Jean Pierre Huguet

  • Au-delà ici même D'abord, il y a longtemps, les dieux sont partis. Plus tard, Dieu est mort. « Nous », athées, le saurions. Notre athéisme s'abreuverait tout entier à ce savoir. Forts de cet adieu aux dieux et à Dieu, le désir qui anime ce numéro n'est pourtant pas de retourner sur les lieux de la vacance ou du crime pour y retrouver la trace de ce que nous aurions perdu. L'idée était plutôt de mener une enquête. À savoir : pour « nous », qui sommes par « principe » athées, que reste-t-il aujourd'hui de la foi ? Avec la participation de Jean-Christophe Bailly, Jan Barcentewicz, Michel Deguy, Miroslav Farkas, Maïder Fortuné, Isabelle Lassignardie, Boyan Manchev, Jean-Luc Nancy et George Oppen.

  • En 1646, à Rome, paraît un recueil de gravures d'après un ensemble aujourd'hui égaré de 75 dessins réalisés par Annibale Carracci, dans la pénultième décennie du XVIe siècle. Connu sous le nom de Arti di Bologna, ou Les cris de Bologne, l'album réunit Diverses figures - tel en fut d'abord le titre - dont le dessein n'est que secondairement, mais certes logiquement, de dresser l'inventaire des petits métiers de la ville de Bologne. Diverses et anonymes, ces figures le sont avant tout en ce qu'elles représentent, un à un, ceux qui seulement vont, littéralement, per vie, à travers rues. Figures ou portraits en pieds, on ne peut le dire plus à propos, à quoi cependant aucun de ces portefaix et vendeurs ambulants du XVIe siècle n'eût songé prétendre.
    Telle serait la fonction première et inédite de l'album de Carrache gravé par Simon Guillain, son arkhé, sa force de consignation : rassembler et mettre en réserve de figures une mémoire des corps en leurs façons d'être, de se tenir, d'aller, de porter et de transporter, une mémoire à l'ordinaire des rues et des places. À la faveur de cette série de portraits singuliers, l'image des anonymes, que l'on dirait aujourd'hui subalternes, prend la forme systématique - au sens de l'extériorité comme à celui de la répétition - d'une archive visuelle. Tel serait le legs d'Annibale Carracci, ce qu'il convient peut-être mieux de nommer un style, un style anthropologique, apte à saisir la physionomie furtive des vies sans nom auxquelles ce dix-huitième numéro de De(s)générations est dédié.
    Des anonymes du métro new-yorkais photographiés par Walker Evans aux gens ordinaires filmés par Wang Bing, des figurants de Mohsen Makhmalbaf aux porteuses d'eau d'Akram Zaatari, se perçoit un double mouvement, poétique et critique, qui n'est autre, nous a-t-il semblé, que le travail conjoint de l'image - autrement illisible - et de l'histoire, autrement invisible.

  • "Sais-tu / Paris, / que / je suis né / avec la couleur / bleue ?" Dans une langue poétique, à travers une histoire qui dessine l'essentiel de la vie et de l'oeuvre du peintre Marc Chagall, avec la même tendresse, Bijou Le Tord parvient à emmener le lecteur au coeur d'une musique et d'une lumière intérieure qui dialoguent avec ses images.

  • Rémi F.

    Bernard Collet

    Un texte manifeste, écrit entre le 27 octobre et le 3 novembre 2014 au lendemain de la mort de Rémi Fraisse, lors de la manifestation contre le barrage du Testet.
    Au delà de la tristesse pour la mort de ce jeune homme de 21 ans, engagé pacifiquement dans le combat écologiste, au delà de l'indignation et la colère face à la violence publique déployée, ce texte cherche à dire les raisons pour lesquelles Rémi Fraisse est devenu, dans la fraternité que nous éprouvons pour lui, le symbole du combat silencieux que nous menons tous, dans l'espérance de la non-violence, face à ce qui nous opprime.
    Pour montrer aussi, comme Marguerite Duras dans l'Eté 80 à propos des événements de Gdansk, que la littérature peut naître de cet égarement dans le réel, qu'elle peut accompagner une actualité brûlante et en témoigner.

  • C'est cette année-là, justement, que trois voyageurs, Leuk, Lion et Jove se lancèrent dans une expédition au plus près de chez eux. Ils dirent qu'ils souhaitaient sortir de leur jardin et se mettre en marche dès le seuil franchi, afin de repérer de nouveaux horizons à portée de mains, sans passer par la case aéroport. Sans être obligé de calculer le coût carbone de leur périple. Ils épouseraient la lenteur et lui tresseraient des lauriers. Ils iraient à la rencontre de l'humain, puisque telle était la seule façon de voyager, mais sans pour autant traverser de frontières. Ils se contenteraient de découvrir les richesses insoupçonnées de la région d'à côté, celle qu'on finit par ignorer à force de penser qu'e! lle ressemble trop à la nôtre. Erreur ! L'humain est à deux pas, mais on ne le voit pas.
    Cette expédition fut connue en son temps sous le nom de "Voyage avec mes ânes en Côte Roannaise".

  • Dans un entretien avec Jacques Rancière pour la revueLes révoltes logiques, en hiver 1977, Michel Foucault disait ceci :

    « il y a bien toujours quelque chose, dans le corps social, dans les classes, dans les groupes, dans les individus eux-mêmes qui échappe d'une certaine façon aux relations de pouvoir ; quelque chose qui est non point la matière première plus ou moins docile ou rétive, mais qui est le mouvement centrifuge, l'énergie inverse, l'échappée [.]. «La» plèbe n'existe sans doute pas, mais il y a «de la» plèbe. Il y a de la plèbe dans les corps, et dans les âmes, il y en a dans les individus, dans le prolétariat, il y en a dans la bourgeoisie, mais avec une extension, des formes, des énergies, des irréductibilités diverses. » Ce que Foucault désigne ici comme « part de la plèbe », et ce que d'autres auront conceptualisé, thématisé ou expérimenté selon des formules à chaque fois différentes, est ce que nous voudrions éprouver dans ce numéro. S'il s'agit dans un premier temps naturellement de penser les formes de visibilités et de pouvoirs structurant nos pensées, nos manières d'être et de faire, notre enjeu est surtout d'identifier le surgissement de cet « il y a » aux contours improbables. Ce sont donc des révoltes, des gestes, des attitudes, des scènes, des paroles, des manières de vie que nous souhaitons exhiber, les manifestations selon des formes irréductibles de puissances. Dès lors, il s'agira de voir comment la pensée négocie, identifie ou construit ces puissances, mais aussi comment cela se manifeste dans des pratiques, des usages, des vies.

    Sommaire : Jacques Rancière : Le prolétaire et son double Alain Brossat : La part de la plèbe (Entretien avec Alexandre Costanzo & Daniel Costanzo) Véronique Bergen : Plèbes et soulèvements minoritaires Arlette Farge : Les intensités faibles (Entretien avec Alexandre Costanzo & Philippe Roux) Xavier Vigna : La violence dans les grèves ouvrières en France au XXe siècle De(s)générations : Les objets de Fabrice Gygi Jean-Marie Gleize : Une politique radicale Alexandre Costanzo & Daniel Costanzo : Les boussoles de la révolution

  • Au sommaire du numŽro 10 :

    Marie-JosŽ Mondzain : Pouvoir des industries audio visuelles ou autoritŽ de la culture ?
    CŽcile Mainardi : Promenade aux phrases Michel Gaillot : Politique et police de la mondialisation Nicolas Tardy : Secousses secondaires Ligne de tir - tir ˆ vue - pointe ˆ l'oeil Jean-Christophe Bailly : Retour sur la comparution Pablo Garcia : Un pingouin dans la fort lacandone - Entretien avec Jean-Marc Cerino GŽrard Conio : Requiem pour le mur de berlin Nicolas Tardy : Mai (flashs) VŽronique Giroud : retour sur ... "figure, figurants" - Le vrai est ce qu'il peut ; le faux est ce qu'il veut.

  • Une saison succède à l'autre, une ambiance à une autre...
    Nous ne prêtons pas toujours attention à ces changements, notre corps s'adapte plus ou moins bien. Observons le monde végétal : il est en accord avec chaque saison, donnant à chacune sa couleur spécifique. Les plantes, qui savent si bien suivre les changements de saison et de climat, ne peuvent-elles pas nous aider à rétablir l'harmonie en nous ? A chaque saison, ses petits maux et leurs remèdes, un organe un peu plus sensible et une plante qui incarne toutes les nuances de ce moment de l'année.
    L'auteur vous invite à vous rapprocher de la nature et y trouver des remèdes simples, pour plus de bien-être.

  • Retrouver le sud

    Michel Arbatz

    C'est un livre qui parle de la double appartenance, des gens qui, comme elle ou moi, et bien d'autres, se retrouvent le cul entre deux cultures.
    Le cul, façon de parler. Le cul, la tête, le coeur. J'ai grandi dans la langue française. Mais j'entendais toujours, pas loin, l'écho d'une autre culture, la judéo-arabe, celle de mes parents qui venaient d'immigrer. Mon terreau fut ce mélange de Paris et de la Méditerranée...

  • La revue De(s)générations aura bientôt dix ans. Elle s'est positionnée dès sa naissance dans une réflexion sur la filiation, et plus particulièrement avec les mouvements d'émancipation politique. La revue s'inscrit dans un moment qui a précédé sa naissance, celui d'une restauration politique dans laquelle nous évoluons encore.
    En effet, c'est dans les années 1980 et 1990 que s'est distinguée notre pratique politique puisqu'elle s'est pensée dans la perspective des vaincus - les vaincus de l'émancipation. À cette époque, la pensée théorique apparaissait en panne, une panne proportionnelle au triomphe du néo-libéralisme social et politique et de la post-modernité culturelle.
    «?Nous vivons actuellement une telle restauration, que la papauté ne peut que bénir. Mais pas plus que la restauration qui a suivi la Révolution française n'a pu effacer de la mémoire l'hypothèse du citoyen et de l'assemblement du peuple, la restauration présente ne saura évincer, quel qu'en soit son désir, l'hypothèse du partage que le communisme réel a trahie. ?»(1) [.] Pour la revue De(s)générations, les voix recouvertes et oubliées des vaincus d'hier peuvent ressurgir au coeur du présent afin de nous aider à débloquer un avenir que les conservateurs de droite et de gauche croient fermé à jamais dans leur fantasme de fin de l'Histoire ou dans leur pulsion triomphante d'un capitalisme, horizon indépassable de notre temps. C'est avec une mélancolie haute que joyeusement nous vous donnons à lire et à voir ce numéro 20.
    Le comité de rédaction de De(s)générations

  • Rédacteurs : Jean-Loup Amselle, Françoise Blum, Saïd Bouamama, Nidhal Chamekh, Abdelkader Damani, Jonathas de Andrade, Pierre-Philippe Fraiture, Marcia Kure, Joseph Tonda, Kwasi Wiredu, Arnaud Zohou Le titre de ce second numéro autour de l'Afrique semble proposer une lecture plus politique et prospective de notre sujet, par rapport au premier qui serait davantage historique et philosophique. Ne nous y trompons pas. Dans les deux livraisons, ces éléments s'imbriquent. Et leur parution simultanée indique notre volonté de tisser ces différentes dimensions.

    Penser puis Prévoir avec l'Afrique sont aussi nés du constat de la mé-reconnaissance des influences mutuelles entre la France et l'Afrique, autant dans les champs du savoir que du pouvoir : proportion ridicule d'intellectuels venus du continent dans des postes universitaires de la métropole ; enseignement tardif, partial et a minima de l'histoire coloniale et postcoloniale, rareté des publications de travaux théoriques francophones issues des anciennes colonies, sans parler des traductions abordant ces questions.

    Aimé Césaire, dans sa lettre de démission du parti communiste en 1956, soulignait la révolution copernicienne qu'il y aurait à faire dans les mentalités hexagonales empreintes de préjugés raciaux, de l'extrême droite à l'extrême gauche.

    Soulignant ainsi, pour cette dernière notamment, l'efficacité redoutable quoiqu'implicite de l'idéologie dominante, touchant de plein fouet les partisans et intellectuels les plus engagés, rarement enclins à rafraîchir leurs ambitions émancipatrices aux expériences et conceptions révolutionnaires africaines, qui généralement ne les intéressent pas.
    Ce n'est donc pas anodin si, en France, les questions africaines ont longtemps été traitées dans une cellule à l'Élysée et non au parlement, privant la population et le débat démocratique d'un pan pourtant décisif d'une réalité qui structure depuis de longues années la société française. Car oui, on ne peut rien comprendre à la politique française sans avoir un minimum de connaissance de sa politique africaine, ne serait-ce que par le fait de son financement substantiel par les réseaux africains.

    Certes il y eut Fanon, plébiscité par Sartre, et d'autres exemples de mise en valeur ponctuelle d'itinéraires politiques ou exotiques, mais le fond n'est pas là. Il est dans un ostracisme culturel profondément ancré dans l'histoire et le caractère de notre pays, avec pour conséquence aujourd'hui sa lente implosion dans un vaste déni.

    Arnaud Zohou

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