d'enquêter sur ce qu'il fut, ne s'épargnant pas, ne cachant rien de qui il est, avec cette brutale franchise, cette totale absence d'autocensure qu'on lui connaît.
    Il faut aussi évoquer la manière si particulière qu'a Emmanuel Carrère d'écrire cette histoire. D'abord l'abondance et la qualité de la documentation qui en font un livre où on apprend des choses, beaucoup de choses. Ensuite, cette tonalité si particulière qui, s'appuyant sur la fluidité d'une écriture certaine, passe dans un même mouvement de la familiarité à la gravité, ne se prive d'aucun ressort ni d'aucun registre, pouvant ainsi mêler la réflexion sur le point de vue de Luc au souvenir d'une vidéo porno, l'évocation de la crise mystique qu'a connu l'auteur et les problèmes de gardes de ses enfants (avec, il faut dire, une baby-sitter américaine familière de Philip K. Dick.).
    Le Royaume est un livre ample, drôle et grave, mouvementé et intérieur, érudit et trivial, total.

  • Les porteurs d'eau

    Atiq Rahimi

    L'action de ce nouveau roman d'Atiq Rahimi se concentre en une seule journée : le 11 mars 2001.
    Ce jour-là, les Talibans détruisent les deux Bouddhas de Bâmiyan, en Afghanistan...
    Un couple à Paris au petit matin. Tom se lève et s'apprête à partir pour Amsterdam. Il a décidé de quitter sa femme, Rina, qui dort près de lui. Tom est afghan, commis-voyageur, exilé en France. Il souffre de paramnésie, la sensation obsédante de déjà-vu ou déjà-vécu. À Amsterdam, il a rendez-vous avec sa maîtresse, une mystérieuse Nuria. Mais elle a disparu. Lui croit que sa vie bascule quand une vieille femme, Rospinoza, lui révèlera une toute autre histoire...
    Un couple à Kaboul au petit matin. Yûsef se lève pour remplir sa tâche quotidienne de porteur d'eau. Il risque sinon la colère des Talibans et 97 coups de fouet sur le dos. Il doit s'arracher à la contem- plation de Shirine, la femme de son frère, parti en exil. Candide et solitaire, il éprouve la naissance d'un sentiment étrange, que lui révèle son ami, un marchand sikh afghan, converti au bouddhisme. Et c'est lui, le petit porteur d'eau, qui alors fera basculer la vie des siens...
    Un roman où se mêlent les contes et la sagesse d'autrefois, avec la cruauté de l'histoire contempo- raine, et deux destins parallèles, tragiques et bouleversants, qui sans jamais se croiser livrent un grand récit poignant, polyphonique, sur l'exil, la mémoire, l'amour et la liberté.

  • «Je m'appelle Jean Atwood. Je suis interne des hôpitaux et major de ma promo. Je me destine à la chirurgie gynécologique. Je vise un poste de chef de clinique dans le meilleur service de France. Mais on m'oblige, au préalable, à passer six mois dans une minuscule unité de «Médecine de La Femme», dirigée par un barbu mal dégrossi qui n'est même pas gynécologue, mais généraliste! S'il s'imagine que je vais passer six mois à son service, il se trompe lourdement. Qu'est-ce qu'il croit? Qu'il va m'enseigner mon métier? J'ai reçu une formation hors pair, je sais tout ce que doit savoir un gynécologue chirurgien pour opérer, réparer et reconstruire le corps féminin. Alors, je ne peux pas - et je ne veux pas - perdre mon temps à écouter des bonnes femmes épancher leur coeur et raconter leur vie. Je ne vois vraiment pas ce qu'elles pourraient m'apprendre.»

  • À quelques mois d'intervalle, la vie m'a rendu témoin des deux événements qui me font le plus peur au monde : la mort d'un enfant pour ses parents, celle d'une jeune femme pour ses enfants et son mari.
    Quelqu'un m'a dit alors : tu es écrivain, pourquoi n'écris-tu pas notre histoire ?
    C'était une commande, je l'ai acceptée. C'est ainsi que je me suis retrouvé à raconter l'amitié entre un homme et une femme, tous deux rescapés d'un cancer, tous deux boiteux et tous deux juges, qui s'occupaient d'affaires de surendettement au tribunal d'instance de Vienne (Isère).
    Il est question dans ce livre de vie et de mort, de maladie, d'extrême pauvreté, de justice et surtout d'amour. Tout y est vrai.

  • Il y a Thadée, la vingtaine, beau gosse, fou de surf, étudiant fantôme, chéri de ces dames et de sa mère en particulier..
    Il y a Zachée, Zach, son frère cadet, la vingtaine aussi, beau gosse également, très bon surfeur de surcroît, trop bon peut-être aux yeux de son aîné, Il y a Ysé, leur soeur cadette, une pré adolescente compliquée à laquelle on prêterait volontiers un futur pervers.
    Il y a Jérôme et Mylène, leurs parents, bourgeois biarrots plus qu'aisés.
    Et puis il y a Jasmine, la copine de Thadée et Cindy, celle de Zachée, et enfin quelques comparses : des amis surfeurs, une maîtresse pour le père, un petit copain pour la jeune soeur, etc.
    Le roman commence alors que Thadée qui est allé s'éclater à La Réunion où se trouvent des spots fantastiques se fait arracher une jambe par un requin. Il est rapatrié à Biarritz et commence pour lui une vie à l'opposé de celle qu'il menait, de celle dont il rêvait : la vie d'un infirme. La bonne santé des uns, la sollicitude des autres le poussent à bout. Et le révèlent à lui-même : jaloux, envieux et plus grave encore : psychopathe, en fait. Ainsi va-t-il purement et simplement assassiner son frère Zachée dont il ne supporte plus les exploits de surfeur.
    La mort de Zachée, camouflée en accident, va être le coup de grâce pour cette famille conventionnelle et d'apparence convenable que l'accident puis l'attitude de Thadée avait passablement ébranlée. Mylène, la mère, sombre doucement dans la folie, Jérôme le père ne s'occupe plus que de sa maîtresse et Ysé est livrée à elle-même. Mais, sachant que Cindy l'a démasqué, Thadée s'est enfui. Cindy accompagnée d'une jeune femme que Thadée, avait autrefois tenté de violer et d'assassiner, le retrouve. Toutes deux l'endorment et le défigurent, le transforment en monstre. Et, de fait, devenu physiquement monstrueux, il se comporte comme un monstre, revient dans la maison familiale qu'il hante à la manière d'un spectre, terrorisant sa soeur à laquelle il laisse des témoignages dégoûtant de son attirance pour elle... A la toute fin, avec la disparition qu'on espère définitive de Thadée qu'Ysé a menacé de tuer, un semblant de calme semble, pour combien de temps ? revenir sur cette histoire. Mais reste-t-il quelque chose à sauver ?
    Rébecca Lighieri a réussi avec Les Garçons de l'été un coup de maître. D'abord , elle restitue avec une grande vraisemblance (et renseignements pris auprès des spécialistes, avec la plus grande véracité) l'atmosphère si exotique - pour vos serviteurs - du surf et des surfeurs.
    Mais à cette atmosphère elle ajoute la tension d'un thriller parfaitement mené, terrorisant à souhait et sanglant comme il faut. Elle prend un plaisir communicatif et comme interdit, c'est délicieux, à s'acharner sur les mensonges, les conventions sociales, les simagrées qu'elle démonte avec une joyeuse cruauté à quoi s'ajoute une efficacité narrative et dramatique qui montrent que le talent d'Emmanuelle Baymamack-Tam qui se dissimule ici sous le nom de Rébecca Lighieri, se joue des genres et des registres.

  • L'odyssée Nouv.

    L'odyssée

    Homère

    Emmanuel Lascoux propose une nouvelle « version » du texte grec d'Homère à partir de son travail original sur le grec ancien qu'il rythme, chante, et crie depuis plusieurs années. Il dit lui-même : « J'ai voulu monter le son ou entendre davantage. » Il revendique de « jouer les langues anciennes » comme l'on joue de la musique. « On fait du grec, soit, mais on ne fait pas le grec. Imagine-t-on faire de la musique sans la faire ? » écrit-il dans l'avant-propos à sa traduction. Mais quels détours imposer au français aujourd'hui, quels mensonges lui permettre, quand la musique du grec s'est tue ? Emmanuel Lascoux propose ainsi cette « version française » très originale des 12109 hexamètres de l'Odyssée. Plutôt qu'imiter le vers grec antique inimitable, ou dévider une prose inchantable, cette Odyssée propose à tous, un texte à dire et à chanter. Renouant finalement avec les pratiques antiques du texte épique et du poème, dans un français très contemporain et d'une oralité retrouvée.

    Crac ! les haubans du mât, tiens, sectionnés d'un coup, par le vent, par la bourrasque, des deux côtés. Bam ! le mât qui tombe à la renverse, tous les agrès qui dégringolent dans la cale, ma parole ! Paf ! là, oui, à la proue du bateau, le pilote se le prend en pleine tête : crric ! ça lui brise d'un seul coup tous les os du crâne à la fois. On croirait un plongeur, vous savez, qui se laisse tomber du plat-bord. Fini pour lui : force et vie quittent ses os !
    Et Zeus qui n'arrête pas de tonner. Brraoum ! sa foudre touche le bateau...
    L'Odyssée, Livre 12.

    awaiting publication
  • La douleur

    Marguerite Duras

    La dernière guerre, Marguerite Duras l'a vécue tout à la fois comme femme dont le mari avait été déporté, comme résistante, mais aussi, comme écrivain. Lucide, étonnée, désespérée parfois, elle a, pendant ces années, tenu un journal, écrit des textes que lui inspirait tout ce qu'elle voyait, ce qu'elle vivait, les gens qu'elle rencontrait ou affrontait. Ce sont ces récits et des extraits de son journal, que Marguerite Duras a réunis sous le titre La Douleur.

  • Hervelino

    Mathieu Lindon

    « Vous êtes puni, Hervé Guibert ? » l'abordai-je alors qu'il se tenait à l'écart lors d'une petite réception, et nous devînmes amis.
    À la fin de sa vie, nous nous sommes retrouvés ensemble un an durant, en fait deux, à la Villa Médicis, à Rome.
    Je n'ai pas l'ambition de raconter toute notre amitié - mais ces années romaines, soudain, oui.

  • L'applatissement de la terre ; le monde et son contraire Nouv.

    Certains des textes regroupés dans L'Aplatissement de la Terre ont été écrits pendant la pandémie et le premier confinement en France, d'autres non, tous donnent des nouvelles du monde, monde souvent réduit, divisé, meurtri, mais où une parole peut toujours se déployer, raconter une histoire, et chercher à sa façon la rencontre.

  • Crac

    Jean Rolin

    « Entre Lawrence et moi, il y a au moins ceci de commun qu'à un peu plus d'un demi-siècle de distance, nous avons passé l'un et l'autre une partie de notre enfance à Dinard. » Et Jean Rolin s'attache, dans ce nouveau livre, à partager un petit plus encore avec celui que l'on a appelé Lawrence d'Arabie...
    En partant sur ses traces, aujourd'hui, au Moyen Orient.
    En 1909, l'année de son vingt et unième anniversaire, T. E. Lawrence, qui n'est pas encore « d' Ara- bie », entreprend en plein été une marche de près de 1800 kilomètres, au Moyen-Orient, afin de visiter quelque trente-cinq châteaux-forts datant de l'époque des Croisades. Lors des trois étés précédents, il a parcouru la France à bicyclette, visitant presque tout ce que ce pays compte de châteaux-forts afin d'étayer sa thèse de fin d'études à Oxford, consacrée à « L'influence des Croisades sur l'architecture mili- taire en Europe ».
    Crac est le récit d'un voyage effectué en 2017/2018, au Moyen-Orient, sur les traces de Lawrence, et guidé par les lettres de celui-ci, avec une insistance particulière sur ceux des châteaux de la région, tel Beaufort dans le sud du Liban, ou en Syrie le Crac des chevaliers (ou Krak), ou le château de Saône/Saladin, ou encore la forteresse de Kerak en Jordanie, auxquels des conflits récents ont conféré un regain d'actua- lité. Mais avec ce récit Jean Rolin fait bien plus que mettre ses pas dans ceux de Lawrence d'Arabie, il nous confronte subtilement aux errements de notre histoire, et à ses propres mésaventures...« Ainsi avais-je couru, pour finir, en Mercedes et sous la conduite de Charbel, après un château que Lawrence lui-même n'avait pas vu. »

  • Lambeaux

    Charles Juliet

    Lambeaux est un récit autobiographique.

    Dans la première partie, l'auteur évoque sa mère qu'il n'a pas connue et qui a eu un destin tragique. après avoir vécu un amour malheureux, s'être mariée, avoir sombré dans une dépression consécutive à quatre maternités rapprochées, elle fut admise dans un hôpital qu'elle n'a plus quitté et où elle est morte huit ans plus tard.
    Dans la seconde partie, l'auteur nous relate son parcours: la famille adoptive, l'enfance paysanne, l'école d'enfants de troupe, puis les premières tentatives d'écriture, lesquelles vont progressivement déboucher sur une toute autre aventure: celle de la quête de soi.
    Une descente aux enfers sera le prix à payer pour qu'un jour puisse éclore la joie grave et libératrice de la seconde naissance.

  • La robe blanche

    Nathalie Léger

    Il y a quelques années, Nathalie Léger découvre une histoire qui l'intrigue et la bouleverse : une jeune artiste, Pippa Bacca, qui avait décidé de se rendre en autostop de Milan à Jérusalem en robe de mariée, pour porter un message de paix dans les pays en conflit ou en guerre, est violée et assassinée par un homme qui l'avait prise en voiture au sud d'Istanbul. La narratrice découvre que cette histoire vraie qui la touche tant en accompagne ou en révèle une autre, la sienne. Elle comprend que sa mère lui demande la même chose : réparer sa propre histoire blessée en racontant son mariage, l'ordinaire de ce qui s'est passé, l'échec, l'abandon, les larmes, en exposant l'injustice de son divorce.
    Mais si une robe de mariée ne Suffit pas à racheter les souffrances de l'humanité, les mots pourront-ils suffire à rendre justice aux larmes d'une mère ?

  • Limonov

    Emmanuel Carrère

    « Limonov n'est pas un personnage de fiction. Il existe. Je le connais. Il a été voyou en Ukraine ; idole de l'underground soviétique sous Brejnev ; clochard, puis valet de chambre d'un milliardaire à Manhattan ; écrivain branché à Paris ; soldat perdu dans les guerres des Balkans ; et maintenant, dans l'immense bordel de l'après-communisme en Russie, vieux chef charismatique d'un parti de jeunes desperados. Lui-même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud : je suspends pour ma part mon jugement.

    C'est une vie dangereuse, ambiguë : un vrai roman d'aventures. C'est aussi, je crois, une vie qui raconte quelque chose. Pas seulement sur lui, Limonov, pas seulement sur la Russie, mais sur notre histoire à tous depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. »

  • Il est des hommes est un roman noir, au sens où il ambitionne de dire quelque chose du monde social, de sa dureté, de sa folie, de sa barbarie. Un roman qui se confronte aux forces du mal, qui raconte l'enfance dévastée, l'injustice, le sida, la drogue, la violence dans une cité de Marseille entre les années 80 et 2000.
    Le narrateur, Karel, est un garçon des quartiers Nord. Il grandit dans la cité Antonin Artaud, cité fictive adossée au massif de l'Etoile et flanquée d'un bidonville, « le passage 50 », habité par des gitans sédentarisés. Karel vit avec sa soeur Hendricka et son petit frère Mohand, infirme. Ils essaient de survivre à leur enfance, entre maltraitance, toxicomanie, pauvreté des parents, et indifférence des institutions.
    Le roman s'ouvre sur l'assassinat de leur père. Les trois enfants vont s'inventer chacun un destin. Karel s'interroge : « Qui a tué mon père ? » Et fantasme sur la vie qu'il aurait pu mener s'il était né sous une bonne étoile, s'il avait eu des parents moins déviants et moins maltraitants. Il se demande s'il n'a pas été contaminé par la violence, s'il n'est pas dépositaire d'un héritage à la fois tragique et minable, qui l'amènerait à abîmer les gens comme son père l'a fait. Il veille sur son petit frère et voit sa soeur réussir une carrière au cinéma.
    C'est aussi le roman de Marseille, d'avant le MUCEM et d'avant la disparition du marché de la Plaine, qui constitue la géographie sentimentale du livre. Et c'est une plongée romanesque dans toute une culture populaire dont l'auteure saisit l'énergie et les émotions à travers les chansons de l'époque, de Céline Dion à Michael Jackson, en passant par IAM , Cheb Hasni, Richard Cocciante ou Elton John.

  • Le jour baisse, dixième volume de mon journal, couvre quatre années, de 2009 à 2012. Dans les volumes précédents, je veillais à peu parler de moi. Ici, je m'exposedavantage, parle de ce que j'ai longtemps tu : mon épouse, sa famille, mes rapports avec celle-ci. Je relate ce que fut mon année préparatoire aux études de médecine, ma seconde session à cet examen. Une angoisse indicible. Échouer aurait été pour moi une tragédie. Arrêt des études et engagement dans l'armée.
    Pendant cette année, à mon école d'enfants de troupe, j'ai eu des rapports difficiles avec un capitaine. Plus le rugby, plus une ardente faim de vivre, plus des tentations, plus un grand désordre dans la tête et dans le coeur.
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  • Le pont de Bezons

    Jean Rolin

    « Heureux qui a vu le jour se lever sur le pont de Bezons ». C'est la première phrase de ce roman dont le projet consiste « à mener sur les berges de la Seine, entre Melun et Mantes des reconnaissances aléatoires, au fil des saisons, dans un désordre voulu ». Mais très rapidement ces déambulations prennent des allures de petite odyssée sur les berges du fleuve, au coeur de banlieues bousculées, parcourant des espaces fracassés, des friches et des zones industrielles. Traversée du monde d'à côté, celui que nous ne voyons plus depuis des décennies. De micro-événements prennent une tournure fatale et romanesque, comme la fermeture d'un Mc Donald's à Bezons ou des parties de pêche organisées par des Roms. On y croise des réfugiés tibétains sur une péniche à Conflans, un café kurde révolutionnaire à Corbeil, un restaurant brésilien, des mosquées salafistes à Saint-Denis, une base assez confidentielle de la marine nationale... C'est le roman discret d'un monde bouleversant de solitude, d'oublis, de ruines et de décomposition. Au coeur de ce parcours, il y a aussi les retrouvailles avec une vieille cousine et la maison de Carrières-sous-bois qui cache un secret de famille que le narrateur révèle pour la première fois : le fantôme de l'oncle Joseph. Mais le chaos de ce monde périphérique, sous le regard aigu du narrateur, cache lui aussi un mystère : la présence de toute une vie sauvage et animale nichée souvent dans d'improbables lieux. Oiseaux rares, cygnes sauvages, poissons... Avec humour, Jean Rolin traque les détails des existences, des paysages, des lieux, et les traces historiques d'un décor périurbain qui devient sous nos yeux le roman contemporain de notre abandon.

  • Médecine générale

    Olivier Cadiot

    Tu te rends compte ce qu'on a dû encaisser pour te suivre : rêver de hold-up, bâtir une nouvelle abbaye, transformer le paysage, fonder une religion, faire du théâtre, réparer une maison, écrire un livre avec la vraie vie des gens, etc. C'est délirant. Comme si tout ça allait nous guérir. Alors qu'on n'est pas malade.

  • « Paula Modersohn-Becker, née le 8 février 1876 à Dresde et morte le 21 novembre 1907 (à 31 ans) à Worpswede, est une artiste peintre allemande, et l'une des représentantes les plus précoces du mouvement expressionniste dans son pays.
    Originaire de Dresde, Paula Becker s'engagea dans des études de peinture et rejoignit les artistes indépendants réunis dans le village de Worpswede, non loin de Brême, qui prônaient un retour à la nature et aux valeurs simples de la pay- sannerie. Elle y épousa le peintre Otto Modersohn. Le manque d'audace des peintres worpswediens, toutefois, la pous- sa à s'ouvrir aux inspirations extérieures et à effectuer des séjours répétés à Paris, auprès de l'avant-garde artistique.
    Les quatorze courtes années durant lesquelles Paula Modersohn-Becker exerça son art lui permirent de réaliser pas moins de sept cent cinquante toiles, treize estampes et environ un millier de dessins. Son style, particulièrement original, est le fruit d'influences multiples, aux confins de la tradition et de la modernité. Sa peinture présente des aspects mêlant l'impressionnisme de Cézanne, van Gogh ou Gauguin, le cubisme de Picasso, le fauvisme, l'art japonais ou encore l'art de la Renaissance allemande. La force expressive de son oeuvre résume à elle seule les principaux aspects de l'art au début du XX e siècle.
    Elle mourut prématurément à trente-et-un ans, des suites d'un accouchement. Jusqu'à aujourd'hui, elle reste assez peu connue au-delà des pays germanophones. » Ce qui précède, c'est la fiche Wikipédia consacrée à l'héroïne du nouveau livre de Marie Darrieussecq. Bien sûr, cette biographie (nouveau territoire pour l'auteur de Il faut beaucoup aimer les hommes) reprend tous les éléments qui marquent la courte vie de Paula. Mais elle les éclaire d'un jour à la fois féminin et littéraire. Elle montre, avec vivacité et empathie, la lutte de cette femme parmi les hommes et les artistes de son temps, ses amitiés (notam- ment avec Rainer Maria Rilke), son désir d'expression et d'indépendance sur lesquels elle insiste particulièrement.

  • Syngué sabour [sége sabur] n.f. (du perse syngue " pierre ", et sabour " patiente ") - pierre de patience - Dans la mythologie perse, il s'agit d'une pierre magique que l'on pose devant soi pour déverser sur elle ses malheurs, ses souffrances, ses douleurs, ses misères. on lui confie tout ce que l'on n'ose pas révéler aux autres. et la pierre écoute, absorbe comme une éponge tous les mots, tous les secrets jusqu'à ce qu'un beau jour elle éclate...
    Et ce jour-là on est délivré.

    Dans un contexte de guerre, un homme a reçu une balle dans la nuque et se retrouve immobilisé. Sa femme est auprès de lui, lui parle, et exprime ses émotions sans retenue, sans savoir si son mari l'entend et la comprend. Cette confession la libère de l'oppression conjugale, sociale et religieuse, l'incitant à révéler ses secrets dans le contexte d'un pays semblable à l'Afghanistan.

  • Doggerland

    Elisabeth Filhol

    Le héros de ce grand roman sur la fracture des êtres, des coeurs et des continents, c'est d'abord un haut-fond en mer du Nord, le Dogger Bank. Il y a encore 8000 ans, avant d'être englouti, c'était une terre émergée, habitée, une île presque aussi grande que la Sicile. Les archéologues lui ont donné un nom : le Doggerland.
    Ce territoire mystérieux, Margaret, géologue, l'a choisi à la fin des années quatre-vingt comme objet d'études, quand elle aurait pu suivre la voie des exploitations pétrolifères. Comme Marc Berthelot qui a brutalement quitté le département de géologie de St Andrews, et Margaret, pour une vie d'aventure comme ingénieur pétrolier sur les plateformes offshore. Calant son rythme de vie sur celui du baril de Brent, le pétrole extrait de la mer du Nord, dont les cours enchaînent les envolées et les effondrements.
    Vingt ans après leur rencontre, Marc et Margaret sont invités à un congrès à Esbjerg, au Danemark.
    Ils pourraient décider de faire le choix de se revoir. Mais la veille au soir, le 5 décembre 2013, la Grande- Bretagne est placée en alerte rouge. La tempête Xaver, requalifiée en ouragan, déboule sur l'Europe du Nord. On suit avec fascination sa montée en puissance. En même temps qu'elle réveille les fantômes du Doggerland, elle ranime les souvenirs d'il y a vingt ans, ravive les choix des uns et des autres, et met en question les conditions extrêmes de développement des plates-formes pétrolifères, des parcs éoliens, de l'exploitation toujours plus intense des ressources naturelles...
    On dit que l'histoire ne se répète pas. Mais les géologues le savent, sur des temps très longs, des forces agissent à distance, capables de rouvrir de vieilles failles, ou de les refermer.

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