Littérature traduite

  • "J'aimerais mieux pas" répond invariablement Bartleby, simple scribe dans un bureau de Wall Street, quand on lui demande de faire quelque chose. L'étrange et inquiétante obstination qu'il met à refuser de travailler et même à sortir de l'étude reste incompréhensible au notaire qui se sent défié. Elle fait de Bartleby une figure émouvante et déconcertante, aussi insaisissable que la phrase qui le résume, interprétée comme la formule de la résistance passive.  Ce court chef-d'oeuvre d'Hermann Melville (1819-1891) exerce toujours une véritable fascination.

  • Quelle humiliation pour le major Kovaliov de voir son nez se pavaner dans un uniforme de conseiller d'Etat !Chef-d'oeuvre du réalisme fantastique, incroyable satire burlesque, Le Nez, paru en 1835, est pour Gogol, l'occasion de faire voler en éclats une société composée de pantins pour qui la fonction et l'uniforme sont le substitut universel de la vie.

  • C'est l'une des lettres les plus célèbres de toute la tradition épistolaire occidentale. L'une des plus belles, l'une des plus essentielles aussi. On y a vu l'invention du paysage. Pétrarque, poète et ecclésiastique à la cour papale, a trente-deux ans en 1336 lorsqu'il rédige cette lettre à l'attention de son confesseur. Cela fait plus de dix ans qu'il vit à Avignon et que Laure l'a éconduit. Le mont Ventoux appartient au spectacle naturel de la région à laquelle Pétrarque est si attaché depuis son enfance. Pic d'une crise spirituelle, le récit de son ascension est celui d'une formidable expérience dont il découvre la portée allégorique. L'Ascension du mont Ventoux marque une conversion, la réconciliation de Pétrarque avec l'ordre du monde et la splendeur de Dieu.

  • Traduction du grec par Jean-Marie Guyaurévisée par Cyril MoranaAnthologie« Mon but à moi, c'est de faire enfin de vous des hommes affranchis de toute entrave, de toute contrainte, de tout obstacle, libres, tranquilles, heureux, qui tournent leurs regards vers Dieu dans les petites comme dans les grandes choses. » Esclave boiteux devenu philosophe, Épictète dispensait oralement à ses élèves et disciples des leçons qui, par l'étude de modèles exemplaires, visaient leur édification. Consigné par l'un d'entre eux, son enseignement est avant tout fondé sur un savoir pratique : en acceptant « qu'il y a ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas », chacun peut se libérer de ses préjugés et accéder au bonheur.Cette édition propose trente-six leçons du philosophe qui illustrent avec force et profondeur la morale stoïcienne.

  • En 1808, sous le choc de l´équipée napoléonienne qui, en traversant l´Europe, défait le saint Empire romain germanique, Kleist publie en feuilleton l´une de ses plus beaux romans courts, Michael Kohlhaas. Il raconte l´histoire d´un honnête homme, maquignon de son état, victime d´un préjudice que lui a fait subir un hobereau. Ne parvenant pas à faire reconnaître le bien-fondé de sa plainte par les recours judiciaires habituels, il sollicite le prince-électeur, qui pratique lui aussi le déni. Harcelé pour avoir voulu en appeler au droit, ayant épuisé tous les recours et perdu sa famille dans un noir acharnement contre lui, il décide de se faire justice tout seul... Aucune circonstance atténuante ne lui sera accordée, Kohlhaas sera condamné à mort. C´est son amour de la justice qui l´a conduit au crime, il accepte la sentence de mort.
    Roman politique, qui voit s´affronter deux logiques, deux conceptions, celle du Moyen-Âge et celle de l´Absolutisme (Etat moderne), qui broient l´individu Kohlhaas, il était l´un des livres préférés de Franz Kafka. Ernst Bloch dira de son héros qu´il est le « Don Quichotte du rigorisme moral bourgeois ».

  • « Pouvoir regarder le soleil se lever ou se coucher chaque jour, afin de nous relier à un phénomène universel, préserverait notre santé pour toujours. »Auteur de La Désobéissance civile, Henry David Thoreau prolonge sa pensée séditieuse dans La Vie sans principe (1863). Prenant l'exemple de sa propre vie, Il montre que les besoins matériels et les contingences quotidiennes sont dérisoires et qu'ils constituent une entrave à l'épanouissement de l'esprit. En exaltant l'individualisme et une certaine forme d'oisiveté dans la communion avec la nature, Thoreau nous invite à explorer les « provinces de l'imagination ».

  • « Le trou du cul est plus nécessaire que les yeux ; car sans les yeux on peut vivre, mais sans trou au cul, ni vivre ni mourir. »Le plus grand poète espagnol du Siècle d'or, Francisco de Quevedo (1580-1645), est un satiriste de génie. Homme de cour sous Philippe II, il multiplie les provocations et tourne en dérision les travers de ses contemporains. Tombé en disgrâce, il profite sans doute de l'exil qui lui est imposé pour écrire ces Heurs et malheurs du trou du cul (1622-1623) d'inspiration rabelaisienne, dans une langue inventive. Jamais publié de son vivant, ce texte blasphématoire et scatologique circulait longtemps sous le manteau sans nom d'auteur.

  • Sous ce titre sont regroupés plusieurs essais inédits de Henry David Thoreau, moins connus que La Désobéissance civile, certes, mais qui viennent compléter et prolonger la théorie philosophique qu´il y développe. Thoreau, qui ne fut pas l´ermite dans les bois que la postérité voudrait voir en lui, mais un acteur des combats politiques de son temps, s´interroge sur les risques d´un pacifisme passif et prône un engagement concret et parfois jusqu´au-boutiste qui surprendra plus d´un de ses lecteurs. Ces textes dévoilent un autre aspect de l´écrivain : bien qu´adepte d´un transcendantalisme individualiste, il n´a cessé de réfléchir à la façon d´améliorer la société et le gouvernement. Le recueil comprend un avertissement contre la tentation d´un pacifisme passif, un véritable contre-discours de la non-résistance anarchiste chrétienne, une remise en cause de la glorification du passé, une attaque en règle des réformateurs qui sévissent à l´époque en Nouvelle-Angleterre et cherchent en réalité à contrôler la société, un plaidoyer anti-esclavagiste, une mise en garde contre l´esprit commercial, l´esclavagisme moderne que représente l´industrialisation effrénée tant pour la condition humaine que pour l´environnement. Traduction de l'anglais (États-Unis) et postface par Thierry Gillyboeuf

  • Karl Marx (1818-1883) rédige sa Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel après avoir fui la censure pratiquée en Prusse dans le Paris bouillonnant de la monarchie de Juillet. En 1844, il fait paraître son Introduction en revue. Dès les premières lignes, il mène tambour battant sa critique des régimes réactionnaires en Allemagne et s´attaque à la question politique de la religion : « Le véritable bonheur du peuple exige que la religion soit supprimée en tant que bonheur illusoire du peuple. » Sa qualification d´« opium du peuple » marque les esprits et passera à la postérité.  Le jeune Marx opère sa mue : sa critique radicale de la religion est la première pierre de sa lutte politique, contre l´exploitation de l´homme par l´homme, vers la Révolution.

  • Recueil «Il n'est pas seulement précieux que deux êtres se reconnaissent, il est essentiel qu'ils se rencontrent au bon moment et célèbrent ensemble de profondes et silencieuses fêtes qui les soudent dans leurs désirs pour qu'ils soient unis face aux orages. Combien de gens se seront-ils manqués pour n'avoir pas eu le temps de s'habituer l'un à l'autre? Avant que deux êtres aient le droit d'être malheureux ensemble, il leur faut avoir connu la félicité ensemble et en avoir en commun un souvenir sacré qui maintienne un même sourire sur leurs lèvres et une même nostalgie dans leurs âmes.» En 1897, à Munich, le jeune poète Rainer Maria Rilke rencontre Lou Andreas-Salomé. De leur coup de foudre naîtra une longue amitié et une forte complicité artistique et humaine. Cette vingtaine de lettres, tirées de la correspondance de Rilke, retrace l'histoire de ce lien unique, jusqu'à la mort du poète en 1926.

  • Traduit de l'anglais (États-Unis) par Thierry Gillyboeuf Inédit " Avec quelle rudesse et quelle brutalité traitons-nous la nature ! Ne pourrions-nous pas la travailler avec moins de négligence ? Après tout, n'est- ce pas ce que suggèrent toutes ces belles inventions - le magnétisme, le daguerréotype ou l'électricité? Ne pouvons-nous faire plus que couper et tailler la forêt, ne pouvons-nous contribuer à son économie intérieure, aider la circulation de la sève ? Mais nous travaillons aujourd'hui de façon superficielle et violente. Nous n'imaginons pas tout ce qui pourrait être fait pour améliorer notre relation à la nature animée, ni tous les bienfaits que nous pourrions en tirer." Henry David Thoreau est considéré comme l'un des pères de l'écologie. En 1842, dans un article intitulé "Le Paradis à (re)conquérir ", le jeune penseur critique les logiques industrielles qui se mettent en place à l'époque, et anticipe par là-même les travers de notre civilisation destructrice et matérialiste.

  • Nicolas Vassilievitch Gogol (1809-1852) croyait vraiment au diable. Mais le Malin, pour corrompre le malheureux peintre Tchartkov, délaisse ici son attirail de fumées, de goules et de harpies : un vieux portrait et quelques ducats d'or suffiront. Dans cette version pétersbourgeoise de "Faust", le fantastique a valeur d'allégorie : la création artistique est-elle sans danger pour l'âme?

  • L'action se passe en Italie du Nord, au siècle dernier. Une jeune veuve, lors de l'assaut donné à la citadelle que commande son père, est violée par un officier qui profite de son évanouissement. Quand la marquise doit avouer à sa famille qu'elle est enceinte, celle-ci la chasse : c'est paradoxalement en proclamant son humiliation qu'elle retrouvera son honneur...L'oeuvre de Kleist (1777-1811) revient sans cesse au thème de la chute : l'auteur partage avec Rousseau la nostalgie de l'innocence perdue. Dans un monde brisé, qui ne comporte plus d'absolu, la pureté féminine devient le seul idéal possible. Ce récit, dont Eric Rohmer tira un film en 1976, fut inspiré à Kleist par une anecdote que raconte Montaigne dans ses Essais.
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  • Dans la nuit du 22 au 23 septembre 1912, Kafka a écrit "Le Verdict". De la première ligne à la dernière, ce texte est empreint de vertige. Kafka nous propose la traversée périlleuse d'un pont qui mène d'une rive - l'enfance - à une autre, qui n'a pas de nom. Le père est le gardien royal de ce pont et il convient, malgré l'amour et la piété, de monter sur ses épaules pour voir plus loin, mieux et ailleurs, quelle que puisse être la douleur éprouvée.

  • Traduction de l'allemand par Yannis ConstantinidèsRecueil inédit D'abord disciple enthousiaste de Hegel, Ludwig Feuerbach (1804-1872) pousse sa fidélité au programme de l'idéalisme allemand jusqu'à le dépasser. Dans une série de textes incisifs des années 1840, dont les Thèses provisoires en vue d'une réforme de la philosophie, il formule sa « philosophie de l'avenir » qui, pour surmonter le dualisme ascétique, se propose de réconcilier le coeur et la tête, la chair et l'esprit, l'essence et l'existence. Avant Nietzsche, l'auteur de L'Essence du christianisme s'emploie à démasquer les forces d'aliénation à l'oeuvre dans toute philosophie de l'Absolu.

  • L´Alfier nero (Le Fou noir) est la première de cinq nouvelles écrites par Arrigo Boito en 1867. Les quatre autres sont Iberia (Iberia), de 1868, Il pugno chiuso (Le Poing fermé), de 1870, La Musica in piazza (La musique sur la place), de 1871, Il Trapezio (Le Trapèze), de 1874, publiée inachevée. Parmi ses autres oeuvres, signalons la fable en vers Il Re Orso (Le roi Ours), de 1864, et Il Libro dei versi (Le livre des vers), de 1877.Dans Le Fou noir, l´accent est mis sur un thème que Boito aimait beaucoup, le dualisme, qui oppose un Noir et un Blanc au cours d´une partie d´échecs qui va durer toute la nuit et qui voit, à l´aube, le triomphe du Noir et la vengeance gratuite et ouvertement raciste du Blanc, lequel tue son adversaire d´un coup de revolver.

  • Alors que les États-Unis ne sont encore qu'une toute jeune nation, les affrontements entre partisans et adversaires de l'esclavage, prémices de la Guerre civile américaine, font rage. À la tête d'une poignée d'hommes, parmi lesquels ses propres fils, John Brown (1800-1859) multiplie les raids contre les esclavagistes à la frontière du Massachusetts. Cet ardent défenseur de la cause abolitionniste devient rapidement un symbole de résistance. Quand il est arrêté en 1859 après l'attaque ratée de l'arsenal de Harper's Ferry et condamné à être pendu, Henry David Thoreau sort de sa réserve et lance un vibrant plaidoyer en sa faveur.
    Dans quatre discours enflammés, prononcés entre 1854 et 1859, le chantre de la « désobéissance civile », s'engage farouchement pour la défense de la liberté.

  • L'homme, ce point de convergence entre le temporel et l'éternel... Au soir de sa vie, malade, Khalil Gibran (1883-1931) s'interroge sur l'humanité, la divinité, l'amour, la mort. Il décide de reprendre certains de ses textes de jeunesse et de revenir aux sources « pour trouver une autre aube ».Plongeant au coeur des deux grands livres sacrés, piliers de son univers et de sa poésie, il prolonge sa rêverie biblique et coranique : exaltation d'un pèlerinage au coeur de ses origines (Iram, cité des Hautes Colonnes), soif de rencontrer l'âme soeur ici-bas ou dans l'au-delà (Lazare et sa bien-aimée) et naissance de l'amour dans un couple sous le regard des Dieux (Les Dieux de la terre).

  • Lorsque Kant publie en 1795 son Projet de paix perpétuelle, l'Europe sort à peine, et très provisoirement, d'un cycle guerrier de plusieurs années. Il y a un courage certain, pour un sujet du roi de Prusse, à réprouver publiquement le bellicisme des grandes puissances.La paix est tout, aux yeux de Kant, sauf une chimère. En se livrant à une critique de la guerre sur le plan des principes, Kant dénonce son caractère illégitime et développe une métaphysique du droit. L'état de droit devra supplanter l'état de nature, fait de la violence et des conflits des hommes.

  • «Que beaucoup d'hommes aient voulu une aussi vaste et horrible calamité dans leur propre intérêt, et non parce qu'ils la croyaient être une nécessité vitale à leur pays, que beaucoup d'hommes pour leur seul profit aient souhaité prolonger le misérable massacre en attisant un feu de colère et de haine, que d'innombrables civils n'aient rien éprouvé que de la curiosité devant cette effroyable tragédie, et que d'autres en demeurent les spectateurs indifférents comme s'il s'agissait là d'une querelle d'insectes, voilà de quoi nous faire mépriser la nature humaine et nous faire désespérer de la civilisation. La tristesse nous saisit. »

  • « Et parmi toutes les vanités de la vie, il n'y a qu'une seule chose que l'esprit aime et dont il ait besoin. Une chose éblouissante et unique.C'est un éveil dans l'esprit, c'est un éveil dans les profondeurs intérieures du coeur, c'est une puissance irrésistible et magnifique qui s'abat soudainement sur la conscience de l'homme et lui ouvre les yeux. C'est une flamme qui se déchaîne subitement dans l'esprit, brûle et purifie le coeur, s'élevant au-dessus de la terre et planant dans le vaste ciel. »Ces six textes de jeunesse de Khalil Gibran publiés entre 1906 et 1913 mettent en scène des marginaux et des fous, petits prophètes guidés par une soif d'absolu et de liberté qui se dressent contre l'ordre établi.

  • Le Terrier, l'une des dernières nouvelles écrites par Franz Kafka, est celle où se mêlent avec le plus de violence l'issue inexorable d'une destinée tragique et une extraordinaire distanciation comique. L'humour noir atteint ici un paroxysme.Un troglodyte nous fait partager l'extrême ingéniosité de sa vie enterrée, et ce lieu de sécurité maximale devient celui de tous les dangers ; lieu où la paix du « chez-soi » devient mortelle : un tombeau pour l'éternité.

  • « Ce qu'ils savent, ils le savent pour nous. Avec chaque nouvel esprit, transpire un nouveau secret de la nature. Et la Bible ne pourra être refermée tant que le dernier grand homme ne sera pas né. » Après une tournée de conférences, Ralph Waldo Emerson (1803-1882) rassemble dans un ouvrage ses essais consacrés aux Représentants de l'humanité (1850) dont De l'utilité des grands hommes et Platon, ou le Philosophe sont les deux premiers textes.
    Père de la philosophie américaine, Emerson cherche à se réapproprier la pensée universelle des grands hommes dont nous sommes les débiteurs. Ces hommes de génie sont, à l'instar de Platon, « l'oeil » et le « coeur du monde ».
    L'année 2003 marque le bicentenaire de la naissance d'Emerson.

  • En 1793, un jeune philosophe allemand - qui vient d'être adoubé par Kant, son maître -, Johann Gottlieb Fichte, publie une vive exhortation, qui parfois frise l'insolence, aux princes - de tous les États de droit divin - de garantir « la liberté de penser », et au peuple de n'abdiquer en aucune circonstance ce droit inaliénable. « Vous pouvez tout sacrifier ô peuple ! oui tout, pourvu que vous n'abdiquiez pas la liberté de penser. »Magistralement, il définit cet esprit de la Révolution qui doit souffler dans toutes les monarchies pour donner aux hommes leur dignité d'êtres pensant par eux-mêmes. Une lutte contre l'assujettissement et l'infantilisation des esprits qui, à chaque époque, reste le principal dessein de chaque génération.
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